‹ Le guide des égarés;Chapitre 45 sur 93 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

On sait que notre père Abraham [la paix sur lui î ] fut élevé dans la religion des Sabiens W, qui croient qu'il n'y a pas d'au-

(1) Ainsi que je l'ai déjà fait observer dans mes Réflexions sur le culte des anciens Hébreux, p. 2 (publiées dans le t. IV de la Bible de M. Cahen), Maïmonide, comme beaucoup d'autres auteurs arabes de son temps, entend par le mot ri2Ng ou Sabiens tous les peuples païens en général. Les livres dans lesquels il avait puisé sa connaissance des cultes païens et dont il parlera plus loin lui donnèrent lieu de croire que ces cultes étaient en général basés sur l'astrolâtrie. Par conséquent, dans le langage de Maïmonide, religion des Sabiens signifie la même chose que paganisme. Dans le Coran (u, 59; v, 73; xxn, 17), les Sabiens Qj^Loil) sont mentionnés à côté des juifs et des chrétiens, comme une communauté religieuse possédant des livres révélés et ayant part à la vie future. On est généralement d'accord que les Sabiens du Coran sont les Mendaïtes ou chrétiens de Saint-Jean, qui, à cause de leurs fréquentes ablutions, sont appelés en syriaque ]^3Jf (ou ]"2V, selon la prononciation des Mcndaïles, qui suppriment le y), c'est-à-dire les Bapiistes. Voy. E. Castelli Lexicon-syriacum seorsim typis describi curavit atque sua adnotata adjecil, J. D. Michaëlis, p. 749. Les auteurs arabes, à partir de l'époque du khalife Al-Maraoun, donnent aussi le nom de Sabiens aux païens de 'Harran et de quelques autres villes de la Mésopotamie, totalement différents des Sabiens du Coran , ce qui a donné lieu à une grande confusion. On a fait de vains efforts pour trouver l'étymologie du nom de Sabiens appliqué aux païens. La conjecture qui a eu le plus de succès est celle de Pococke {Spécimen hisl. ar., p. 139), qui fait venir ce nom du mot hébreu armée, et qui y voit une allusion au culte des

tre Dieu que les astres <f). Lorsque, dans ce chapitre, je t'aurai

astres appelés □"'OtPn armée du ciel; mais cette étymologie n'est pas plus plausible que toutes les autres. Nous savons maintenant qu'il n'y a en réalité qu'une seule espèce de Sabicns, à savoir les Mendaïtes , mais que les païens de 'Harran , menacés d'être exterminés par le khalife Al-Mamoun , usurpèrent vers l'an 830 de l'ère chrétienne, sur le conseil d'un docteur musulman, le nom de Sabiens, et prétendirent être la secte mentionnée sous ce nom dans le Coran et recommandée par le prophèle à la protection des musulmans. Ce fait est rapporté dans le Kitab Al-Fihrut par Mohammed ben Is'hak al-Nedim (voy. l'extrait de ce livre donné par M. de llammer dans le Journal Asiatique, septembreoctobre 4841, p. 254 et suiv.). Il avait déjà été publié par Hottinger, Historia Oricntalis, p. 169, et, d'après lui, par Spencer, De Ugibus Hebrœorum rilualibus, I. H, cap. i, sect. 2 (p. 241 de l'édition de Cambridge, 1685, in-fol ). C'est surtout dans l'ouvrage publié sur les Sabiens par M. Chwolson, que le fait en question a été mis en lumière et appuyé de preuves nombreuses. L'auteur montre comment le nom de Sabiens, appliqué dans le Coran aux seuls Mendaïtes et employé dans ce sens par les auteurs arabes, jusqu'à l'époque d'Al-Maraoun, servit ensuite à désigner également les Harraniens et finit, au' VIe siècle de l'Hégire, par être employé dans le sens général de Païens. Voy. DieSsabier und der Ssabismus (2 vol. gr. in-8°, St-Pétersbourg, 1856), t. I, ch. vi, p. 139 et suiv., et tout le cbap. vin. Cet excellent ouvrage renferme de nombreux détails sur la religion des Harraniens, qui peuvent éclaircir plusieurs faits rapportes par Maïmonidedans ce chapitre et dans les suivants, ou notre auteur a pour but d'expliquer en grande partie les pratiques cérémonielles prescrites par Moïse, au moyen des usages superstitieux des Sabiens ou païens que les lois mosaïques tendaient à faire disparaître.

(1) Cette manière de considérer le paganisme en général se fonde sur l'Écriture-Sainte, qui ne parle que des païens de l'Asie occidentale, qu'elle présente en général comme adonnés au culte des astres représentés symboliquement par les idoles. Cf. ce que dit notre auteur dans son commentaire sur la M ischna, traité, Aboda Zarâ.ch. iv, § 7, et passim, et dans son Mischni Tora, I" partie, traité de l'idolâtrie, chap. i. C'est dans le môme sens que l'historien arabe chrétien Aboul-Faradj , dans plusieurs passages de son Histoire det Dynasties* se prononce sur le culte des Sabiens, nom par lequel, comme Maïmonide, il désigne tous les peuples païens. Voy. Chwolson, l. c, p. 254-55.

donné connaissance de leurs livres qui, traduits en arabe, se trouvent maintenant entre nos mains, ainsi que de leurs antiques annales CO^ et qu'à l'aide de ces documents je t'aurai révélé leur doctrine et leurs récits, lu reconnaîtras qu'ils y W déclarent expressément que les astres sont (ce qui constitue) la divinité (3), et que le soleil est le dieu suprême Toutes les sept planètes (5), disent-ils ailleurs, sont des dieux ; mais les deux luminaires (le soleil et la lune) en sont les plus grands. Tu verras qu'ils disent clairement que c'est le soleil qui gouverne le monde supérieur el le monde inférieur; c'est là ce qu'ils disent textuellement.

Dans leurs livres et annales, tu trouveras l'histoire de notre père Abraham qu'ils racontent en ces termes : Abraham, qui fut élevé à Coulha W, s'élant mis en opposition avec tout le monde

(1) L'auteur veut parler sans doute des récits prétendus historiques qui se trouvent dansY Agriculture Nabatéenne, dont il parle ci-après, p. 231 .

(2) Le mot NTOD (.Par eux» c.-à-d. par ces documents) manque dans plusieurs mss., et les deux versions hébraïques ne le reproduisent pas.

(3) Tous nos mss. ont nN^Nbtf au singulier ; de même Al'Harizi : ni bu DTO DrûlDN- Dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon, le pluriel nvrrtNn est une faute; les mss. ont fYinitwn.

(4) Cf. Schahrestani, p. 245 (trad. ail., t. Il, p. 68).

(5) Tous les mss. arabes ont: iïyaobN YNDî le mot YND a ici le sens de toutes (Cf. t. II, p. 318, note 5, et p. 334, note 5). Al- 'Harizi traduit exactement : D^MISn nyst? INI?. Ibn-Tibbon, ne « étant pas rendu compte du sens qu'a ici le mot VND, a traduit : npcnn Maisn IXW «les autres cinq planètes»; mais peut-être D'est-ce là qu'une correction maladroite des copistes.

(6) Coutha est, selon les géographes arabes, une ville située dans l'Irak babylonien, au sud de Bagdad et près du canal Nahr-Malca, entre l'Eophrale et le Tigre. Quelques auteurs modernes identifient ce Coutha des géographes arabes avec le district du même nom mentionné dans Ja Bible (II Rois, xvn, 24). Voy. Rosenmuller, BiblUche Alterthumskunde, 1. 1 , 2e partie , p. 29 et 74 ; Winer, Bibl. Realwôrterbuch , t. I , au mot Cutha. Le Talmud de Babylone (Baba bathra, fol. 91 à) paraît identifier NTO avec Ur-Kasdim, où, selon la Genèse, Abraham passa sa jeunesse, et que l'on considère comme le lieu de sa naissance.

en soutenant qu'il existe un efficient (de l'univers) autre que le soleil, on allégua contre lui divers arguments et on lui cita entre autres preuves Paction manifeste et évidente que le soleil exerce sur l'univers, « Vous avez raison , leur répondit Abraham : il est comme la cognée dans la main du charpentier. « On rapporte ensuite quelques-uns de ses arguments contre eux, et, à la fin du récit, on raconte que le roi fit emprisonner notre père Abraham > et que celui-ci , même dans la prison, persista longtemps à combattre leurs opinions. Enûn le roi, craignant qu'Abraham ne nuisît à son gouvernement et ne détournât les gens de leurs croyances religieuses, l'exila en Syrie (*), après avoir confisqué tous ses biens. Voilà ce qu'ils racontent (2>, et tu trouveras ce récit avec des développements dans {'Agriculture nabaîéenne (3>. Ils ne font point mention de ce que rapportent

(1) Tous les mss. arabes ont DNIP^N *ptD^>, vers la contrée de Syrie , tandis que la version d'Ibn-Tibbon porte mtOH n!Épb> « l'extrémité de Vorient; Al-'Harizi traduit plus exactement jjjja jnfc* rwpb IMN BHJH» il l'expulsa vers Vexlrémité du pays de Canaan. — On reconnaît dans ce récit un écho des traditions juives qui motivent l'émigration d'Abraham (Genèse, xi, 31) par les persécutions qu'il eut à subir dans son pays. Josèphe se borne à dire que les Chaldéens et autres peuples de la Mésopotamie s'étant soulevés contre lui, il crut bon d'émigrer (Antiquités, I, 7, § 1). Selon les traditions rabbiniques, Nemrod le fit jeter dans une fournaise, dont il fut miraculeusement sauvé (voy . mon ouvrage Palestine, p. 102 b). Cette tradition a trouvé place aussi dans quelques Pères de l'Église et dans le Coran, et les auteurs musulmans l'ont environnée de beaucoup de détails de leur imagination. Sur ces diverses traditions, on peut voir B. Beer, Leben Abrahams, nach Auffassung der jûdischen Sage, chap. II. Sur les traditions musulmanes en particulier, voy. d'Herbelot, Bibliothèque orientale, à l'article Abraham; Hyde, De religione velerum Persarum, p. 27 etsuiv. (2e édition); Beinaud, Monuments arabes, persans et turcs, t. I, p. 144 et suiv.

(2) Les mots «I2n tÔDri n'ont pas été rendus par Ibn-Tibbon.

(3) L'auteur donnera un peu plus loin de plus amples détails sur cet ouvrage célèbre. Voy. ci-après, p. 231, et t&uf., note 2.

(sur Abraham) nos traditions vraies (*), ni de la révélation qui lui arriva ; car ils l'accusaient de mensonge parce qu'il combattait leur opinion pernicieuse. Comme il était en opposition avec la croyance de tout le monde, on ne peut douter, je pense, qu'il n'ait été pour ces hommes égarés un objet de malédiction , de réprobation et de mépris. Or, comme il supportait cela pour l'amour de Dieu, aimant mieux professer la vérilé que d'être honoré t2), il lui fut dit : Je bénirai ceux qui te bénissent, et ceux qui te maudissent, je les maudirai , et tous les peuples de la terre se béniront par toi (Genèse, XII, 5); et, en effet, nous voyons aujourd'hui <3> la plupart des habitants de la terre le gloriûcr d'un commun accord et se bénir par sa mémoire, tellement que ceux-là même qui ne sont pas de sa race prétendent descendre de lui. Il n'a plus d'adversaires et personne n'ignore plus sa grandeur, à l'exception des derniers sectaires de cette religion éteinte (*) qui restent encore aux extrémités de la terre, tels que les Turcs mécréants à l'extrême nord, et les Indous à l'extrême

(t) Le texte arabe porte: NllNîiN, nos monuments , ce qui peut se rapporter aussi bien à l'Écriture sainte qu'aux traditions rabbiniques; la version d'Ibn-Tibbon porte ljn£D. Al-'Harizi paraît avoir lu np-fcttbN mNhN NVDT D^i; car il traduit : niJOfcOn lTTiniN TOT «Vu ce qui n'olTre pas de sens convenable.

(2) Littéralement : et qu'il préférait la vérité à son honneur. Ibn-Tibbon traduit inexactement rm^ ÏWyb pn pi, et il est juste d'agir ainsi pour sa gloire, c'est-à-dire pour la gloire de Dieu; Al-'Ilarizi a omis ce passage.

(3) Mot a mot : et l'issue (ou le résultat) en a été ce que nous voyons aujourd'hui.

(4) Littéralement : à l'exception des restes de cette secte évanouie ou perdue. L'auteur veut parler des partisans du sabisme, mot qui, pour lui, désigne le paganisme sous toutes ses formes variées. Sur le mot fi^O, cf. t. I, p. 340, note 2. Le participe rVioxiO^N, ou, comme ont quelques mss., rhOtO^N (i^oOi), signitie perdue, évanouie, éteinte, et c^t à tort qu'Ibn-Tibbon traduit : r6£tfn, vile. Un seul de nos mss. a ftTOiB^N, et cette leçon est reproduite par Al-'Harîzi, qui traduit:

sud ; car ceux-là restent attachés à la religion des Sabiens, religion qui embrassait toute la terre.

Le degré le plus élevé W auquel soit arrivée la spéculation des philosophes dans ces temps, c'était de s'imaginer que Dieu est l'esprit de la sphère céleste, c'est-à-dire que la sphère céleste et les astres sont le corps dont Dieu est l'esprit W. C'est ce que dit Abou-Becr Ben-al-Çayeg dans son commentaire sur YAeroasis (3). C'est pourquoi tous les Sabiens admettaient l'éternité du monde ; car, selon eux, le ciel est Dieu.

Ils soutiennent qu'Adam était une personne née d'un homme et d'une femme, comme les autres individus humains W; mais ils le glorifient, disant qu'il était prophète, apôtre de la Lune, qu'il invita au culte de la Lune , et qu'il composa des livres sur l'agriculture (5). Les Sabiens disent de même que Noé

(t) Sur le mot h^M, voy. le t. II, p. 217, note 1.

(2) En d'autres termes : la spéculation des plus anciens philosophes païens n'a pu s'élever tout au plus qu'à une espèce de panthéisme , comme, par exemple, celui de l'école ionienne. Cf. tome I, chap. lxx, p. 325.

(3) Sur ce philosophe, connu aussi sous le nom d'Ibn-Badja, voy. mes Mélanges etc., p. 383 et suiv. Son commentaire sur YAcroasUy ou Physique d'Aristoie, qui est aussi cité par Ibn-Abi Océibi'a (voy. tWd., p. 386), n'est point parvenu jusqu'à nous.

(A) Ce qui est une conséquence nécessaire de leur croyance à l'éternité du monde. Cf. Khozari, 1. I, § 1.

(5) Selon Y Agriculture Nabatéenne, Adami ou Adam, disciple d'un ancien sage nommé Yanbouschâd (voir Khozari, 1. I, § 61), aurait écrit raille feuillets dans lesquels il passait en revue les plantes qui viennent dans un pays et ne réussissent pas dans un autre, et détaillait leurs vertus et leurs propriétés utiles ou nuisibles; on lui attribuait aussi un grand ouvrage sur la nature des terres, leur différentes saveurs, leurs qualités, leurs productions. Voy. Quatremère, Mémoire sur les Nabatéens, dans le Journal Asiatique, mars 1835, p. 228. On lui attribue entre autres un ouvrage intitulé Livre des mystères de la Lune, et qui traitait de la génération artificielle des plantes. Voy. Chwolson, Ueber die Ueberreste der altbabylonischen Literatur in arabischen Ueberselzungeny dans le t. VIII des Mémoires présentés à l'Académie de Sl-Pétersbourg par

TROISlfeMR TARTIE. — CHAP. XXIX. 223

était agriculteur et qu'il n'approuvait pas le culte des idoles ; c'est pourquoi tu trouveras que Noé était un objet de réprobation pour tous les Sabiens, qui disent qu'il n'adora jamais aucune idole (*). Ils disent aussi dans leurs livres qu'il fut frappé et incarcéré parce qu'il se vouait au culte de Dieu , et ils font encore d'autres contes semblables. Ils soutiennent que Selh combattit l'opinion de son père Adam au sujet du culte de la lune et ils débitent des mensonges extrêmement ridicules qui dénotent un grand défaut de raisonnement et montrent qu'ils étaient plus que tous les autres hommes éloignés de la philosophie ; et certes C3) ils étaient d'une ignorance extrême.

divers savants (tirage à part, 1859, p. 166). Cf. ci-après, p. 233, et ibid., note 2.

(1) Voy. Quatremère, /. <?., p. 229, ou il est dit, d'après Y Agriculture Nabatéenne, que Noé passait pour auteur d'un grand ouvrage qui lui avait été inspiré par la lune, et oU l'on mentionne aussi une lettre qu'il écrivit à un ancien sage cananéen pour l'engager à quitter le culte dos planètes et à n'adorer que le seul Dieu éternel. (X les détails que M. Chwolson (f. c, p. 142 et 176) donne, d'après la même source, sur le sage nommé Anottha, qui n'est autre que Noé.

(2) Par le nom de Seth, l'auteur désigne sans doute le personnage qui, dans Y Agriculture Nabatéenne, est souvent mentionné sous le nom dlichtia, fils d'Adâmi, et qui passe pour le fondateur ou le propagateur de l'astrolâtrie et de toutes les superstitions qui s'y rattachent. Voy. Chwolson, /. c, p. 27. — M. Quatremère, à l'exemple de Maîmonide et de Juda Halévi, auteur du livre Khozari, reconnaît avec raison dans les noms d'Adâmi, d'ischila, d'Anou'ha et d'Ibrahim el-Kanaani, les noms bibliques d'Adam, de Seth, de Noé et d'Abraham (voy. le Journal Asiatique, l, c.y et le Journal des Savants, mars 1857, p. 147), et c'est en vain que M. Chwolson (i. c, p. 43-44), en faveur de son système insoutenable, combat cette identification.

(3) Le mot orUNI (pour lequel plusieurs mss. ont DÎT)) , je crois devoir le prononcer ^Ij, el certes. Les deux traducteurs hébreux lisaient DnJNI, ce qu'lbn-Tibbon traduit VflBn» et A'- Harîzi vn Mais cela ne se lie pas bien aux mots Vin (ty D^TIO).

224 TnOISIÈMK PARTIE. — CHAP. XXIX.

Ils racontent par exemple qu'Adam, sorti du climat du soleil (*>,

(i) Au lieu de DOtt^N, l'un des deux mss. de Leyde, n° 18, porte DNrtS; de môme la version d'Ibn-Tibbon a QNtrn (dans les éditions DNtPr0 1 ce qui, comme on sait, est le nom de la Syrie, y compris la Palestine. Al-'Harizi avait la même leçon , car il traduit le mot en question par ^iîn pN, terre de la beauté , expression qui chez les rabbins désigne la Palestine. Mais il serait absurde de penser ici à la Palestine ou à la Syrie, puisqu'il est dit immédiatement après que le pays dont il s'agit est près de l'inde. La leçon DDtfbN D^bpNi qu'ont presque tous les mss. ar., est d'ailleurs confirmée par d'autres passages de V Agriculture Nabatéenne, où il est également question de plantes apportées par Adam des contrées méridionales à Babylone. Voy., par exemple, le passage cité par M. Chwolson dans son Mémoire sur Tammuz : Ueber Tammuz und die Menschenverehrung bei den allen Babyloniern , dans le Recueil russe intitulé « Actes de l'Université impériale de St-Pétersbourg » pour Tannée 1859 (St-Pétersbourg, in-8°, 1860), p. 167. M. Chwolson traduit les mots DDB^N D^pK par Sonnenland ou « pays du soleil » (ibii.% p. 175), et il dit dans la noie 2 que ce pays, selon d'autres passages, était situé au midi de l'Inde proprement dite (c'est-à-lire du Pendjab), dont il était séparé par un désert. Le pays du soleil serait donc, selon M. Chwolson, le Dekhan. Il est vrai que le mot f-*^ climat, s'emploie souvent, chez les Arabes, dans le sens de région, contrée; mais aucun géographe ancien ou moderne ne connaît la dénomination de pays du soleil. Je crois donc que le mot D^pN a ici son sens ordinaire de climat, cl qu'on veut parler du 2e climat, qui renferme une grande partie de l'Inde. On sait que Plolémée et les géographes arabes divisent la partie habitée de la terre, du Midi au Nord, en sept zones appelées climats. Selon les Sabiens, comme on le verra plus loin , chaque climat se trouve sous l'influence et la direction d'une des sept planètes. Cf. l'ouvrage hébreu Schebilé Emounâ de R. Meir al-Dabi, II, 2 (édition d'Amsterdam, fol. 19 a):

131 Tûb 'QM Hj;2c6 nimNn « Lorsque le Créateur créa le monde, u il mil dans les astres une force au moyen de laquelle ils devaient doa miner la terre et la gouverner, et il distribua les pays entre les sept « planètes, etc. » Yakout, dans l'Introduction de son grand Dictionnaire géographique intitulé ^IjJLJI en parlant des sept climats, indique la planète respective qui domine sur chaque climat, selon l'opinion des Perses et des Grecs, et il dit que le 2* climat se trouve, selon

près de l'Inde, et pénétrant dans la région de Babylone, apporta avec lui des choses merveilleuses; entre autres, un arbre d'or qui végétait et avait des feuilles et des branches, un semblable arbre de pierre et une feuille d'arbre verte que le feu ne pouvait brûler. 11 (Adam) parla aussi d'un arbre qui pouvait abriter dix mille personnes, tout en n'ayant que la hauteur d'un homme W ; il en apporta avec lui deux feuilles, dont chacune pouvait envelopper deux personnes. Ils racontent encore une foule d'autres fables de ce genre; et il faut s'étonner que des gens qui croient que le monde est éternel admettent pourtant l'existence de ces choses reconnues naturellement impossibles par ceux qui se livrent aux études physiques (*). Ce qu'ils disent d'Adam et tout ce qu'ils lui attribuent n'a d'autre but que de

les Perses, sous l'influence de Jupiter (^SA.»,!!), et selon les Grecs (pgjil), sous celle du soleil »&H); le 4e climat, au contraire, se trouve, selon les Perses, sous l'influence du soleil, et selon les Grecs, sous celle de Jupiter (mss. arabe de la Bibliothèque impériale, supplément, n° 886, au commencement). Je crois donc que les mots de notre passage TIfcODbN DDff^ U'bpX p ïîD XUb doivent s'entendre ainsi : c lorsqu'il sortit de la région du climat du soleil (c'est-à-dire du 2« cli- « mat) qui est voisine de l'Inde. » On ne saurait penser ici au 4* climat, dont aucune région n'est voisine de l'Inde. Nous rappellerons que l'Inde est aussi, d'après la tradition musulmane, le lieu du premier séjour d'Adam après sa chute. Chassé du paradis, dit cette tradition, il tomba sur la montagne de Serandib, qui est l'île de Ceylau. Voy. d'Herbelot, Bibliothèque orientale, p. 55 b.

(1) Tous les mss. ar. ont fiONp NH^CD ♦ dont la longueur était d'une stature d'homme. La traduction d'Ibn-Tibbon, U1H n01p3, est équivoque, et les traducteurs modernes, tels que Buxtorf et Scheier, ont cru qu'il s'agissait de la stature d'Adam. Al-'Harizi traduit avec plus du précision : nriN noip.

(2) L'auteur veut dire qu'il faut s'étonner que les Sabiens, qui admettaient, comme les philosophes, l'éternité du monde, et qui, par conséquent, devaient croire que tout, dans la nature, était soumis à une loi éternelle et immuable, aient pu cependant croire tant de choses qui sont en opposition manifeste avec les lois de la nature.

TOM. m. 45

fortifier leur opinion concernant l'éternité du monde, afin d'en tirer la conclusion que les astres et la sphère céleste sont la divinité ('). Mais lorsque grandit celui qui fut la colonne du monde <2), ayant reconnu qu'il existe un Dieu séparé W , qui n'est ni un corps, ni une force dans un corps, et que tous ces astres et toutes ces sphères étaient ses œuvres, et ayant compris l'absurdité de tous ces contes avec lesquels il avait été élevé, il commença à réfuter leur doctrioe et à montrer la fausseté de leurs opinions ; il se déclara publiquement leur adversaire et proclama le nom de l'Éternel Dieu de l'univers (*) , proclamation qui embrassait à la fois l'existence de Dieu et la création du monde par ce même Dieu.

Conformément à ces opinions sabiennest ils élevèrent des statues aux planètes, des statues d'or au soleil et des statues d'argent à la lune W, et ils distribuèrent les métaux et les climats aux planètes disant que telle planète est le Dieu de tel

(t) Tous nos mss. ont : TIN^N 1H; le pronom masculin singulier s'accorde, par une espèce d'attraction , avec le mot suivant. Ibn-Tibbon et AI-'Harîzi ont mî>Nn 071, comme s'ils avaient lu dans leur texte arabe NI, ce qui serait plus naturel.

(2) C'est-à-dire, lorsque Abraham sortit de l'enfance. Les mots HlDy O^HJJ bv> colonne du monde, forment une épilhète souvent donnée à Abraham, qui le premier combattit l'idolâtrie et proclama l'existence du Créateur. L'auteur emploie cette épithète dans le Mischnê Tora,

traité de Y Idolâtrie, ch. I, § 2. Le verbe ifiô, qui signifie croître, grandir, a été inexactement rendu dans la version d'Ibn-Tibbou par et dans celle d'Àl-'Harîzi par -ftu.

(3) Sur le sens du mot voy. t. Il, p. 31, note 2.

(4) Voy. Genèse, xxi, 33, et 1. 1, p. 3, note 2.

(5) Cf. la description des temples des Sabiens par Schems ed-Din Dimeschki, dans l'ouvrage Die Ssabier de M. Chwolson, t. Il, p. 380 et ruiv., et notamment celle des temples du soleil et de la lune, p. 390 et p. 396.

(6) C'est-à-dire, ils assignèrent à chaque planète l'un des sept métaux et des sept climats, attribuant à chaque planète une influence sur l'un des climats, et, comme les alchimistes du moyen âge, une parti-

climat. Ils bâtirent des temples dans lesquels ils placèrent des statues , et ils prétendirent que les forces des planètes s'épanchaient sur ces statues , de sorte que celles-ci parlaient (*) , comprenaient, pensaient, inspiraient les hommes et leur faisaient connaître ce qui leur est utile. Ils parlent dans le même sens des arbres échus en partage à ces planètes : si (disent-ils), on consacre tel arbre à telle planète, en le plantant au nom de cette dernière, et en employant pour lui et avec lui W tel ou tel

cipation à la formation des métaux. Les écrivains orientaux comptent sept métaux, qui sont : l'or, l'argent, le cuivre, le plomb, le fer, l'étain et un appelé le Khar-sini (fer de Chine). Voy. Kazwini, dans la Chrestomaihie arabe de M. Silvestre de Sacy, t. III, p. 390. Selon les Sabiens, l'or est attribué au soleil , l'argent à la lune, et ainsi de suite. Voy. Dimeschki, /. c, p. 411. Quant aux sept climats, nous avons déjà dit que Yakout en indique les rapports avec les planètes selon les Perses et les Grecs. Selon les Perses, l'ordre respectif des planètes présidant à chaque climat est conforme à l'ordre naturel des planètes en commençant par la dernière; ainsi Saturne préside au 1er climat, Jupiter au 2e, Mars au 3*, le soleil au 4e, Vénus au 5°, Mercure au 6°, la lune au 7e. Selon les Grecs, c'est l'ordre suivant : Saturne, soleil, Mercure, Jupiter, Vénus, lune, Mars. Dimeschki, dans sa description des temples consacrés aux planètes (/. <?., p. 382 et suiv.), suit l'ordre adopté par les Perses; de même Ibn-Kzra, dans son ouvrage astrologique RéschithUokhma, ch. iv, en parlant de l'influence exercée par chaque planète sur les choses sublunaires. Si notre explication des mots DDE^N D^pN (p. 224, notel) est exacte, l'auteur de Y Agriculture Nabatéenne aurait suivi l'ordre adopté par les Grecs.

(1) Il manque ici, dans les éditions de la versiou d'Ibn-Tibbon, les mots enn D"*obîfr» qui se trouvent dans les mss. de cette version. Après les mots DNi^Ô TTini* inspiraient les hommes, Ibn-Tibbon a supprimé avec raison les mots OfcOXM^M 'JJW » i* veux parler de ces statues, qu'a le texte arabe, mais qui sont superflus.

(2) Les mois npq tyfîl se trouvent dans tous nos mss., à l'exception du ms. de Leyde,n° 221. Us sont reproduits dans la version d'Ibn-Tibbon, qui porte : ï21lb nirjn- Pococke, qui, dans son Spécimen Hist. Ar., p. 142, a publié le texte arabe de tout ce paragraphe, a omis les deux mou en question.

procédé, la force spirituelle W de celle planète s'épanche sur cel arbre, inspire les hommes et leur parle dans le sommeil. Tu trouveras tout cela textuellement dans leurs écrits, sur lesquels j'appellerai ton attention. Tels furent les prophètes de Baal et les prophètes d'Aschérâ, dont il est parlé chez nous W et dans lesquels s'étaient fortifiées ces idées, de manière qu'ils abandonnèrent l'Éternel W et s'écrièrent : O Baal, exauce-nous ! (I Rois, XVIII, 26.) Ce qui en fut la cause, c'est que ces opinions étaient très-communes, que l'ignorance élait répandue, et que le monde était alors généralement plongé dans, les folles imaginations de cette espèce ; il se forma donc chez eux (les Hébreux) des idées qui donnèrent naissance aux pronostiqueurs, aux augures, aux sorciers, aux enchanteurs, aux évocateurs, aux magiciens et aux nécromanciens (*).

(1) Sur le mot îT3Nrm, ?oy. 1. 1, p. 281, note 2. Sur ce paragraphe en général, cf. Schahresiâni , p. 244 et suiv. (trad. ail., t. II, p. 66 et suiv.), et Pococke, /. c.9 p. 139 et suiv. Ce dernier fait ressortir (p. U3) que, selon Schahresiâni, les Sabicns ne voyaient dans les forces spirituelles des astres que des êtres intermédiaires au-dessus desquels est le Seigneur des seigneurs ou le Dieu suprême, ce qui est contraire à l'idée que Maïmonide donne de la religion des Sabiens ; mais nous croyons que Schahresiâni s'est laissé induire en erreur par les écrits de quelques Sabiens de Harran , qui avaient mêlé ensemble les croyances des anciens païens chaldéens avec les doctrines philosophiques des néoplatoniciens.,

(2) C'est-à-dire, dont il est parlé dans nos livres sacrés. Voy. I Rois, chap. xviii, v. 19. L'auteur en disant tels furent se reporte au mode d'inspiration dont il vient de parler, et le sens est : de cette manière forent inspirés les prophètes de Baal etc.

(3) Par les mots hébreux w hn "Cty, qui se trouvent ici dans le texte arabe, il est fail allusion à un passage d'Isaïe, chap. I, v. 4.

(4) L'auteur reproduit ici en hébreu les mois du Deuléronome, chap. xviii, v. 10 et 11, qui désignent diverses espèces de devins, de magiciens et de nécromanciens. Ce n'est pas ici le lieu de ciler les différentes opinions sur l'élymologie et le vrai sens de chacun de ces mois, et nous nous sommes contenté d'y substituer des mots français d'un sens approximatif.

Nous avons déjà exposé, dans notre grand ouvrage Mischné TôrâM, que notre père Abraham commença à réfuter ces opinions par des arguments et par une prédication pleine de douceur qui lui gagnait les hommes, et qu'il les attira au culte de Dieu en les traitant avec bienveillance. Lorsque ensuite le prince des prophètes parut W, il réalisa l'intenlion (d'Abraham), en ordonnant de tuer ces hommes (idolâtres), d'en faire disparaître les traces et d'en détruire la racine [Vous démolirez leurs autels, etc. (3)]t et en défendant de suivre en quoi queco soit leurs coutumes : et vous ne suivrez pas les lois de la nation, etc (Lév., XX, 23^. Tu sais par de nombreux passages du Pentateuque que la Loi avait principalement pour but de faire cesser l'idolâtrie, d'en effacer la trace, (de faire disparaître) tout ce qui s'y rattache, jusqu'à son souvenir môme, et tout ce qui peut conduire à une de ses pratiques [telles que l'évocation, la magie, le passage par le feu (4), la divinalion, l'art de pronostiquer et d'augurer, la sorcellerie, l'incantation et la nécromancie] , et enfin d'avertir qu'on doit se garder de faire même le simulacre de ces pratiques, et à plus forte raison de les imiter elles-mêmes. On déclare expressément, dans le Pentateuque, que toutes les choses par lesquelles ils croyaient rendre un culte à leurs divinités et

(1) Voy. la I" partie du Mischné Tora, traité Aboda Zara (de l'idolâtrie), ebap. I, § 3.

(2) Littéralement : fut inspiré. Le mot 13a qu'ont tous les mss. doit être prononcé comme prétérit passif : ^li.

(3) Voy. Exode, xxxiv, 13; Deutéronome, vu, 5. Les mots DnWQTD pîtnn , tels qu'ils sont cilés dans tous les mss. ar., ainsi que dans les versions d'Ibn-Tibbon et d'Al-'Harîzi, ne se trouvent que dans un passage du livre des Juges, chap. n, v. 2; dans le passage de l'Exode, on lit OrîrûîO r>N , et dans celui du Deutéronome lîinn. L'auteur a confondu dans sa mémoire ces différents versets. Voy. ci-après, p. 543, note 1 .

(4) On sait que les adorateurs du Moloch brûlaient leurs enfants ou les faisaient passer par le feu en l'honneur de ce Dieu. Voy; Palestine ; p. 90 a et 91 b.

s'approcher d'elles étaient en haine et en abomination à Dieu ; c'est ce que dit ce passage : car tout ce qui est en abomination à l'Éternel, tout ce qu'il hait, ils Vont fait pour leurs dieux (Deut., XII, 31). Oq rapporte, comme tu le trouveras dans leurs livres que je te ferai connaître , que, dans certaines circonstances , ils offraient au soleil, leur dieu suprême, sept scarabées, sept souris et sept chauves souris. Certes, cela seul suffît pour inspirer du dégoût à la nature humaine. — Tous les commandements donc qui ont pour objet d'interdire l'idolâtrie et tout ce qui en dépend, qui peut y conduire, ou qui est en rapport avec elle, sont d'une utilité évidente; car tous ils ont pour but de nous préserver de ces opinions pernicieuses, qui nous détournent de tout ce qui est utile pour arriver aux deux perfections W, en nous donnant ces folles préoccupations dans lesquelles nos ancêtres ont été élevés, — Au delà du fleuve démettraient jadis vos ancêtres, Taré, père d'Abraham et de Kachor, et ils adoraient des faux dieux (Josué, XXIV, 2), — et dont les prophètes véridiques ont parlé en disant : Ils ont suivi des choses vaines qui ne sont d'aucun profit (*). Grande est donc l'utilité de tout commandement qui nous préserve de cette grave erreur et qui nous ramène à la vraie croyance, à savoir, qu'il y a un Dieu créateur de toutes ces choses, que c'est lui qu'il faut adorer, aimer et craindre, et non pas ces divinités imaginaires, et que, pour s'approcher du vrai Dieu et se concilier sa bienveillance, on n'a nul besoin de toutes ces pratiques pénibles, mais qu'il suffit de Y aimer et de le craindre, deux choses qui sont le véritable but du culte divin, comme nous l'exposerons : Et maintenant , 6 Israël ! que te demande

(1) Voy. ci-dessus, chap. xxvu.

(2) Nous avons reproduit cette citation telle qu'elle se trouve dans tous les mss. du texte arabe , ainsi que dans les rass. et les éditions de la version d'Ibn-Tibbon. l/auteur a confondu ici deux passages bibliques : dans l'un, on lit : î^jp ï^yy *6 iffK Wnn nn«

(I Sam., xii, 21); dans l'autre : )3^n l^yr1 nnNl (Jérémie, n, 8). Al-'Harizt a corrigé la citation en rétablissant le passage de Jérémie.

l'Éternel ton Dieu, etc.? (Deutér., X, 12.) Plus loin, je m'élendrai davantage sur cette idée. — Revenant maintenant à mon sujet, je dis que ce qui m'a fait comprendre le sens d'un grand nombre de commandements et ce qui m'en a fait connaître la raison, c'est l'étude que j'ai faite des doctrines des Sabiens, de leurs opinions, de leurs pratiques et des cérémonies de leur culte. C'est ce que tu verras, quand j'exposerai ce qui a motivé ces commandements, qu'on croit être sans raison aucune. Je vais donc te parler des livres W par lesquels tu peux apprendre tout ce que je sais moi-même des doctrines et des opinions des Sabiens, afin que lu acquières la certitude que tout ce que je dirai pour motiver ces commandements est la vérité.

Le plus grand ouvrage sur ce sujet est l'Agriculture Nabatienne, ouvrage traduit par Ibn-Wa'hschiyya W. Je te ferai sa-

(1) Le mot D^TïfîD, dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon, est une faute d'impression; les mss. de cette version ont D^ÊDH.

(2) Abou-Bekr A'hmed ben 'Ali Ibn-Wa'hschiyya, issu d'une famille nabatéenneou chaldéenne qui avait embrassé l'islamisme, fit paraître, en 291 de l'Hégire (904 de J. C), un vasteouvrage intitulé *aIû*J| JU**àJI, l'Agriculture Nabatéenne, qu'il disait avoir traduit du chaldéen, et auquel il donnait pour auteur un ancien sage chaldéen nommé Kolhàmi. Celui-ci cile beaucoup d'auteurs plus anciens, en tête desquels nous remarquons Dewanai, Çaghrilh et Yanbouschad, ce dernier, précepteur d'Adâmi ou Adam (cf. le Khozari, 1. 1, § 61). L'ouvrage en question renferme, à côté de beaucoup de théories agronomiques rationnelles, une foule de fables absurdes et des renseignements prétendus historiques sur les Kananéens, les Chaldéens et les Assyriens. Cet ouvrage, qui n'était d'abord connu des savants d'Europe que par les citations de Maîmonide, a été, dans ces derniers temps, l'objet d'un examen plus sérieux. M. Étienne Quatremère, qui n'avait à sa disposition que la 2« et la 3e partie de l'ouvrage (ras. ar. de la Bibliolh. impér , n° 913), fait remonter Kothâmi jusque vers le commencement du VIe siècle avant l'ère chrétienne. Voy. Mémoire sur Us ISfibatéens, dans le Journal Asiatique, mars 1835, p. 231 et suiv. M. Chwolson, qui avait sous les yeux les mas. de L^yde et de Saint-Pétersbourg, renfermant l'ouvrage entier divisé en neuf parties, est arrivé à un résultat bien autrement étonnant; selon loi, la composition de Y Agriculture Nabaiéenne par Kothàmi remon-

voir, dans le chapitre suivant, pourquoi les Sabiens ont inscrit leurs doctrines religieuses dans les traités d'agriculture. Ainsi, le livre en question est rempli des folles idées des idolâtres et de ce qui peut attirer et captiver les esprits de la foule ; on y parle

terail au moins au XIVe siècle avant l'ère chrétienne. Voy. le mémoire cité ci-dessus, p. 222, note 5. Il n'a pas été difficile, pour dos auteurs plus habitués que M. Chwolson à manier la critique historique, de démontrer tout ce que sa thèse a d'exorbitant. Déjà Spencer avait pensé que cet ouvrage et les écrits sabiens en général devaient appartenir à cette littérature pseudépigraphique qui prit un si grand développement dans les premiers siècles de l'ère chrétienne :

« Conjicerem autem, si res tam obscura conjecturam pateretur, eos (libros) sub expirantis judaismi terapora primilus in lucem irrepsisse. Nam, sub aîtatem illam , arlium magicarum et opinionum infamium magistri libros haud paucos, illustrium virorum nomina praeferenles, in vulgus emisere; quorum alii Judseorum, alii gentilium, alii iiaereticorum, ingeniis maie feriatis originem debuere. Nam Adee revelalio, Sethi libri septem, Enochi liber, Apocalypsis Abrabami, patriarcharura duodecim testamentum, Noachi volunien ethiopicum, Bileami elSulomonis scripla, Vita Mosis, et alii consimiles libri, paisima palribusmemorati, Judeos habuisse authores videntur. . . Verisimile est i laque Zabios antiquos tum pt îmura fœtus suos déformes, Hermetis, Abrabami vel Sethi noujine decoratos, evulgasse, cum artium infamium professores hac fallendi ratione passim utereniur. » Voy. De legibu* rilualibus Hebrœorum^ édit. in-fol., Cambridge, 1685, p. 242-243. De nos jours, M.Meyer, le savant historien de la botanique, qui ne connaissait V Agriculture Nabatcenne que par les nombreux extraits qu'en ont donnés lbn-al-Awam et Ibn Beilâr, a cru y reconnaître de nombreux emprunts faits à la science grecque, et a allégué d'autres arguments solides contre la haute antiquité que H. Quatremèrc avait cru pouvoir attribuer au traité en question. Voy. Geschichle der Botanik, t. III. p. 43 etsuiv. De son côté, M. Er. Renan, dans son analyse du mémoire de M. Chwolson , est arrivé au môme résultat que Spencer, en soutenant que V Agriculture Nabalécnne et les autres écrits de celte nature ont en général le caractère des écrits pseudépigraphiques des premiers siècles de l'ère chrétienne. Voy. Mémoire sur ïâge du livre intitulé Agriculture Nabatéenne , dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et Belles-Lettres, t. XXIV, I" partie, p. 139 etsuiv. Entin, M . Al. de Gutschmidt a soumis le mémoire de M. Chwolson à une critique

des talismans, de la coopération des esprits (des astres) 0), de la magie, des démons et des goules qui habitent les déserts. On y débite incidemment de grandes folies, qui font rire les hommes intelligents et par lesquelles on prétendait insuller aux miracles manifestes, qui faisaient savoir aux habitants de la terre qu'il y a un Dieu qui les gouverne tous, comme il est dit : Afin que tu saches qu'à VÉternel appartient la terre (Exode, IX, 29), et dans un autre passage: Car, moi V Éternel, je suis au milieu de la terre (ibid., VIII, 18). On y raconte aussi qu'Adam, le premier homme (2), rapportait dans son livre qu'il y avait dans l'Inde un

raisounéeet très-approfondie, par laquelle il a été amené à soutenir que l'ouvrage publié par Ibn- Wa'hscliiyya comme une traduction du chaldéen a été composé par lui-même en arabe et n'a jamais existé en chaldéen. Voy. Die nabalâische Landwirlhschaft und ihre Geschwister, dans la Zeitschrift der D. M. Gesellschaft , t. XV (1860), p. 1-1 10. Nous ne pouvons pas entrer ici dans de plus longs détails, et nous nous proposons de revenir sur ce sujet dans nos Prolégomènes. — Quoi qu'il en soit, il faudra reconnaître que l'auteur de {'Agriculture Nabatéenne, Chaldéen ou Arabe, a dû se servir, pour cette compilation, de documents anciens, et qu'il a pu nous conserver des traditions d'une haute antiquité. Maïmonide ne pouvait puiser ses renseignements sur les anciennes religions païennes que dans des ouvrages arabes, et il nous assure lui-même qu'il avait lu tout ce que la littérature arabe pouvait lui offrir d'intéressant sous ce rapport. Voy. sa Lettre aux docteurs de Marseille, dans le Recueil des Lettres de Maïmonide, édition d'Amsterdam, fol. 7 a : n^O î"y TttOp 031

-kpn <ny peto m pya idd obijn ^ wa nbv ^ norias thti vray ia Tuani Yiwip -m* nj? mrort ikto mut îpTiyn

mjn f)lD "ly. Sans ajouter foi lui-même à la haute antiquité de Y Agriculture Nabatéenne et des autres ouvrages sabiens (cf. ci-après, p. 238, note 1), il a cru y trouver des documents anciens pouvant servir à jeter une vive lumière sur certaines coutumes des Hébreux et sur certaines pratiques prescrites par la loi de Moïse.

(1) Voy. tome I, p. 281, note 1.

(2) Par les mots pronn OIN» Maïmonide désigne l'ancien sage qui, dans l'Agriculture Nabatéenne, est appelé tantôt Adam, tantôt Adami, et qu'il identifie à juste titre avec l'Adam de l'Écriture sainte. Ibn-Wa'hschiyya, imbu des traditions musulmanes et oubliant son rôle de tra-

arbre dont les branches, si on les prend et qu'on les jetle par terre, se meuvent chacune en rampant comme les serpents; qu'un autre arbre, dont la racine a une forme humaine, fait entendre un son rauque et laisse échapper des mots isolés; qu'un homme, en prenant les feuilles d'une certaine herbe [dont on donne la description], et en les mettant dans son sein, se rend invisible, de sorte qu'on ne voit pas où il entre ni d'où il sort ; et qu'enûn si avec cette même herbe on fait des fumigations en plein air, on entend dans l'atmosphère, tant que la fumée monte, un bruit et des sons effrayanls. Des fables pareilles s'y débitent en grand nombre dans le style (f) d'un simple ex posé (*) sur les qualités remarquables des plantes et sur les particularités de la nature, de sorte qu'on parait insulter aux miracles et faire croire que ceux ci s'accomplissaient par des artifices G).

Une des fables de ce livre (de V Agriculture Nabatéenne) est celle relative à l'arbuste de YAlthœa, une de ces plantes qu'on employait comme Aschérôlh W, ainsi que je te l'ai fait savoir.

ducteur d'anciens livres chaldéens, ajoute aussi quelquefois à Adam l'épithète de (j^jt, notre père, ou de ^AaJI jf\, père de Vhumanité. Voy. le mémoire précité de M. Chwolson, p. 24, note 33, et p. 174. Selon V Agriculture Nabatéenne, Adam est le père des Chaldéens, mais non celui des Assyriens (ibid., p. 44, note 81, et Gutschmidt, l. e., p. 33); s'il est appelé père de l'humanité, c'est, dit M. Chwolson (p. 174), que par ses doctrines et par ses écrits il était devenu le bienfaiteur de l'humanilé.

(1) Sur le sens du mot (j©>*ii cf. le t. II, p. 127, note 4.

(2) L'auteur veut dire qu'en débitant ces fables, on n'a pas du tout l'air de raconter quelque chose d'extraordinaire, et on semble exposer bimplement ce qu'il y a de remarquable dans la nature des plantes.

(3) C'est-à-dire, en employant des procédés puisés dans l'étude des sciences naturelles.

(4) Le mot biblique rntPN a été tantôt traduit par bei* sacré, tantôt considéré comme synonyme d'Astarti; l'auteur l'applique en général à des plantations faites en l'honneur des divinités. Cf. Spencer, De legibus rit. Hebr., 1. II, c. 16 (édit. Cambridge, p. 396 etsuiv.). — La traduction littérale de ce passage est celle-ci : une des fables de es livre , c'est que

On rapporte que cet arbuste, après avoir été placé douze mille ans à Ninive, eut une querelle avec la mandragore, qui voulait prendre sa place, et que le personnage que cet arbuste (VAlthœa) inspirait resta pendant quelque temps privé de ses révélations ; ensuite, en l'inspirant de nouveau , il lui raconta qu'il avait été occupé à plaider avec la mandragore, et il lui ordonna d'écrire aux Cbaldéens M, pour que ceux-ci jugeassent leur cause et déclarassent laquelle des deux plantes, de VAlthœa ou de la mandragore, est préférable pour leur magie et d'un plus fréquent emploi. C'est toute une longue fable W, et si lu la lis, lu pourras juger par là de l'intelligence des nommes de ces temps et de l'étal de leurs sciences. Tels furent dans ces jours de ténèbres les sages de Babylone auxquels il est fait allusion <3); car ce furent là les croyances religieuses dans lesquelles ils avaient élé élevés. Si la croyance à l'existence de Dieu n'était pas si généralement reconnue dans les religions actuelles, il y aurait de nos jours des ténèbres plus épaisses encore que celles qui régnaient dans ces temps-là; cependant il y en a à d'autres égards (*). Mais revenons à notre sujet.

Carbuste de Calthœa, qui est une des Aschéroth qu'ils faisaient, comme je te Cai fait savoir, que cet arbuste était, dil-onx etc. Le mot ^«Ufc ou *»»Vi^ est le nom d'une plante malvacée, Yalthœa ou la guimauve. Dans la Miscbnâ (Kilalm, chap. I, § 8), elle est, selon quelques commentateurs, désignée par le mot rPD^n.

(1) Le mot chaldéen est ici employé dans le sens de magicien. Dans quelques mss. le mot pJN-lWb est remplacé par ]"iNrT)"M, mot qui désigne les hommes inspirés par les esprits présidant aux astres, aux éléments, aux plantes, etc. La version d'Ibn-Tibbon porte D"lW»i mot qui , dans les éditions , a élé travesti en D^HÏl ; la version d'Al-' Harîzi porte D"3nvn Vn«

(2) M. Chwolson parle incidemment de celle fable qu'il a retrouvée dans le mss. de Leyde, n° 303 a, p. 102 et suiv. Voy. Ueber Tammuz, t. c.% p. 165, noie 3.

(3) Voy. le livre de Daniel, chap. n, v. 12, 14, 18, 24, 48; chap. iv, r. 3; chap. v, v. 7.

(4) Selon Moïse de Narbonne , l'auteur ferait ici allusion aux nom-

Dans le livre en question , on raconte au sujet d'un personnage d'entre les prophètes de l'idolâtrie, qui s'appelait Tammou%y qu'il invita un certain roi à adorer les sept planètes et les douze signes du Zodiaque. Ce roi le fit mourir d'une manière cruelle (*); et on rapporte que, la nuit de sa mort, toutes les idoles des différentes contrées de la terre se réunirent dans le temple de Babylone, auprès de la grande statue d'or, qui est celle du soleil. Cette statue, qui était suspendue entre le ciel et la terre, vint se placer (*) au milieu du temple, et toutes les autres statues se placèrent autour d'elle. Elle se mit à faire Poraison funèbre de Tammouz et à raconter ce qui lui était arrivé; toutes les idoles pleurèrent et gémirent pendant toute celte nuit, et au matin elles s'envolèrent et retournèrent à leurs temples dans les différentes contrées de la terre. De là vient cette coutume perpétuelle de gémir et de pleurer sur Tammouz, au premier jour du mois de Tammouz (juillet); ce sont les femmes (3) qui le pleurent et qui récitent son éloge funèbre (*). — Applique ton attention à tout

breuses superstitions qui régnaient de son temps, telles que la croyance à l'efficacité des amulettes et des noms saints imaginaires , à l'existence des génies malfaisants, etc. Cf. le tome I, ch. lxi , p. 271, et ch. lxu , p. 278-79. — Le sens de notre phrase est celui-ci : si la croyance à . l'existence de Dieu n'était pas maintenant si généralement répandue,— ce qui nous empêche de tomber dans le polythéisme et l'idolâtrie,nous ne serions peut-être pas plus éclairés que les anciens païens, a en juger par les nombreuses superstitions qui régnent encore parmi nous.

(1) On raconte que le roi lit broyer ses os dans un moulin vt qu'il en fit jeter la poudre au vent. Voy. le Kitûb al-Fihrist, ap. Chwolson, Die Ssabier, tome II, p. 27.

(2) Au lieu de rpis, quelques mss. ont JjpiB, tomba ; de même Ibn- Tibbon et Al-'Harizi bfîn.

(3) Dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon, il faut ajouter après vty "nSD'1 le mot qto qui manque dans les éditions, mais qui se trouve dans les mss. A la fin de la phrase, les mots D1K '33 qu'ont aussi les mss. doivent être effacés.

(4) La légende de Tammouz, que l'auteur rapporte ici en abrégé, est tirée de la deuxième partie de l'Agriculture Nabatéenne (ms. ar. de la Bibïioth. imp., n° 913, fol. 8 et 9), où Ton trouve de longs détails sur

cela, et tu comprendras quelles furent les idées des hommes de ces temps là; car celle légende de Tammouz est d'une trèshaule antiquité parmi les Sabiens. Par le livre en question, tu pourras connaître la plupart des folles idées des Sabiens, ainsi que leurs pratiques et leurs fêles.

Quant à ce qu'ils racontent de l'aventure d'Adam, du serpent, de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, où il est aussi fait allusion à une manière de se vêtir peu accoutumée il faut

la mort et le deuil de Tammouz, ainsi que sur Yanbouschad , qui eut une tin semblable. Tout ce passage a été publié récemment en arabe, avec une traduction allemande, par M. Chwolson, dans son Mémoire sur Tammouz (Ueber Tammouz, l. c, p. 12tf et suiv.). On y lit entre autres que toutes les légendes relatives à Tammouz étaient réunies dans un recueil particulier, et que les Babyloniens les récitaient dans les temples avec des pleurs et des gémissements. Il y est dit encore que Tammouz a donné son nom à l'un des mois babyloniens (juillet) et que tous les autres mois tiraient également leur nom de certains sages de la haute antiquité (cf. Makrizi, op. Chwolson, Die Ssabier, t. II, p. 606). Le prophète Ézéchiel (VIII, t i) fait allusion au deuil de Tammouz, célébré par des femmes. Il parait résulter de ce passage que Tammouz est le nom d'un dieu, et ce n'est peut-être pas à tort que déjà S. Jérôme l'a idenlitié avec Adonis, pleuré par des femmes au jour anniversaire de sa mort cruelle. Le lexicographe syrien Bar-Bahloul, au mot Tammouz, raconte la légende d'Adonis, qu'il identifie par conséquent avec le dieu Tammouz, qui a donné son nom à l'un des mois des Syriens. Voy. le Dictionnaire syriaque de Castell, publié par J. D. Michaelis, p. 964. L'identité de Tammouz et d'Adonis a été généralement admise par les savants moJernes, quoique la légende d'Adonis diffère d'une manière très-notable de celle que Y Agriculture Nabatcennc rapporte sur Tammouz. C'est surtout en s'appuyant sur l'autorité de ce dernier livre que M. Chwolson, dans son Mémoire sur Tammouz, a cru devoir contester l'identité de celui-ci avec l'Adonis des Phéniciens et des Grecs; mais on a déjà vu que celte autorité est peu imposante. Nous n'avons pas ici à entrer dans des détails sur ces sujets, et nous nous contentons de renvoyer aux observations critiques de M. Alfred de Gutscbmidt, l. c, p. 52-53.

(1) Nous ignorerons peut-être à jamais quelles étaient, sur ces diffé-

(e bien garder de le laisser troubler l'esprit et de t'imaginer que ce qu'ils disent soit jamais arrivé à Adam ou à un autre. Ce n'est nullement une histoire réelle, et la plus légère réflexion le fera reconnaître que tout ce qu'ils ont rapporté dans cette fable n'est que mensonge. Tu reconnaîtras que c'est une histoire qu'ils ont copiée du Pentaleuque. Lorsque ce livre se fut répandu parmi les sectes religieuses et que celles-ci, ayant entendu le texte du récit de la création, le saisirent entièrement dans le sens littéral, ils (les Sabiens) forgèrent (*î cette histoire en question, aûn que les hommes inexpérimentés qui l'entendraient fussent induits à croire que le monde est éternel et que cette histoire, rapportée dans le Pentateuque, était réellement arrivée telle qu'ils la racontaient (3). Bien qu'un homme comme loi n'ait

rente pointe, les traditions rapportées par Y Agriculture Nabatéenne. M. Chwolson nous dit que dans le seul ms. complet de la Bibliothèque de Leyde, n° 303, il manque à la fin du 1er volume 40 feuillets, qui ont été égarés à Leyde et qui contenaient précisément les traditions dont il s'agit; dans le livre du Babylonien Tenkeluscha, dit le même auteur, il est question incidemment de l'arbre de la vie, gardé par deux anges. Voy. Ueber die Ueberresle der AUbabylonischen Literatur, p. 34, note 58, et p. 181. — Quoi qu'il en soit, il est évident, comme va le dire Maïmouide lui* môme, que le prétendu traducteur de ['Agriculture Nabatéenne a reproduit ici les traditions bibliques, qu'il a amplifiées à sa manière, probablement à l'aide des traditions musulmanes. Cf. d'Herbelot, Bibliothèque orientale , à l'article Adam.

(1) L'auteur, en se servant du mot jJLjl, les communions o\i\es sectes

religieuses, paraît désigner les nations qui ont adopté l'Écriture sainte des Juifs, et insinuer par là que V Agriculture Nabatéenne ne remonte pus au delà des temps du christianisme et peut-être même de ceux de l'islamisme. Les deux traducteurs hébreux rendent peu exactement le mot

arabe bVû par rviDlN, qui correspond plutôt à ^Jif.

(2) Tous nos mss. ont NlVoy , *ans le 1 copulatif , et ce verbe doit être considéré comme complément des mots min^N mnp NOS. La version d'Ibn-Tibbon porte avec le 1 conjonctif, et de même celle d'Al-'Harîzi yam, ce qui est inexact.

(3) Au lieu de «on, un de nos mss. a Ninan, et de même Ibn-Tibbon : TTOBf comme ils le jugent.

pas besoin de celte observation — car tu possèdes assez de science pour empêcher ton esprit de s'attacher aux fables des Sabiens et aux folies des Casdéens el des Caldéens W, dénués de toute science qui mérite véritablement ce nom, — j'ai pourtant cru devoir donner un avertissement pour préserver les autres ; car le vulgaire n est que trop disposé à ajouter foi aux fables.

Du nombre de ces livres (païens) est aussi le livre makhis i3), qu'on attribue à Arislote , mais qui est bien loin de pouvoir lui appartenir; de môme, les écrits relatifs aux lalis-

(1) L'auteur s'adresse ici, comme dans plusieurs autres passages, à son disciple Joseph ben-lebouda, à qui il dédia cet ouvrage. Cf. tome I, à la fin du chap. lxviii (p. 312, note 3); tome II, au commencement du chap. xxiv.

(2) Maïmonide, comme d'autres auteurs arabes, Tait quelquefois des Casdétns et des Chaldéent deux peuplades différentes, quoique ces deux noms désignent un seul et môme peuple. Cf. ci-après, au commence ment du chap. xxxvn, cl Dimeschki, ap. Chwolson, Die Sxabier, t. Il, p. 414. — Dans la version d'Ibn-Tibbon, il y a ici une traih>pot>ition ; elle porle : rQNÎÉn ^2711 o""tom D""TCOn nwjw. Le mot ^nn manque dans les éditions.

(3) L'orlhographe de ce mot varie beaucoup dans les mss. el l'éiyinologie en est incertaine L'ouvrage existe dans la Bibliothèque bodléienne, el il est dit, après le litre, qu'Aristote composa cet ouvrage pour Alexandre, lorsque celui-ci voulut quitter la Grèce pour aller en Perse. Voy. le Catalogue d'Uri, ms. ar., p. 126, n° 515. Aboul-Kàsim Moslima al-Madjriti, auteur arabe-espagnol du X« siècle, donne dans son ouvrage intitulé JL»U, le but final du savant (Casiri, 1. 1, p. 378), plusieurs extraits du livre Istimakhis. .M. Steinschneider, dans sa Notice sur une version hébraïque du traité d'Al-Madjrili, nous apprend que llttiniakhis est un livre de magie, el il suppose que ce mot est corrompu du grec (ttoi/,:i*»u>ti*o;, astrologue, qui lire l'horoscope. Voy. Pseudepigraphische Lileratur, p. 37, dans le Recueil intitulé Wissenschaflliche Blûlter au$ der Veitel-Heine-Ephraim'schen Anstalt, Berlin, 1862, gr. in-8°.

540 TUOISlfeME PARTIE. — CHAP. XXIX.

inans, tels que le livre de Tomlora i*), le livre Al-Sarb W, le livre « des Degrés de la sphère céleste et des figures qui se montrent à chaque degré t3) » , un autre livre sur les talismans atlri-

(1) Tomtom est, selon les Arabes, un auteur indien dont on cite différents ouvrages de magie traduits en arabe. Voy. Hadji-Khalfa, tome I, p. 194 (n°251); t. II, p. 288 (n"2974); t. III, p. 54 (n°4475); D'Herbelot, Bibliothèque orientaley p. 1031 a; Chwolson, Dit Ssabicr, 1. 1, p. 712. Le passage des Prolégomènes d'Ibn-Rhaldoun cité par M. Chwolson se trouve dans la IIIe partie, p. 125, de l'édition de M. Qualremère. Plus loin, Maïmonide cite encore trois fois le livre de Tomtom : au ch. xxxvu, au sujet des vêtements de femmes que mettaient les hommes en se tenant devant la planète Vénus et des armures d'hommes que mettaient les femmes en se tenant devant la planète Mars; au chap. xli, au sujet du sang que buvaient les païens dans certains rites idolâtres; et au chap. xlvi, au sujet des lions, des ours et autres bêtes féroces que les païens offraient en sacrifice à leurs dieux.

(2) Je n'ai trouvé nulle part le moindre renseignement sur ce livre, et je suis même incertain de la prononciation du mot cj^wJI ; cependant la leçon 3")obN est garantie par sept ms?. ar. et par autant de mss. de la version d'Ibn-Ttbbon, qui ont 21D7Î 1ED. I>ans une citation de Saad ben-Mansour (ap. Sleinschneider, /. c, p. 83, note 4), on lit également 21D^N. Un seul ms. de la version d'Ibn-Tibbon (fonds de l'Oratoire, n° 46) porte yw7\y comme les éditions de cette version ; cette- variante est sans aucune importance. Dans deux mss. ar. (Suppl. hébr., n° 63,

et ms. de Leyde, n° 18), on lit ÎidVk, mot qu'on doit prononcer çJ-ÎJl (pl. de -lj*Jî), car Al-'Ilarizi, qui avait la même leçon, la rend par rVTtfn "i£Dt livre des lampes. Nous trouvons aussi des traces de celte leçon dans deux mss. de la version d'Ibn-Tibbon, dont l'un (Suppl. hébr., h° 26) porte vpDn «igc, et dont l'autre (Oral., n° 47) a un 1£D. Cette dernière leçon est la seule qui corresponde à iNiD^N 2NrD, litre d'un ouvrage d'alchimie cl de magie, de Ya'hya al-Barmeki, cité par Hadji- Khalfa (t. III, p. 588, n° 7074), et dans lequel M. Chwolson croit reconnaître l'ouvrage désigné ici par Maïmonide (voy. Die Ssabier, tome I, p. 713-14) ; mais celte leçon isolée ne peut prévaloir contre celle de la plupart des mss. et que nous avons cru devoir adopter. Enfin, la leçon DID^N* qui ne se trouve que dans un ms. peu correct de la Bibliothèque de Leyde (n° 221), est évidemment corrompue.

(3) Je crois, avec M. Chwolson (Die Ssabier, 1. 1, p. 715), que l'auteur veut parler du livre de genéthliaque atlribué au Babylonien Tenkelouscha

bué à Âristote, un autre attribué à Hermès (*) , enfin un livre du Sabien Is'hàk pour la défense de la religion des Sabiens W,

et qui a pour litre dlUJl »>à jyo Dans son mémoire sur l'ancienne littérature babylonienne (JJeber die Ueberreste etc., p. 150 et suiv.), M. Chwolson a donné une analyse du livre de Teukelouscha, qu'il place au 1er siècle de l'ère chrétienne. Les Arabes citent, à côté de Tenkelouscha, un autre astrologue nommé Tinkérous, auteur d'un Livre de gunéthliaque selon les degrés de la sphère céleste (voy. Flugel , dans la Zeitschrift der D. M. G., t. XUI, p. 628); les deux noms n'indiquent peut-être qu'une seule et même personne. Déjà Saumaise (de Annù climactericis et antiqua aslrologia, préface, 3° feuillet) identifie Tenkelouscha avec Teucer ou Teukros le Babylonien (r :/^,- . ,v,v), qui figure comme aslrologue chez les Grecs de la basse époque; et qui vécut avant le M8 siècle do l'ère chrétienne. Voir Ewald, dans les Gôttinger gelehrie Anzeigeny année 1859, p. 1141, et les détails donnés sur Tenkelouscha et Teukros le Babylonien par M. Gutschmidt, dans son mémoire sur l'Agriculture Nabatéenne (Zeitschrift der D. M. G., t. XV, p. 82 et suiv., et p. 104 et suiv.). Cf. aussi Renan, Mémoires de C Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXIV, Ire partie, p. 186 et suiv.

(1) Les Arabes parlent de trois anciens sages nommés Hermès, dont le premier, appelé Hermès al-llarâmisa (le Hermès des Hermès), est identifié avec le Henoch de la Bible, que les Arabes appellent Idris. C'est le Hermès trismégisle des Grecs, au nom duquel on forgea, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, plusieurs ouvrages d'astrologie, de magie et d'alchimie. Les écrits pseudo-hermétiques furent traduits en arabe. L'ouvrage indiqué ici par Maïmonide est peut-être celui que Hadji-Khalfa (t. V, p. 247, n° 10877) cite sous le titre de JjmM

le Trésor des secrets. Sur les fables arabes relatives à Hermès et sur les livres qu'on lui attribue, voy: D'Herbelot, Bibliothèque orientale , art. Hermès, et Cas i ri, Bibliolh. arab. hisp.f 1. 1, p. 372, 374-76.

(2) Nous manquons de renseignements précis sur Isaac le Sabien et sur ses ouvrages ; cet auteur était sans doute de Harrân. Les Sabiens de Harrân comptent plusieurs auteurs du nom d'Ibrahim et dont le prénom était Abou-Is'hâk; mais parmi leurs ouvrages énumérés par Al-Kifti,daii8 le Tarikh al-hocamâ, on ne rencontre pas ceux dont parle ici Maïmonide. M. Chwolson suppose que Maïmonide a voulu parler de quelques ouvrages de Senân ben-Thabit ben-Korra, dédié à un certain Abowlshâk Ibrahim ben-Helàl (voy. DU Ssabier, t. II, préface, p. v, note 17Ï ; mais une pareille erreur, de la part de Maïmonide, est peu probable.

et sod grand ouvrage sur les lois des Sabiens, sur différents détails de leur religion, de leurs fêtes, de leurs sacrifices, de leurs prières, et d'autres sujets religieux.

Tous les livres que je viens d'énumérer sont des livres d'idolâtrie qui ont été traduits en arabe. Il est indubitable qu'ils ne forment qu'une petite portion (de cette littérature), relativement à ceux qui n'ont pas été traduits ou qui n'existent même plus, mais se sont perdus et ont péri dans le cours des années. Ceux qui existent encore aujourd'hui chez nous renferment la plupart des opinions des Sabiens, ainsi que leurs pratiques qui , en partie, sont encore aujourd'hui répandues dans le monde ; je veux parler de la construction des temples, des statues de métal et de pierre qui y sont élevées, de la construction des autels, de ce qu'on y offre en fait de sacrifices ou de différentes espèces d'aliments, de l'institution des fêtes , des réunions pour les prières ou pour d'autres cérémonies qui se font dans ces temples, [où sont réservées des places qu'ils ont en grand honneur et qu'ils appellent les chapelles des formes intelligibles <*/], des images qu'ils placent sur les hautes montagnes (Deutér., XII, 2), des honueurs rendus aux Âschérôth W , de l'érection des pierres monumentales (3>, et enfin d'autres choses que tu pourras lire

^ (1) Par formes intelligibles , on paraît entendre ici les hy postas es des néoplatoniciens, autrement dit les substances simples ou intelligibles (Cf. Ibn-Gebirol, Source de Vie, III, 15 etpamm); et je crois avec M. Chwolson {Die Ssabier, t. II , p. 727) que Maïmonide a ici eu vue les Sabiens de llarrân, chez lesquels les idées néoplatoniciennes étaient répandues, et qui, comme nous le dit Massoudi (voy. ibid., p. 367), avaient des temples consacrés aux substances intelligibles, ou aux bypostases.

(2) Voy. ci-dessus, p. 234, note 4.

(3) Selon l'auteur, on entend par le mot rYÛittD, des pierres qu'on érigeait en l'honneur de certaines divinités et près desquelles on s'assemblait pour leur rendre un culte. Voy. Maïmonide, traité de Y Idolâtrie, chap. vi , § 6 ; Sépher Miçwôth , préceptes négatifs , n# 1 1 . Cf. Genèse , chap. xxviii, v. 18. Sanchonialhon parle de ces pierres que les Phéniciens appelaient Bœtylia $x rya). Voy. Eusèbe, Prœparat. evang., 1. 1, ch. 10.

dans les livres sur lesquels j'ai appelé ton attention. La connaissance de ces opinions et de ces pratiques est extrêmement importante pour se rendre raison des commandements (divins) ; car la base de toute notre loi et le pivot sur lequel elle tourne , c'est d'effacer des esprits ces opinions et d'en faire disparaître les monuments; « de les effacer des esprits », comme il est dit : De peur que votre cœur ne soit séduit (Deulér., XI, 16),... dont le cœur se détourne aujourd'hui etc. (ibid., XXIX, 17 ), « et d'en faire disparaître les monuments » , comme il est dit : Vous démolirez leurs autels... et vous couperez leurs Ascheroth ^Deulér., VII, o) O, et vous détruirez leur nom de ce lieu-là (ibid.t XII, 3). Ces deux points se trouvent répétés dans plusieurs passages; car c'est là le but principal de tout l'ensemble de la Loi, comme les docteurs nous l'ont fait savoir par leur explication traditionnelle de ces mots : Tout ce que l Éternel vous a ordonné par Moïse (Nombres, XV, 23); - De là tu peux apprendre, disent-ils (2>, que celui qui professe l'idolâtrie nie toute la loi, et que celui qui nie l'idolâtrie reconnaît toute la loi. » Il faut te bien péuétrer de cela.

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