LIVRE I. CHAP. IX
bienheureux qui ne sont qu'un cœur et une ame ; et enfin , si vous souhaitez de vous voir affranchi de toute sorte de peines , c'est là que vous en serez heureusement délivrés.
En l'ancienne loi Dieu commanda à son peuple de célébrer au huilième jour la circoncision : c'était pour nous apprendre qu'au huitième jour, c'est-àdire 5 au jour de la résurrection générale ^ qui viendra après la semaine de cette vie , il circoncira et retranchera toutes les misères de ceux qvii pour son amour se seront circoncis eux-mêmes , et qui auront retranché tous leurs désirs sensuels , toutes leurs superfluités et tous leurs défauts. Que peut-on désirer de plus heureux qu'une vie de cette sorte , libre de toute sorte de maux , qui ne sera jamais sujette ni à la crainte de la pauvreté , ni à l'infirmité des maladies ; où il n'y a ni colère ni envie ; où Ton ne connaît plus la servitude de la faim et de la soif, l'ambition des honneurs et des dignités mondaines ; là nulle crainte des démons , nulle appréhension de l'enfer , ni de la mort du corps ou de l'ame , m^ais une vie toujours contente , accompagnée des douceurs de l'immortalité , sans guerre ni divisions , parce que toutes choses y seront dans une parfaite paix et dans une parfaite concorde ?
Il faut ajouter à tous ces biens , celui de jouir de la compagnie des anges , de la présence de toutes ces sublimes intelligences , de voir ces belles troupes de saints plus brillans que les étoiles du ciel. Les patriarches y paraîtront avec splendeur , par la sainteté de leur obéissance ; les prophètes , par celle de leurs espérances ; les martyrs s'y verront ornés de couron-
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lies teintes de leur sang ; et les vierges parées de robes blanches, pour marque de leur pureté. Mais quelle langue pourra parler de ce souverain monarque qui réside au milieu d'eux ? Certainement , si nous avions à souffrir chaque jour de nouveaux tourmens , si nous avions même à supporter durant quelqTie temps les peines de l'enfer, pour voir le Seignevir dans sa gloire , et jouir de la compagnie bienheureuse de ses élus , tant de douleurs seraient peu de chose pour atteindre au com^ble de cette félicité.
Quel sera donc le bonheur des yeux qui jouiront de ces objets ! Que sera-ce de voir la beauté de celte superbe cité , la gloire de ces illustres citoyens , la face de ce Créateur , la miagnificence de ces édifices , la richesse de ces palais , et la joie commune de cette céleste patrie ? Que sera-ce de voir tous les ordres de ces bienheureux esprits , l'autorité de ce sacré sénat , la majesté de ces vénérables vieillards , que saint Jean vit assis dans des trônes en la présence de Dieu ( Apoc. 4 ) r Que sera-ce d'ouïr ces voix angéliques , ces chantres excellens , et cette musique ineffable ? Quel plaisir d'entendre de leur bouche cet agréable cantique, que le même saint Jean leur ouït prononcer ( Apoc. y , V. 12 ) ! « Bénédiction , clarté , sagesse , » action de grâces , honneur , vertu et force à notre » Dieu , dans tous les siècles des siècles. Amen. »
Si cette harmonie des voix est si douce à l'oreille , combien le cœur sera plus touché des rapports ineffables d'amour qui uniront les élus entre eux et avec Dieu ! Les habitans du Ciel ne formant tous qu'un cœur et qu'une ame , seront assis à cette table magnifique, au festin de ces noces mystérieuses aux-
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quelles Jésus-Christ nous a invités. C'est là que se reposeront les bienheureux , qu'ils jouiiont pleinement (les biens élernels , qu'ils chanteront , qu'ils loueront , et qu'ils glorifieront à jamais le Dieu qui les a sauvés. Si la foi promet de si grands biens à la vertu , qui sera assez aveugle pour ne se pas résoudre à la suivre , dans l'espérance d'une telle récompense ?