LIVRE I. CIIAP. VIII
fin périe , et votre félicité a fait naufrage dansTabîme de vos douleurs. Vous êtes tombés dans une telle indigence , que vous ne pouvez trouver une seule goutte d'eau poiir tempérer cette soif enragée qui dévore vos entrailles.
Loin de tirer quelque soulagement de vos douceurs passées , leur souvenir sera une des choses qui vous tourmenteront le plus cruellement , parce qu'alors s'accomplira ce qui est écrit au livre de Job [Job. 24. V. 20) : «La douceur des médians les rongera com- » me des vers. » Ce qui arrivera, comme l'explique saint Grégoire , quand la mémoire de leurs voluptés passées sera changée en l'amertume des douleurs présentes ; quand ils se souviendront du temps qu'ils ont vu, et de celui auquel ils se trouvent, éprouvant, par une malheureuse expérience , que pour des choses qui ont duré si peu , ils souffrent ce qui ne finira jamais. Ce sera alors qu'ils connaîtront clairement les mensonges de l'ennemi ; ce sera alors qu'étant surpris dans ses filets , ils commenceront à dire ces paroles de la Sagesse ( Sap. ^.v. 6 ) : « Malheureux que nous » sommes ! nous voyons maintenant combien nous » nous sommes écartés du chemin de la vérité. Nous » voyons que la lumière de justice ne nous a pas » éclairés , et que le soleil de l'intelligence ne s'est » pas levé sur nos têtes. Nous nous sommes fatigués » à marcher dans les voies de malice et de perdition ; » nous avons suivi les sentiers rudes et difficiles , sans » jamais pouvoir trouver le chemin du Seigneur , qui 0 est si aisé et si uni. » Telles seront les plaintes de ces malheureux : mais tout leur sera inutile; car le temps de tirer quelque fruit de leur pénitence sera passé.
100 LE C^'IDE DES PÉCfIF.tJr.S.
Ces considérations sont de grands motifs pour nous eitciter à la vertu. Aussi c'est par là que le grand saint Chrysostôme ( S.Ckrys. Hom. lo , in 2 ad Cor. 5 ) nous y exhorte en plusieurs endroits de ses homélies : Afin que vous prépariez de bonne heure votre ame pour être le temple et la demeure de Dieu , souvenezvous, dit-il, de ce jour terrible auquel nous comparaîtrons devant le trône de Jésus- Christ, pour rendre raison de toutes nos œuvres. Considérez en quel état ce Seigneur viendra )uger les vivans et les morts : combien de milliers d'anges l'accompagneront. Représentez-vous que vous entendez déjà le son de cet épouvantable arrêt que Jésus-Christ prononcera pour la dernière fois contre tout le monde : songez qu'après cet arrêt les tins seront précipités dans les ténèbres extérieures ; que l'entrée du Ciel sera fermée à d'autres , quoiqu'ils aient conservé avec beaucoup de travail leur virginité ; que d'autres étant liés ensemble comme des faisceaux de naauvaises herbes, seront jetés dans les flammes , et que d'autres seront abandonnés au ver immortel , aux grincemens de dents , et à des larmes éternelles. Puisque nous ne pouvons douter de ces vérités , que ne nous écrions-nous de bonne heure , avec le prophète ( Jereni. 9. v. 1 ) : « Qui » donnera de l'eau à ma tête , et des fontaines de lar- » mes à mes yeux , pour pleurer jour et nuit ? » Venez donc, mes cliers frères, lorsqu'il est encore temps, et prévenons tous ensemble le juge par la confession de nos fautes , puisqu'il est écrit ( Ps. 6 ; S. Chrys. , Hom. cU Contin. , de Virg. , et de pœnit. ) : « Qui » est-ce , Seigneur, qui célébrera vos louanges dans » les enfers ? »