‹ Le guide des pécheursChapitre 56 sur 142 · LIVRE I. CHAP. X · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAP. X

» nant la première fois an monde , s'est montré très- » indulgent et très-facile à pardonner ; de même au » second avènement, il ne sera pas moins sévère à pu- » nir ; et comme il n'est personne maintenant qui ne » puisse se réconcilier avec lui , il n'y aura personne » alors qui le puisse faire ; parce que, comme au » premier avènement sa clémence a paru avec excès , » ainsi au second la rigueur de sa justice sera extrê- » me : car Dieu est infini en sa justice comme en sa » miséricorde ; il est grand à pardonner , et grand à » punir. Il est vrai que la miséricorde tient le pre- » mier lieu, pourvu que nous ayons conduit de telle » sorte nos actions, qu'elles ne donnent pjîs lieu aux » mouvemens rigoureux de sa justics. » Ces paroles nous font voir que par la grandeur de la miséricorde de Dieu , nous pouvons conjecturer quelle sera ïa grandeur de sa justice, L vine et l'autre nous ont été encore divinement enseignées par le Roi prophète , lorsqu'il a dit {Ps. 67. v. ai) : «Notre Dieu est Dieu ; » c'est le propre de sa bonté de sauver les hommes , » et de les retirer des portes de la mort ; mais il bri- » sera aussi les têtes de ses ennemis , et il n'épargnera » aucun de ceux qui persévéreront dans leurs pé- » chés. » Voyez par là combien il est doux et favorable à ceux qui se convertissent ; mais combien au contraire il est rigoureux aux endurcis et aux rebelles. La même chose nous est encore fort bien enseignée par l'extrême patience dont use Dieu tant envers tout le monde en général, qu'envers chacun des méchans en particulier. Ne voyons - nous pas une infinité de gens si corrompus, que dès le moment qu'ils ont eu l'usage de la raison , jusqu'aux dernières an-

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luîes de leur vie , ils ne se sont servis de leur esprit que pour offenser Dieu, sans se mettre en peine ni de ses promesses , ni de ses menaces , ni de ses bienfaits , ni de ses préceptes , ni d'aucune chose qu*il ait pu faire pour leur conversion ? Durant tout ce '1 temps, celte bonté souverainetés a toujours attendus avec patience sans retrancher un moment de leur vie malheureuse , et sans se lasser de les appeler à la pénitence par divers moyens, mais toujours inutilement. Que fera-t-il donc lorsqu'après avoir épuisé cette longue patience, sa colère, qu'il avait longtemps resserrée dans le sein de sa justice , rompra les digues qui la tenaient? Avec quelle impétuosité , avec quelle violence se déchargera- 1- elle sur eux? Quelle autre chose nous voulait enseigner l'Apôtre , lorsqu'il disait (iio?îi. 2. v. 4)' « Ignorez - vous, ô » homme , que la bonté de Dieu vous appelle à pé- » nitence ?et vous, au contraire , demeurant endur- » ci en votre cœur, vous ne s'oulez pas le fléchir ; 'ï vous amassez sur votre tête un trésor de colère et » de vengeance au jour du juste jugement de Dieu , » lorsqu'il rendra à chacun selon ses œuvres. »

Que veut-il dire , vous vous faites un trésor de colère , sinon que , comme ceux qui amassent des trésors entassent chaque jour or sm* or et richesses sur richesses, afm d'ajouter sans cesse à leur fortune , ainsi Dieu augmente tous les jours le trésor de sa colère , comme le méchant augmente celui de ses péchés qui en sont la cause? Si un homme s'appliquait de telle sorte à former un trésor , qu'il ne laissât passer ni jour ni heure sans y mettre quelque chose, et qu'il agît durant cinquante ou soixante ans , quel

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amas ne trouverait-il pas lorsqu'au bout de ce temp?^ il viendrait à ouvrir ses coffres ? Que sera-ce donc de vous , qui ne laissez presque passer aucun instant sans ajouter quelque chose au trésor de la colère divine , qui croît à tous momens par quelqu'un de vos péchés ? Quand il n'y aurait que les seuls regarda déshonnétes de vos yeux , les haines et les mauvais désirs de votre cœur, les paroles et les blasphèmes de votre bouche , cela seul ne serait-il pas capable de remplir un monde de péchés ? Que sera-ce lorsqu'à ces mois Ton en ajoutera tant d'autres que vous commettez tous les jours ? Quel trésor de colère et de vengeance aiu'cz-vous accumulé contre voiis au bout de tant d'années !

Si nous considérons aussi sérieusement Tingraiitude et la malice des médians , elles ne serviront pas peu à nous faire connaître combien le châtiment qui les attend doit être sévère et rigoureux» Pour en bien juger, mettons d'un côté la bonté avec laquelle Dieu a traité les hommes , ce qu'il a fait et ce qu'il a dit pour eux étant en ce monde , ce qu'il a souffert; les dispositions et les moyens qu'il leur a donnés pour bien vivre ; ce qu'il a pardonné et dissimulé en leur faveur ; les biens qu'il leur a faits , les maux dont il les a délivrés , et une infinité d'autres grâces qu'il leur a prodiguées à toute heure : mettons d'un autre côté l'oubli que les hommes ont eu de Dieu , leurs ingratitudes, leurs rébellions, leurs infitlélités , leurs blasphèmes , le mépris qu'ils ont fait de lui et de ses coinmandemens ; il a été tel qu'ils les ont foulés aux pieds , non-seulement pour le moindre intérêt, mais souvent sans raison, de gaîté de cœur, et par un excès de

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lémérité et d'impudence. Ceux qui ont méprisé une si haute majesté avec la même facilité que si ce n'était qu'un dieu de bois ; « ceux qui ont tant de fois , comme dit l'Apôtre ( Hebr. lo. i;. 29 ) , « foulé aux » pieds le Fils de Dieu , et profané le sang de son al- » liance ; » qui l'ont tant de fois crucifié , en faisant plus de mauvaises actions qu'un païen n'en aurait osé concevoir ; qu'ont- ils à attendre , si ce n'est des peines proportionnées aux injures qu'ils auront faites , parce que Dieu est un juste juge , c'est-à-dire , qu'il proportionne le châtiment dû à l'offense , à la dignité de celui qui a été outragé ? Ainsi , Dieu étant l'offensé , et le corps et l'ame du criminel devant être livrés à sa justice , quels seront les tourmens qu'ils souffriront, puisqu'ils doivent être mesurés à la grandeur de celui dont ils ont insulté la majesté ! Si le sang du Fils de Dieu a été nécessaire pour compenser les offenses faites à Dieu , la dignité de la personne ayant suppléé à ce qui pouvait manquer à la rigueur de la peine, que sera-ce lorsqu'il faudra faire cette compensation par la seule rigueur de la peine , sans aucune considération de la personne ?

Si la sévérité du juge nous donne de la crainte , quelle impression nous fera la cruauté du bourreau auquel est confié le soin de la vengeance ! Ce sera le démon qui exécutera cette irrévocable condamnation. Pour connaître quelque partie de la rage de cet exécuteur , voyons jusqu'où elle alla contre le saint homme Job , sur lequel Dieu lui avait donné pouvoir. Est-il quelque sorte de violence et de rigueur qu'il ne fît sentir à ce saint , sans être touché du moindre mouvement de compassion ? Il consuma ses

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