‹ Le guide des pécheursChapitre 96 sur 142 · LIVRE I. CHAP. XVI. 2l · texte numérisé non relu

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» plus grande pour le pécheur, que la plaie intérieure » (le sa conscience ? n'est-ce pas un mal qu'on doit » fuir plus que la mort , plus que la perte des biens , » plus que la perte de la santé , plus que le bannisse- » ment ? »

Et saint Isidore, {Isid. in sent. (. 2, c. 36 ) : « L'homme peut échapper à toutes les choses du » monde, hormis à lui-même ; parce qu'en quelque » lieu qu'il se retire il y trouvera tovijours le tour- » ment de sa mauvaise conscience. » Et en un autre lieu , il dit encore ( Idem^ iib. 2 , Synon. c. 11): « Il n*y a point de supplice plus grand que celui de >> la mauvaise conscience ; de sorte que si vous vou- » lez vivre toujours content , vivez en homme de » bien, a Cette vérité est si claire, qu'elle a été sentie même par les philosophes païens , quoiqu'ils ne conïiussent ni ne crussent point les peines dont la foi nous apprend que les méchantes actions sont châtiées. C'est à ce propos que Sénèque a dit ( Epist, 97 ) * " Q^'^ sert-il de fuir , et de se cacher aux yeux » et aux oreilles des hommes , pour n'en être ni vu ni » connu? La bonne conscience appelle tout le monde j> à témoin ; mais la mauvaise, quand elle serait ca- » chée dans un désert , est toujours agitée et dans la » peine : de sorte que si vous faites de bonnes ac- » tions , vous voulez bien que tout le monde le saj) che ; maris si vous en faites de mauvaises, il ne » vous sert de rien que les autres l'ignorent , puisque » vous-même en avez connaissance. Que vous êtes » malheureux si vous méprisez ce témoignage , puis- » qu'il est certain que notre seule conscience vaut » mille témoins ! »

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,Le même auleur dit en un autre lieu ( Epist. 98) : u La plus grande punition du péché , c'est de l'avoir « commis. » Ce qu'il répète encore , lorsqu'il dit [Ej)ii>t. 45 )• *'I1 "'y ^ point de témoin de vos pé- * elles que vous deviez tant appréhender que vous- » même , parce que vous pouvez vous garantir de tous t) les autres, mais non de vous , le péché même étant » son supplice.» Cicéron , dans un de ses discours, dit aussi sur ce sujet [Ciccr. pro MUone , sect. 63) : « La force de la conscience est très-grande , soit pour » nous condamner , soit pour nous absoudre ; aussi » ne voyons-nous jamais trembler les innocens , ni les » coupables vivre en sûreté. «Ce tourment des méchans commence dès celte vie, et durera éternellement dans l'autre ; c'est le ver immortel dont parle Isaïe (/5a. 66) , qui rongera sans cesse leurs consciences. Saint Isidore explique ainsi cette parole du Prophète ( S. Isid. in sent, , iib. 2 , cap. 26 ) : « Qu'un abîme en attire un autre ; ce qui n'est au- > tre chose , dit-il, que lorsque les méchans passej» ront du jugement de leur conscience au jugement » de la damnation éternelle. »

La joie de la tonne conscience dont jouissent les gens de hicn.

Les gens de bien sont exempts de ce fléau et de ce supplice si cruel dont nous venons de parler , parce qu'ils ne ressentent point ces épines de la mauvaise conscience : au contraire, ils jouissent des fleurs trèsagréables de la vertu, que le Saint-Esprit a plantées

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en leur ame , comme dans un paradis terrestre , où il prend ses plaisirs. C'est de celte sorte que saint Augustin en parle dans les livres qu'il a écrits sur la Genèse , où il dit ces paroles [toni. 3 , iib. 12 , de Gen. cap. 54) •' «La joie que produit la bonne cons- » cience en un homme de bien , est un vrai paradis. » Aussi, l'Eglise est appelée un paradis rempli de grâces et de plaisirs innocens pour ceux qui vivent dans la Justice , dans la piété et dans la tempérance.

Le même docteur dit encore ailleurs ( Liù. de Catech.riid.) «Vous qui cherchez le vrai repos promis ■ aux véritables chrétiens après leur mort , assurez- » vous que vous le pourrez trouver parmi les peines » et les amertumes de cette vie même , si vous vou- » lez aimer celui qui vous a fait cette promesse , et » obéir à ses commandemens : car en peu de temps » vous connaîtrez par expérience combien les fruits » de la justice sont plus doux que ceux de l'iniquité ; » et votre bonne conscience vous donnera plus de » véritable joie au milieu des afflictions, que les mé- » clians n'en reçoivent parmi toutes leurs voluptés. » Ces paroles nous font voir que celte joie est telle, que , comme le miel est non-seulement doux par lui-même , mais qu'il a encore la vertu de rendre douces les choses auxquelles on le mêle, aussi la bonne conscience contient en elle un si haut degré de joie, qu'elle rend douce et contente la vie la plus pénible et la plus fâcheuse.

Comme la seule laideur et difformité du vice tourmente les méchans , aussi la beauté de la vertu réjouit d'elle-même les bons, ainsi que le prophète David nous le montre lorsqu'il dit {Psai. 18. v. 10) :

Ckekâde. Guide. \. K

ÎH8 T.R r.UIDR DKS Pif- OnFUHS.

« Les jugemens du Seigneur sont trcs-véritabks , et » se justifient par eux-mêmes ; ilssoni plus précieux * que l'or et que les pierreries , el plus doux que le » miel. « Ce saint Prophète , qui en éprouvait la douceur, n'avait point de plus solide contentement que de les observer , comme il le témoigne dans un autre psaume , où il dit ( Psai. 118 ) : « Seigneur , je me » suis réjoui dans la voie de vos commandemens , » coname dans les plus grandes ricliesses. » Salomon son fds confirme la même vérité au livre de ses Proverbes, où il dit [Prov. i\.v. i5) : « C'est une gran- » de joie pour le juste d'accomplir les commande- » mens. »

Quoique cette joie procède de plusieurs sources , ia principale néanmoins est l'éclat de la vertu , qui est d^une beauté inestimable. Les fruits et le bonheur qu'on retire de la bonne conscience sont tels , que saint Ambroise dit , au livre de ses Offices, que c'est en cela que consiste la félicité du juste en cette vie ( Lîb. 9,^ de Officiis , c. i ) : « L'éclat de la ver- )» tu, dit-il, est si grand que, pour rendre notre vie >» bienheureuse , il nous suffit de jouir de la tranquil- » lité de la conscience et de la sûreté de Tinnocence. » Si les philosophes ont pu reconnaître autrefois quels étaient les tourmens de la mauvaise conscience , ils ont bien reconnu aussi les joies qui naissent de la bonne. L'un d'enlr'eux nous le fait voir lorsqu'il dit ( Cic. iib, 3 , Tuscut. ) : «Que la vie qui se passe en n des actions honnêtes et vertueuses , est accompagnée » de tant de bonheur , que ceux qui vivent de cette » sorte n'ont point du tout de peines ; ou , s'ils en V ont , elles leur semblent fort légères, n II dit en

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