‹ Le guide des pécheursChapitre 61 sur 142 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Onzième raison par laquelle nous sommes oblig es de suivre ia vertu : les biens inestimables qui lui sont promis dès cette vie.

Je ne saurais concevoir quelles excuses peuvent donner les hommes qui ne veulent pas suivre la vertu , puisque nous voyons tant de raisons qui la favorisent. Car nous ne sommes pas assez aveugles, pour ne pas reconnaître la justice de sa cause, si nous considérons ce que Dieu est en lui-même, ce qu'il mérite , quels biens il nous a faits , ceux qvi'il nous promet, et les chàtimens dont il nous menace ; ce n'est pas sans raison que l'on peut demander pourquoi, entre les chrétiens, qui croient et qui confessent tout ce que nous venons de représenter, il en est si peu dont la conduite réponde à la foi ; il n'est pas étonnant que les infidèles , qui ignorent le prix et la beauté de la vertu , n'estiment point ce qui ne leur est pas connu : ils font en cela comme ceux qui creusant la terre , et rencontrant par hasard dans ses veines une pierre précieuse, la rejeté nt, parce quils n'en savent pas la valeur. Mais que les chrétiens, à

158 LE GUIDE PE3 PiCflEUnS.

quitoules ces grandes vérités sont enseignées. w.v..v comme s'ils n'y croyaient pas, dans un aussi grand oubli de Dieu, aussi esclaves des vices, aussi sujets à leurs passions , aussi attachés aux choses visibles,, aussi détachés des invisibles . et aussi abandonnés àti toute sorte de péchés , que s'il n'y avait ni mort , ni jugement, ni paradis, ni enfer; c'est ce qui doit surprendre et étonner tout le inonde , et nous donner grand sujet de demander d'où vient cet aveuglement.

Ce mal , le plus grand de tous ceux qui régnent parmi les hommes , ne tire pas sa naissance d'une seule racine; il en a plusieurs. L'une des principales est celte erreur si ancienne parmi les hoinmes nu monde, que Dieu réserve à l'autre vie tout ce qu'il promet à la vertu , et qu'il n'y a en celie-ci, pour elle , que peines et dégoûts. De là vient que les hommes intéressés et presque uniquement sensibles à ce qui frappe leurs yeux, ne voyant rien qui le^puisse contenter présentement 5 font peu de cas de l'avenir. Cette illusion n*est pas nouvelle, elle égarait déjà les hommes du temps des prophètes. Aussi nous vo3'ons que quand Ezéchiel leur faisait de grandes promesses ou de grandes menaces de la part de Dieu, ils se moquaient de lui , et disaient entre-eux ( Ezccfi , c. 12. V.12) «Le jour où doivent s'accomplir les malheurs » qui novis sont prédits, est encore éloigné. » Se raillant encore du prophète Tsaïe ( Isa. 28. v. i3 ), ils contrefaisaient ses paroles, et disaient : « Atten- » dez et attendez encore. Commandez , et comman- » dez encore une autre fois ; dans peu, et encore dans » peu. 11

Page 1