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leur délicatesse ? L'eau de sa part vous représente que c'est poiir vous qu'elle verse ses pluies , pour voils qu'elle fait eouler ses ruisseaux et ses fontaines , qu'elle produit Une infinité de poissons pour voire nourWture , qu'elle arrose vos terres et vos jardins, et que , rapprochant en votre faveur les contrées les plus éloignées , elle vous donne le moyen de parcourir tout le monde , et de joindre les trésors étrangers à vos richesses domestiques.
Que dirai- je de la terre, qui est la rnore commtine de toutes choses , et le magasin universel où se forment et se rassemblent tous les effets de la nature ? Elle vous dira , avec beaucoup de raison comme les autres , que c'est elle qui vous porte et vous soutient'; que c'est elle qui vous nourrit de la diversité de ses fruits ; que pour votre seul service, elle entretient commerce avec tous les autres élément et avec Ie§ cieux , pour en recevoir les influences ; et qu'enfin , comme une bonne mère , elle ne vous abandonne ni à la vie ni à la mort : car c'est elle encore qui vous reçoit après la mort en son sein , où elle vous donne un lieu de repos. Enfin , tout le monde vous crie à haute voix : Regardez, mortel, et considérez quel a été Pamour de celui qui vous a créé , puisque c'est pour vous qu'il m'a fait, et qu'il veut pour l'amour de lui que je vous serve , afin que vous aimiez et que vous serviez celui qiii m'a créé pour vous , et vous pour lui.
Cette voix , chrétien , est là voix de toutes les créatures. N'avouerez-vous donc pas que c'est une stupidité étrange de n'avoir point d'oreille pour l'entendre , et une ingratitude sans exemple , d'être insensi-
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ble à tant de bienfaits ? Si vous n'avez pas honte de recevoir le bien, pourquoi refusez-vous à celui dont vous le tenez ^ un simple devoir de reconnaissance , pour éviter le châtiment que mérite votre ingratitude ? Car il n'y a point de créature au monde , selon ce que dit im grand docteur ( Richard de saint- f^i^ (or ),. qui ne dise ces trois mots à l'homme : « Prenez ^rcn- » dez , craignez ; c'est-à-dire , prenez le bienfait , B rendez ce que vous devez , et craignez la peine qui » F.uivra Tingratitudc. »
Admirez comment Epicîète a pu élever son esprit à celte sublime théologie , puisqu'il veut que dans toutes les créatures nous contemplions le Créateur ; « Lors, dit-il ( Epict. i. o. cap. i ), qiîc le corbeau » croasse, et que par là il vous avertit de quelque » changement de temps, c'est Dieu et non le cor- » beau qui vous donne cet avis. » Si par la voix et les paroles des hommes vous recevez quelques autres avertissemens , n'est-ce pas Dieu qui a créé ces hoïiimes , qui leur a donné le pouvoir de vous avertir , cette divine puissance usant de tous ces diOTérens moyens peur faire réussir ce qu'elle désire ? Lorsqu'elle veut nous commvmiquer de plus grands biens , elle nous envoie de plus cxcellens ministres. Puis il ajoute ( Ibid. ) .* « Enfui , lorsque vous achèverez de » lire mes conseils , dites en vous-même : Ce n'est » pas Lpictète qui m'a tenu ce discours, c'est Dieu f même ; car d'où aiu\iit-il tiré le pouvoir de me » donner ces préceptes , si Dieu ne les lui avait ins- » pires ? »
Quel chrétien pourrait s'cmpécher de rougir de honte , s'il n'allait jusqu'où est arrivé un philosophe
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païen ? Fa ut- il que des yeux éclairés pnr les Iiimîèrca ds la foi , ne puissent pénélrer auisi avant que ceux qui et ient encore eusevelis dans «es ténèbres de la raison hiiuiaine ?
J/ auteur conclut de ce qiCll a dit juscjiiicl , qxit c'eut une chose honteuse de ne pas servir Dieu,
C'est une éfranr^e ingratitude d'être environné d'un si grand nombre de grâces , et de ne point se souveliir de celui qui en est l'auteur. Saint Paul dit ( Rom, 12. V. 20 ), que celui qui fait du bien à son ennemi, amasse des charbons ardens sur sa tête. Si toutes les créatures sont autant de faveurs de Dieu , cet univers ne sera-t-il pas un feu, à qui tout ce qui existe sert d'aliment et de matière? Comment donc trouver un cœur qui , au milieu de ces flammes , au lievi d'en êti-e consumé entièrement , n'en soit pas seulement échauffé ? Est-il possible que recevant sans cesse tant de grâces , vous ne tourniez pas une seule fois les yeux vers le Ciel , pour voir d'où elles descendent? Si vous faisiez un long voyage , et qu'à demi mort de faim et de lassitude, vous fussiez contraint devons asseoir au pied d'une tour , du haut de laquelle quelque personne charitable prît soin de pourvoir à tous vos besoins , pourriez-vous vous empêcher d'élever quelquefois les yeux en haut , pour regarder au moins celui qui vous témoignerait tant de bonté ? Que fait Dieu pour vous , sinon de répandre continuellement du haut du Ciel toutes sortes de biens sur votre tôte ? Est-il une seule chose <iu mon le, que vous ne deviez à une providence oartlculière ? Et néanmoins vous ne
jetez pas un seul regard ea haut pour connaître et pour aimer un bienfaiteur si libéral ! Que dire de cet endurcissement, sinon que l'homme s'est dépouillé de sa propre nature , et qu'il est devenu pins insensible que les bêtes ? Il y a véritablement grand sujet de rougir , que des comparaisons si honteuses représentent l'état où notre ingratitude nous réduit ; mais il est bien juste que Thomme entende ce qu'il mérite. Nous sommes en effet semblables à ces animaux qui paissant sous un chêne , pendant que leur maître leur secoue le gland du haut de l'arbre , ne font autre chose que gronder et se heurter pour leur pâture , sans regarder celui qui la leur donne ^ et sans lever les yeux en haut pour voir de quelle main ils reçoivent ce bienfait. 0 brutale ingratitude des enfans d'A^dam ! Vous n'avez pas seulement reçu la raison de plus que les autres animaux ; vous avez encore le corps droit et les yeux tournés vers le ciel ; et vous ne voulez pas y élever les yeux de vos aines , pour voir le lieu d'où découlent tous vos biens !
Plût à Dieu qu'en cela nous ne fussions pointentcore surpassés par les bêtes ! En effet , la loi de la reconnaissance est si avant imprimée par le doigt de Dieu dans toutes ses créatures , que même les plus farouches n'ont pas été privées de cette noble inclina'^ tion. Nous en avons pour preuve plusieurs exemples rapportés par des témoins oculaires. Appicn , auteur P'ec, écrit qu'un homme qui s'était caché par hasard dans la caverne d'un lion , lui ayant tiré une épine du pied , cet animal eut une telle reconnaissance de ce bienfait, que chaque jour il partageait sa proie avec son médecin. Long-temps après, ce malheureux, pris