CHAPITRE XXX
En considérant ces opinions surannées et déraisonnables, tu reconnaîtras que c'était une idée généralement répandue parmi
(1) Tous les mss. ont Jljinn DîTmrûîDî mais dans aucun verset du Pentaleuque ces deux mots ne sont combinés ensemble, et on ne les trouve qu'au livre des Juges, chap. H, v. 2. Nous avons écrit lîinn, selon le verset du Deutéronome (vu, 5) , que l'auteur a eu en vue et qu'il a confondu avec un verset de l'Exode (xxxiv, 13). Cf. ci-dessus, p. 229, note 3. Au lieu de pjrun» quelques ms. ar., ainsi que les deux versions hébraïques, ont tfto JlfîHPn, selon le Deutéronome, ch. xu, v. 3, qui est cité à la suite.
(2) Voy. le Siphri, au passage indiqué du livre des Nombres, et cf. Talmud de Babylone, Horaydlh, fol. 8 a, Kiddouschin, fol. 40 a; Maïmonide, traité de Y Idolâtrie, chap. U, § 4.
les hommes, que le culte des astres avait pour résultat la, prospérité de la terre et la fertilité des pays. Les savants, ainsi que les hommes vertueux et pieux de ces temps, prêchaient dans ce sens et enseignaient que l'agriculture, par laquelle seule l'homme subsistait, ne pouvait s'accomplir et réussir à souhait qu'au moyen du culte <*) du soleil et des (autres) planètes, et que, si on les irritait par la désobéissance, les pays deviendraien^déserls et seraient dévastés. lls(les Sabiens) rapportent dans leurs livres, que Jupiter^ avait frappé de sa colère leslieuxdésertset incultes, qui, à cause de cela, sont privés d'eau et d'arbres et habités par des goules. Ils avaient en grand honneur les agriculteurs et les laboureurs, parce que ceux-ci s'occupent de la culturede la terre, qui répond à la volonté des astres et qui (3) leur est agréable. La raison pourquoi les idolâtres estimaient tant les bœufs n'est autre que parce que ceux-ci sont utiles pour l'agriculture. Ils disaient môme qu'il n'est pas permis de les égorger (*), parce que,
(1) Littéralement : qu'à condition que vous adoriez le soleil et les planètes, et que si vous les irritiez etc. L'auteur introduit, à la On de la phrase, le discours direct des orateurs. Cette espèce d'anacoluthe n'est pas rare en arabe. Cf. le tome I, p. 283, note 4. — lbn-Tibbon et Al-'llarîzi ont mis la 3e personne, V13yw.
(2) Tous nos mss. ar. portent nroPO^N, Jupiter, et de même Al- 'Harizi : pn^ 2313, tandis qu'lbn-Tibbon a DHNO, Mars. Peut-être est-ce avec intention qu'lbn-Tibbon a substitué la planète Mars, à laquelle les astrologues attribuent toute mauvaise influence, tandis que Jupiter pronostique toujours du bonheur et est appelé la grande fortune. Cf. Reinaud, Monuments arabes y persans et turcs, 1. 11, p. 371 et suiv.
(3) Tous nos mss. ont im au masculin; ce pronom est accordé avec le mot Nîn qui suit, et il faut le considérer comme neutre : et c'est là leur plaisir.
(4) Cf. Varron , De re ruslica, 11, 5 : « Hic socius hominum in ruslico opère et Cereris minister. Ab hoc antiqui manus itaabstineri voluerunt, ut capite sanxerint, si quis occidisset. » Columelle, 1. vi, prœfat. : c ... Quod deinde laboriosissimus adhuc hominis socius in agriculture, cujus tanta fuit apud antiquos veneratio, ut tara capitale esset bovem necasse, quam civem. » Voy. aussi plus Inin, au commencement du chap. xlvi.
tout en étant doués de force, ils se plient à l'homme pour l'agriculture (*). S'ils agissent ainsi, s'ils se soumettent à l'homme malgré leur force, c'est uniquement (disent-ils) parce que leur service dans l'agriculture est agréable aux dieux. Comme ces opinions étaient très-répandues, ils rattachaient l'idolâtrie à l'agriculture, celle-ci étant une chose nécessaire pour la subsistance de l'homme et de la plupart des animaux ; les prêtres idolâtres prêchaient aux hommes assemblés dans les temples et les confirmaient dans cette idéo , qu'au moyen de ce culte fdes astres), les pluies descendraient, les arbres porteraient des fruits et les terres seraient fertiles et populeuses. 11 faut lire ce qu'on dit dans Y Agriculture Nabatéenne à l'endroit où on parle de la vigne ; tu y trouveras ces paroles textuelles des Sabiens : « Tous les anciens sages et les prophètes ont prescrit comme un devoir de jouer des instruments de musique, aux jours de fête, devant les idoles ; ils disaient avec raison que les dieux prennent plaisir à cela et accordent la plus belle récompense à ceux qui le font. Ils ont fait beaucoup de bonnes promesses pour cet acte , promettant entre autres la prolongation de la vie, Téloignement des calamités, la disparition des infirmités, la fertilité des semences, et l'abondance des fruits (*). » Telles sont les paroles textuelles des Sabiens.
Or, comme ces opinions étaient si généralement répandues qu'on les croyait vraies , et comme Dieu , par miséricorde pour nous , voulut effacer de nos esprits cette erreur et soulager nos
(1) Littéralement: parce qu'ils réunissent ensemble la force et la bonne disposition pour l'homme dans l'agriculture. Dans la plupart des éditions do la version d'Ibn-Tibbon , ce passage est trèseorrompu ; l'édition princeps
porte: d-in rin (lis. in«) irwi ymm mai namxapBMJBD no-wn rrnya. Le» mss. ont : \& jiinb oarom ron uqw <3fîD *w aix.
(2) f bn-Tibbon , pour reproduire les expressions d'un verset du Lévitique (chap. xxvi, v. 4), a ainsi paraphrasé ces derniers mots :
VIS mffn pjn nbïT pNH nrnn; Al-'Harizi traduit littéralement : rna^Kn nfcn romann m.
Îi6 TROISIÈME PARTIE. — CHAP. XXX.
corps de ces peines , en faisan l cesser ces cérémonies fatigantes et inutiles et en nous donnant ses lois par Moïse , celui-ci nous annonça au nom de Dieu que, si Ton adorait ces astres et ces idoles (f), leur culte aurait pour conséquence que la pluie manquerait, que le sol serait désolé et ne produirait rien, que les fruits des arbres tomberaient, que des calamités atteindraient les relations sociales (*), et des infirmités les personnes, et que la vie humaine serait abrégée. C'est là ce qu'ont pour objet /<?* paroles de l'alliance que l'Éternel a conclue^. Tu trouveras ce môme sujet répété dans tout le Pentateuque , à savoir que le culte des astres amène la cessation de la pluie, la dévastation du sol, la destruction des relations sociales , les maladies du corps et la brièveté de la vie ; tandis qu'en abandonnant leur culte et en embrassant le culte de Dieu, on obtient la descente de la pluie , la fertilité du sol , l'amélioration des relations sociales , la santé du corps et la prolongation de la vie. C'est le contraire de ce que prêchaient les adorateurs des faux dieux, afin d'en propager le culte (4); car, ce qui est le but principal de la Loi , c'est de faire cesser cette croyance et d'en effacer la trace , comme nous l'avons exposé.
(1) Au lieu de OfcO!iNbN1> quelques mas. portent : DNDÏNbw; cette leçon est reproduite dans les deux versions hébraïques, qui ont rofîlJffi» et cet corps.
(2) Ibn-Tibbon traduit : OTiy^> D^H Dnpon IN^ï, ce qui n'eat pas bien clair. Le mot ^NUIN désigne ici les circonstances extérieures, Us relations sociales. Cf. ci-dessus, chap. xxvn (p. 213) : DM1?** ^NirïN V*ya JJD DnàjD , les relations mutuelles des hommes. Al-'Harizi traduit :
o-m ^aa prnn iaT.v
(3) Voy.Deutéronome, chap. xxvui;ces derniers mots sont empruntés au v. 69, qui termine le chapitre.
(4) Littéralement : afin quon les adorât. Les éditions de la version d'Ibn-Tibbon portent généralement: ty; les mss. et l'édition princeps ont correctement OffajPBf iy.