‹ Le guide des pécheursChapitre 46 sur 142 · LIVRE I. CIIAP. VlIIr · texte numérisé non relu

LIVRE I. CIIAP. VlIIr

Dieu ne nous a donné qu'une anie ; de sorle que si nous la perdons , il ne nous en restera plus pour jouir de la gloire immortelle. Employons donc tous nos soins pour la conserver , puisque c'est elle qui , en la compagnie du corps , doit un jour être sauvée ou condamnée, et qu'elle comparaîtra devant le tribunal de notre grand Dieu. Ne pensez pas vous excuser alors en disant que l'argent vous a éblouis , car le Juge vous répondra : Ne vous avais-je pas avertis de ce danger? vous ayant dit moi -même (Matth. 16. V. 2Ô ) : « Que sert-il à l'homme d'acquérir la pos- » session de tout le monde , s'il perd son ame ? » Si vous dites : Le diable m'a trompé ; il vous rappellera qu'il ne servit de rien à Eve de dire que le serpent Tavait séduite.

Le prophète Jérémie {Jerem. 1 ) vit une verge veillante, et ensuite une grande chaudière de métal posée sur des brasiers ardens qui la faisaient bouillir, c'est une figure de la conduite de Dieu envers les hommes : il les menace premièrement , mais après il les châtie ; et il ne faut point douter qiie celui qui ne voudra point se soumettre à la correction de la verge , souffrira la peine de cette chaudière bouillante. Nous voyons dans l'Evangile que personne ne se présente pour secourir ces malheureux condamnés par Jésus- Christ : le frère n'assiste pas son frère ( Ezech. 14)5 ni l'ami son ami , ni le fils son père , ni le père son fils. Mais qu'est-il besoin de parler des pécheurs , puisque Noé 5 Daniel, Job, quelqvie pieux qu'ils fussent , ne peuvent changer la sentence de ce grand Juge. Personne ose-t-il ouvrir la bouche en faveur de ce misérable chassé des noces ( Matth, 22 ) ? Quel-

J02 LR GUIDE EES PÉCHEURS.

qu'un seclidrge-t-il de défendre celui qui , ayant reçu le talent du Seigneur , ne voulut pas le faire profiter {Matth. 20 ) ? Les cinq vierges à quiTentrée du Ciel fut refusée , trouvent-elles un avocat qui plaide leur cause ? Jésus-Christ les nomma folles , parce qu'ayant méprisé les plaisirs de la chair et morlifié le feu de la concupiscence , elles se gouvernèrent follement en leur conduite ; et qu'ayant observé le grand précepte de la virginité 5 elles négligèrent le commandement de l'humilité qui semble plus facile , et firent gloire de leur pureté. Ce riche qui n'avait point eu de compassion de Lazare , étant brûlé dans les flammes , ne demande-t-il pas en vain une goutte d'eau , parmi les ardeurs qui le tourmentent [Luc. i(i ) ?

Puisque ces vérités sont établies par les principes de notre foi , pourquoi ne nous aiderons - nous pas les uns les autres par les offices d'vine charité mutuelle? Pourquoi ne rendrons-nous pas gloire et louange à Dieu, avant que le soleil de justice ne se couche, et que sa lumière ne se cache à nos yeux ? Il vaut bien mieux que notre langue se sèche par les jeûnes durant le peu de temps de cette vie , que d'être brûlée dans l'autre par les ardeurs d'une soif que rien ne pourra apaiser. Si nous sommes si délicats que nous ne puissions supporter ici la chaleur d'mie petite fièvre , comment pourrons-nous alors souffrir ces éternelles ardeurs ? Si une sentence de mort prononcée par un juge de ce monde, nous trouble si fort, quoiqu'elle ne nous prive que de quelques années d'une vie incertaine , comment ne redouterons-nous point la sentence de ce Juge qui nous peut ôter la vie éternelle ?

LivRK I. cnAP. Vin. io5

Nous sommes étonnés de voir exercer quelquefois des jugemens rigoureux contre les criminels , lorsque les bourreaux les enlèvent de force , qu'ils les fouettent, les écorclient , les démembrent , les mettent en pièces , ou les font brûler. Mais qu'est-ce que cela , sinon un son^e ou une ombre , en comparaison des tourmens de l'autre vie ? Tous ces maux finissent par la mort, au lieu que dans l'enfer le ver de la conscience ne meurt jamais, la vie ne prend jamais de fin , le bourreau ne se lasse pas , le feu ne s'éteint point ; de sorte que tout ce que l'on peut comparer à ce mal , soit le feu, soit le fer, soit les bêtes , ou quelque autre sorte de tourment , n'est qu'une ombre ou un mensonge.

Que feront donc les malheureux qui , étant privés de tant de biens , se verront condamnés à souffrir de si grands maux ? Que diront-ils ? comment s'accuser ont-ils eux-mêmes ? quels seront leurs gémissemens et leurs soupirs ? Ils seront horribles , mais ils seront inutiles. Les mariniers ne servent plus de rien après la perte du vaisseau , ni les médecins après la mort du malade. Ce sera alors que les impies commenceront ù se ressouvenir de leurs fautes, et à dire : Il fallait nous conduire autrement , et nous devions éviter notre malheur. Hélas ! combien de fois en avonsnous été avertis, et nous avons toujours résisté ! Alors les Juifs connaîtront celui qui est venu au nom du Seigneu-r ; mais cette connaissance ne leur servira de rien , parce qu'ils l'auront rejeté dans le temps qui leur avait été donné. Et nous autres misérables , que pourrons-nous alléguer pour notre défense , aj^ant le eiel et la terre , le soleil et la lune , la nuit et le jour ,.

ï 04 lE GUIDE DES PÉCHEURS.

et tout le monde ensemble , pour témoins des maux que nous avons commis ? Mais quand toutes les créatures demeureraient muettes , n'aurons-novis pas notre propre conscience , qui s'élèvera contre nous pour nous accuser ? Toutes ces paroles sont presque de saint Chrysostôme ; et elles nous peuvent aisément faire juger combien les hommes doivent avoir vivement empreinte dans leurs âmes la terreur de ce jour redoutable , s'ils se sont écartés de la vertu. Saint Ambroise était pénétré de cette crainte ; quoiqu'il fut très-sévère observateur de toutes ses œuvres , écrivant sur saint Luc, il dit ces mois { S anct. Ainhr. in cap. 5 Lucœ , iib. 2 ) : « Malheur à moi , Seigneur , » si je ne pleure mes péchés ! Malheur à moi , si je ne » me lève à minuit pour louer votre saint nom ! Mal- » heur à moi , si je trompe mon prochain , si je parle » contre la vérité; parce que la cognée est déjà à la » racine de Tarbre : c'est pourquoi , que celui qui est » en état de grâce s'efforce de produire des fruits de » justice, et celui qui est en péché, d'en produire de » pénitence : car le Seigneur est proche ; il vient » pour recueillir le fruit , pour donner la vie à ceux » qui travaillent fidèlement et utilement , et la mort ■ à ceux qui sont négligens et inutiles. »

Page 1