CHAPITRE X
Dixième raison par laquelle nous sommes excités à la vertu , savoir , la dernière des quatre fins de Vliomme , les peines de V enfer.
La moindre partie de cette grande récompense que novis venons de proposer , devrait être capable d'enllammer nos cœurs à l'amour de la vertu. Mais que sera-ce si , à la grandeur de la gloire destinée aux bons , nous ajovitons la grandeur des peines préparées aux médians ? Car il n'y a point en ceci de milieu : il ne faut pas que l'impie se console en disant : Si je vis dans le désordre , tout ce qui m'en peut arriver est de ne pas jouir de Dieu ; du reste je n'attends ni peine ni gloire. Il n'en sera pas ainsi ; il faut nécessaii'cment se trouver dans l'un de ces deux états si contraires , ou régner avec Dieu éternellement, ou brûler éternellement avec les démons ( Jérem,. 24 ) - Dieu figura cette terrible alternative par ces deux vases qu'il montra au prophète Jérémie devant les portes du temple ; l'un était rempli de figues excellentes , i autre de figues si mauvaises qu'il était impossible
d'en manger. Image fidèle de deux genres de personnes ; les unes, objet de la miséricorde de Dieu ; les autres, de sa justice. Comme le sort des unes ne peut être plus favorable , celui des autres ne peut être plus mialheurcux ; car il s'agit ou de voir Dieu , ce qui est le comble de tous les biens , ou d'être privées éternellement de sa vue, ce qui est le plus grand de tous les maux.
Les hommes qui pèchent si hardiment devraient bien réfléchir sur cette vérité , pour connaître de quel poids ils se chargent volontairement. Ceux qui gagnent leur vie à porter des fardeaux, considèrent ce qu'on leur présente à porter, et le soulèvent un peu pour voir si leurs forces sont proportionnées à sa pesanteur. Et vous qvii êtes nourris dans les appas et dans les attraits du monde , vous vous laisserez tellement corrompre , contre la volonté de Dieu , par vos désirs sensuels , que pour d'infâmes plaisirs vous vous obligerez sans réflexion à porter pour jamais le pesant fardeau du péché ! Considérez au moins sa pesanteur , c'est-à-dire , la peine qui y est attachée, pour voir si vous serez capables de la supporter. Pour mieux vous faire connaître la grandeur de cette peine , et la pesanteur de la charge que vous vous imposez lorsque vous péchez, je désire vous proposer quelques réflexions; et quoiqu'en d'autres lieux j'aie déjà traité le même sujet , je ne dois pas laisser d'en parler encore en cet endroit. Il est vrai aussi que ce sera d'une autre sorte , parce que ce sujet est si vaste , qu'il fournit assez de matière pour tout ce que nous en dirons.
Méditons premièrement sur la grandeur immense
de
LIVRK I. en \P. X. 12 1
de Dieu , qui punira le péché. Comme il est Dieu en tout ce qu'il fait , il le paraîtra dans la vengeance qu'il tirera du péché. C'est pour cette raison qu'il a dit par Jérémie ( Jercm. 5, v. 22 ) : « Vous ne me D craindrez pas , vous ne tremblerez pas devant moi ! » moi qui ai mis le sable pour bornes à la mer ; elle 0 a entendu mon commandement et elle ne le trans- » gressera jamais ! En vain ses vagues impétueuses » s'élèvent ; elles sont impuissantes , et elles ne pas- » seront pas les limites que je lui ai prescrites. » Comme s'il avait voulu dire plus clairement : ]N 'est-il pas bien juste de craindre celui à qui rien ne résiste ? Admirable en toutes ses œuvres , il ne le sera pas moins en ses châtimens ; et comme il mérite d'être infiniment loué pour les biens qu'il nous a faits , il mérite aussi d'être craint pour les maux qu'il nous peut faire. Aussi Jérémie, quoîqu'innocentet sanctifié dès le ventre de sa mère , proférait ces paroles ( Jerem. 1 7 , V. <;) : « Qui ne frémira devant vous. Roi de toutes » les nations , parce que la gloire est à vous , Sei- » gneur ? » Et en un autre lieu ( Jerem. i5, v. 17 ) : « J'étais , dit-il , seul et éloigné de la compagnie des » hommes , parce que mon cœur était rempli de la » crainte de vos menaces. » Quoique ce saint Prophète sût que ces menaces ne le regardaient pas , elles étaient néanmoins si redoutables qu'elles le faisaient frémir.
L'Ecriture dit que les colonnes du Ciel tremblent devant la majesté de Dieu , et que toutes les puissances et les principautés frémissent devant sa face. Ce n'est pas qu'elles soient en doute de leur salut ; mais elles sont dans l'admiration de sa majesté infinie. Si
GiiEWADE. Guide. I, F