‹ Le guide des pécheursChapitre 107 sur 142 · LIVRE I. CIIAP.XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE I. CIIAP.XVIII

t Or le serviteur ne demeurera pas toujours dans la n maison, mais le fils y demeurera toujours ; et ainsi » si le fils vous met en liberté, vous serez vé ri lablc- » ment libres. »

Jéëus-Clirist par ces paroles fait voir deux sortes de libertés : Tune fausse, qui semble l'être et qui ne l'est pas, et l'autre véritable, qui l'est en effet. La fausse est celle qui , rendant le corps libre , laisse l'esprit sous la tyrannie de ses passions. Telle était celle du grand Alexandre, qui, quoique seigneur du monde, était néanmoins esclave de ses vices. Mais la véritable est celle que possèdent ceux qui n'ont point soumis leur ame à ces tyrans , quoique leur corps soit tantôt libre et tantôt captif. Telle était celle de saint Paul, lorsqu'étant prisonnier, son esprit habitait dans les Cieux, et sa doctrine donnait la liberté au monde. Cette liberté seule mérite ce beau nom , parce qu'elle appartient à l'ame, qu'elle affranchit véritablement j au lieu que l'autre ne regarde que le corps.

Quette est la servitude des méchans.

Si vous me demandez de qui est esclave le méchant, je vous répondrai qu'il l'est du plus cruel et du plus " abominable de tous les tyrans , le péché : car, comme le toui-ment de l'enfer est ce qu'ily adeplus horrible, que doit être le péché qui en est la cause? C'est de lui que les méchans sont esclaves, comme on le voit dans ces paroles du Sauveur (Joan. 8. v. 34) : • Quiconque pèche , est esclave du péché. •

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Quelle servitude plus malheureuse que celle-là ? Mais les méchans ne sont pas captifs seulement du péché ; ils le sont aussi de tout ce qui y porte, le diable, le monde, la chair corrompue, et tous les désirs déréglés qu'elle fait naître dans les âmes qu'elle possède; car celui qui €st esclave d'un fds. Test aussi de ceux qui l'ont engendré. Or , il est ^très-constant que ces trois choses sont comme les trois pères du péché ; et c'est pour ce sujet qu'ils sont appelés ennemis de l'ame, parce qu'ils lui causent le plus grand de tous les maux, en la rendant captive, et en la soumettant à l'injuste puissance de cet horrible tyran.

Le démon et le monde se servent de la chair, comme d'une autre Eve pour surprendre l'homme. C'est pourquoi l'Apôtre {Rom. 7) l'appelle péché, donnant à la cause le nom de l'effet , parce que c'est elle qui nous porte à toute sorte de crimes. Pour cette même raison les théologiens Tappelleiit l'amorce,' c'està-dire l'appât et la nourriture du péché , parce qu'elle est comme l'huile qui l'entretient : on lui donne aussi communément le nom de sensualité ou concupiscence*

Saint Basile a dit divinement sur ce sujet {Hom. 20, de non adhœr, rébus seau t.) : « Que les princiy> pales armes dont se sert le diable pour nous comj> battre sont nos propres désirs , parce que l'affec- » tion démesurée que nous avons pour les choses

• que nous désirons , fait qu'à quelque prix que ce

• soit nous les voulons posséder, et que sans raison

> nous passons au travers de tout ce qui s'oppose à » nos desseins, malgré la défense de Dieu : de là nais-

> sent tous les péchés qui se conmiettent. »

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la concupiscence est donc l'un des plus grands tyrans qui assujettissent les médians, et qui les réduisent à l'état d'esclaves. Je dis esclaves ; car quoique rApôtr€ dise ( Rom. 7 ) qu'ils sont vendus et livrés à «e cruel maître , ce n'est pas pourtant que le libre arbitre avec lequel ils ont été créés, soit éteint; car il ne se perdra jamais, quelques péchés qu'on commette; mais il est si affaibli, et le désir sensuel si puissant, qiie souvent le plus fort l'emporte sur le plus faible. C^est vin grand sujet de nous affliger, de voir l'homme, dont l'ame créée à l'image de Dieu, est éclairée des lumières du Ciel, et enrichie d'un entendement qui, s'élevant au-dessus de toutes les choses créées, s'approche de Dieu m^me, mépriser toutes ces grandeurs, s'assujettir et se laisser gouverner par l'impétuosité furieuse de son appétit brutal. Que doiton attendre de cette étrange conduite, sinon des précipices et des malheurs ?

Semblable à un homme qui dédaignerait sa femme, noble, belle et vertueuse, pour se soumettre à tous les caprices d'une servante laide et méchante, le pécheur dédaigne l'esprit pour obéir à la chair; la partie supérieure, pour s'abandonner aux déréglemens de la partie inférieure. La partie supérieure est celle où résident la volonté et la raison , qui est la lumière naturelle que Dieu nous a donnée en nous créant ; la noblesse et la beauté de celte raison sont telles, que c'est par elles que l'homine est l'image de Dieu. Dieu nous l'a donnée pour être notre lumière et notre ^ide dans toutes nos voies. La partie inférieure est l'appétit seusitif , destiné à rechercher les choses nécessaires à la vie; mais selon l'ordre établi par la rai-

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son ; il est un esclave qui n'a pas été fait pour conduire , mais pour être conduit lui-même. Mais Thom-i me se soumet lâchement à lui-, et quittant le conseil de la raison, il se laisse maîtriser par cet appétit sensuel, qui ne connaît ni dignité, ni loi, ni sagesse.

C'est pour cela que nous voyons d^s hommes si abandonnés à leurs désirs , que presque en toutes choses ils les suivent comme des bêtes , sans aucun respect pour la raison. Quelle honte de soumettre toute la conduite de sa vie à Tinfàme servitude de la chair, consumant ses jours dans les jeux et les détestables plaisirs qu'elle demande , rejetant les salutaires conseils de cette lumière céleste, qui est la raison I Ce qui est encore plus odieux , c'est que les hommes sensuels non contens de s'asservir eux-mêmes , contraignent encore cette divine intelligence d'obéir à son esclave , et la font servir jour et nuit à inventer toutes les choses qui peuvent contribuer à ses plaisirs. ^

N'est-ce pas ce que fait un homme qui occupe tout son esprit à rechercher tant de somptueux habillemens, tant de bàtimens superbes, tant de viandes délicates, tant d'ameublemens superflus, et tant de moyens deshonnêtes pour gagner par des voies injustes ce qu'il faut pour y fournir ? Qu'est-ce là , sinon détourner l'ame des exercices spirituels dignes de l'excellence de sa nature, pour la rendre l'esclave de celle qui lui avait été donnée pour servante ?

Lorsque David cachait avec tant de soin le crime qu'il avait commis en secret avec Belsabée, rappelant son mari de la guerre, l'invitant à souper, le faisant boire avec excès, et lui donnant enfin des lettres qui portaient les ordres secrets de sa mort ; l'ouvrier de

celle

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