‹ Le guide des pécheursChapitre 94 sur 142 · LIVRE I. Cil VP. XVI · texte numérisé non relu

LIVRE I. Cil VP. XVI

de ce privilège , il faut savoir que la Providence divine , désirant que la créature raisonnable fût plus accomplie que toutes les autres, lui a donné tout ce qui lui était nécessaire pour se rendre digne de sa vocation ; or , elle y parviendra surtout par la perfection de son entendement et de sa volonté , c'est-àdire , par la science et la vertu. Dieu donc a créé les principes universels de toutes les sciences dans l'entendement , comme il a créé dans la volonté les semences de toutes les vertus.

Cette première semence de bien consiste en une inclination si puissante à la vertu, que quoiqu'elle se puisse affaiblir par une longue habitude du vice, elle ne saurait néanmoins être entièrement éteinte ; de même que le libre arbitre ne se détruit jamais entièrement, quoique, par l'usage ordinaire du péché , souvent il demeure sans vigueur. Cette vérité nous est figurée par ces serviteurs de Job qui, chacun échappé seul au désastre, venaient successivement annoncer à leur maître les pertes qu'il avait faites. Ainsi, celui qui pèche ne manque guère d'un vigilant serviteur, que les docteurs appellent la conscience, qui se sauvant parmi les autres pertes, vit après que tout le reste est mort , et ne cesse jamais de représenter aux médians l'état misérable où ils sont tombés. Nous devons bénir l'admirable sollicitude de la Providence, qui nous a donné ce sentiment ineffaçable, comme un prédicateur perpétuel, et un précepteur qui ne cesse point de nous porter au bien.

Epictète, philosophe, en était parfaitement instruit , lorsqu'il disait , que , comme les pères ont coutume de mettre leurs enfans encore petits sous la

coiuluile d'un précepteur, qui prenne soin de les détourner du vice pour les conduire à la verlu; de même Dieu après nous avoir créés, nous avait mis entre les mains de noire conscience, comme sous un gouverneur, afni que continuellement elle nous apprît le bien, et nous enseignât à nous détourner du mal. La conscience en effet semble être à la fois le directeur des gens de bien, et le bourreau des médians : car elle les tourmente intérieurement, et les accuse sans cesse des fautes qu'ils commettent; et mêlant l'absyntbe aux douceurs de tous leurs plaisirs, à peine en onl-ils goûlé un moment le cliarme, qu'elle leur en fait sentir l'amertume.

Cette peine est une de celles dont Dieu menaçait les médians par la bouche de son prophète Isaïe, lorsqu'il disait {Isa, 1 4.v- 20): «Qu'il mettrait Babylone » en la puissance du hérisson ; » c'est-à-dire que, par un juste châtiment, le cœur du méchant, figuré par Babylone, sera abandonné aux démons et aux remords de la conscience, qui , comme des pointes aigués, le déchirent et le transpercent. On ncHnirait pas en effet si l'on voulait énumérer toutes les douleurs qui tourmentent le cœur de l'impie; il est blessé d'abord par la laideur même du péclié ; elle est (elle qu'un philosophe [Senequc] ne faisait pas dilHculté de diœ que, quand il serait assuré que les Dieux lui pardonneraient, et que les hommes ne le sauraient jamais, il ne pourrait pourlant se résoudre de commettre un péché, à cause de la seule difformité du vice.

Une autre peine cuisante , est le tort que le péché fait presqiic toujours au prochain ; alors il se représente à celui qui l'a commis comme le sang répandu

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