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contei^.ant en soi tous les êtres et toutes les perfections ; ainsi il a voulu se servir en ce lieu de celle simple parole, Bien , pour nous apprendre que tous les biens que le cœur de Thomme peut concevoir , se trouvaient dans ce Bien qui est promis au juste pour récompense de sa vertu.
C'est le principal point que je traiterai dans ce livre, avec l'assistance de Dieu. J'y ajouterai les avis et les préceptes que l'homme doit suivre pour se rendre vertueux, afin de posséder ce bien; etainsil'ouvrage sera composé de deux parties principales : la première contiendra les grandes obligations que nous avons de suivre la verlu , et les avantages inestimables qui l'acompagnent ; la seconde nous fera voir combien est heureuse la vie qui est réglée par la vertu ; à quoi j'ajouterai les instructions nécessaires pour l'acquérir. Car il faut deux choses pour rendre un homme vertueux: l'une, qu'il désire véritableir ent l'être; l'autre, qu'il sache les moyens de le devenir. Tel est le sujet et le partage de nos deux livres : Ceux qui nous veulent exciter à la veitu^ dit un ancien auteur , sans nous donner les préceptes nécessaires pour atteindre à ce souverain bien, font comme ceux qui allument la lampe sans y mettre Ihuile pour la faire brûler.
Quoique cette seconde partie soit très-nécessaire, la première néanmoins Test sans comparaison davantage ; parce que la seule lumière de la justice naturelle qui naît avec nous , nous aide infiniment à connaître la différence du bien et du mal ; mais
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pour aîmer l'un et haïr l'autre , nous éprouvons au dedans et au dehors de nous-mcmes des contradictions extrêmes , qui nous sont causées parle péché. Etant composés d'esprit et de chair , et chacune de ces deux parties désirant naturellement ce qui lui est semblable , nous sentons que la chair demande des choses charnelles , d'où naît le vice ; et que l'esprit en demande de spirituelles , d'où naît la vertu. De là vient que l'esprit souffre d'étranges contradictions du coté de sa propre chair , qui ne se soucie que de ce qui contente ses désirs. Tous ces mouvemens sont Irés-violens depuis le péché originel , parce que le premier des malheurs que le péché a introduits dans le monde , a été de rompre tous les liens par lesquels la justice originelle tenait l'esprit dans le devoir. Mais ce n'est pas la chair seule qui répugne à la vertu ; le monde armé de vices , comme dit saint Jean, et le diable, ennemi de tout bien, s'opposent encore directement à elle ; et la mauvaise coutume, seconde nature , en ceux qui ont contracté des habitudes vicieuses , lui fait la même résistance. Qui ne voit donc toutes les difficultés qu'il nous faut surmonter , et le besoin que nous avons d'un puissant secours pour vaincre tant d'obstacles , et pour suivre le chemin de la vertu malgré tous les efforts de la chair ?
Pour satisfaire donc en quelque sorte à ce dessein, j'ai écrit le premier de ces deux traités, où j'ai employé en faveur de la vertu toutes les raisons que la qualité de ce discours m'a pu permettre. J'ai pro-
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posé non-seulement les grands avantages qui raccompagnent en cette vie et en Fautre , mais aussi les obligations qui nous invitent à la suivre. Elles ne sauraient être plus grandes , puisque Dieu même , à qui nous sommes si redevables, tant à cause de sa propre excellence et de ce quMl est en lui-même , qu'à cause de ce qu'il nous est , et des droits que ses inestimables bienfaits lui ont acquis sur nous , nous Va très - étroitement recommandée. Ce qui m'a principalement engagé à traiter cette matière , c'est que j'ai remarqué qu'encore que la plupart des hommes estiment et louent la vertu , ils ne laissent pas néanmoins de suivre les vices. Entre plusieurs raisons de cet égarement , une des principales est que ces personnes ne connaissent ni la nature, ni la condition de la vertu ; ils la prennent pour une chose rude , stérile et fâcheuse ; et c'est ce qui fait qu'ils s'abandonnent aveuglément aux vices , qu'ils se figurent plus agréables , se séparant sous ce faux prétextedu parti de la vertu. C'est pourquoi, me sentant touché d'une juste compassion de voir les hommes dans une erreur si dangereuse , j'ai entrepris de bon cœur cet ouvrage , dans lequel j'ai dessein de les détromper, en leur découvrant les richesses , les plaisirs, la dignité et la beauté de cette épouse céleste , qui n'est abandonnée des hommes que parce qu'elle n'en est pas connue , et de leur faire naître enfin de l'amour pour une chose si précieuse. S'il est vrai qu'entre tout ce qu'il y a de plus excellent et de plu§ relevé dans le Ciel ou sur la tçr-
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re , et enlre ce quMl y a dans l'un et dans Taulre de plus digne d'être aimé , la vertu tient un rang des plus illustres ; n'est-ce pas un étrange sujet de compassion de voir que les hommes aient si peu de connaissance de cette beauté , et qu'ils s'éloignent volontairement de la jouissance de ce trésor ? C'est aussi pour celte raison que j'ai estimé que celui qui s'emploîrait à lui faire rendre l'honneur qui lui est dû , et à la remettre sur son trône , puistju'elle est reine et maîtresse de toutes choses, ferait un des plus grands biens qui se puissent concevoir.
Avant de m'engagcr dans ce discours , je veux montrer par un exemple ce que doit se proposer celui qui en voudra faire la lecture. Les païens nous racontent qu'Hercule ayant atteint les premières années de sa jeunesse , temps auquel les hommes choisissent la vie qu'ils veulent suivre , se retira dans un lieu solitaire pour penser attentivement à une affaire d'une telle importance : ce fut là, disent-ils , qu'il découvrit deux chemins , dont Vun conduisait à la vertu , et Tautre à la vokipté et aux vices. Après avoir bien considéré ces deux voies si différentes, il résolut généreusement de laisser celle des plaisirs pour suivre celle de la vertu, quoiqu'en apparence elle parût rude et difficile. En effet , s'il est une chose qui mérite d'être sérieusement examinée , n'est - ce pas celle-ci P Car si nous apportons tant de circonspection à ce qui sert aux usages de la vie , combien est - il plus juste que nous en apportions à faire un bon choix de la vie même , puisque