‹ Le guide des pécheursChapitre 137 sur 142 · LIVRE I. CHAP. XXIIl. SlîJ · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAP. XXIIl. SlîJ

objet qui lui était présent, elle rendit sa bienheureuse a me ; tous les assistans furent à l'heure méiuie remplis d'une odeur si douce , qu'elle faisait assez connaître que l'auteur de toutes délices était venu en ce lieu. Lorsqu'on lava le corps , selon la coutume , on trouva les genoux et les coudes endurcis de cals aussi épais que le cuir d'un chameau , à cause de l'habitude qu'avait cette sainte vierge d'être contiuuellement prosternée pour faire oraison ; la chair morte donnant ainsi un évident témoignage de ce que l'esprit avait toujours fait durant sa vie.

Ceci arriva avant la fête de Noël ; elle fut à peine passée, que ïarsile apparut la nuit à sa sœur Emilie , et lui dit r a Venez , ma chère sœur , afin que nous » célébrions ensemble la fêle de l'Epiphanie : » mais Emilie saisie de crainte , et touchée du péril que courrait leur sœur Gordienne lorsqu'elle serait seule et abandonnée , lui répondit i « Si }e m'en vais avec vous , à qui pourrai-je laisser le soin de Gordienne ?» Et Tarsile , avec un visage triste, lui repartit : « Ve-^ » nez seulement ; car pour Gordienne elle est au nom- » bre des séculières. » Peu après cette vision , Emilie étant tombée malade , et son infirmité s'augmentant à tous momens , elle mourut avant le jaur qui lui était marqué par sa sœur. Alors Gordienne se voyant seule , se livre plus en liberté à ses déréglemens ; oubliant la crainte de son Dieu , sa pudeur , sa consécration et son vœu , elle se maria enfin avec un homme à qui elle avait affermé son bien. » Ceci est tiré de saint Grégoire , qui , aux dépens de sa propre famille, nous apprend combien est heureuse la fin de la vertu 5 et en même temps combien triste et hon-

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teuse est celle des esprits l(^gers et volages. Je finis cette ni.'itière par une autre histoire , écrite par le même saint, comme une chose arrivée de son temps. Voici comme il la raconte.

« Lorsque je me résolus d'entrer dans le monastère, il y avait à Rome luie femme âgée , appelée Rédempta , qui portant l'iiabit de religieuse , faisait sa demeiu-e proche de l'église de la Vierge. Elle avait été autrefois sous la conduite d'une bonne fiile nommée Hirundie , en grande estime de verlvi , parce qu'elle avait mené une vie solitaire dans les montagnes de Prestre. Deux autres lillcs s'étaient données pour disciples ou pour novices à cette Rédcmpia : l'une s'appelait Romula : pour l'autre , qui est encore vivante , je connais bien son visage, mais j'ignore son nom. Ces trois fdles demeurant dans un même logis menaient une vie fort pauvre , mais très-sainte : néanmoins Romula surpassait sa compagne par les grands mérites de sa vie; on admirait en elle une patience merveilleuse , une extrême obéissance, un recueillement extraordinaire , un grand silence , et une continuelle oraison.

» Mais souvent ceux qui paraissent parfaits aux yeux des hommes , ne laissent pas d'être encore sujets à quelques imperfections devant Dieu ; et de même que, quoiqu'un tableau ne soit pas encore acluvé. il peut paraître accompli à des ignorans , dont les louanges n'empêchent pas le peintre de voir qu'il y a beaucoup à faire , et de travailler encore , afin de metire la dernière perfection à son ouvrage ; ainsi Jésus- Christ voulant purifier davantage Romula , Tarnigea d'une grande paralysif , qui la réduisit à garder le

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