LIVRE I. CIÎAP. X
lions épouvantables dont les exemples remplissent presque toute l'Ecriture-Sainte. Combien fut remarquable le châtiment que Dieu exerça contre Datan , Abiron ( Nuin. 16) , et tous levirs complices , qui furent engloutis tout vifs , et jetés au profond des enfers, pour s'être élevés contre leurs prélats! Qui a jamais ouï des menaces et des malédictions semblables à celles que nous lisons au Deutéronome contre les violateurs de la loi ? Entre plusieurs autres , en voici de terribles. Dieu dit {Dcut. 2S.V. 20): «Le n Seigneur vous enverra la faim , l'indigence ; toutes » vos œuvres seront maudites. A ces maux , le Sei- 0 gncur ajoutera la peste. Il vous frappera de la pau- D vreté 5 de la fièvre , du froid ; il vous enverra un » air brûlant et corrompu ; il vous poursuivra jus- » qu'à ce que vous périssiez. Le ciel sera pour vous ï> d'airain et la terre de fer. »
Ces châtimens , effroyables sans doute, ne sont qu'une ombre légère et une figure , en comparaison de ceux qui sont réservés en l'autre vie , au temps où la justice divine éclatera contre ceux qui ont méprisé sa miséricorde. Si la seule image est si redoutable , combien plus le sera la vérité ! et si maintenant la rigueur de la justice , tellement modérée par la douceur de la miséricorde , nous paraît cependant si ter» rible , et le vin de la colère , tempéré avec tant d'eau , se trouve néanmoins de si mauvais goût ; que sera-
I ce lorsqu'il nous le faudra boire tout pur , et lorsque les jugem.ens de Dieu s'exerceront sans miséricorde
I contre ceux qui n'auront pas voulu user de miséricorde ? Toutes ces peines néanmoins , quelque grau"
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des qu'elles soient , n'égaleront jamais ce que mérite le péché.
Mais ce n'est pas seulement par la considération de la grandeur de la justice que nous pouvons comprendre la rigueur des chàtimens de Dieu; c'est aussi par l'excès de sa miséricorde , dont les médians se flattent si fort : car , qu'y a-t-il qui puisse donner plus d'étonnement , que de voir un Dieu revêtu d'une chair humaine , et souffrant en son corps tous les tourmens et tous les opprobres qu'il endura , jusqu'à finir ses jours sur un gibet ? Quelle plus grande miséricorde que de se réduire jusqu'à cet abaissement ; de se charger de tous les péchés des hommes, pour en délivrer le monde ; de donner son sang pour le salut même de ceux qui le répandaient ? Or , la justice divine ne sera pas moins terrible dans ses vengeances que sa miséricorde a été admirable; car toutes les perfections de Dieu sont égales , puisqu'elles sont toutes infinies.
Si lorsque Dieu voulut manifester au monde sa miséricorde , il fit des merveilles si incompréhensibles , qu'elles passèrent pour folie aux yeux du monde ; que fera-t-il au temps de son second avènement , où il a réservé défaire paraître la grandeur de sa justice ? Elle éclatera d'autant plus , que la multitude de nos iniquités lui offrira mille sujets de se manifester , tandis que rien en nous ne réclamait la miséricorde, puisque pécheurs, nous étions indigues de pardon.
Saint Bernard a fort bien expliqué cela en un de ses sermons de l'avent, par ces paroles {Serm. i. dû Epfphan.) : « Comme Notre -Seigneur, dit-il, ve-