‹ Le guide des séminaristes et des jeunes prêtresChapitre 3 sur 57 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

Après avoir entretenu nos vénérables confrères, dans la Pratique du zèle ecclésiastique, des moyens de sauver le plus d'âmes possible, et, dans le Saint Prêtre, de la nécessité et des moyens de se sanctifier euxmêmes, nous avons pensé qu'il convenait, pour atteindre tous les degrés de la cléricature , de nous adresser aux élèves des grands séminaires et de travailler à les corriger des défauts auxquels ils sont sujets; défauts qui nuiraient plus tard au succès de leurs travaux dans la sainte profession a laquelle ils aspirent.

Ces jeunes élèves ont, généralement, le désir d'honorer le sacerdoce par une vie sainte et laborieuse; mais, sans trop s'en apercevoir, ils apportent et conservent dans le séminaire certains restes de leur ancienne misère; et comme les occasions de développer ces mauvais germes ne se présentent guère dans leur pieuse solitude, ils les laissent végéter dans l'ombre sans même soupçonner leur présence, et sont tout sur-

* Nous exhortons vivement nos lecteurs à lire en son entier cet ' avant-propos.

pris (le irs voir reparaître quand ils se trouvent jetés au milieu du monde pour y exercer le saint ministère.

Qiiel(iucs-uiis pourtant n'ignorent pas les défauts (]ui sont en eux; mais, voyant qu'ils ne produisent pas actuellement de grands désordres dans leur conduite, ils les tolèrent avec indulgence, se rassurant sur la vie régulière qu'il mènent au séminaire, laquelle est presque exclusivement absorbée par l'étude et les exercices spirituels. D'un autre côté, ils n'ont pas toujours une idée nette et jirécise de la nécessité de la perfection pour un aspirant aux saints Ordres. Esclaves autrefois de plusieurs vices qu'ils ont détruits a force de combats, ils regardent de simples défauts comme des bagatelles sur lesquelles ils peuvent fermer les yeux sans sortir pour cela des voies de la sainteté.

Or cette disposition est très-fâcbeuse. Les défauts et les vices sont les anneaux d'une même cbaîne, et rien n'est plus commun que de voir les défauts d'un séminariste se transformer rapidement en vices quand il est devenu prêtre.

Mais lors même qu'ils resteraient perpétuellement a l'état de défauts, ce serait encore un bien grand malheur pour l'ordinand qui les fomenterait au lieu de les combattre: malheur pour lui-même, malheur aussi pour les peuples au milieu desquels il doit exercer bientôt la fonction de pasteur!

En effet, jamais, avec ces défauts, il ne sera un saint prêtre, et s'il n'est pas un saint prêtre, il ne correspond point aux desseins que Dieu a sur lui en l'appelant au sacerdoce : il ne jouit point non plus de ce bonheur

plein, de cette paix sans mélange que le saint prêtre seul goûte au fond de son âme : ses œuvres, et même ses œuvres les plus saintes, se ressentent des défauts qu'il possède, et leur mérite est loin d'égaler celui des œuvres du véritable homme de Dieu, qui les sanctifie roules par l'heureuse influence de la vie sainte dont il fait profession.

Quant au prochain , personne ne peut dire l'obstacle qu'un prêtre met a son salut par les défauts qui régnent en lui et dont il s'obstine à ne se pas corriger. Outre qu'un saint prêtre opère a chaque instant de.^. prodiges de conversion que n'opère jamais au même degré un bon prêtre ordinaire, sujet à plusieurs défauts, il est certain que ce dernier, sans aller jusqu'au vice, choque souvent les peuples par de légers manquements et les éloigne de Dieu au lieu de les en rapprocher. Tous les jours on voit des ecclésiastiques auxquels on ne peut reprocher aucun désordre scandaleux, et qui même sont assez généralement réputés bons prêtres, lesquels cependant se font des ennemis par quelques paroles peu mesurées, retardent des conversions par un défaut de tact, divisent des paroisses par de simples imprudences, et obligent les supérieurs a les séparer d'un troupeau qu'ils sont désormais incapables de bien conduire.

Ce sont ces considérations qui nous ont engagé à

attaquer le mal dans sa racine, c'est-a-dire dans l'âme

des séminaristes. N'ayant pas pris encore une mauvaise

direction, ou même n'en ayant pris aucune, ils sont

' bien plus en état de se corriger de leurs défauts, que

des prêtres chez lesquels ces défauts sont implantés depuis longtemps et singulièrement fortifiés par la puissance de l'habitude.

Voici le plan de l'ouvrage que nous offrons a nos jeunes amis.

Il se compose de trois parties.

Dans la première, nous combattons plusieurs défauts en général, sans en attaquer aucun en particulier. Nous nous bornons a classer les séminaristes, et nous les rangeons en quatre catégories, qui, sauf les nuances intermédiaires, représentent exactement, selon nous, les divers états dans lesquels se trouvent les élèves des séminaires. Ces catégories sont : — le mauvais séminariste, — le séminariste tiède et relâché, — le bon séminariste ordinaire, — et le fervent séminariste. Nous crayonnons le portrait de chacun en signalant ses défauts; puis nous lui faisons voir les effets de ces défauts et l'avenir qu'il se prépare s'il ne s'en corrige pas; et enlin nous lui indiquons les moyens qu'il doit prendre pour devenir un excellent séminariste.

Dans la seconde partie, qui est la plus étendue, nous traitons en détail les divers défauts auxquels un séminariste peut être sujet, nous appliquant toujours à faire ressortir ces trois points : Caractères du défaut — Effets qu'il produit — et lUoyens de s'en corriger.

Dans la troisième partie enfin, nous initions le séminariste a la pratique de sa sainteté personnelle et à l'exercice du divin ministère. Nous le prenons comme par ta main a sa sortie du séminaire, et nous le conduisons chez ses parents d'abord, chez son curé ensuite,

chez les habitants de la paroisse où il est placé par ses supérieurs, puis enfin au saint tribunal, a la chaire, au catéchisme, au lit des malades, etc. En tous ces lieux nous lui indiquons, sous le titre à' Avis et règles de conduite, comment il doit s'y prendre pour sauver des âmes et se sauver lui-même.

Afin que la lecture de cet ouvrage contribue a la sanctification de nos jeunes lecteurs, nous devons leur faire quelques recommandations très-importantes.

Ainsi, d'abord, nous devons leur dire que s'ils lisent ce livre avec rapidité et comme par amusement, ils n'en tireront presque aucun fruit. Nous sommes sobre de paroles : chaque petite phrase, dans nos caractères surtout, veut être méditée pour être utile au lecteur. Si l'on a réellement le désir de se corriger de ses défauts, il n'y a pas un seul chapitre qui ne puisse fournir matière à plusieurs méditations : première observation.

Le vrai moyen de faire une lecture méditée, comme celle que nous recommandons, laquelle seule peut être avantageuse, c'est de se recueillir devant Dieu avant d*ouvrir le livre, de lui demander la grâce de le lire avec fruit, de se dire fortement a soi-même qu'on veut utiliser cette lecture, et enfin de s'appliquer chaque passage quand il révèle un défaut ou la nuance particulière d'un défaut qu'on reconnaît en soi : deuxième observation.

Un autre avis essentiel et dont nous craignons beaucoup que nos lecteurs ne profitent pas, c'est de se bien convaincre que le défaut dont ils verront les caractères domine réellement en eux. L'araour-propre nous

aveugle a tel point, que nous sommes souvent les seuls h ne pas voir en nous ce qui choque tout le monde. Il en est on ceci comme de la physionomie : nous savons fort bien si celle des autres est ou n'est pas agréable; mais quant a nous-mêmes, nous ne savons pas trop (pielle sortes de ligure nous avons. Si cela est vrai d'une chose saillante comme le visage, que doit-ce donc être de nos défauts, surtout de quelques-uns dont la racine est cachée, et qui sont loin de nous frapper aussi vivement que des objets physiques. Redoutant cet aveuglement pour nos jeunes amis, nous nous sommes efforcé de mettre en relief les traits les plus prononcés de chaque défaut, et de poser, comme ou dit, le doigt sur la plaie. Attention donc, élèves bien-aimés, attention a ce point si important! Pensez a vous-mêmes beaucoup plus qu'aux autres en considérant les portraits de notre galerie; interrogez-vous, sondez-vous, examinez-vous et priez vos supérieurs, directeurs et condisciples de vous aider de leurs lumières et de leurs charitables conseils, pour arriver à la connaissance exacte de vous-mêmes, ainsi que nous vous y exhortons si souvent dans le cours de cet ouvrage : troisième et dernière observation.

11 ne faut pas croire que notre Guide ne soit utile qu'aux séminaristes. Nous sommes convaincu qu'il peut être très-prolitable aux prêtres eux-mêmes, l'n digne et pieux confrère, après avoir entendu la lecture de quelques chapitres pris au hasard, nous en lit la rétlexion, et nous fûmes frappé de sa justesse. En effet, le prêtre a bien ses pctiies misères comme

l'ordinand ; el les caracléres des défauts de celui-ci, sont également, sur plusieurs points, les caractères des défauts de celui-là. Quant aux effets de ces défauts, que nous signalons au séminariste, le prêtre peut souvent dire en s'examinant avec soin qu'il les voit réalisés eu lui-même. Toute la différence quil y a, à cet égard, entre lui et l'élève du séminaire, c'est que celui-ci voit ce qu'il deviendra s il ne se corrige pas de ses défauts, tandis que le prêtre voit ce qu'il est devenu pour ne s'être pas corrigé des siens. Or n'est-il pas évident que cette vue, chez l'un et chez l'autre, est ou peut être d'une incontestable utilité a tous les deux? Enfin on doit aussi reconnaître que les remèdes que nous proposons au séminariste pour opérer la guérison de ses infirmités spirituelles, peuvent être tout aussi efïicacement employés par le prêtre pour la guérison de celles qu'il découvre en lui-même.

Cette considération nous a déterminé a donner à notre ouvrage un titre mixte, c'est-a-dire un titre qui embrasse le clergé en général et non pas seulement les séminaristes en particulier. Nous ne croyons pas, par ce titre, oter à notre livre son cachet de spécialité pour les élèves des séminaires.

Quoi qu il en soit, nous ne saurions trop recommander à nos jeunes lecteurs de revoir souvent, quand ils seront prêtres, le Guide que nous leur offrons aujourd'hui. Dieu veuille que plusieurs, en le relisant, ne disent pas avec accompagnement de soupirs : Ah ! que nous sommes bien ce qu'on nous avait dit que nous deviendrions, si nous ne nous corrigions pas de nos défauts !

Quelquefois, dans ee livre, nous touchons certains points que nous avons traités plus largement dans nos autres ouvrages, et sur lesquels nous ne pourrions pas nous étendre dans celui-ci sans nous écarter de notre plan. Mais alors nous avons soin d'indiquer les chapitres de nos écrits antérieurs où nous sommes entré dans de plus grands détails.

Cela dit, nous n'avons plus qu'à prier Dieu, et nous le faisons de toute notre âme, qu'il hénisse abondamment un ouvrage entrepris pour sa gloire. Joignez-vous à nous, bien-aimés élèves, et n'oubliez pas dans vos ferventes prières l'ami dévoué qui ne vous oubliera jamais dans les siennes.

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