‹ Le guide des égarés;Chapitre 50 sur 93 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Ce qu'il faut savoir encore , c'est que la Loi n a pas égard i\ ce qui est exceptionnel. La législation n'a pas ou lieu en vue de ce qui arrive rarement ; mais dans tout ce qu'elle a voulu nous inculquer en fait d'idées , do mœurs et d'actions utiles, elle n'a ou en vue que les cas les plus fréquents, sans avoir égard à ce qui n'arrive que rarement, ni au dommage qui peut résulter de telle disposition et de tel régime légal pour un seul individu. En effet, la Loi est une chose divine; mais il faut considérer les choses de la nature qui embrassent ces avantages généraux existant dans la Loi, et desquelles pourtant il résulte des dommages individuels, comme cela a été exposé par nous-môme et par d'autres (f).

(1) Cette phrase est un peu obscure ; voici quel paraît en être le sens : La I/>i étant une chose divine , il pourrait paraître qu'elle n dû pourvoir au bien absolu, tant de l'humanité en général que de chaque individu en particulier. Mais, si l'on considère la nature, qui vient également de Dieu , on trouvera qu'elle renferme, elle aussi, tous les avantages généraux que la Loi avait en vue, et que cependant il en résulte quelquefois

En faisant celte réflexion11), lu ne t'étonneras plus que le but de la Loi ne s'accomplisse pas dans chaque individu. Au contraire, il doit nécessairement exister des individus que ce régime de la Loi ne rend point parfaits, puisque les formes physiques de Yespèce ne produisent pas non plus, dans chaque individu, loul ce qui est nécessaire^) ; car toutes ces choses sonl

des dommages pour les individus. Schem-Tob cite les exemples suivants : Dans l'ordre légal, la condamnation des coupables est un bien pour la société, et cependant il peut arriver quelquefois que des innocents soient condamnés par suite d'un faux témoignage. Dans l'ordre naturel, la pluie, nécessaire pour la végétation, est un bienfait pour l'humanité, et cependant, trop abondante, elle peut causer de graves sinistres. Nous voyons par conséquent que, tant dans l'ordre légal que dans l'ordre naturel, Dieu a pourvu au bien général de la société, sans avoir égard aux individus qui, par exception, sont quelquefois les victimes de l'ordre légal ou de Tordre naturel. C'est là un fait incontestable que nous n'avons pas à expliquer et qu'il faut attribuer à la volonté impénétrable de la Divinité. — La construction grammaticale de celte phrase en augmente encore l'obscurité ; ainsi le suffixe de NîTS se rapporte évidemment au mot îiyntybfc* qui se trouve au commencement de la phrase, tandis que le suffixe dans «n3DÏ se rapporte au pluriel : fryu&btf HON^N î la construction naturelle serait donc celle-ci : -]^n l**TUDà inbt* (i. e. .iyne^N NîTB .i-llilt^N iiO«yb« yÊNit^N , et en hébreu :

7i2 mNywn nMian onn mVjnnn ubb22 icn. îbn-Tibbon a

rendu le mot ntvS par oro, tandis qu'il fallait le rendre par rD, c'està-dire mirû. Al-'Harizi a supprimé le mot MTS, qu'il croyait probablement superflu ; il traduit : nmN ttrO' *3 v6n py N'TI Jlinn O

2"nrv vbbsi niKWon rnWiart onn roVjnnn -npk c^yzon onana dv» prn orra.

(1) C'est-à-dire , en établissant une comparaison entre la Loi révélée par Dieu et les lois de la n;iture qui viennent également de Dieu. ("2) La construction plus régulière de cette phrase serait celle-ci :

bi yîvn yiv bi 'S **n:y bm t*b ftyvbx nyycbx tiîAk

CîV KO ; littéralement : car pour ce qui est des formes physiques spécifiques, it n% en résulte pas, dans chaque individu , tout ce qui est nécessaire. Au lieu de bîSrp nb> deux de nos mss. ont ^nn Kb) en omettant Nruy ; d'après celle leçon , il faudrait prononcer Joa*r, en considérant comme sujet de ce verbe actif les mots fi^aD^N THÉ^N-

émanées d'un seul Dieu , d'un seul agent (<>, et ont été données par un seul pasteur W. Le contraire serait impossible^, et nous avons déjà exposé que Yimpossible a une nature stable qui ne varie jamais W.

11 s'ensuit encore de cette réflexion que les lois ne pourront pas s'adapter exactement (*) aux circonstances diverses des individus et des temps, comme le traitement médical, qui, pour chaque individu en particulier, doit être conforme à son tempérament présent. Il faut, au contraire, que le régime légal soit absolu et embrasse la généralité (des hommes), quoiqu'il puisse, lout en convenant à tels individus, ne pas convenir à tels autres ; car, s'il se conformait aux individus, la généralité en souffrirait, et t tu en ferais quelque chose de relatif t6) ». C'est pourquoi ce

(1) C'est-à-dire: tant les choses naturelles que les dispositions de la Loi sont émanées de Dieu. La version d'Ibn-Tibbon porte nriN r6iy£1, et d'une seule action ; mais tous nos mss. ar. ont "înfcO byNÊHi d <fun seul agent ou efficient; et de môme, la version d'Al-'Harizi a iriK bjflfîV

(2) Ces derniers mots sont tirés de rEcclésiasle , chap. xn, v. 11. Dftns plusieurs mss. ar., ainsi que dans les versions hébraïques, on lit: inK nimo tara 31, conformément à un passage du Talmud de Babylone, traité 'Haghighà^ fol. 3 b.

(3) C'est-à-dire : il eût été impossible que la Loi révélée et les lois de la nature eussent pour but le bien de chaque individu en particulier ; car tout y est calculé pour le bien de l'espèce humaine en général.

(4) Voy. ci-dessus, chap. xv.

(5) Au lieu de [iiTpE . le ma. n* 63 du suppl. hébr. porte îiTfîD ; cette dernière leçon a été reproduite par Al-'Harizi, qui a niVyiQ. Sur le sens du verbe TD, voy. ci-dessus, p. 35, note i.

(6) C'est-à-dire : le régime légal n'aurait plus de principe tixe et absolu, mais serait quelque chose de relatif qui varierait selon les individus et les circonstances. Les mots jmjTtpS "p31 nrû sont une locution talmudique indiquant que les dispositions légales, interprétées d'une certaine manière, manqueraient d'un principe général, et deviendraient quelque chose de relatif, ce que le Talmud déclare inadmissible. Voy., par exemple, Talmud de Babylone , traité Schabbâlh, fol. 35 b; 'Hullin, fol. 9 a, et cf. plus loin, chap. xlix, ce que l'auteur dit au sujet de la circoncision , fixée au huitième jour après la naissance.

que la Loi a eu principalement pour bul est indépendant (des circonstances) de temps et de lieu ; les dispositions légales sont absolues et générales, comme il est dit : 0 assemblée! il y aura une seule loi pour vous (Nombres, XV, 15), et elles n'ont en vue que ce qui est utile généralement et dans les cas les plus fréquents, comme nous l'avons exposé.

Après ces observations préliminaires, j'aborde l'exposition que j'avais en vue

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