‹ Le guide des pécheursChapitre 28 sur 142 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Cinquième raison par laquelle nous sommes obligés à la vertu : notre justification.

En vain Notre-Seigneur serait mort pour nous , si cette grc\ce n'est suivie de celle de la justification de nos âmes , par laquelle le souverain bienfait de la rédemption nous est appliqué. Car, comme les médivcamens, quelque excellens qu'ils soient, demeurent inutiles et sans effet s'ils ne sont mis sur les parties affligées , et si les malades ne les reçoivent ; de.méme celte céleste médecine du sang du Fils de Dieu ne nous profitera jamais , si elle ne nous est appliquée , et si nous ne sommes disposés à la prendre. Or, cette application est ^particulièrement attribuée au Saint- Esprit , à qui appartient la sanctification de l'homme : c'est lui qui va au-devant du pécheur par sa miséricorde ; c'est lui qui , l'ayant prévenu , l'appelle ; qui , l'ayant appelé , le justifie; et qui, l'ayant justifié, le conduit par les sentiers de la justice , et ainsi l'élève à la perfection par le don de la persévérance , pour lui donner la couronne de la gloire. Voilà quels sont tous les degrés de la grâce , compris dans ce g^and bienfait de la justification.

Le premier de tous est celui de la vocation. Elle a lieu lorsque l'homme , par la force de cet esprit

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divin , ayant rompu toutes les chaînes et touè les liens de ses péchés , se dégage de la tyrannie et de la captivité du diable, que de la mort il ressuscite à la vie, que de pécheur il devient juste , et que d'enfant de malédiction il devient fils de Dieu ; tout cela ne se peut faire sans un secours particulier de la faveur divine. Le Sauveur du monde nous l'a témoigné lorsqu'il a dit ( Joan. 6, v. 44 ) • " Personne ne peut » venir à moi, si mon Père ne l'attire; » le libre arbitre de l'homme , et tous les avantages de la nature humaine , ne sont pas sufiisans d'eux-mêmes pour l'élever de l'abîme du péché à l'élat de la grâce , si le bras tout-puissant de Dfeu ne le secoure. Saint Thomas, interprétant ces paroles, dit { Liï?. a. Sent, dist. 28. c. 1 ) : « Que comme la pierre de sa nature » tend en bas, et ne peut s'élever en haut sans quel- ■ que aide extérieur, ainsi l'homme , par son incli- » nation naturelle , que la corruption du péché a dé- » pravée , se porte toujours- en bas par un désir des » choses terrestres , de sorte que pour s'élever en haut , » c'est-à-dire , à l'amour et au désir surnaturetl des » choses célestes, il faut nécessairement que Dieu D lui prête la main. » C'est un point très -digne de notre attention, et non moins de nos larmes ; que l'homme donc se connaisse lui-même , qu'il remarque la corruption de sa nature , et la nécessité où il ©st de demander incessamment le secours et l'assistance de Dieu.

Il est donc impossible à l'homme de passer du péché à la grâce , si la main toute puissante de Dieu ne l'attire. Mais qui pourra expliquer combien de grâces illui faut pour arriver à la justification ? Car puis-

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qii*il est très - certain que par elle le péché , source de tous les maux de notre ame est effacé , détruit , quel doit être ce bien qui chasse et bannit tant de maux ? Or, parce que la considération de ce bien est Irès-puissante pour nous porter à la reconnaissance , et très-efficace pour nous attacher à la coiiquête de la vertu , jVxpliquerai en peu de paroles les grandes richesses qui nous en reviennent.

C*est par la grâce sanctifiante , premièrement, que rhomme est réconcilié avec Dieu , et qu'il est remis en son amitié r le plus grand de tous les maux que le péché cause en nos âmes, c'est de les mettre dans la haine de Dieu , qui , étant la bonté même , a pour la malice une haine proportionnée à sa bonté. C'est pourquoi le Prophète dit ( Ps. 5 , v. y): « Vous avez » en horrem* tous ceux qui font le mal , et vous con- » fondrez tous ceux qui disent le mensonge. Le Sei- » gneur aura en abomination l'homicide et le trom- » peur. ') C'est en effet la haine de Dieu qui est le plus grand de tous les maux et la source de tous les autres , comme au contraire son amour est le plus grand de tous les biens et la source de tous les biens. C'est donc de cette haine que nous sommes délivrés par le moyen de la justification , puisque par elle nous sommes réconciliés avec Dieu , et que d'ennemis que nous étions, nous devenons amis, non-seulement en un degré médiocre d'amitié , mais au plus haut qui puisse être , savoir , en celui d'un pèrt envers son fils

C'est cet amour que le bien-aimé évangélistc saint Jean estime tant , lorsqu'il dit ( i Joan. c, \.v. i): « Considérez combien grand est l'amour que Dieu a » pour nous , puisqu'il nous élève à un si haut dc^ré

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