‹ Le guide des séminaristes et des jeunes prêtresChapitre 11 sur 57 · RÈGLES GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

RÈGLES GÉNÉRALES

«Permettez-moi, ô mon Dieu, de recourir à vous au commencement de mon travail; daignez, je vous en conjure, parler à mon cœur. Je suis un pauvre enfant qui sait à peine balbutier votre nom; c'est donc à vous de me guider et de me fiiire connaître ce que vous voulez de moi. Parlez^ Seigneur, voire sei^viteur vous écoute : envoyez-lui votre Esprit saint qui lui fasse connaître la voie par laquelle il doit marcher, afin que désormais sa vie soit un cantique de louanges en votre honneur.

» Je dois, avant tout, m' efforcer d'entretenir au dedans de moi une foi vive et pénétrante. Seule elle sera capable de me faire triompher des obstacles à mon salut et à ma sanctification. C'est Jésus-Christ lui-même qui me l'enseigne : sans elle il est impossible de faire une action qui soit agréable à son Père ; et c'est elle seule qui nous fait vaincre le monde... Voilà donc la source où j'irai puiser la force dont j'ai besoin pour accomplir la mission que Dieu va me confier. Quand la tentation m'ébranlera, je me conserverai dans un calme parfait , profondément convaincu qu'avec la protection de celui auquel obéissent les vents et les flots, je n'ai rien à craindre.

» Si pour correspondre aux desseins que la Providence a sur moi, il me fallait faire de pénibles et douloureux sacrifices (on dirait qu'il pressentait déjà le sacrifice de sa vie qui devait lui être demandé de si bonne heure); si Dieu, comme Abraham , me demandait l'immolation de tout ce que je puis avoir de plus cher au monde, alors je me rappellerai les actes de sublime dévouement qu'à toutes les époques cette foi produisit dans les saints, et connue eux, dussent les persécutions de toute espèce m'accabler à la

fois, sncliant que c'est par les souffrances que Jésus-Christ est entré dans sa gloire, j'accepterai volontiers de sa main le calice qu'il me présentera, quelle qu'en soit ramerlume. Sachant encore parla foi que ceux-là seuls seront récompensés de leurs travaux qui auront accompli dans son entier la tâche qui leur était imposée, je veillerai sans cesse à l'accomplissement de tous mes devoirs. Quand je serai seul, sans qu'aucun regard humain veille sur moi, la foi me dira que Dieu me voit et qu'il me demandera compte de toutes mes actions. C'est elle encore qui me fera comprendre sa grandeur et sa bonté; c'est elle qui, pénétrant mon esprit de sa présence, me fera conserver, surtout dans les temples sacrés où il réside, un recueillement mêlé d'un tremblement respectueux; c'est elle qui, dans tous les hommes, me montrera des frères au salut desquels ma vie devra être consacrée, que je devrai plaindre du fond de l'âme quand ils seront dans l'égarement, ne répondant au mal qu'ils pourront me faire que par des prières plus ardentes et un amour plus dévoué. C'est elle enfin qui me rendra capable d'imiter Jésus, en offrant sans cesse à mes regards ce divin modèle et m'assurant de la participation de son triomphe si je suis fidèle continuateur de sa mission sur la terre.

)) Un des premiers effets de cette foi sera d'entretenir dans mon cœur une vive et continuelle reconnaissance pour tous les bienfaits dont Dieu a été prodigue à mon

égard Que sa main me frappe ou qu'elle me console,

toujours je dirai avec Job : «Dieu l'a voulu; que son saint nom soit béni ! Sit nomen Domini benedictum, » et je méditerai le conseil de saint Paul aux Colossiens : Grati estofe.

» La foi me conduira tout naturellement à désirer avec ardeur l'accomplissement de la volonté de Dieu soit par

rapport à moi, soit par rapport au reste des hommes. Je me rappellerai que je ne puis contribuer à cet accomplissement qu'en me disposant à remplir dans tous ses points la tâche qui me sera imposée, et pour cela je travaillerai chaque jour avec courage à consommer ma séparation définitive avec le monde, en oubliant à jamais et les souvenirs qui m'y rattachent et les vaines apparences de félicité dont il cherchera encore quelquefois peut-être à me bercer. Je me dirai que je ne m'appartiens plus, que je ne dois plus avoir de mouvements, de pensées qu'en Dieu et par Dieu ; je me regarderai comme un frère de Jésus-Christ dont l'unique nourriture doit être de faire la

volonté de son Père Continuateur de son sacerdoce,

je penserai que sa vie tout entière fut consacrée à la recherche des brebis égarées de la maison d'Israël , qu'il était embrasé d'un zèle ardent pour la gloire du^Seigneur, et que c'était dans ces sentiments qu'il puisait ce courage qui ne lui permettait pas de prendre un instant de repos, pour mieux remplir les desseins de son Père. »

Ces considérations conduisent notre fervent séminariste à ce qui faisait particulièrement ses délices, je veux dire à la vie intérieure. C'est là que nous allons voir sa belle âme s'épancher et se produire.

(( Je dois, avant tout , mener la vie intérieure et cachée de Jésus. Pendant trente ans il reste ignoré des hommes, et dans sa vie publique même, dès que les intérêts de son Père ne l'exigeaient plus, il se retirait avec ses disciples dans quelque lieu désert, pour s'y recueillir et se soustraire aux agitations du monde auxquelles il est si difficile de ne prendre aucune part, lors même qu'on se trouve au milieu d'elles pour accomphr la volonté du ciel. A combien plus forte raison , moi si faible , si exposé par mes propres penchants à perdre cette paix de l'âme hors de

laquelle Dieu cosse de se f;iiro enlendrc, devrai-je avoir soin de me réfugier au dedans de moi-même le plus qu'il me sera possible. Je me rappellerai souvent que c'est surtout au désert qu'on rencontre Jésus , que sa voix ne retentit point dans les lieux publics et que, quand il veut enrichir une âme de ses dons, c'est dans la solitude qu'il la conduit pour lui parler au cœur. Il me faudra donc apprendre à mépriser les choses extérieures si je veux que le règne de Jésus-Christ s'établisse en moi ; car, comme le dit le Roi-prophète : « Toute sa gloire, toute sa beauté est intérieure. » Il visite souvent Ihomme intérieur, et ses entretiens sont doux, ses consolations sont ravissantes, sa paix inépuisable et sa familiarité incompréhensible.

» J'aurai donc soin de ne jamais trop me répandre au dehors. Au milieu de mes occupations, je me ferai une vie à part, n^perdant jamais Dieu de vue, savourant quelque pieuse pensée, envoyant vers le ciel un souvenir d'amour. J'éviterai dans les conversations de me laisser aller à des discussions trop vives qui m'empêcheraient de me recueillir et me feraient perdre ce calme intérieur absolument nécessaire pour que l'esprit, quoique occupé de choses extérieures, s'élève néanmoins naturellement vers Dieu. Je devrai surtout m'interdire avec le plus grand soin les conversations inutiles, parce que ce sont elles qui jettent l'âme dans la dissipation au sein de laquelle on ne peut faire aucun bien. Ainsi j'écarterai les nouvelles du monde, les entretiens de littérature, etc., autant toutefois que la prudence me le permettra. » (Notons qu'il avait pour la littérature une aptitude extraordinaire et un attrait tout particulier; ce qui montre jusqu'où il poussait l'esprit de sacrifice.) « Ce sera ma fidélité à observer ce point de ma règle qui seule pourra me donner des moyens sûrs d'avancer dans la perfection , en me soustrayant peu à peu

à l'action des objets extérieurs, pour me laisser seul avec Dieu et n'avoir plus de conversation que dans le ciel.

» L'Évangile garde un silence absolu sur toute la vie cachée de Jésus-Christ . et il n'interrompt ce silence que pour nous apprendre qu'il était en tout soumis à ses parents : Et erat siibditus illis; comme pour nous dire que le fondement de toute vertu est la soumission aux ordres de Dieu , qui nous sont ordinairement transmis par la voix de nos supérieurs. Je dois donc faire une abstraction complète de ma propre volonté, bien convaincu que ce sera pour moi la source des plus grandes grâces

» Sans l'obéissance , c'en est fait de l'harmonie universelle, et par là même que je ne consentirais pas à être dans l'Église un membre disposé à obéir en tout à la voix de mes supérieurs, je troublerais essentiellement l'ordre

et m'attirerais l'indignation de Dieu C'est l'esprit de

rébellion qui est le trait le plus distinctif du pécheur; c'est lui qui, portant les anges prévaricateurs à secouer le joug de Dieu, leur mérita d'être chassés du ciel et livrés à des supplices éternels. Aussi se soustraire à Tobéissance, c'est se soustraire à la grâce de Dieu , et pour être libre il faut obéir

» Je me soumettrai donc à la volonté de mes supérieurs, quelle qu'elle soit. J'aurai peut-être besoin pour cela de faire des efforts nombreux et violents, mais avec la grâce de Dieu je m'y résigne et je les ferai. Pendant le reste de mon séminaire, j'observerai la règle avec une inviolable fidélité et je suivrai les plus petits conseils qui me seront donnés. Je me soumettrai sans murmure et sans hésitation aucune à tous les petits inconvénients qui résultent de la vie de communauté, unissant le sacrifice de ma volonté à celui de Jésus sur la croix.

» Mon séminaire achevé, j'accepterai conmie venant de

- Oi -

Dieu l'emploi qui nw. sera conlié, quand bien même mes goûts et mes inclinations seraient vivement contrariés. Et comme dans tout gouvernement dirigé par des hommes il y a nécessairement des membres sacrifiés, par suite de la faiblesse du jugement humain, le fussé-je, je me soumettrai sans me plaindre, voyant encore en cela une voie cachée de la Providence dont les desseins sont servis quelquefois par les erreurs des hommes. En un mot, dès aujourd'hui et à toujours, je n'aurai de volonté que celle de mes supérieurs. »

Quelle hauteur de vues et quelle maturité chez un jeune élève !

« Un autre point essentiel que je dois prendre en grande considération , c'est l'esprit d'humilité et de douceur que Jésus recommandait avec tant de soin à ses disciples, en leur disant : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœui\ Toute sa vie il consentit à être regardé comme le dernier des hommes^ lui qui était l'égal de son Père.

» Pour imiter ce divin Sauveur, je rejetterai toute pensée d'orgueil ou de vanité ; j'estimerai peu ce qu'on pourra regarder en moi comme quelque chose de bien et, selon la règle de l'Évangile, après avoir accompli tous mes devoirs , je me regarderai encore comme un serviteur inulilCi Jésus, le plus saint des hommes, en fut aussi le plus humble : quels sentiments doivent donc m'animer, moi couvert de péchés depuis la plante des pieds jusqu'à la tête ! . . . . Dans quelle humiliation ne dois-je pas me plonger, moi qui ne rachète par aucune bonne œuvre les fautes de ma vie passée ! Ne sais-je pas que de moi-même je ne puis rien , pas même prononcer méritoirement le saint nom de Jésus, et que si j'ai le bonheur de faire une bonne action , c'est h Dieu seul que je le dois. Enfin , j'au-

rai toujours devant les yeux les exemples des saints dont riiumilité croissait à mesure qu'ils croissaient en âge, surtout celui de Marie en qui furent opérées de grandes choses parce qu^elle s'était humiliée profondément, et je méditerai souvent ce précepte de saint Paul : Nihil pcr inonem glorio.m sed in humilitate superiores sibi invicem arbitrantes.

» Je m'efforcerai aussi d'acquérir une grande douceur, une parfaite mansuétude de cœur, une patience inaltérable ; et pour cela je n'aurai qu'à fixer les yeux sur celui qui fut doux comme l'agneau^ qui se tait même devant celui qui Tégorge. Lâchement insulté par ses ennemis, accablé d'injures et de mépris dans tout le cours de sa passion, il n'eut pas une parole amère pour ses bour* reaux, mais plutôt, plaignant leur erreur, il demandait pardon pour eux à son Père jusque dans les bras de la mort. Pour imiter un si beau modèle, j'aurai soin de comprimer sur-le-champ tout mouvement d'impatience et d'emportement qui pourrait s'élever en moi dans mes rapports avec le prochain» J'éviterai toute répartie piquante, j'exposerai dans mes discussions mon sentiment avec calme et ne m'élèverai jamais avec aigreur contre celui des autres.

» Non-seulement je pardonnerai volontiers à celui qui aura pu me faire de la peine, le sachant ou sans le vouloir, mais encore ce sera pour moi un motif de lui témoigner plus d'égards quand l'occasion s'en présentera. Je supporterai patiemment les défauts de caractère de ceux avec qui je me trouverai, me rappelant que, pour accomplir la loi de Jésus-Christ, il faut porter les fardeaux les uns des autres, et sachant que l'héritage céleste et les jouissances d'une paix inénarrable ont été promis à ceux dont le cœur est rempli de mansuétude.

» Mais ce sera surtout lorsque je serai chargé de ramener les pécheurs à Dieu, que je m'efforcerai de dilater en moi les entrailles de la miséricorde. Ce sera alors que j'aurai sans cesse devant les yeux l'exemple de Jésus plein de tendresse et de compassion pour les brebis égarées de la maison d* Israël, pardonnant à la femme adultère, mangeant avec les publicains et les pécheurs pour les gagner à son Père, et d'autant plus attentif à les guérir de leurs plaies spirituelles qu'elles étaient plus profondes. C'était la miséricorde qu'il voulait et non le châtiment, et ce qu'il recommandait surtout à ses apôtres, c'était d'être miséricordieux à l'exemple de leur Père céleste.

» Je devrai donc, dans tous mes rapports avec le prochain, montrer une douceur qui ne se démente jamais, que n'altèrent ni les contradictions, ni les mépris, ni les outrages même; et par là j'aurai le double avantage de pratiquer une mortification agréable à Dieu, en réprimant tout mouvement d'impatience, et de gagner à Jésus-Christ le cœur des autres par l'effet de cette bonté qui ne manque jamais de triompher. Je mériterai enfin par là d'imiter celui qui se glorifie d'être doux et miséricordieux, patient et plein de compassion.

» A cette mansuétude de cœur est nécessairement lié l'amour du prochain, sans lequel on est violateur de la loi qui nous ordonne de l'aimer comme nous -même. Membres d'un même corps, qui est Jésus-Christ, nous devons nous chérir réciproquement, travailler sans cesse à notre sanctification mutuelle el à la réalisation de cet accord admirable qui excitait autrefois les transports du prophète, accord auquel sont attachées les plus abondantes bénédictions du Seigneur et les promesses de la vie éternelle. Avant de quitter ses disciples bien-aimés pour remonter à son Père, Jésus voulant leur montrer

toute l'importance du précepte de la charité, leur lava les pieds après le dernier repas qu'il prenait avec eux, afin, leur disait-il, que vous appreniez à rendre à vos frères tous les services d'une charité sans bornes ; car si je vous ai lavé les pieds, moi qui suis votre maître et votre Seigneur, c'était pour vous donner l'exemple et vous disposer à faire de même. Mes petits enfants, leur disait-il ensuite avec toute la bonté d'une mère pour des enfants tendrement aimés, aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés : ce sera à cette marque que le monde reconnaîtra que vous êtes mes disciples. Et, sur le point de souffrir, ce qu'il demandait pour eux à son Père, c'était cette parfaite union qui devait les consommer dans l'unité.

» Si donc je veux être un fidèle imitateur de Jésus- Christ, je dois aimer mes frères de toute la puissance de mes affections. Pour cela, je devrai sans cesse être disposé à leur rendre service; j'aurai pour eux toute espèce de prévenance; j'éviterai avec une attention minutieuse tout ce qui pourrait les froisser, et je les consolerai dans les chagrins qu'ils auront. Au séminaire, j'aurai pour tous mes frères une grande bienveillance; je donnerai des marques d'amitié plus grandes à ceux vers lesquels je me sentirai naturellement moins porté; je m'efforcerai de leur être agréable en ce qui pourra leur être utile, et, comme saint Paul, j'effacerai mon caractère pour me faire tout entier au leur. Quand, pour m'acquitter envers eux des devoirs de la charité, il m'en coûtera quelque peu, j'en remercierai Dieu qui me procurera ainsi le moyen de rendre mon action plus méritoire à ses yeux.

» Mais j'irai, je l'espère, plus loin encore : je contribuerai partons les moyens possibles à entretenir entre eux la paix et l'union. Je ne négligerai rien pour maintenir la bonne harmonie qui ne doit jamais cesser de régner parmi

— us —

les élèves d'un séminaire. Par conséquent, je nie garderai spécialoniont de toute parole légère ou imprudente -, j'excuserai autant que possil)le ceux contre qui on portera devant moi des accusations. En un mot, je me mettrai dans la disposition de sacrifier ma vie pour le prochain, s'il le fallait, afin de témoigner ainsi ma charité pour lui, comme Jésus-Christ nous témoigna son amour en se livrant à la mort avec joie pour le salut de nos âmes, et je méditerai souvent les caractères de la charité tracés par le grand

apôtre: Charitas patiens est, benigna est omnia susti-

iiet...., etc.

» Ce n'est pas encore assez pour le chrétien, pour le prêtre surtout, que cet amour du prochain en général : pour accomplir ce précepte en son entier, il faut que nous sachions non-seulement pardonner à nos ennemis, mais encore les aimer assez pour être prêts à leur rendre toute espèce de services. Lorsque je serai chargé de défendre les intérêts de Dieu devant les peuples, je dois m'attendre à rencontrer des contradictions. Je trouverai sans nul doute dans les ennemis de Dieu des ennemis de son ministre qui calomnieront mes intentions^ qui chercheront à attirer sur moi la haine et le mépris. Un pardon généreux et complet sera ma réponse à leur malice j j'aimerai à me dire comme Jésus en croix, qu'ils ne savent ce qu^ils font en persécutant celui qui n'a rien tant à cœur que de les rendre heureux, et j'offrirai, pour leur retour à la charité, l'amertume et les chagrins que leur conduite déversera dans mon âme

n Ce serait peu, ou plutôt ce ne serait rien d'être l'imitateur de Jésus sur quelques points seulement; il me faut l'être en tout, mais particulièrement dans l'amour de la plus belle comme de la plus fragile de toutes les vertus. Bientôt Jésus-Christ s'immolera entre mes mains; chaque jour il

descendra dans mon cœur; quelle pureté sans tache ne devra-t-il donc pas y trouver! Avec quel soin minutieux ne devrai-je pas me garantir de la plus légère souillure, si je veux qu'il trouve ses délices à habiter en moi , pauvre et infirme que je suis, lui qui ne souffre autour de son trône que des âmes toutes blanches de pureté. Je me rappellerai souvent que c'est aux cœurs chastes que la vision de Dieu a été promise, que les affections de Jésus les plus vives et les plus tendres s'épanchèrent sur le disciple dont Tâme angélique plus pure que la goutte de rosée qui repose au matin sur le calice des fleurs, n'avait jamais été même ridée par un souffle impur. C'est en raison de cette pureté qu'il lui fut donné, entre tous les apôtres, de reposer sa tête sur le cœur de Jésus, comme pour y puiser au foyer divin non-seulement l'amour de la chasteté, mais encore les saintes ardeurs qui depuis ne cessèrent de l'embraser pendant son long apostolat.

» Plus un trésor est précieux, plus nous devons employer de soins pour le conserver, surtout si à chaque moment des ennemis perfides et infatigables s'efforcent de nous le dérober. Afin donc d'obéir à l'Apôtre, qui nous dit en la personne de Timothée : Teipsvm castum custodi, je dois penser sans cesse à ce mot de Jésus-Christ ; Vigilate. Ainsi je tiendrai continuellement mes sens enchaînés ; comme Job, je ferai un pacte avec mes yeux pour qu'ils ne s'arrêtent jamais sur un objet dangereux. Sachant quelles suites funestes la plus légère imprudence peut avoir en cette matière , j'éviterai les occasions même les plus éloignées, et puisque c'est dans un vase fragile que je porte le trésor de la pureté, j'éviterai constamment ce qui pourrait m'exposer à le perdre, et j'éloignerai sur-lechamp de mon imagination toute pensée qui ne serait pa^ entièrement chaste.

» jMe rappelant que, d'après les saints Pères, l'humilité est la gardienne de la chasteté, et que, selon TApôtre, l'impureté est le châtiment de l'orgueil, je m'étudierai à avoir de bas sentiments de moi-même et à conserver dans toute sa force le sentiment de ma faiblesse.

» Mais, convaincu que je m'efforcerais vainement d'être chaste si Dieu ne me donnait de l'être, puisque la continence est un de ses plus précieux dons, j'aurai recours à une prière incessante qui, selon saint Grégoire de Nysse, est le soutien et l'appui de la chasteté. Je la demanderai à Jésus qui l'aima entre toutes les vertus. Je la demanderai par la Vierge chaste et bénie, qui dut à son exemption de toute souillure la grâce ineffable de porter dans son sein celui qui est la source même de la pureté. Pour me fortifier dans les combats que tout homme a à soutenir sur ce point, je me plairai à méditer souvent sur la beauté, la grandeur de ces âmes pures qui ont traversé les souillures de la terre conmie le rayon de soleil qui pénètre dans les lieux infects sans y rien contracter d'impur, et qui, dans le ciel, ont reçu de l'Agneau la robe blanche qu'elles porteront dans les siècles des siècles. »

C'est avec le plus vif regret que nous nous voyons forcé de supprimer de longs détails que nous aimerions tant à reproduire. Citons cependant encore, pour en finir avec les Rkjles générales, les expressions enflammées que le divin amour inspirait à notre fervent séminariste.

« Ce sera ainsi, ô mon Dieu, que je pourrai espérer

de vous aimer, et c'est là, en dernier résultat, le but suprême auquel je dois tendre, le point vers lequel doivent converger tous mes etibrts, tous mes actes et tout mon être.

Aimer Dieu, me perdre, me confondre en lui, que pourrais-je vouloir autre chose? et que ne m'est-il donné de chanter déjà avec les anges du ciel le cantique de Tamour ! Mais en attendant que je fasse mon entrée dans ce lieu de délices, il faut que j'entretienne dans mon cœur les rtammes de la charité. Dieu est amour, et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu est en lui. Qui me séparera donc de l'amour de mon Dieu? Les peines, les tribulations? Mais n'est-ce pas par la souffrance que se prouve l'amour ? Aussi ce sera dans mes délaissements, dans mes tristesses et mes aridités que j'enverrai vers mon Dieu des soupirs d'amour...

» Ce sera surtout par mes actions qu'il me faudra témoigner à Dieu mon amour, en les faisant toutes selon sa sainte volonté et toujours en sa sainte présence. A tous les instants, s'il est possible, j'élèverai m,on cœur vers lui, et quelquefois je lui dirai : 0 mon Dieu ! je veux désormais n'avoir de pensée que la vôtre. Vous êtes la portion de mon héritage, c'est donc à vous seul que je veux m'attacher pour jamais. Oh ! non, je n'irai plus nrépuiser dans des courses insensées; je ne m'éloignerai plus de l'ombre de vos ailes, atin de n'avoir rien à craindre de la fureur de mes ennemis. Je me reposerai en vous seul comme l'enfant qui s'endort dans le sein de sa mère. Que pourrais-je chercher dans le ciel même, si ce n'est vous, ô mon Dieu? Et sur la terre, que puis-je désirer, sinon votre possession? Aussi mon cœur battra-t-il toujours d'amour à votre nom, et languira-t-il de désir tant qu'il sera condamné à soupirer après vous sur la terre de l'exil. Je vous aime, ô mon Dieu ! oui, mon âme défaillit dans l'attente des embrassements de son bien-aimé!...

» Quelle que soit la manière dont il vous plaira de me visiter, je resterai attaché à la vigne féconde qui verse la vie

dans Us rameaux qui ne se séparent point d'elle. Vous êtes cette vigne^, ô mon Dieu! vous me l'apprenez vousmême, et moi je suis le sarment qui, séparé de vous, ne peux ni vivre ni porter aucun fruit pour le ciel. Que je reste donc inébranlablement uni à vous, afin de n'être pas jeté aux pieds des passants, puis dans les feux de l'enfer. Mais que plutôt je reste en vous et vous en moi; que je puisse porter des fruits de vie et trouver grâce aux yeux du père de famille, quand il viendra condamner les arbres stériles aux flammes éternelles. »

L'espace nous manque pour insérer ici les Règles particiflièj^es. et cette omission est encore pour nous la matière d'un amer regret. Rien de plus édifiant que la manière dont notre fervent séminariste se servait pour sanctifier tous les exercices de la journée. On voit qu'il était perpétuellement dans la présence de Dieu, et que sa belle âme ne cessait jamais d'être embrasée des flammes du céleste amour.

Sans doute c'est l'exécution d'un règlement et non la rédaction du règlement lui-même qui fait l'éloge de celui qui en est l'auteur. On peut faire à Dieu sur le papier les plus belles promesses et n'être pas fidèle à les accomplir. Mais nous ne serons pais démenti par les nombreux condisciples de notre pieux élève, en affirmant que la sainteté de sa vie était plus remarquable encore que les règles qu'il s'était tracées pour y parvenir. Quant à nous qui l'avons vu à l'œuvre dans l'exercice du saint ministère, nous sonmies beureux de proclamer qu'il a réalisé, et au delà, tout ce qu'il avait promis. Prêtre modèle; il charmait et entraînait ceux-là même qui n'avaient pas le courage de le suivre jusqu'au sommet de la perfection où il s'était élevé, et nous éprouvons une vive jouissance en le faisant revivre

dans ces pages qui surexcitent notre admiration, réchauffent notre piété et ravivent nos regrets.

Puissent nos séminaires se remplir d'élèves qui, comme celui-ci, soient Tespoir de l'Église, en attendant qu'ils deviennent ses fervents ministres et les zélés promoteurs de sa gloire !

Page 1