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^ oilà donc l'une des principales raisons q\ii détournent les hommes des commandemens de Dieu. Ils s'imaginent qu'ils n'ont rien à espérer présentement de sa grâce , et que tout ne regarde que l'avenir. Salomon , ce roi si sage, reconnut bien celte erreur, ce qui lui donna sujet de dire (^Eccies. c. 8. v. ii ) : 0 Lesenfans des hommes s'abandonnent sans aucune » considération à toutes sortes de vices, parce que la » sentence portée contre tous les médians, ne s'exé- » cute pas aussitôt qne leurs fautes sont commises. » Et incontinent après il ajoute : [c. 9. v. 2) «Que le » plus grand malheur qui soit en la vie, et celui qui » porte davantage les hommes au mal, c'est de voir ; » que la plupart des choses ( au moins en apparence) » réussissent également aux bons et aux médians, » à ceux qui offrent des sacrifices et à ceux qui les » méprisent; d*où il arrive que les cœurs des hommes 9 se remplissent de malice , et se précipitent enfin » dans les enfers, parce qu'il leur semble que les fa- » veurs et les dLsgràces tombent indifféremment sur » les pécheurs et sur les innocens. »
Ce qvie Sâlomon a dit des méchans est fortement prouvé par eux-mêmes dans le prophète Malachie {Matach. 5.v. 1 4), lorsqu'ils disent : x II est inutile » de servir Dieu. Car que nous est-il revenu d'avoir » observé ses commandemens, et d'avoir paru le vi- » sage humilié devant le Seigneur des armées ? Aussi j» nous tenons pour bienheureux les orgueilleux et » les insolens , parce que nous les voyons vivre dans » la prospérité , quoique leur conduite soit mauvaise ; » et après avoir insulté Dieu , ils passent leurs jours » en repos et en sûreté. » Ce sont là les discours les
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plus ordinaires des médians, et l'un des principaux motifs qui les portent à j3ersévérer dans leur mauvaise vie; « Il leur semble, dit saint Ambroise , {S. Anib. » i. 7. in Luc. c. 7 ) que c'est une chose fort rude » d'acheter des espérances par des périls , c'est-à-dire » des biens futurs par des maux présens , et de lais- » ser échapper ce que l'on a dans la main , pour se » repaître de la possession imaginaire de biens que » l'on ne tient pas encore. »
Pour nous désabuser de cette dangereuse erreur, je ne pense pas qu'il y ait rien de plus puissant que ces paroles, que le Sauveur accompagna de ses larmes , lorsque voyant le misérable état de Jérusalem , il pleura sur elle, et lui dit ( Luc. 19. v. 42 ) : « Si tu » connaissais maintenant la paix et les biens qui te » sont présentés en ce jour! mais tout cela est ca- » ché à tes yeux. 0 Jésus-Christ considérait d'un côté quels étaient les biens qu'avait reçus ce peuple par sa venue, tous les trésors et toutes les grâces du G iel étant descendus avec le Seigneur des Cieux : de l'autre , il voyait que ce même peuple , méprisant les simples et basses apparences qui étaient en son vêtement et en sa personne, ne le recevrait ni ne le reconnaîtrait jamais pour ce qu'il était. Il savait quel malheur suivrait cette ignorance ; Jérusalem infidèle devait perdre nonseulement tous les biens que le Messie était venu apporter aux hommes, mais encore son état temporel et sa liberté. Pressé par l'effort de cette douleur , Jésus versa ces larmes, et dit ce peu de paroles, qu'il ne voulut pas achever, parce qu'elles étaient d'autant plus significatives qu'elles étaient obscures.
Ces mêmes paroles se peuvent fort bien appliquer
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au sujet que nous traitons, parce que, considérant d'an côté les beautés de la vertu et les grâces signalées qui raccompagnent , et de l'avitre comme ces biens sont cachés aux yeux des hommes charnels, n'est-il pas visible que nous avons le même sujet de verser des larmes, et de dire avec le Sauveur : Si vous connaissiez inaintenant ! c'ést-à-dire , ô malheureux pécheur ! si Dieu vous ouvrait maintenant les yeux pour vous faire voir les richesses, les plaisirs, la paix, la liberté, la tranquillité , la lumière, les douceurs, les faveurs, et les autres biens qui accompagnent la vertu, combien l'estimeriez-vous , combien la désireriez vous, et que n'emploiriez-vous point pour en acquérir îa possession ! Mais tout cela est caché aux yeux des hommes du monde, qui^, s'arrêtant à l'écorce dure et amère de la vertu, sans goûter les délices qu'elle renferme , se persuadent qu'elle n'a rien qui ne soit rude et de mauvais goût : de sorte que raisonnant selon la chair , ils disent qu'ils ne veulent point acheter par des périls certains des espérances incertaines, ni exposer des biens présens pour des promesses qui dépendent de l'avenir.
Tel est le langage que tiennent d'ordinaire les hommes, effrayés de l'apparence extérieure de la vertu. Ils ne savent pas que la philosophie chrétienne est semblable à Jésus-Christ même, qui s'étant présenté à nos yeux sous la figure d'un homme humble et simple, ne laissait pas d'être Dieu €t Seigneur souverain de toutes les créatures. C'est pourquoi il est dit des fidèles , qu'ils sont morts au monde , m>ais que ieur vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu, parce que, comme la gloire du Sauveur était cachée sous
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?ç voile de riuimanité, ainsi le doit être celle de tous les imitateurs de sa vie. C'est en effet ce qu'ont parfaitement compris les prophètes, les apôtres et tous les vrais et parfaits chrétiens.
Si après cela la vertu vous paraît encore rude et difûcile, que ne considérez-vous au moins le puissant secours que Dieu vous offre pour vous la rendre douce ' et aisée ! N'a\'ez-vous pas recules grâces infuses , les dons du Saint-Esprit, les sacremens de la nouvelle loi, et tant d'autres faveurs divines? Ne sont-ce pas comme autant de rames et de voiles au vaisseau pour voguer, et comme des ailes à l'oiseau pour voler? Pensez qu'après quelques efforts, la vertu, comme son nom l'indique, devient une habitude très -noble et très-parfaite ; d'où il suit qu'elle nous fait agir avec douceur et facilité , comme c'est le propre de toutes les habitudes? Qui en doutera, s'il veut faire atten tion que le Sauveur la'a pas seulement promis à se élus les biens de la gloire , mais aussi ceux de la grâce , les premiers pom' l'autre vie , et les seconds pour celle-ci ?
C'est ce que nous a dit le Prophète (Psai. 83. v. Il) : «Le Seigneur donnera la grâce et la gloire ; n ce sont comme deux riches vases remplis de toute sorte de biens , dont l'un est pour la vie présente , et Pautre pour la vie future ; comprenons donc qu'il y a dans la vertu quelque chose au delà de ce qu'elle paraît au dehors. L'auteur de la nature ne nous manque point dans les choses nécessaires, et il a pourvu parfaitement les créatures de tout ce que demande leur vie temporelle. Or , quoi de plus indispensabla que la vertu ? et puisqxîe nous eu sommes par nous*
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tnêmes încapàbies , Dieu n'a pn nous abandonner à a disposition absolue du libre arbitre , laibk connue 1 est, à renlendement aveugle , à la volonté variale et incertaine, aux désirs si portés au mal , et enfin à une nature si corrompue par le péché , sans nous fortirî43r par des habitudes infuses , comme autant de rames pour passer au travers de tant d'écueils jui nous étaient opposés dans la mer de cette vie.
Comment la Providence divine qui a pris tant de soin d\in moucheron , d'une araignée et d'une fourmi , qui les a pourvvis de tout ce qui leur peut servir pour la conservation de leur vie , eût-elle abandonné riiomme , la plus parfaite de toutes les créatures qui sont sous le Ciel, sans lui donner les moyens nécesiiaires pour acquérir la vertu? J'ajouterai encore que 51 le monde et le démon attirent par tant de divers plaisirs apparens ceux qui les servent, comment serat-il possible que Dieu soit si avare envers ses véritables serviteurs , qu'il les laisse dans la nécessité et les .oublie au milieu de leurs peines ? Se peut-il que le parti de la vertu soit si bas , et celui des vices si élevé ? Que pensez-vous que Dieu nous ait voulu signifier par la réponse qu'il fit autrefois par son prophète Ma- [achie aux plaintes des médians, lorsqu'il leur dit [ Malach. 3. v. 18 ) : 0 Convertissez-vous à moi, et » vous verrez la différence que je sais mettre entre le 1 bon et le .méchant , entre celui qui sert Dieu et > celui qui ne le sert pas ?
Nous voyons par là que le Seigneur ne se contente pas de proposer les avantages de l'autre vie à ceux qui se convertissent , mais qu'il leur dit : ConveriiS' sez'vous, et vous verrez présentemetit ; comme
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.«'il avait voulu dire : Je ne veux pas seulement que vous attendiez l'autre vie pour connaître les biens qui sont destinés à mes amis ; mais convertissez-vous à mioi , et vous éprouverez à l'heure même la différence que je sais faire entre les bons et les médians ; vous connaîtrez les richesses des uns et la pauvreté des autres , la joie des uns et l'afïliction des autres ; la paix des uns, et la guerre intérieure des autres ; la lumière qui éclaire les uns , et les ténèbres qui enveloppent les autres ; et ainsi l'expérience vous fera voir que le parti de la vertu a sur celui du vice des avantages bien plus grands que vous n'avez cru.
Dieu fait encore presque la même réponse à d'autres personnes aussi égarées que les premières. Celles-ci 5 trompées par les mêmes apparences , se moquaient des gens de bien , et leur disaient dansisaïe {Isa. 66. v. 5 ) : «Que votre Dieu fasse voir la gran- » deur de sa puissance et de sa gloire , qu'il nous j» rende témoin de ce bonheur qu'il vous a promis. » Après ce peu de paroles, ayant fait un long dénombrement des châtimens épouvantables que la justice de Dieu a préparés pour les méchans , ce prophète , raconte incontinent les joies et les contentemens qui sont réservés aux gens de bien {Ihid. v. lo): « Ré- ■ jouissez- vous avec Jérusalem , vous qui aimez son » repos; et que tous ceux qui ont participé à ses dé- » plaisirs , prennent part maintenant à ses joies ; » qu'ils se remplissent des fruits de ses consolations , » et qu'ils se rassasient de plaisir, voyant l'excès de la » gloire qui lui est destinée. Car j'enverrai sur elle un » fleuve de paix et une rivière de gloire , afin qu'elle > en boive à souhait. Je vous porterai dans mon sein ,
et