‹ Le guide des pécheursChapitre 4 sur 142 · XI^ PB EF ACE · texte numérisé non relu

XI^ PB EF ACE

daii5 le monde il y en a de tant d'espèces différentes î

Ce que je désire donc , mon cher fecteur , est que vous vous sépariez pour un peu de temps de l'embarras des pensées et des affaires du monde , pour entrer dans la solitude spirituelle. Considérez avec soin quelle condition de vie vous avez dessein de suivre : souvenez-vous qu'entre toutes les affaires humaines, il n'y en a point que Ton doive traiter avec plus d'attention , ni sur laquelle on doive veiller davantage , que sur le choix de la vie que l'on doit entreprendre. Si vous rencontrez bien en ce point , vous ne sauriez manquer au reste ; comme au contraire , si vous vous égarez dés le commencement , il est presque impossible que vous nç demeuriez engagé dans de continuelles erreurs. Les autres choix et les autres erreurs regardent les choses particulières ; mais ce point est général , et comjirend en lui tous les autres. Et en effet , quel moyen de bâtir un bon édifice sur un mauvais fondement ? De quoi servent tous les bons desseins si la vie est en désordre ? Au contraire, quel mal vous peuvent faire tous les maux et toutes les adversités , si elle est bien réglée ? a Que sert à l'homme, dit leSau- » veur [Matth. 16. v. 26), de gagner le monde , » s'il vient à perdre son ame ? >:> D'où on peut juger qu'il n'y a point d'affaire plus importante que celleci , plus digne du soin de l'homme , ni qui le toucha de plus près ; car il ne s'agit pas du bien ou de l'honneur , mais de la vie de l'ame et du salut. Aussi,

ne faut - il pas se contenter de lire ce discours à la hîUe , comme la plupart des autres livres , passant plusieurs feuillets sans s'arrêter, pour trouver bientôt la fin : il faut s'asseoir comme juge dans le tribunal de son cœur , et goûter en silence et en repos la "vérité de mes paroles. Ce n'est point ici une lecture qu'il faille faire précipitamment , c'est une affaire de loisir, et qu'il faut conduire avec patience , puisqu'elle regarde la régie de toute la vie , et tout ce que nous devons ou espérer ou craindre après qu'elle sera passée. Voyez avec combien de circonspection vous agissez dans les affaires humaines : vous ne vous contentes pas , pour peu qu'elles soient importantes , de les examiner une fois ; vous voulez qu'elles soient vues et revues , afin que s'il y a eu erreur dans les premiers avis , elle soit réparée par les autres. Il s'agit ici , non pas d'une affaire de la terre, mais du Ciel ; non pas de vos affaires seulement ^ mais de vous-même. Ne délibérez doncnas surccf i avec négligence , ni comme un homme endormi ; mais faites-le avec toute l'attention de votre cœur.

Si nous avons failli jusqu'ici, pensons que nous nais: ons comme de nouveau , et que nous recommciiçons à vivre: entrons en jugement avec nousrn^ines; arrêtons le cours de nos fautes; et commençons à vivre d'une autre manière que nous n'avons fait jusqu'ici.

Plut à Dieu que je fusse assez heureux pour pouvoir vous persuader les vérités que je vous propose; que m'écoutant avec attention, et comme des jugesj

X^j PRÉFACE.

boi.s , justes el équitables , vous voulussiez prononc>er une sentence selon les preuves que je vous apporterai ! Combien aurais-je heureusement employé ma peine î Je sfiisbien que je fais un grand souhait, et qu'il n'y a point de livres ni de paroles qui puissent produire l'effet que je désire : c'est aussi pour cela que, me prosternant aux pieds de Dieu, je m'adresse dès le commencement de cet ouvrage à celui qui est la vertu et la sagesse même du Père , à celui qui lient en ses mains la clef de David , qui ouvre et qui ferme à qui il lui plaît , pour le supplier de favoriser mon dessein ,'de se mêler dans mes paroles , et de leur donner l'esprit et la "vie pour toucher et pour animer ceux qui les liront.

Quand je ne retirerais d'autre fruit de mon travail , que celui d'avoir confei>lé le désir que Dieu m'a donné , de^m'eiii-ployer h louer une chose aussi digne d'être louée que la vertu , grâce que je souhaite depuis long-temps; j'aurais trop de sujet dYlre satisfait , el je tiendrais mes peines bien récompensées. J'ai tâché , en ce traité , comme en tous mes autres ouvrages , de me faire h toutes sortes de personnes , spirituelles et non spirituelles ; afin que , comme les besoins sont communs , mes écrits le fussent aussi. Par ce moyen , les bons en me lisant , se confirmeront davantage dans l'amour de la vertu , el les autres reconnaîtront peut- être ce qu'ils perdent en la perdant : les gens de bien pourront élever leurs enfans dans la lecture de ce livre; afin que, dès leurs premières années , ils conçoivent un

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