‹ Le guide des pécheursChapitre 138 sur 142 · LIVRE I. CHAI'. XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAI'. XXIII

lit pUisierirs années , sans pouvoir presque se servir ni de ses bras ni de ses jambes. Toutes ces épreuves ne la portèrent jamais à la nrioindre impatience : au contraire, la faiblesse de ses niembressembladonner de nouvelles forces à ses vertus ; de sorte qu'elle sVxerçait d'autant plus dans la ferveur de l'oraison , qu'elle était moins capable de s'occuper d'autres choses.

» Enfin elle appela une nuit la mère Rédempla, qui élevait ces deux disciples, comme si elles eussent été .«es propres filles; Kedempta s'étant aussitôt levée avec l'autre disciple, elles se rendirent auprès du lit de la malade. Vers minuit, il parut tout d'un coup une lumière du ciel qui éclaira toute la chambre. L'éclat en était si grand, qu'il remplissait de frayeur celles qui étaient pvésentes; de sorte que, comme elles le racontèrent depuis , elles avaient le corps comme glacé par l'excès de la crainte. Elles entendirentensiiite un bruit confus, comme s'il fût entré beaucoup de gens dans cette cellule , tellement qu'il semblait que la porte fût pressée par la foule de ceux qui voulaient pénétrer il leur sembla même entendre encore venir beaucoup de personnes ; mais la grandeur de l'étonnement et l'éclat de la lumière les empêchèrent de Vien discerner, leurs cœurs n'étant pas moins abattus par l'appréhension, que leurs yeux étaient éblouis par la lumière. Une odeur très-suave vint bientôt s'ajoutera ces premières merveilles.

» La lumière étant trop vive pour être supportée, la malade consola la mère, qui était toute tremblante , en lui disant avec douceur et avec amour: « Ne 9 craignez pas, ma mère, car je ne meurs pas enco- » re ;, • lorsqu'elle eut répété plusieurs fois les mè-

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mes paroles, la hinxière s'évanouit peu à peu, jnsquà ce qu'elle cessa entièrement : mais l'odeur continua avec la même douceur jusqu'au second et troLsième jour. Ce jour expiré, la nuit suivante, la malade appela encore sa maîtresse pour demander le viatique. Elle le reçut ; et à peine la mère et la sœurs'élaient-elles éloignées dulit de Romula, qu'elles entendirent à l'entrée de la porte de la cellule deux chœurs de musiciens. Selon ce qu'elles pouvaient juger par la différence des voix, ils étaient composés d'hommes et de femmes : les hommes chantaient les psaumes, et les femmes leur répondaient : pendant que ces funérailles célestes se célébraient de la sorte, cette ame sainte quitta la prison du corps pour aller au ciel. Ce chant et celte odeur du paradis montaient avec elle; et plus elle s'élevait , plus ces- merveilles s^affaiblissaient , jusqu'à ce que le chant et l'odeur cessèrent entièrement. »

Je pourrais rapporter plusieurs autres exemples ; mais ceux-ci suffiront pour faire voir combien la m.ort des personnes de vertu est douce , paisible et contente. Car, quoiqu'il n'arrive pas toujours des marques si sensibles de leur bonne mort^ néanmoins étant tous enfans de Dieu, et le terme de leurs travaux étant marqué par la mort, qui doit commencer leur récompense, ils sont toujours alors fortifiés du secours de la grâce et du témoignage de leur bonne conscience. C^est ainsi que se consolait le bienheureux saint AmbroLse en ce dernier passage ( in vitâ D, Amhr.), disant « qu'il avait vécu de telle sorte, qu'il » n*avait pas sujet dp se repentir d'avoir vécu, ek » qu'il ne craignait point la mort, sachant qu'il aval

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» affaire à un bon maîlre. » Si ces grandes faveurs semblent incroyables, q[ue Ton considère la bonté de Dieu^ dont l'effet est d'aimer et dTionorer les justes, et l'on jugera facilement que ce que je viens de rapporter est peu de chose à proportion de la vérité. Car, puisque cette extrême bonté a pu s'abaisser jusqu'à prendre une chair humaine , et à movirir sur une croix pour l'amour des hommes, l'on ne doit pas s'étonner qu'il daigne consoler et honorer à leur mort ceux dont le salut lui a coûté si cher , et qui sont appelés à vivre à jamais dans sa maison 5 et à être parlicipans de sa gloire.

S. IIL

Conclusion.

Vous avez pu remarquer jusqu'ici les douze privilèges de la vertu dans cette vie, ce sont comme les douze fruits de cet arbre que saint Jean vit dans son Apocalypse {Afoc. 22), car quel pourrait être l'arbre qui porte ces fruits merveilleux, sinon la vertu même, qui est comme chargée des fruits de la santé ? et quels fruits plus précieux que ceux que nous avons remarqués ? Pouvons- nous désirer un plus beau fruit que la providence de Dieu envers ceux qui le servent, que la grâce, que la sagesse , que les consola ' tions du Saint-Esprit, la joie de la bonne conscience , le secours de l'espérance en Jésus , la vraie liberté de l'ame , la paix intérieure du cœur, la grâce d'être écoutés dans nos prières, d'hêtre assistés eu nos aillictioDs^ d'être recourus en nos besoins temporels^

et enfin crêtre consol(''S d'une douce et paisible mort à la fin de notre vie? Chacun de ces privilèges est tel, que si on les savait estimer, il n'y en a aucun qi;i ne fût seul suffisant pour disposer les hommes à embrasser la vertvi , et à quitter la mauvaise vie. et qui ne leur fît reconnaître combien ce que Jésus Christ a dit est véritable ( Marc. lo. v. 29) , « Que » celui qui pour Tamour de lui quitterait le monde , » recevrait dès ici le centuple de ce qu'il aurait qiiit- » té, et à la fin de ses jours la vie éternelle, p

Considérez donc attentivement quel est ce bien à râcquisitîon duquel je vous invite; voyez si vous pourriez vous plaindre d'être trompé , quand vous auriez laissé pour lui toutes les choses du monde. Les médians ne le méprisent que parce qu'ils ne le connaissent pas. Aussi le Sauveur du monde a dit [Matth. i3), que le royaume des Cieux est semblable à un trésor caché. Et en effet , c'est un véritable trésor, mais caché aux yeux des hommes du monde, et connu seulement de celui qui le possède. Le Prophète en savait le prix, lorsqu'il disait {ha. 24. V. 16) : « Mon secret est pour moi, mon secret » est pour moi. »

Il se souciait fort peu que les autres eussent connaissance de ce bien qu'il possédait , parce qu'il n'est pas semblable aux autres , qui ne valent quelque chose que lorsqu'ils sont connus; car leur prix dépendant entièrement de l'opinion, il faut que pour être appelés biens ils soient connus du monde. IMais ce bien dont je parle rend malheureux celui qui Ta » et ne le console pas moins, quoiqu'il soit le seul qui eu sache la valeur, que si tout le monde ensemble

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en avait la connaissance. Ni ma langue, ni tout ce r»iic ]\\i pu dire jusqu'ici, ne peut servir de clef pour ou\ rir le secret où est caché ce trésor, parce que tout ce qu'une langue morteile peut exprimer est inrniiment au-dessous de la réalité. La vraie clef, c'est la lumière divine, l'expérience et l'usage de la verUi; demandez-la au Seigneur , et vous trouverez ce trésor, et vous trouverez Dieu même, en qui toutes choses se trouvent. Alors vous vous apercevrez avec combien de raison le Prophète a dit [Psal. 143. v. i5) : « Bienheureux le peuple qui a Dieu pour son » Seigneur î » car q^ue peut manquer à celui que possède ce bien?

Il est écrit au livre dès Rois, que Helcana, pèr de Samuel , dit à Anne son épouse, affligée de n'avoir point d'enfans ( 1 Reg, 1. v, 8) : « Anne, pourquoi » pleurez-vous ? pourquoi s'afflige votre cœur ? ne t> vous suis-je pas plus que dix enfans ? « Eh quoi î si un bon mari, qui le sera peut-être aujourd'hui, et demain ne le sera pas, tient lieu à sa femme de dix enfans, combien Dieu vaudra-t-il davantage à luie ame qui le possédera véritablement! Que faites-vous donc, ô hommes aveugles et insensés! où allezvous ? que cherchez-vous? pourquoi quiltez-vous la source élernelle dvi paradis pour les bourbiers de ce monde ? Que ne recevez-vous ce conseil salutaire {Psai. 33. V. 9) : « Goûtez, et voyez combien le Sei- » gneur est doux? » Eprouvez-le au moins une fois; goûtez cette nourriture que vous ne connaissez pas, et fiez- vous à la parole de Dieu : commencez hardiment, et vous n'aurez pas sitôt marché dans, ce che-

min salutaire, qvie vous vous détromperez de toutes vos erreurs passées.

Ce n'est pas sans sujet que Saîomon a dft ( Frov. 20. V. 1 4) • « Que l'acheteur a coutume de dire : Ce- » la est cher, cela est cher; mais lorsqu'il a la chose j» en son pouvoir, il s'en vante et s'en glorifie. » C'est ce qui arrive pour la piété : les hommes charnels connaissent le prix des sacrifices qu'on leur demande , et ignorent la valeur de ce qu'ils recevront en récompense, aussi se plaignent-ils de la cherté de ce bien mystérieux. Mais lorsqu'ils ont commencé à goûter combien le Seigneur est doux, ils demeurent coMtens, se glorifient de leur acquisition , et connaissent qu'il n'y a rien qui doive coûter pour se rendre maître d'un si grand bien.

Avec quelle joie cette homme de l'Evangile [Matth. lo) vendit tout ce qu'il possédait pour acheter le champ dans lequel il avait trouvé un trésor ! Pourquoi donc le chrétien se refusera-t-il à faire l'expérience qu'on lui propose? Si un trompeur vous assurait qu'en un endroit de votre maison i4 y a un grand trésor, vous ne pourriez vous empêcher d'y creuser, pour voir si cela ne serait point véritable ; et la parole infaillible de votre Dieu vous assurant que vous pouvez trouver en vous-même un trésor incomparable, vous n'aurez pas le courage de le chercher! O si vous saviez combien ce trésor est grand ! si vous saviez combien il faudrait peu creuser pour le trouver ! si vous pouviez vous apercevoir o combien le Seigneur est * proche de ceux qui l'invoquent, s'ils l'invoquent de » bon cœur [Ps. i/i4v- i9)î »

Combien qui, s'étant repentis de leurs péchés . et

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