‹ Le guide des pécheursChapitre 20 sur 142 · LIVRE I. crî\p. m · texte numérisé non relu

LIVRE I. crî\p. m

pour ses crimes , fut exposé aux bétes dans Tampliilliéàlre de Rome , pour être dévoré : le lion , qui avait été pris aussi peu de temps auparavant , ayant élc lâché contre lui , le considéra d'abord , et l'ayant bientôtreconnu, s'approcha doucement de lui, le caressant comme nous voyons que les chiens caressent leurs maîtres , lorsqu'ils ont été quelque temps sans les voir ; et l'on vit depuis le lion suivre l'homme sans fierté par la ville , et sans faire mal à personne.

Nous lisons encore qu'un autre lion, ayant reçu le même bienfait d'un voyageur qui avait été jeté par une tempête sur la côte d'Afrique , lui portait tous les jours une partie de sa chasse , dont le naufragé et ses compagnons vécurent jusqu'à ce que le temps leur permît de se rembarquer. Un autre combattant contre un serpent , en était si fort pressé qu'il était en danger d'être tué ; un cavalier qui passait par là le secourut, et tua le serpent. Ce lion , en reconnaissance de ce bienfait , se donna des lors à son libérateur , le suivit toujours , jusqu'à lui servir de lévrier lorsqu'il allait à la chasse. Enfin ce cavalier s'étant embarqué sur la mer , son Hon resta sur le rivage , mais son impatience et son attachement le firent mettre bientôt à la nage poiu* suivre son bienfaiteur ; et ne pouvant. •>u le joindre , ni être assez tôt secouru , il se noya.

Que dirai-je de là reconnaissance et de la fidélité dès chevaux ? Phne ( Lib, 8 , c. 14 )? raconte qu'il s'en est trouvé qui ont été si vivement touchés de la mort de leurs maîtres , qu'on leur avait vu jeter des larmes : d'autres, dit- il, s'étaient laissés mourir de faim : d'autres avaient mis les assassins en pièces à. coups de pieds ou de deatô.

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Le môme auteur rapporîe de la reconnaissance des chiens ( Lib. 8,c 48 ) ? des choses presque incro3'a bles. Il raconte qu'un de ces animaux , après avoir combatiu jusqu'à rextrémilë pour défendre son mai tre attaqué par des voleurs , s'assit près du corps mort pour empêcher que les oiseaux ou les bêles ne le dévorassent. Un autre ayant perdu son maître , ne voulut jamais manger, et se laissa mourir. Pline raconte encore une autre histoire arrivée à Roine de son temps , beaucoup plus remarquable : un homme ayant été condamné à mort , un chien qu'il avait nourri ne le quitta jamais durant sa prison, ni ne rabandonna après le supplice ; étant toujours auprès de lui , il faisait connaîire sa tristesse par ses liurlemens. Si on lui jetait quelque morceau de pain , il !e prenait pour le portera son maîfre. Enfin le corps , après le supplice , ayant été jeté dans le Tibre , le chien s'y précipita pour le soutenir, el pour empêcher qu'il n'allât à fond. Que peut-on imaginer de plus reconnaissant?

Quoi donc, si les bêtes , qui n'ont qu\ine petite étincelle d'instinct , se portent avec tant d'ardeur à la reconnaissance; si cette lueur d'inlelligcnce les anime à servir si généreusement leurs bicnfiitcurs ; sera-t-il possible que l'iionjnic , rempli d'une si grande lumière pour connaître le bien, puisse vivre dons un tel oubli des grâces que Dieu lui a faites ? Sera-til possible qu'il se laisse surpasser par des êtres sans raison , en humanité, en fidélité et en gratitude , d'autant plus que \e» biens qu'il reçoit de Dieu sont si fort au-dessus <le ceux que les bêtes reçoivent des hommes ? Celui qui donne avec un tel cxcèa, que son

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amour surpasse même la grandeur des biens qu'il nous prodigue , puisqu'il n'a en vue que notre seul intérêt , sans que le sien y ail aucune part , sera-t-il donc seul privé de toute sorte de reconnaissance ? C'est en cflet un sujet d'étonnement incroyable , et qui prouve seul qu'il faut que nos esprits soient aveuglés par les démons , nos volontés endurcies, et notre mémoire absolument éteinte, poiu* ne nous pas souvenir d'uD bienfaiteur si libéral.

S'il y a tant de mal à oublier ce Seigneur, combien y en aura-l-il plus à l'irriter et à se servir de ses propres bienfaits pour l'offenser ! Sénèque {Senec. t. i, de Benef. c. 12) dit que le premier degré d'ingratitude est de ne pas répondre à son bieirfaiteur avec lies bienfaits réciproques; le second , d'oublier ce qu'on a reçu ; le troisième , de faire le mal pour le bien, et ce dernier surpasse tous les autres. Que sera-ce donc d'offenser son bienfaiteur avec les biens mômes qu'il a donnés ? Je ne sais s'il y a eu quelques hommes au monde qui aient traité leurs semblables aussi mal que les hommes traitent Dieu.

Quel être si luéchant qui , recevant de grands biens d'un prince , allât en même temps les employer pour lever des troupes contre lui ? Et vous , malheureux ! avec les propres biens que vous avez reçus de Dieu > vous lui faites incessamment la guerre ! Que se peuton imaginer de pins abominable ? Que diriez-vous de la trahison d'une femme , qui , ayant reçu de riches pierreries de son mari , comme témoignage de son affection et du désir qu'il a d'être aimé à son tour, les donnerait à l'heure même à un adultère , afin de le: lier d'une plus étroite amitié , et de posséder plus su:

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rement son cœur ? Ce serait sans doute la dernière de toutes les infamies ; et ici néanmoins roffense n'est qu'entre des personnes égales. Combien donc s'augmente le mal , quand la même injure se fait de l'homme à Dieu ! Car , n'est-ce pas la conduite de ceux qui emploient toutes leurs forces , leurs biens et leur santé pour faire de mauvaises actions ? leui-s forces ne secvent qu'à les rendre plus superbes , la beauté plus vains , et la santé plus ingrats.

Quel usage font-ils de leurs richesses ? Ils s'en servent à opprimer les pauvres , au lieu de soulager leurs misères; à contester avec les puissans; à donner au corps tous les plaisirs ; à corrompre la chasteté d'une innocente ; à faire qu'elle vende , comme un autre Judas, le sang de Jésus -Christ , et qu'eux , comme les Juifs, s'^en rendent les acheteurs. Ils abusent aiiiside taus les bienfaits de Dieu. La mer sert à rassasier leur gourmandise; la beauté des créatures, à contenter leur impureté ; les fruits et les biens de la terre , à satisfaire leur trorice ; i«ur beauté et leur adresse naturelle, à augmenter leur insolence : les prospérités les élèvent jusqu'à la folie, et les adversités les abattent jusqu'au désespoir. Ils se prévalent dès ténèbres {Joh, 24) de la nuit pour couvrir leurs larcins, et de la lumière du jour pour tendre leurs filets; enfin , tout ce que Dieu a créé dans le monde pour sa gloire , ils remploient à contenter leur imagination et leurs folies.

Que dirai-je de leurs eaux de senteur, de leurs par fums , de levirs ameublemens , de leurs grandes terres , des délices de leurs tables , de la délicatesse , de Ja superûuité et des déguisement 4c leurs viandes ?

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