‹ Le guide des pécheursChapitre 97 sur 142 · LIVRE T. CnAP. XVI, 2ig · texte numérisé non relu

LIVRE T. CnAP. XVI, 2ig

on autre lieu presque la inérae chuse [lu. iéid.): « Qu'on ne saurait trouver un théâtre ni plus public, » ni plus honorable pour la vertu, que le témoigna- » ge de la bonne conscience. »

On demanda un jour à Socrate quel était celui qui pouvait vivre sans passion: C'est celui, dit-il, à qui sa conscience ne reproche rien. Et Bias, philosophe de grande réputation , répondit à ceux qui voulaient savoir quelle chose était exempte d'appréhension , que c'était la éonnc conscience. Sénèque , dans une de ses épîtres , a dit ( Epist. 23 ) : « Que » le sage n'est jamais sans joie et sans plaisir, et que » ce plaisir lui vient de sa bonne conscience. » Les «entences de ces sages du paganisme s'accordent avec Salomon, qui nous apprend (Prov. i5. v. 15} : « Que « tous les jours du pauvre sont misérables , c'est-à- 1 dire , remplis de travail ; mais que l'ame qui est » en assurance , est comme dans un banquet perpé- • tuel. » On ne pouvait rien dire de plus en si peu de paroles ; car elles nous enseignent que , comme celui qui est appelé à un festin se réjouit de la magnificence des viandes, aussi -bien que de la présence de ses amis , le juste de même se réjouit par les témoignages de sa bonne conscience , et par l'odeur de la présence divine, dont il a de grands gages.

Que sont tous les plaisirs de la terre près de cette joie céleste et éternelle ? ils commencent par les passions et finissent par le dégoût ; au lieu que la paix d'une bonne conscience commence par une bonne vie , se continue par une sainte persévérance , et s'achève dans la gloire. Si les philosopïies qui n'espéraient pas les récompenses de l'autre vie , avaient

2 20 LE GUIDE DES PÈCHIiURS.

tant d'estime pour cette joie intérieure de rame juste , combien la doivent estimer davantage les chrétiens 5 qui savent qu'elle est la com-onne que Dieu a préparée dans la vie future !

Quoique ce témoignage doive être toujours accompagné d'une sainte crainte , néanmoins l'amedu juste n'en est pas troublée ; au contraire , par un effet admirable , elle en est fortifiée , parce qu'elle sait que notre confiance est plus prudente , lorsque cette peur salutaire l'accompagne , et que sans elle elle ne serait qu'une fausse présomption. L'Apôtre nous parle en ces termes de ce xiouveau privilège des gens de bien ; « Notre gloire , dit-il , est notre conscience , » qui nous rend le témoignage que nous avons vécu » avec simplicité de cœur , avec pureté et sincérité , » et non pas avec une sagesse charnelle. »

Voilà ce que l'imperfection de la parole peut exprimer de la grandeur de ce privilège ; mais tout ce que nous avons dit , ne saurait donner l'idée de son <3xcellence à ceux qui n'en ont pas fait l'épreuve , car il n'est pas de termes assez forts pour faire comprendre cette joie à ceux qui ne l'ont jamais goûtée. Elle est en effet si grande , que souvent quand l'homme de bien se trouve triste , et que tournant les yeux de toutes parts il ne voit rien qui le console , s'il fait réflexion sur lui-même , et qu'il se rappelle quelle a été en tout la droiture de ses intentions , il demeure aussitôt plein de force ; la paix qvie lui donn e sa conscience , lui faisant sentir que tout le reste, quoi qu'il puisse arriver , n'est pas de grande conséquence ; niais que ce consolant témoignage qu'il peut se rendre à lui-même est seul essentiel ; quoiqu'il ne puisse

Page 1