LIVRE I. CHAP. T
• d'honneur, qxic nous sommes appelés enfans do i Dieu, et que nous le sommes en eiïet. » Il ne s'est pas conlenté de dire que nous étions appelés les enfans de Dieu , mais il a ajouté que nous Tétions en vérité; afin que la défiance humaine, source de tant de faiblesse et d'imperfection , pût clairement et distinctement reconnaître la libéralité de la grâce divine, et qu'elle sût que celte illustre qualité de fiîs n'est pas donnée à l'homme quant au nom seulement , mais quant à l'effet et à la vérité. Si c'est un si grand mal d'être dans la haine de Dieu, quel bien sera-ce d'être dans sa grâce ! Les philosophes disent qu'une chose est d'autant plus excellente, que son contraire est plus mauvais ; d'où il faut tirer celte conséquence nécessaire , que cette chose est souverainement bonne , dont le contraire est souverainement mauvais , telle qu'est la haine de Dieu. Si les hommes prennent tant de soin pour se maintenir dans l'amitié de leurs maîtres, de leurs pères, de leurs princes, de leurs supérieurs et de leurs rois , que sera - ce d'être en grâce avec ce puissant prince, ce prince céleste, seigneur souverain , en comparaison duquel toutes les dignités et toutes les principautés de la terre sont comme si elles n'étaient point! Cette grâce est d'au:tant plus grande qu'elle est plus gratuite ; car il est certain que , comme avant la création l'homme ne pouvait avoir rien pour mériter l'être , aussi étant tombé dans le péché , il ne pouvait rien faire qui fût digne du don de la justification.
Le second bienfait de la grâce sanctifiante est de délivrer l'homme des peines éternelles auxquelles il était assujetti. Car le péché nous rendant odieux à
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Dieu , et personne ne pouvant être dans sa haine sans un extrême malheur, il s'ensuit que les médians s'êtant séparés de Dieu , et Tayant méprisé , méritent très-justement d'être méprisés et d'être rejetés de lui ; et parce qu'ils ne se sont éloignés de Dieu que par un amour déréglé pour les créatures , il est juste qu'elles servent à les tourmenter : c'est pour cela qu'ils sont condamnés aux peines éternelles , dont la rigueur est telle que, si nous leur comparons celles de celte vie. elles paraîtront plutôt imaginaires que réelles. Ajoutons encore à ces maux ce ver immortel qui rongera incessamment les entrailles et les consciences des médians ; la compagnie de tous ces malheureux esprits, celle de tous les damnés; cette demeure horriblement triste et obscure , pleine de ténèbres et dé confusion , toujours sans ordre, sans joie, sans repos , sans paix , sans soulagement, sans satisfaction , sans espérance ; où régnent les pleurs éternels, lès grincemens de dents , la rage, les blasphèmes et les malédictions éternelles. C'est de tous ces maux que Dieu délivre ceux qu'il justifie , qui , réconciliés avec lui, et remis en sa grâce, demeurent alTranchis de sa colère et de sa vengeance.
La justification produit encore un autre bien plus spirituel que celui dont nous venons de parler, c'està-dire , le renouvellement et la réformation de l'iiomme intérieur, défiguré par le péché. L'ame coupable est privée y non-seulement de Dieu , mais de toutes les forces naturelles, et de tous les trésors du Saint- Esprit dont elle était enrichie , de sorte qu'une fois dépouillée des biens de la grâce , elle est aussitôt offensée et blessée dans toutes les puissances de la ua-
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tiire; parce que l'homme étant une créature raisonnable , et le péché une œuvre contre la raison, ce sont deux contraires qui se détruisent ; ainsi, plus les péchés se multiplient , plus les puissances de Tame se pervertissent ; non pas à la vérité en elles - mêmes , mais dans les dispositions naturelles qu'elles ont à faire le bien. Les péchés rendent donc l'ame misérable , faible, paresseuse , peu ferme dans le bien , et portée à toute sorte de mal; lâche à résister aux tentations , et pesante pour marcher dans le chenain des commandemens de Dieu. Ils la privent de là vraie liberté et de l'empire qu'elle doit avoir , et la rendent esclave du diable , du monde et de la chair . la réduisant dans une servitude plus dure et plus misérable que n'était celle d'Egypte ou de Babylone. Enfin , ils l'accablent de telle sorte , et déiruisent tellement tous ses sentimens spirituels , qu'elle ne peut entendre la voix de Dieu , apercevoir les grands maux qui lui sont préparés , sentir l'odeur agréable dès vertiis des saints , goûter lés douceurs que Dieu lui offre , reconnaître les traita de sa main, et les grâces qu'il fait couler en elle pour l'exciter à son amour. Outre tous ces malheurs , elle est privée de la paix et de la joie de îâ conscience ; et la ferveur de l'esprit éteinte , laisse l'homme en un état si hideux , qu'il devient abominable devant Dieu et devant les saints.
C'est de tons ces maux que nous délivre la grâce de la justification. Dieu , qui est un abîme infini de miséricorde , ne s'est pas contenté de nous pardonner nos péchés, et de nous remettre en' son amitié ; il a voulu bannir aussi de nos âmes tous les désordres que le péché y avait apportés , en renouvelant notre
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homme intérieur : de sorte qu'il guirit nos blessures , il lave nos impuretés, il brise nos liens, il lève le joug des mauvais désirs , il nous affranchit de la servitude et de la captivité du diable , il adoucit la fureur de nos passions , il nous remet dans la véritable liberté ,. il redonne la beauté à nos âmes , la joie et la paix à nos consciences, il anime nos sentimens intérieurs, il nous rend empressés pour le bien ^ et lents pour le mal , il novis fortifie contre les tentations ; après tous ces avantages , il nous enrichit du trésor des bonnes œuvres , et répare de telle sorte notre homme intérieur et toutes ses puissances , que TApôtre ne fait pas difficulté d'appeler ceux qui sont ainsi justifiés , des hommes nouveaux et de nouveltes créatures.
Cette grâce est si grande , que lorsqu'elle nous est donnée par le baptême, elle se nomme régénération ; et quand c'est par la pénitence , on l'appelle résurrection y non-seulement parce que l'amfr est par ce moyen ressuscitée de la mort du péché à la vie de la grâce , mais parce que ce renouvellement imite en quelque façon la beauté de la résurrection dernière. Cette vérité est si admirable , que n'ayant point de langue qui puisse dignement déclarer lu beauté d'une ame justifiée, il en faut réserver l'expression à cet Esprit divin qui Ta embellie, et qui en fait son temple et sa demeure. Si nous voulions comparer toutes les richesses de la terre , tous les honneurs du monde , toutes les grâces de la nature , et toutes les vertus acquises, avec les beautés et les richesses de cette ame, tout cela ne paraîtrait que bassesse et obscurité en sa présence ; parce que les mômes avantages que le ciel a sur la tçrrc et Tcspritsur iç temps , la vie de la grâce