X PRÉFACE
qu'un peu plus de liberté et de naturel dans la traduction (1), el, par des scrupules qui peuvent paraître exagérés, il a même cru devoir modifier çà et là ma traduction dans les citations qu'il avait à faire. Le mot incorporalité, par exemple, dont je me suis souvent servi, lui a paru mal sonnant, et il y a substitué le mot immatérialité, plus familier aux philosophes modernes. J'ai souvent employé ce dernier mot dans mes notes, mais dans la traduction , j'ai cru devoir scrupuleusement reproduire le terme de l'original, ce qui n'est nullement indifférent. Ainsi, lbn-Gebirol ne conteste pas Yincorporalité des substances simples , mais il en conteste Y immatérialité, soutenant que toutes les substances, hormis Dieu , ont une matière , c'est-à-dire que, dans notre pensée du moins , ce sont des êtres en puissance avant de devenir des êtres en acte. Dieu seul est Yacte pur. On voit qu'une grande circonspection n'est pas superflue quand on traduit un philosophe arabe. Je pourrais encore citer d'autres expressions, proscrites par le savant critique, mais que, pénétré de mon texte, je ne me suis pas cru autorisé à modifier. — Un autre savant, dont la mort prématurée a enlevé à la science philosophique un de ses plus illustres représentants, a jugé ma traduction et mes notes avec une extrême indulgence. Il a parlé de l'auteur de cette publication dans des termes trop bienveillants pour qu'il me soit permis de les reproduire ici, et je me borne à en citer un passage. « 11 nous donne (dit-il) en belle et bonne langue française le principal monument de cette philosophie (des juifs), le Guide des égarés. Désormais nous pouvons lire Maïmonide avec d'autant plus de facilité, que nous trouvons auprès de lui un commentateur assidu qui, à chaque pas, nous soutient et nous guide (2). » — Quoi qu'il en soit, j'ai cherché dans ce troisième volume à satisfaire autant que possible à de justes exigences et à des observations que j'avais moi-même provoquées.
Les variantes de la version d'Ibn-Tibbon et les fautes typographiques des éditions de celte version ont été relevées, comme dans les volumes précédents; mais, pour ne pas interrompre constamment le lecteur par des observations de peu d'importance, jo n'ai mis dans les notes que les variantes qui peuvent offrir un véritable intérêt, et j'ai relégué à la fin du volume une liste complète de toutes les variantes, tant des manuscrits arabes que des versions hébraïques d'Ibn-Tibbon et d'AI- 'Harizi. Je me suis dispensé seulement de noter inutilement des variantes sans importance qui se répètent sans cesse dans la version
(1) Voyez Journal des Savants, airil 1863, p. 238, article de M. Franck.
(2) Voyei Hnu« des Deiw-lfomfe*, 15 jantier 1868, p. 297, article de M. Saiaset.
PRÉFACR XI
d'Ibn-Tibbon. Je veux parler des passages où le traducteur exprime un root arabe par deux mots hébreux synoymes , faute de trouver un mot hébreu qui rende exactement le sens du mot arabe, ou deux mots arabes synonymes par un seul mot hébreu, pour éviter des répétitions inutiles, ou un singulier arabe par un pluriel hébreu, et vice versa. Ainsi, par exemple, le verbe ysar (fol. 50 a, ligne 41) est rendu par
Tnjn Y*v; rmyKEW (tbidem), par vnTvjn v«bn; hnen (fol. si
l. U), par Dnpoi rVDD, etc. — Les deux mots Nr6NE3NÏ KHDmi (fol. 69 6, 1. 22) sont rendus par le seul mot obtÛ2^; les mots ïjXmbKl yijA* (fol. 94 a, I. 4;, par "îcrpn ; les motsïNfipton nfcral* (fol. 96 b, 1. 4), par nVUTOn, etc.— Le singulier INpnyt* (fol. fil b, 1. 16) est rendu parle pluriel myiONî de même le singulier DnyNDniKI (fol. 75 6, 1. 4), par le pluriel 0rW£pV. le pluriel pt^N (fol. 89 c, 1. 9), par le singulier ri3H0n, etc.
J'ai joint à ce volume une table alphabétique des matières traitées dans les trois parties du Guide et dans les notes, ainsi que le relevé des mots hébreux et arabes expliqués dans les notes, et une table des versets bibliques cités dans le Guide. La table des matières surtout était un travail assez long et difficile, que mon infirmité me rendait imposable, et pour lequel j'avais besoin de l'assistance d'un homme instruit, capable de bien comprendre les différentes matières et de les résumer :<vcc intelligence. Un jeune rabbin, *M. ZaJoc Kahn, un des élèves les plus distingués sortis du Séminaire israélite de Paris, et qui donne au rabbinat français les plus belles espérances, a bien voulu me prêter son précieux concours. U a rédigé seul le travail des tables, et je n'ai eu qu'à le relire avec lui et à proposer çà et là quelques modifications, addilions , ou retranchements. Le lecteur reconnaîtra, j'espère, que M. Kahn s'est très-consciencieusement acquitté de sa tâche, et je dois lui en exprimer ici ma bien sincère reconnaissance.
Quelques amis, dont j'ai parlé précédemment, ont continué à m'aider dans la correction des épreuves, et dans la collation du texte avec la version hébraïque d'Ibn-Tibbon. Je dois surtout faire ressortir les éminents services que m'a rendus mon secrétaire, M. Moïse Schwab, qui m'a assisté dans ce long et pénible travail avec une patience au-dessus de tout éloge, et m'a prêté le concours le plus intelligent pour la publication des tomes II et III. C'est lui qui, en rriépelani les épreuves du texte arabe, m'a mis à même de publier ce texte plus correctement que ma situation ne paraissait le comporter; c'est lui qui a écrit sous ma dictée la traduction et les notes de ces deux volumes, qui a fait, d'après mes indications, les recherches nécessaires pour les notes, et qui m'a lu