‹ Le guide des séminaristes et des jeunes prêtresChapitre 23 sur 57 · J.IS · texte numérisé non relu

J.IS

vous le Icrez sans ieiveur, sans consolation , sans mérite ot sans fruit.

Vous verrez votre paroisse remplie de pécheurs, (,'t vous ne ferez pas une démarche sérieuse pour essa^'er de les convertir. Vous vous habituerez à les voir pendant presque toute leur vie éloignés des sacrements, et s'ils vous laissent tranquille dans votre église et votre presbytère, vous les laisserez tranquilles eux-mêmes dans leur mauvaise voie.

Vous gémirez bien quelquefois avec vos confrères sur le relâchement des chrétiens en général, mais vous vous bornerez à en gémir. Vous direz que vos paroissiens ne sont pas foncièrement mauvais, mais qu'ils sont seulement indifférents et apathiques, et vous ne voudrez pas voir dans leur apatliie le reflet et la conséquence de la vôtre.

Avec un peu de réflexion, vous comprendriez tout à l'heure que la torpeur de l'indifférence ne peut être efficacement combattue que par le stimulant. du zèle; mais, ne pouvant obéir aux inspirations du zèle sans de vigoureux efforts, et ne voulant, d'un autre côté, vous imposer aucune violence, ni môme aucun embarras ou contrainte, vous laisserez périr les ànies dont vous aurez la charge sans voler à leur secours, comme le font les saints prêtres.

Vous trouverez que tout va bien pourvu que l'on ne meure pas sans vous appeler au moment de la mort; et toute une vie de péchés et de désordres sera rachetée à vos yeux par la confession si peu rassurante de la dernière heure.

Vousn'aïu'ez point recours aux moyens extraordinaires (ju'un zèle ardent emploie pour la régénération des paroisses : stations d'avent et de carême, mois de Marie, adoration perpétuelle, établissement de confréries, neuvaines ou retraites, missions surtout, plus salutaires encore que tout le reste; autant d'armes puissantes, entre les

mains d'un pasteur zélé, pour attaquer et vaincre les pécheurs. Les emploierez-vous ces armes? Non : la crainte du mouvement et du travail paralysera votre âme languissante , et vous serez sourd à la voix de Dieu qui vous criera par son prophète : Confortate maniis dissolutas , et

genua debilia roboraie Confortamini et nolite timere ,

ecce Deus vester ultionem adducet retributionis.

A quoi donc se réduira votre ministère? C'est pénible à dire, mais malheureusement ce n'est que trop vrai : recevoir les pécheurs qui viendront d'eux-mêmes; ne courir jamais après ceux qui ne viendront point; fatiguer les paroissiens par des sermons vagues , décousus , froidement écrits et débités plus froidement encore ; peu de zèle pour les malades, peu de goût pour le saint tribunal, peu d'attrait pour l'étude , peu d'empressement pour les bonnes œuvres, amour du repos, horreur de tout ce qui demande du nerf et de l'action , vie lâche, en un mot, et absolument opposée à celle que le grand Apôtre demandait à Timothée quand il lui disait: Labora sicut bonus miles Christi.... Prœdica verbum, insta opportune ^ importune , argue ^ obsecra, increpa, in omni patientici et doctrinâ.

Laisser faire, et ne faire presque rien vous-même : telle sera votre devise; et cette devise, publiquement affichée et bien connue, vous fera la réputation d'un prêtre sans zèle , insensible à tout ce qui s'appelle bonnes œuvres , conversion et salut des âmes.

Votre église, votre maison, vos affaires temporelles, tout se ressentira de votre fonds de mollesse ; pas d'ordre, pas d'exactitude, pas de soin, pas de vigilance : tout cela demanderait des efforts, et vous en serez incapable.

Quel malheur si vous avez un vicaire ! Instruit à votre école, avec l'inclination naturelle qu'il aura comme tout le monde au repos et au plaisir, comment se formera- t-il

au zèle et à la pratique du saint ministère, si celui qui devrait être son modèle, lui donne à chaque instant Tcxemple de la négligence et de la lâcheté?

Est- il nécessaire d'ajouter qu'on retrouvera votre langueur dans vos exercices spirituels comme dans tout ce qui vient d'être dit? Quelle pitié peut jaillir du cœur froid et engourdi d'un prêtre indolent et sans zèle? Aussi vous bornerez-vous, en fait d'œuvres pieuses, au strict nécessaire : la messe , le bréviaire et je ne sais quelle ombre d'oraison, souvent omise et toujours mal faite; voilà les seules prières dont vous conserverez l'usage. Plus de lectures, plus d'examens, plus de visites au saint sacrement^ absence totale de ces saintes pratiques qui font les délices du prêtre fervent et qui, seules, pourraient vous faire sortir du triste état dans lequel vous gémirez toute votre vie : oui , toute votre vie, jeune ami , car, pensez-y bien, c'est chose inouïe de voir revenir à la ferveur le prêtre qui s'est fait une habitude de la tiédeur et de la nonchalance.

Recourez donc aux moyens qui vont vous être indiqués pour remédier à un mal si grave en lui-même et si funeste dans ses conséquences.

— Pénétrez-vous bien d'abord de cette vérité que , parmi toutes les professions, il n'en est aucune qui, pour être parfaitement exercée, demande autant d'activité, d'ardeur, d'abnégation, de généreux dévouement et d'énergie de volonté que la profession sacerdotale en exige de celui qui l'embrasse. Un prêtre, vraiment prêtre, doit se dire à lui-même avec une foi vive : Je suii chargé du ministère le plus éminent par sa dignité, mais le plus effrayant par la responsabilité qu'il impose; je ne m'appartiens plus, je me dois tout entier aux âmes dont j'ai la charge; mes prières, mes travaux , mes veilles, mon temps, ma santé, ma vie

même, tout cela, sans en excepter la moindre parcelle, doit être consacré au salut des âmes. Pour le procurer, ce salut, je ne dois jamais me laisser abattre ni par les tentations , ni par les persécutions , ni par le peu de succès de mes entreprises : toujours en haleine, je dois, comme saiilt Paul , oublier ce que j'ai fait pour ne penser qu'à ce qui me reste à faire , de manière à pouvoir dire avec ce grand Apôtre sur mon lit de mort : Bonum certamen certavi, cursum consummavi.... in reliquo reposita est mihi corona justitiœ.

Or, n'est-il pas évident qu'une telle vie demande une dose énorme d'activité, de zèle et d'ardeur? et le prêtre mou , indolent , sans courage et sans énergie pourra -t- il jamais exercer avec fruit les fonctions si variées , si importantes et si difficiles de son divin sacerdoce ?

Quand vous aurez acquis la conviction que vous êtes mou et lâche par nature, résistez vigoureusement à la mauvaise inspiration que vous aurez de céder au torrent , vous persuadant que vous lutteriez en vain contre le courant qui vous entraîne. Sans doute la victoire n'est pas aisée : on peut tout attendre d'un homme énergique qui a la force de vouloir et d'exécuter ce qu'il veut; mais on doit tout craindre de la part d'un lâche qui tremble devant un obstacle. Cependant il peut toujours, en s'appuyant sur Dieu , s'appliquer les paroles de saint Paul et dire comme lui : Oîunia possum in eo qui me confortât.

— Puisque vous avez vu le terme fatal où la lâcheté conduit, et puisque, nous le supposons, vous en avez été etîrayé, revoyez ce qui vous a touché; faites-en la matière de vos méditations les plus ordinaires; lisez souvent ce chapitre qui vous convient mot pour mot; priez Dieu pendant cette lecture qu'il vous donne le courage d'en bien profiter, et, pour vous stimuler, adressez- vous de temps

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rii temps cette question que l'Esprit saint vous adresse lui-même : Usquequo y piyer, donnies?

— Entrez résolument dans la voie des sacrifices. Jamais vous ne triompherez de votre lâcheté, si vous n'acquérez pas Tesprit de mortification et de renoncement à vos aises. Si cela vous répugne^ concluez que vous en avez par cela même un pressant besoin. Dites-vous quand cette répugnance se fera sentir : Cela me coûte, il est vrai, mais vaut-il mieux périr en m'épargnant, que de me sauver en combattant? Puisqu'il faut résister ou mourir, résistons; puis, appelez Dieu à votre aide et dites-lui du fond du cœur : ])eus in adjuloriuni 7iieum intende.

— Si vous ne pouvez pas d'abord faire tous les sacrifices qui vous seront demandés, faites-en du moins quelques-uns, et notez chacun d'eux comme une victoire. Imposez-vous dans votre méditation du matin un ou deux sacrifices pendant la journée; déterminez d'avance ces sacrifices , et quand le moment de les faire sera venu , armez-vous de courage , implorez l'assistance de Jésus et de Marie, et soyez sûr que cette assistance, qui n'est jamais refusée à celui qui la réclame, produira son effet.

— Si vous succombez, relevez-vous avec énergie; punissez-vous de votre infidélité; faites à l'instant même (juelque œuvre qui vous coûte , pour remplacer par ce nouveau sacrifice celui devant lequel vous avez reculé.

—Observez avec une inviolable fidélité le règlement du séminaire. Astreignez-vous même à un règlement particulier qui fixe l'ordre de vos études, vos pratiques de piété, la manière de faire vos actions, etc. Ne faites pas ce second règlement trop sévère d'abord, mais tenez ferme à l'exécution des points que vous aurez arrêtés. Rien ne fortifie la volonté comme l'assujettissement à une règle. Lhonuno qui vit sans règle est un lâche; sa règle est sa

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mauvaise nature qui ne vit que do liberté et d'indépendance. Il fait ce qui lui plaît, c'est-à-dire qu'il ne fait que rarement et par boutade ce que Dieu lui commande.

— Embrassez la piété, non pas la piété ordinaire et commune, mais une piété hors ligne.Vous ne vous figurez pas l'énergie qu'elle vous procurera; vous ne comprendrez pas l'étonnant changement qu'elle opérera en vous si vous la laissez agir selon sa nature. La piété fait des prodiges quand on en suit les inspirations. Elle éclaire, elle console, elle fortifie, elle élève les sentiments, elle plie la volonté et elle donne du courage aux hommes les plus lâches et les plus apathiques.

— Approchez souvent des sacrements; faites bien connaître à votre directeur le fonds de mollesse qui est en vous; signalez-lui particulièrement les points sur lesquels vous avez ordinairement le plus de reproches à vous faire, et demandez-lui comme une grâce de vous imposer pour pénitence certains exercices pour lesquels vous avez naturellement peu d'attrait.

— Adoptez l'usage, si votre directeur vous le permet, de quelques pénitences corporelles. Chez les hommes mous, c'est la chair qui domine; c'est donc aller à la source du mal que d'attaquer cette chair rebelle. Si vous y faites attention , vous verrez que toujours la volonté se fortifie à mesure que les appétits charnels s'affaiblissent. Les plus grands sacrifices ne sont rien pour un vrai pénitent, les plus petits, au contraire, rebutent et déconcertent les hommes sensuels et immortifiés.

— Étendez l'horizon de votre zèle. Regardez un prêtre sans zèle comme un corps sans âme. Voyez la terre peuplée de pécheurs qui tombent en enfer par torrents. Souvenez-vous que le prêtre est, par sa profession , leur père et leur sauveur. Rougissez à la simple pensée d'être un

prêtre froid, insouciant et sans entrailles à l'égard des âmes pour lesquelles Jésus-Christ a versé tout le sang de ses veines.

— Parlez souvent à vos condisciples du zèle et des merveilles qu'il produit quand un prêtre en est embrasé. Imaginez d'avance les œuvres que vous entreprendrez pour la conversion des pécheurs. Entrez dans les sentiments de saint François-Xavier qui, pendant qu'il traversait les mers , soupirait après le moment où il allait se dévouer au salut de ses chers Indiens. Vous aussi , soupirez après le jour où vous pourrez dépenser vos forces et votre vie au protit des pécheurs qui vous attendent.

Tels sont, mon enfant, les généreux sentiments que vous devez donner comme contre- poids à cette misérable apathie , qui ferait de vous un fantôme de prêtre. Soyez un bon laïque plutôt qu'un prêtre tiède , et ne vous chargez que de votre âme, si vous n'avez pas le courage de vous consacrer au salut de celles de vos frères. Amen !

(Voyez Pratique du zèle ecclésiastique, deuxième partie, ch. IX.)

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