CHAPITRE XYIL
Sixième prîvitér/e de (a vertu; ia confiance que les gens de ifien ont en ia miséricorde divine , et ia miser ahie et vainc confiance des méchans,
La joie de la bonne conscience est toujours accompagnée de la confiance dont jouissent les gens de bien. Lorsque l'Apôtre en parle , il dit ( Rom. 12 ) : 0 Qu'ils se réjouissent dans l'espérance des biens » q\i'ils attendent, et qu'ils «mpportent les afflictions » avec patience. » Il nous avertit par là queTespérance doit être le sujet de notre joie, et nous faire supporter avec patience les afïlictions qui nous arrivent, puisqu'elle nous offre en Dieu un secours si puissant dans nos épreuves, et une si grande récompense de nos peines. Elle est un des plus grands trésors de la vie
chrétienne , le vrai patrimoine des enfans de Dieu , le port au milieu des orages du monde, et le remède le plus certain de toutes les misères de la vie humaine. Mais comme il y a deux sortes de toi, Tune morte qui ne produit nulle action de vie, et qui est celle des mauvais chrétiens; l'autre vive etformée par la charité , par laquelle les justes font des actions méritoires; il y a aussi deux sortes d'espérance, l'une morte, qui ne peut ni donner la vie à Tame, ni la fortifier dans ses fonctions , ni la consoler dans ses peines, telle qu'est celle des médians ; et une autre vive ♦ comme saint Pierre la nomme ( i Fttr. i ) , parce qu'elle produit des effets de vie, en nous donnant du courage, des consolations, des joies, et de la force pour nous avancer dans la voie du Ciel.
Celle de la bienheureuse Suzanne était de cette sorte ; et nous lisons que quoiqu'elle se vît condamnée à mort , et que déjà on la menât au lieu où elle devait être lapidée , elle ne laissait pas d'avoir son cœur rempli de confiance en Dieu. Telle était encore celle de David, lorsqu'il disait ( Psai. ii8. v. 49) :
«Souvenez-vous, Seigneur, de la parole que vous » avez donnée à votre serviteur , par laquelle vous » m'avez rempli d'espérance ; car c'est elle qui m'a » fortifié et qui m'a consolé dans mes afflictions. » Il est donc certain que cette espérance vive est le principe de plusieurs effets merveilleux dans les ames, et qu'elle les produit d'autant plus, qu'elle par-
icipe davantage à la charité et à l'amour de Dieu , qui est ce qui lui donne la vie. Entre ces effets , le premier est de fortifier l'homme dans le chemin pénible de la vertu, par l'altcntc des récompenses de
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ravciiir ; car, plus cette attente sera vive , plus nous nous résoudrons facilement à franchir toutes les misères de ce monde.
Saint Grégoire dit [Blorat. Uh. 16, cap. i3 ) : « Que la force de l'espérance élève nos cœiu-s aux fl biens de l'éternité ; qu'elle nous empêche de res- » sentir les maux de la vie mortelle. » Origène : « Que l'attente de la gloire future donne du repos à » ceux qui, pour y parvenir, travaillent en cette vie ; » comme nous voyons que celle de la récompense et » de la victoire adoucit la douleur des blessures que » le soldat reçoit dans le combat. » Saint Ambroise (Psaim. 12) : « Que l'espérance certaine de la ré- » compense nous fait fermer les yeux aux périls, et » dérobe à nos corps la vue des dangers qui les mena- » cent. » Saint Jérôme (^ Epiât, ad Deinetr, c. 9) : « Qu'il n'y a point d'entreprise, quelque difficile qu'el- » le soit, qui ne devienne facile quand on considère » la récompense qui la doit suivre , parce que Tespé- » rance que l'on a diminue le travail. »
Mais saint Chrysostôme développe encore plus éloquemment cette vérité par ces paroles {S. Chr. Hom, \%, in Gen.) : « Si une mer agitée n'^épouvante point » les matelots, si les pluies et les glaces d'un hiver ri- > goureux ne font point perdre courage aux labou- » reurs, si la mort et les blessures ne font point fuir » les soldats, et si les chutes ne rebutent point les » athlètes lorsqu'ils portent leurs yeux sur l'espérance » trompeuse qu'ils se proposent pour prix de leurs B combats ; combien ceux qui prétendent au royau- » me de Dieu doivent-ils moins ressentir les peines » qui les ^ conduisent ! Ne considérez donc pas^
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T> chrétiens, les difficultés qui se rencontrent dans le » chemin de la vertu ; mais considérez la fin où il » aboutit, et ne vous trompez pas, si vous voyez le » sentier des vices doux et uni ; mais prenez garde » au précipice inévitable où il mène ceux qui le suis vent. » O que ce grand saint parle véritablement ! Car quel sera l'insensé et le téméraire qui de son bon gré suivra un chemin semé de roses et de fleurs, s'il conduit à la mort ? et qui refusera d'entrer dans un autre plus rude et plus difficile, s'il conduit à la vie ?
L'espérance ne nous sert pas seulement à parvenir à cette heureuse fin, mais aussi à nous en faire trouver les moyens , et généralement à surmonter toutes les misères de cette vie ; car c'e.^t par elle que l'homme est soutenu dans ses afflictions et dans ses périls; c'est par elle qu'il est consolé dans ses douleurs et qu'il obtient le secours de la miséricorde de Dieu, prêt à nous assister dans tous les accidens qui nous surviennent. Nous avons de signalés témoignages de cette importante vérité dans les saintes Ecritures , mais principalement dans les psaumes de David : dans presque tous il parle hautement de cette excellente vertu, et il se plaît à célébrer ses effets admirables.
Dans le livre des Rois , un prophète dit au roi Asa (a Paratip., c. i5, v. 9) : a Les yeux du Seigneur » contemplent toute la terre, et donnent de la force » à tous ceux qui avec un cœur parfait mettent en » lui leur confiance. » Jérémie dit [T/ireii. c. 3. v. 25) : « Le Seigneur est bon à ceux qui espèrent en » lui , et à l'ame qui le cherche. » Et en un autre lieu {Nahiini. 1, r. 7) : «Le Seigneur est bon ; il » console les siens au temps de leurs tribulations, et