CHAPITRE XIII
Second privilège de îa vertu : ta grâce sanctifiante donnée aux hommes vertueux.
Cette providence paternelle est la source de toutes les grâces que Dieu fait à ses serviteurs ; car c'est elle qui les pourvoit des moyens nécessaires à leur
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fin , qui est leur dernière perfection : elle les aide , et leur prête, pour ainsi dire, la main en toutes leurs nécessités, produisant dans leurs anies les vertus et les habitudes infuses. Entre ces habitudes la première est la grâce sanctifiante, qui, après cette divine providence, est le principe de tous les autres privilèges: c'est [Luc. i5) le premier vêtement qui fut donné à Tenfant prodigue, lorsqu'il fut reçu en la maison de son père.
Si vous me demandez, qu'est-ce que cette grâce ? je vous dis que, selon la définition des théologiens, elle est une participation de la nature divine , c'està-dire de la sainteté, de la bonté, de la pureté et de la grandeur de Dieu. Par elle l'homme quitte la bassesse et la roture qui lui viennent du côté d'Adam , pour être participant de la sainteté de Dieu; il est dépouillé de lui-même pour être revêtu de J.-C. Les saints éclaircissent cette vérité par l'exemplei du fer mis au feu : quoique le métal reste le même, il sort néanmoins brillant et lumineux connue le feu; ainsi la même substance de fer demi urant toujours, elle est comme revêtue de la splendeur, de la chaleur et des autres propriétés du feu. De même la grâce , qui est une qualité céleste que Dieu répand dans l'ame, par une propriété non moins merveilleuse, transforme l'homme en Dieu; de sorte que, sans cesser d'êtrt honuue , il participe en quelque façon aux vertus et à la pureté de Dieu, comme y participait autrefois celui qui disait (S. Paul Gatat. V. 20) « Je vis, non pas moi, mais c'est Jésus-Chri^l » qui vit eu moi. »
La grâce est ?ucore une forme surnaturelle et di-|
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vine, qui fait que riiominc vit d'une vie conforme à son principe et à la source dont il procède, qui est aussi surnaturelle et divine, et en cela reluit merveilleusement la providence de Dieu, qui, ayant voulu que l'homme eût deux sortes de vies Tune naturelle et l'autre surnaturelle , a aussi donné deux formes , qui sont coinmeJes deux âmes de ces vies; comme de l'ame, qui est la forme naturelle, procèdent toutes les puissances et tous les sens nécessaires à la vie naturelle, ainsi de la grâce, qui est la forme surnaturelle, procèdent toutes les vertus et les dons du Saint- Esprit, nécessaires à la vie surnaturelle.
La grâce, outre cela, est un ornement spirituel de l'ame, formé de la main du Saint-Esprit, qui la rend si belle aux yeux de Dieu , qu'il la reçoit pour sa filie et pour son épouse. Le propliète se glorifiait de cet ornement, lorsqu'il disait ( /^fl. 61, v. 10 ) : « Je » me réjouirai dans le Seigneur, et mon ame tressail- » lera d'allégresse en mon Dieu ; parce qu'il m'a re- » vêtu des vêtemens du salut, et qu'il m'a environné 1* de la robe de justice. Il m'a mis une couronne sur » la tête comme à un époux, et m'a enrichi de toutes » ses pierreries et de tous sesornemens, comme une
épouse. » Cette parure consiste dans les vertus et es dons du Saint-Esprit, dont l'ame du juste est revêtue. C'est cette robe de diverses couleurs qui couvre la fdle du roi , assise à la droite de son époux , parce que de la grâce procèdent les couleurs de toutes les vertus et des Iiabiti des célestes.
On peut aisément juger, par ce que nous venons de dire, quels sont les effets que produit cette grâce dans l'ame où elle fait sa demeure; le principal e^l
de la rendre si agréable et si belle aux yeux de Dieu, qu'il la tient pour sa fille, pour son épouse, pour son temple et pour sa demeure, où il prend plaisir à habiter. Un autre effet , c'est que non-seulement elle est embellie , mais encore fortifiée par le moyen des ' vertus, qui, comme les cheveux de Samson, font à la fois son ornement et sa force. Celte double qualité est loviée dans les Cantiques, lorsque les anges dans l'admiration s'écrient [Cant.Q.v.c)): « quelle est celle » qui s'avance comme l'aurore qui se lève au malin, » belle comme la lune, choisie comme le soleil , et » terrible comme une armée rangée en bataille ? » Parla il paraît que la grâce est comme une armure complète qui revêt l'homme depuis les pieds jusqu'à la tête, et le rend tellement fort que, selon saint Thomas, le moindre degré de grâce est capable de surmonter tous les démons et tous les péchés du monde.
L'homme Juste est si agréable à Dieu et si puissant auprès de lui, que toutes ses bonnes œuvres méritent la vie éternelle; de sorte que non-seulement les actes de vertu, mais aussi les actions naturelles, comme le boire, le manger, le dormir, si elles sont rapportées à notre fin dernière, sont dignes du Ciel.
La grâce sanctifiante rend encore l'homme enfant de Dieu par adoption, et héritier de son royaume, et le fait écrire au livre de vie, où tous les justes sont marqués. C'est ce privilège que le Sauveur vantait à ses disciples, lorsque les voyant venir pleins de joie de ce que les démons mêmes leur obéissaient en son nom, il leur répondit(A,i/f. lo, v. 20): «Vous ne devez » pas vous réjouir de ce que votre puissance s'étend