CHAPITRE XXXV
Dans ce but, j'ai divisé tous les commandements en quatorze classes W.
La P" classe renferme les commandements qui se rapportent à des idées fondamentales; ce sont ceux que nous avons énumérés dans le trailé Yésodé ha tôrâ (des fondements de la Loi). A cette classe appartiennent aussi la pénitence et les jeûnes , comme je l'exposerai. Quand il s'agit d'inculquer ces hautes vérités qui doivent nous inspirer la croyance à la Loi, il n'y a pas lieu de demander quelle en est l'utilité, comme nous l'avons exposé.
La IIe classe renferme les commandements qui se rattachent à la défense de l'idolâtrie, et ce sont ceux que nous avons énu-
(1 ) C'est-à-dire : l'exposition détaillée des motifs de toutes les lois mosaïques.
(v2) On remarquera que la classification suivante diffère quelquefois, dans les détails, de celle qui a servi de base à la division en quatorze livres du grand ouvrage de Maîmonide, intitulé min n:BflÛ, Répétition de la Loi, et qui s'appelle aussi nptn T, main forte (le mot T ayant la valeur numérique de 14). Dans ce code, il s'agissait de mettre dans une même division tous les sujets homogènes, et il fallait, par exemple, classer les jeûnes dans la division des évoques solennelles; tandis qu'ici, la classification a uniquement pour base l'homogénéité des motifs, que l'auteur supposait aux différentes lois d'une même classe.
mérés dans le (railé Abodâ zarâ (de l'idolâtrie). Il faut savoir que les commandements relatifs aux étoffes de matières hétérogènes, aux premiers produits des arbres et au mélange de la vigne (avec d'autres plantes) (0, appartiennent également à cette classe , comme on l'exposera. De cette classe aussi on devine bien le motif, car elle a en général pour but de consolider les idées vraies et de les perpétuer dans le peuple pendant le cours des années.
La III* classe renferme les commandements relatifs au perfectionnement des mœurs, et ce sont ceux que nous avons énu mérés dans le traité Déôlh (des règles d'éthique). On saitque c'est par les bonnes mœurs que le commerce des hommes et leur société se perfectionnent, ce qui est une chose nécessaire pour que l'état social soit bien réglé.
La IV classe renferme les commandements relatifs aux aumônes, aux prêts, aux largesses et à tout ce qui s'y rattache; ce sont les estimations et consécrations (*), les dispositions concernant le prêt et les esclaves , et tous les commandements que nous avons énumérés dans le livre Zeraïm (des semences), à l'exception des hétérogènes et des premiers fruits des arbres. La raison de tous ces commandements est évidente; car tous les hommes, tour à tour, en tirent protil. En effet, si quelqu'un est riche aujourd'hui, il peut être pauvre demain, lui ou sa postérité; et, s'il est pauvre aujourd'hui , demain il peut être riche, lui ou son fils.
La V* classe comprend les commandements qui ont pour but d'empêcher la violence et 1 injustice. Ce sont ceux qui dans notre ouvrage forment le sujet du livre Nezikin (des dommages). L'utilité de cette classe est évidente.
(1) Voy. ci-dessus, chap. xxvi, p. 204, et ibid.> notes 1, 4, 5.
(2) C'est-à-dire, les vœux susceptibles de rachat et ceux appelés Oin i interdit ou analhime , et qui ne peuvent pas se racheter. Voy. Lévitique, chap. xxvn, et Mischné Tora, liv. VI, dernier traité.
La VIe classe comprend les commandements relatifs aux peines criminelles 0), telles que les pénalités du voleur, du brigand, des faux témoins, et en général ce que nous avons énuméré dans le livre Sclwfetim (des Juges). L'utilité en est manifeste et évidente; car, si le coupable n'était pas puni, le crime ne cesserait point, et ceux qui ne respirent que la violence ne reculeraient point. Il n'y a que les esprits faibles qui prétendent (*) que l'abolition des peines serait de la miséricorde envers les hommes ; Ce serait là plutôt de la vraie dureté à leur égard et la destruction de la société. La miséricorde , au contraire , est dans cet ordre donné par Dieu : Tu établiras des juges et des officiers dans toutes tes villes. (Deutér., xvi, 18.)
La VIIe classe comprend les droits de propriété qui se rattachent aux transactions mutuelles des hommes , telles que le prêt (3), rengagement pour salaire, les dépôts, les ventes, les achats, etc. ; les héritages aussi sont de cette catégorie. Ce sont les commandements que nous avons énumérés dans les livres Kinyân(de l'acquisition) et Mischpatim (des droits). Cette classe est d'une utilité manifeste et évidente; car ces relations pécuniaires sont nécessaires pour les hommes dans chaque Etat, et it faut nécessairement établir des règles équitables dans ces transactions et les soumettre à une appréciation utile.
La VIII* classe comprend les commandements relatifs aux
(1) Le mot jjoUai signifie talion ou vindicte publique. Ibn-Tibbon rend ici inexactement le mot nNÎÎNÎJpbN par roaiDO TT, et ensuite par pOllutEfnn Tl- La traduction hébr. de ce mot est ptWIJJ» comme l'a Al-'Harizi. Plus loin, au commencement du chap. xli, les mots nNUNUpta VI sont rendus dans la version d'Ibn-Tibbon par nnp^J DH
(2) Mot à mot : ce n'est pas comme la faiblesse d'esprit de celui qui prétend; c'est-à-dire, il n'en est pas comme le prétendent les esprits faibles.
(3) Les prêts figurent aussi dans ia IV* classe; mais là on en parle au point de vue de la bienfaisance et de la charilé, tandis qu'ici, c'est au point de vue du droit civil.
jours sacrés (f), je veux dire aux sabbats et aux fêtes W. L'Ecriture déjà a motivé chacun de ces jours et en a indiqué la raison, qui est, soit de faire naître une certaine idée<3), soit de nous procurer le repos du corps, soit de produire ces deux effets à la fois, comme nous l'exposerons ultérieurement.
La IXe classe comprend les autres pratiques du culte imposées à toust*), telles que la prière, la lecture du Schéma1 et les autres choses que nous avons énumérées dans le livre Ahabâ (de l'amour de Dieu), à l'exception de la Circoncision. L'utilité de cetleclasse est évidente; car toutes ces pratiques servent à affermir les idées relatives à l'amour de Dieu, à ce qu'il faut croire à son égard et à ce qu'il faut lui attribuer.
La Xe classe comprend les commandements relatifs au sanctuaire, à ses ustensiles (sacrés) et à ses desservants. Ce sont les commandements que nous avons énumérés dans une partie 5
(1) Les mots ftmÉriOÎW Dn"nSn signi6ent littéralement : dies vetiti, prohibai (a labore). Au lieu de rhlÉnob» (dans quelques mss. avec une orthographe incorrecte frniTID^N)p les niss. n° 1S de Leyde et no 63 du suppl. hébr. de la Bibliolh. iiup. ont îTVnnO^Nj el c est cette dernière leçon que paraît avoir suivie lbn-Tibbon, qui traduit : D^VVn ïTD'n> les jours déterminés. La version d'Al-'Harizi a D^SDn D*13V1» les jours comptés ; il avait évidemment la leçon fautive liTi^nD^N (le 2 sans point). Cf. plus loin, chap. xli, NnDNTIïinD ]>)D (fol. 91 a du texte arabe, 1. 3 d'en bas.
(?) Les éditions de la version dTbn-Tibbon ajoutent ici les mots D'JO? "l£D2 DirtèD "IPN Dm. Ces mots, qui en effet seraient ici à leur place, ne se trouvent cependant ni dans les ms3. de la version d'Ibn-Tibbon , ni dans celle d'Al-'Harizi.
(3) Tous nos mss. ar. ont simplement ^ni, opinion, idée. La version d'Ibn-Tibbon a rvrVDK njn, et de même celle d'Al-'Harizi: VD2D
(4) Le mot HDNy^N, général, désigne les cérémonies du culte imposées à tous les Israélites, à l'exclusion de celles qui ne concernent que les prêtres et les lévites, et dont il va être parlé ci-après.
(5) La version d'Ibn-Tibbon porte rmaj? Al-'Harizi traduit plus exactement : prTDj; 1SD nîipD-
du livre 'Abôdâ (du culte). Nous avons parlé précédemment de l'utilité de cette classe (*).
La XIe classe comprend les commandements relatifs aux. sacri- Gces; ce sont la plupart des commandements que nous avons énumérés dans le livre Abôdâ (du culte) et dans le livre Korbanôth (des sacrifices). Nous avons déjà dit précédemment (ch. 52) quelle utilité avait la prescription des sacrifices en général et quelle en était la nécessité dans ces temps-là.
La XIIe classe comprend les commandements relatifs aux cas de pureté ou d'impureté. Le but qu'avaient en général tous ces commandements, c'était qu'on s'abstînt, dans l'état d'impuretr, de visiter le sanctuaire , afin qu'on fût pénétré de sa grandeur, et qu'il fût un objet de crainte cl de respect , comme je l'exposerai.
La XIIIe classe comprend les commandements relatifs à l'interdiction de certains aliments et à ce qui s'y rattache; ce sont les commandements que nous avons énumérés dans le traité Maakhalôth assourêth (des aliments prohibés); mais les dispositions relatives aux vœux et au naziréat appartiennent également à celte classe. Tout cela a pour but de détruire la passion qui nous entraîne à rechercher des mets délicats et (d'empêcher) que la bonne chère et la boisson soient considérées comme le but de la vie (*), comme nous l'avons exposé dans le commentaire sur la Mischnâ, introduction au traité Abôth&K
(1) Voy. ci-dessus, chap. xxxn, p. 251.
(2) Littéralement : le but de tout cela est de détruire l'avidité et VentraU nement qu'on éprouve pour rechercher ce qu'il y a de plus doux et pour adopur
comme dernier but la passion du manger et du boire. Sur le mot n*Dn , entraînement, voy. ci-dessus, p. 261, note 1. Au lieu de itOrtN, adopter, quelques mss. ont incorrectement : "iNrOM, multiplier, ce qui a donné lieu à la traduction d'Al-'Harizi : nbONH nwn mm PII, où les mois du texte arabe frio SNItfbfcO sont supprimés.
(3) Voy. les Huit Cliapitres, servant d'Introduction au traité Aboth, chap. iv, vers la fin.
La XIV' classe comprend les commandements relatifs à la défense de certaines cohabitations. Ce sont ceux que nous avons énumérés dans le livre Naschim (des femmes), et dans le traité Issouré biâ (des unions illicites) ; le mélange d'animaux (de deux espèces) appartient également à cette classe. Ces commandements aussi ont pour but de diminuer le commerce avec les femmes, de restreindre, autant que possible, le désir effréné de Ja cohabitation, et de ne pas y voir, comme le font les ignorants, le but (de l'existence humaine) , ainsi que nous l'avons exposé dans le commentaire du traité AbôthW. La circoncision appartient également à cette classe.
On sait que la totalité des commandements peut se diviser en deux parties , l'une concernant les rapports des hommes entre eux, l'autre concernant les rapports de l'homme avec Dieu(*). Dans notre division, dont nous venons d'énumérer les classes, la cinquième, sixième, septième, et une partie de la troisième classe, sont relatives aux rapports des hommes entre eux ; les autres classes concernent les rapports de l'homme avec Dieu. Car tout commandement, soit positif, soit négatif, qui a pour but de nous douer d'une certaine qualité morale, ou idée, ou de corriger nos actions, et qui ne concerne!3) que l'individu en lui-même qu'il sert à perfectionner, a été appelé par les docteurs rapport entre V homme et Dieu, quoiqu'on réalité il aboutisse quelquefois aux relations des hommes entre eux; mais ce dernier cas n'ar-
(1) Cf. ci-dessus, chap. vin, p. 51, et itrid., note 3.
(2) Plus littéralement : lu transgressions de l'homme envers son prochain et les transgressions de Chomme envers Dieu. Ces mots sont empruntés à la Miscbnà, IIe partie, traité Yomâ, cbap. vm, § 9. Dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon , on a substitué le mot mXD au mot niT^y , et l'ordre des deux classes y est interverti; les mss. de cette version, ainsi que la version d'Al-'Harîzi, sont conformes au texte arabe.
(3) Ibn-Tibbon a mis le pluriel : tn DHnVD OTiïff » et selon lui le verbe féminin v3n se rapporterait aux trois termes : >ni in Snojm riN^y IN ; il me semble plus naturel de rapporter le verbe
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rive qu'après beaucoup de choses intermédiaires et à des points de vue généraux , et de prime abord on n'y voit rien qui puisse toucher les autres hommes. Il faut le bien pénétrer de cela.
Après avoir fait connaître les raisons de ces différentes classes (de commandements), je vais poursuivre 0> les commandements renfermés dans chacune d'elles, surtout ceux qu'on croit être sans utilité, ou qu'on prend pour des ordonnances n'ayant aucun principe rationnel ; j'en exposerai les raisons et les cas d'utilité, à l'exception d'un petit nombre dont, jusqu'à ce moment, je n'ai point saisi le but.