‹ Le guide des pécheursChapitre 95 sur 142 · LIVRE I. CHAP. XVr · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAP. XVr

d'Abel , qiii demande conlinuelleuicnl vengeance devant le tribunal de Dieu. Il est écrit au livre des Maehabées , que toutes les violences et les cruautés d'Antiochus ne cessaient de le poursuivre et de s'olfi'ir à lui ; il en demeura tellement frappé , qu'il tomba dans une mélancolie qui enfin lui causa la mort. Etant réduit à la dernière extrémité, « Je me » ressouviens, dit-il {Mach. l. i, caj). Q, v. 12), des » maux que j'ai faits à Jérusalem <, de tant de trésors » que j'ai ravis, des citoyens que j'ai ruinés sans mo- » tif ; j'avoue que c'est de là que me sont venues ton- » tes les peines que j'endure, et c'est pour cela que » je meurs triste et affligé, dans vme terre étrangère. »

La honte et l'infamie accompagnent toujours le péché : le méchant ne saurait s'empêcher de la connaître, ni s'endurcir tellement contre la pudeur, quHl ne s'afflige de la haine que ses vices lui ont acquise, parce que naturellement les hommes désirent d'être aimés, et s'attristent du contraire ; il n'y a point dé plus grand tovirment au monde que la haine et l'a^^ version publique.

Enfin , la plus vive douleur est la crainte inévitable de la mort, l'incertitude de la vie, le compte qui se doit rendre des mauvaises actions, et la grandeur terrible àQS peines éternelles; chacune de ces choses est une épine qui pique si vivement le cœur des médians, qae toutes les fois que le souvenir de la mort se présente à leurs esprits, ils ne peuvent s'empêcher de s'affliger, comme dit l'Ecclésiastique, à l'approche de ce jour vengeur, qui doit mettre fin en même temps à leurs plaisirs et à leurs crimes. Il ne faut point que le méchant espère eifaccr de son esprit

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c^te peosce. puisqae rexpêrience est là pour la lui rappeler sans cesse.

Aussi, dans les plus légères maladies l'impie se trouble de crainte . son ame bôlauçant aitre le regret de la TÎe et la terreur de la oiort . la vehcmeuce de Tamoar-propre îoiiitc à une aussi fielente passim que la craiute. aTcugie de telle smte ses esprits . que la seule ombre du péril le reuiplit de frayeur, et lui ùàt apprtrbeuder uu mal qui n'est pas encore pissent : tellement que s'il survient des maladies publiques, des morts . des trembleniens de terre, des tonnerres et des éclairs, le pécheur se trouble à l'heure même par les assauts que lui donne sa mauvaise conscience; s'imagiuuut que le Ciel et la terre sont armés contre lui pour tirer vengeance de ses iniquités.

C'est ainsi que le cœur des méchans est déchiré ; et e^est ce qu'a représente fort au long Tun des amis de Job, dont je rapporterai les paroles, pour éclaircir divantage ce que je dis [Job i5, v. ao > : « Le

> mec haut, dit-il, passe tous les jours de sa vie dans

> sou orgueil, quoiqu^il soit incertain du nombre des » années que doit durer sa t\Tanuie : des Tobt de

* craîote et de terreur retentissent incessamment à

• ses oreilles, > ce sont les cris de sa mauraise conscience, qui Taccuse et le reprend à tous momens. « Au milieu de la paix il soupçonne des embûches. » parce que , quelque soit le calme qui Fentoure . ses actions fout naître en lui assez de sujets de crainte. «^ Il ne saurait jamais se persuader qu^il puisse rêve-

> nir des ténèbres à la lumière . » c'est-à-dire quH ne croit pas qu'il soit possible de sortir de ces ténèbres dont il est enveloppe . pour jouir de la lumière

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et de la sérénité que donne la bonne conscience ; au contraire, de quelque côté que son imagination se tourne, il lui semble voir Tépée nue devant ses yeux ; lors même qu'il est à table . il est attaqué de mille frayeurs, et croit être continuellement à la veille du jour des ténèbres, de la mort et du jugement, t II est » pressé de toutes parts, et environné de crainte et » de malheurs? comme un roi est environné de ses » gardes au jour d'une bataille. »

C'est ainsi que l'ami de Job décrit les cruels lourmens que ces misérables souffrent dans leurs cœurs; parce que , comme dit fort bien un philosophe , c la » crainte poursuit toujours les méchans, par ime loi » éternelle et inviolable de la providence divine. »

Salomon dit (Prov. 28. r. 1 ) : « Que le méchant B s'enfuit, quoique personne ne le poursuive; mais » le juste demeure ferme et assuré comme un lion. >» Saint Augustin explique ceci en peu de paroles, lorsqu'il dit [Conf. i. 1, cap. 12) : « C'est un ordre im- » muable de votre sagesse , ô mon Dieu ! que toute » anie déréglée trouve sa peine dans ses propres déré- » glemens. » Cette vérité paraît généralement en toutes choses : car qu'y a-t-il au monde^ hors de son ordre et de son assiette, qni ne soit natiTrellement inquiet ? Quelle douleur ne nous causent point les os qui sont hors de leurs jointures et de leur situation naturelle ? Quelle violence souffre l'élément qui est hors de son centre ? et quelles infirmités n'apportent point aiLX corps humains les humeurs qui sont hors de cette proportion et de ce tempérament qui les doit unir ensemble.

Puisque C'est une chose si conforme à rexcellencc

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dc.la créature raisonnable, de vivre dans l'ordre, c'est-à-dire la raison ; et que la vie déréglée est contraire aux lois de son être, quel sujet de plainte n'aura point la nature contre cette créature malheureuse, à laquelle elle avait donné tant de moyens pour se anainlenir dans le bon ordre ? Job a dit excellemment {Jol? 9, V. l\) '. c( Qui a jamais résisté à Dieu, et a pu » vivre en paix ? » Saint Grégoire, sur ces paroles, dit ( Moral, i. 9, cap. 12 ) : « Que comme Dieu a créé )) toutes choses avec une puissance admirable, il les » a aussi disposées avec un ordre merveilleux , afin j> qu'elles se pussent maintenir et conserver en leur » être, w De là il suit que quiconque résiste à l'ordre du Créateur, trouble toute la paix qui devait résulter de l'harmonie générale; parce que les choses qui sortent hors de la disposition où Dieu les a mises , ne peuvent être en repos.

Nous CTi avons un exemple dans la chute du premier homme et du premier ange. En sortant de Tordre et delà sujétion de Dieu, poursuivre leurs volontés, ils perdirent en même temps le repos et la félicité dont ils jouissaient auparavant ; et l'homme qui , né sujet , était pourtant maître de lui-même , n'eut pas sitôt désobéi, qu'il sentit au dedans de lui-même cette révolte dont il venait de donner l'exemple. C'est donc en cela que consiste le véritable tourment des médians, par un juste jugement de Dieu; et c'est l'un des grands maliieurs et l'une des plus grandes misères qu'ils aient à supporter dans la vie. Tous les St-^inîs l'enseignent généralement, et entre les autres saint Ambroise, dans le livre de ses Olïices, où il dit (Liù. 3^ c. 4) • « Quelle peine peut-on s'imaginer

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