‹ Le guide des égarés;Chapitre 58 sur 93 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Les commandements que renferme la septième classe, relatifs aux droits de propriété, sont ceux que nous avons énumérés dans certaines partiesdu livre Mischpâtim (des droits) et du livre Kinyûn (de l'acquisition). Ils ont tous un motif manifeste; car ils renferment des dispositions d'équité pour les transactions qui ont nécessairement lieu entre les hommes, et (ils leur recommandent) de se prêter mutuellement un secours profitable aux. deux parties (*), de manière que l'un des deux intéressés ne veuille pas avoir la plus large part dans le tout et être seul avantagé sous tous les rapports.

Avant tout, il faut s'abstenir de toute fraude dans les achats et ventes et se contenter des profits habituels, d?une légitimité reconnue <3>. On a établi des conditions pour la validité de la

(1) Ibn-Tibbon a nUÎOn nb«3» au pluriel; Al-'Harizi a, conformément au texte arabe , nitton PNt3.

(2) Littéralement : et que l'on ne sf écarte pas du secours mutuel utile aux deux parties. La version d" Ibn-Tibbon s'écarte un peu du sens littéral;

elle porte : yran dk iriN by\r\b nr n« ht D^Dtyn lïTjrcn.

Al-'Harizi traduit plus exactement : yvDTO !?yn 13 D^DU 1VP N^CH

(3) Voy. Lévilique, chap. xxv, v. 14-17, et Talmud de Babylone, traité Baba Mecïa, fol. 51 a. Si la fraude au détriment de l'acquéreur ou du vendeur dépasse le sixième de la valeur totale de l'objet, la transaction est déclarée nulle par la loi traditionnelle. Voy. T»lmud, /. c, et Mischné Torà, liv. XII, traité Mekhirâ (des ventes), chap. xn, 2 et suiv., et cliap. xiv, g 1.

transaction, et on a défendu la fraude, dût-elle ne consister qu'en paroles comme cela est connu.

Vient ensuite la loi relative aux quatre gardiens W, qui est d'une équilé et d'une justice manifestes. En effet, celui qui garde un dépôt à titre gratuit, n'ayant absolument aucun intérêt dans celte affaire et agissant par pure complaisance, n'est responsable de rien, et tout dommage qui survient doit être supporté par le propriétaire (3>. L'emprunteur, qui a lui seul tout le profit, tandis que le propriétaire lui fait une complaisance, est responsable de tout et doit supporter tous les dommages qui surviennent W. Si quelqu'un se charge d'un dépôt moyennant salaire ou prend une chose à location, tous deux, je veux dire le dépositaire et le propriétaire, y ont un intérêt commun, et par conséquent les dommages doivent être partagés entre eux deux; ceux qui proviennent du peu de soin dans la surveillance doivent être supportés par le dépositaire, comme, par exemple, si l'objet a été volé ou perdu , car le vol et la perte montrent qu'il a négligé d'y apporter un grand soin et une extrême prévoyance W; mais les dommages qu'il est impossible d'empêcher, — comme, par

(t) Voy. Mischnà, IV- parUe, traité Baba MecVa, chap. iv, | 10; Muchné lord, /. c, chap. xiv, §g 12 et suiv. Sur les conditions dont l'auteur parle ici, voy. en général tout le traité Mekhirâ (des Ventes).

(i) C'est-à-dire , aux quatre espèces de dépositaires, qui sont : celui qui garde un dépôt gratuitement, celui qui emprunte un objet quelconque, celui qui se charge d'un dépôt moyennant salaire, et celui qui prend un objet à location. Voy. Exode, chap. xxu, ». 6-14, et Mischnà, l. c, chap. vu, | 8, et traité Schebouoth, chap. vin, $ 1.

(3) Littéralement : .... est dans la bourse du maître du bien; c'est-àdire, le dommage ne frappe que le propriétaire.

(4) Littéralement : et tous les dommages sont dans la bourse de l'emprunteur. Au lieu de talptai quelques mss. ont "iDIV^Mi àu dépositaire. De même, les deux versions hébraïques ont IDIOT.

(5) La version d'Ibn-Tibbon s'écarte un peu du texte arabe; elle

porte : nhyo mw tw «te UBD rua nraitm m^n O. La

version d'Al-'Harîzi, qui est ici corrompue dans le ras., portait probablement : rpun n^tn^nm m wn ar6 roïwwri rrraw nau»

TOM. III. tî

exemplo, si l'animal (prêté) a été estropié, ou enlevé, on s'il est mort, cas de force majeure, — doivent être supportés par le propriétaire.

Ou insiste ensuite sur la bienveillance due au mercenaire, à cause de sa pauvreté, et on prescrit de lui payer promptement son salaire et de ne le frustrer en rien de co qui lui est du, c'està-dire de le récompenser selon la valeur de son travail t1). La bienveillance à son égard va si loiu qu'on ne doit pas l'empêcher, ni lui, ni môme la béle (jui travaille), de manger des aliments qui sont l'objet de leur travail , ainsi que le veulent les dispositions (traditionnelles) relatives à cette loi (*).

Les lois sur la propriété embrassent aussi les héritages. La bonne morale veut que l'homme ne refuse pas de faire le bien à celui qui en est digne. Il ne doit donc pas, au moment où il va mourir, être jaloux de son héritier (naturel), et il ne doit pas prodiguer sa fortune, mais la laisser à celui d'entre les hommes qui y a le plus de droits, c'est-à-dire au plus proche parent: à son parent qui lui sera le plus proche de sa famille (Nombres, XXV11, 11). On a dit expressément, comme on sait, que c'est d abord l'enfant (3), puis le fi ère, cusuile l oncle (ibid., v. 8-10). 11 doit avaulager l'aîné de ses fils, premier objet de son amour, et ne doit pas se laisser guider par sa passion : il ne pourra pus

(1) Voy. Lévilique, chop. xix, v. 13; Deuléronomc, chap. xxiv, v. 14-15.

(2) L'auteur veut parler de la loi du Deuléronomc, chap. xxm, v. 25, qui permet à celui qui entre dans une vigne de manger des raisins à son appétit; scion la tradition, il s'agit ici du mercenairo employé aux travaux do la vigne. Voy. Tttlmud de Babylonc, traité Baba J/m'a, fol. 87 b : "D10 D.rOH ^yifi3t et cf. la version chaldiiïtjue d'Onkelos, qui rend les mois H2T\ lorsque tu entreras, par lann ^TKi lorsque tu travailleras comme mercenaire. Par les mois ni même la bêle, l'ault-iir fuit allusion au passage du Dcuiéronorao, chap. xxv, v. 4, qui déJcuJ de mu>clcr le bœuf pendant qu'il Toute le blé.

(3) La version d'Ibn-Tibbon porte : P2H D"lip pnr; tous les m*s. du texte arabe ont seulement iMn, mot qui embrussu le tils et la iille»

(tonner le droit de premier-né au fils de la femme année (Dcntér., XXI, ili) Lii loi équitable a voulu conserver el fortifier en nous celle verlii, je veux «lire cclic d'avoir égard aux parenls et do les protéger. Tu connais celle parole du prophète : 1*6 cruel al/luje son parent (Prov., XI, 17); la Loi, en parlant des aumônes, dit : A ton frère, à tes pauvres, etc. >vDcu(ér., XV, 1 1), el les docteurs loucnl bjaueoup lu vertu de l'homme «qui s'attache ses parents et <pii éjiouse la fille de sa sœur ilK »

La loi nous a enseigné qu'il faut aller jusqu'au dernier point dans la pratique de celte vertu, c'esl-à-duc que l'homme doit toujours avoir des égards pour son parenl et attacher un grand prix aux liens de famille ; el, lors môme que son parent se serait montré hostile el méchant envers lui et aurait manifesté un caractère extrêmement vicieux , il faudrait néanmoins le traiter avec tous les égards dus à la parenlé '-). Dieu a dit : Tu n$ délesteras pas Vlduméen, cartl est ton fièrc (Deutér., XX111, 8). De même, celui dont tu as eu besoin un jour, celui dont lu as tiré profii et que lu as trouvé dans un moment de délrcsse, dûtil môme l'avoir fait du mal ensuite, lu dois nécessairement lui tenir compte du passé. Dieu a dit : Tu ne détesteras pas l'Égyptien, car tu as séjourné comme étranger dans son pays [iuid.). Cependant, on sait combien les Égyptiens nous ont fait de mal ensuite (3-. — Tu vois combien de nobles vertus nous apprenons par ces commandements. Les deux derniers passages, il est vrai, n'appartiennent point a celle septième classe; mais, ayant parié des égards dus aux parcnls dans les héritages, nous avons été amenés à dire un mot des Egypliens et des lduméens.

(1) Voy. Tiilmud de Babylone, traité Yebamôlh, fol. 62 b,

(2) Li.U'rut •incni : il i„ut que edui qui eu d'une proche patenté soit regard* avec un œil de bunveitlance. Ibu-Tibbou traduit un jm u lilircmcnt: 12np^ 0^3 ïî> Ti'iH Lu vci>innd'Al-'lliUizM st|ilu8 prè* du le Mo ai aie; » Ho porte : n^m TOnp Vbx Vin1? "pî*.

(3) Par les mol* liélireux Dnj£2 lJJTlt l'uuiuur t'ait alluiuoii a uo pa*&i£c du l.vre dm Nombres, cliap. xx, v. 13.

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