‹ Le guide des séminaristes et des jeunes prêtresChapitre 37 sur 57 · IV. — Appel à un poste quelconque · texte numérisé non relu

IV. — Appel à un poste quelconque

Voici déjà une circonstance délicate. Si vous n'étiez pas précédemment bien fixé dans l'heureux état d'une indifférence absolue, relativement à tel ou tel emploi ; si vous n'aviez pas gravé dans votre âme et adopté comme règle fondamentale le principe d'obéissance aveugle, vous avez dîi plus dune fois vous demander : Que va-t-on faire de moi? quel poste va-t-on m'assigner? vais-je être envoyé loin de ma famille ou tout près d'elle? fera-t-on de moi un curé, un vicaire ou un professeur dans une maison d'enseignement? Autant de questions inutiles et plus qu'inutiles; remplacez-les par celle-ci, qui vous a été tout récemment adressée et à laquelle vous avez fait une réponse si précise : Promiltisne rnihi et successoribus meis reverentiam et obedientiam ? — Promitto.

Rien n'est plus pitoyable que cette obéissance man-

chotte d'un prêtre, qui ne respecte la volonté de son évêque qu'autant qu'elle est conforme à sa volonté propre. Gardezvous de ressembler à ce ministre infidèle, et méditez ces paroles que Dieu vous adressait , dès l'origine de l'Église, par la bouche de saint Ignace le martyr : Episcopum seqiiamim, sicut Jésus Christus Patrem : teiinbile est enim tali contradicere. Pas de réplique, pas de murmure, pas de moyens détournés pour éluder la volonté de vos chefs et la plier à la vôtre. « Les supérieurs , dit excellenmient » le P. Valuy, ont, pour gouverner sagement, trois choses » qui vous manquent : les vues d'ensemble et de bien gé- » lierai , la connaissance des sujets, et les grâces spéciales » que Dieu accorde aux ministres de son autorité. »

Jamais vous n'aurez plus de consolation et de succès que dans les emplois que vous aurez acceptés sans les avoir recherchés, et même à rencontre de vos inclinations naturelles. L'expérience de tous les jours atteste la vérité de cette sentence.

Du reste, ce n'est pas au début de votre carrière que vous serez le plus exposé à contredire l'obéissance; mais la règle que nous posons est fixe et invariable; elle embrasse toutes les cii constances de temps, de lieux et de personnes. Nous vous supplions instamment de l'adopter pour toute votre vie, comme si, au lieu d'une simple promesse, vous aviez fait entre les mains de votre évèque le vœu formel d'une obéissance parfaite. Écoutez ce trait si édifiant que nous avons rapporté dans le Saint Prêtre^ au chapitre de V Obéissance, que nous vous engageons à lire en entier : «Nous avons connu un saint prêtre , vraiment » digne de ce beau titre, qui avait maintes fois réalisé dans » sa conduite le3 règles d'obéissance que nous venons de » tracer. Ses supérieurs, sachant qu'il était toujours prêt à » exécuter leurs volontés , quelles qu'elles fussent, et n'i-

» guoranl pas (.railli-urs (juo son zj'Ic cii;alait sun obéisn sauce, s'adressaient à lui quand ils voulaient régénérer » une mauvaise paroisse. Déjà plusieurs fois ils l'avaient » transplanté va et là, et toujours, soldat fidèle, il avait pli('; » sa tente sans se laisser jamais influencer par les joies du » ministère toujours béni auquel il s'arrachait, ou par les » regrets amers des nombreux prodigues qu'il avait con- » vertis et qui le pleuraient comme un tendre père. Un )i jour cependant, son obéissance fut mise à une épreuve » plus pénible encore que les précédentes. Il reçut de son )î évêque une lettre qui lui annonçait qu'il était nommé » curé d'une paroisse inscrite en tète des plus mauvaises )i du diocèse. Cette nomination fut connue sur-le-champ, » et de tous cotés atiluaient chez le saint prêtre des con- » frères du voisinage, ses amis dévoués , qui tous Tenga- » geaient à faire agréer son refus au prélat. Mais l'homme » de Dieu, qui voyait les choses de plus haut , répondait à » chacun avec une grâce charmante et le sourire sur les lèr vres : Je vous remercie de l'intérêt que vous me témoij) gnez; mais je ne puis plus suivre votre conseil : car ausï) sitôt après avoir reçu la lettre de Monseigneur, je lui ai » notifié mon acceptation sans réserve : // est trop tard. » —Jamais, nous disait-il un jour, je n'ai goûté autant de « consolation ni exercé un ministère aussi fructueux que i) dans cette paroisse. »

Comprenez et goûtez ces paroles de l'Imitation : Fili . qui se suhtraliere nititur ab obedientiâ , ijise se snbtrahit n gratiu... Disce Vijbmtfifps tvMs frangere, et ad nninem s/d/- Jectioncm te dare.

V. — ln.stallatioii au poste assigné par rëvéquc. — Première entreNuc avec le curé.

Ici commencent les embarras et les dangers. Nous l'avons dit dans la Pratique du zèle ecclésiastique, l'arrivée dans une paroisse est^ pour tout prêtre, d'une haute importance; mais elle est peut-être, du moins à certains égards, plus importante encore pour un jeune prêtre qui fait son début dans le saint ministère. Voici les règles à suivre pour procéder avec prudence et piété.

En vous rendant pour la première fois auprès de votre curé, dépouillez- vous entièrement des préventions défavorables qu'on aura pu vous inspirer contre lui. Si vous ne le faites pas, vous serez tenté d'appuyer vos préventions par vos observations personnelles, et vous épierez toutes les occasions pour le trouver en faute. Ces préventions pourront être exagérées ou même positivement injustes j mais fussent-elles fondées, que gagnerez-vous à les fomenter, sinon de vous prédisposer à des froissements dont les conséquences seront peut-être très-fâcheuses? Dites-vous plutO>t à vous-même : Quels que soient les défauts de mon curé, je n'ai pas pour mission de le corriger; je dois le prendre ou le subir tel qu'il est : si je rempUs parfaitement mes devoirs envers lui, je suis sûr de gagner son estime et d'obtenir son concours pour le succès de mon ministère. Donc pas de préventions volontairement entretenues contre lui : Dealiis, dit l'Imitation, benè et altè sentire, uiagnu sa [j i eut i a est et alta perfectio... In judicanch^ altos, homo frustra laborat^ sx/nus errât.

Abordez votre curé avec cet air de douceur, de simplicité et d'aménité qui plaît à tout le monde. Si la première impression que vous produirez sur lui vous est avantageuse, vous gagnerez son cœur dès le principe; la prc-

iiiière impression est souvent lo type de toutes les autres. Ne faites donc point comme ces vicaires qui s'annoncent par une contenance embarrassée, froide, soucieuse et indécise; ou connue ceux qui se présentent avec des manières élégantes et apprêtées, en opposition avec la bonne rondeur de leur curé; ou comme ces autres qui, dès le premier jour, ont un air de sutîisance qui les rend ridicules; ou connne ces autres encore qui font étalage de leurs talents, de leur mérite, de leurs doctrines, de leurs règles de conduite, s'exposant à contredire tout d'abord leur curé sur des points où il a des principes tout diflérents de ceux qu'ils exposent.

Ne heurtez 'pas de front ses goûts et ses habitudes; vous le feriez en vain, et vous passeriez dans son esprit pour un réformateur incommode et mal élevé.

Gardez-vous surtout de ces tons d'indépendance dans lesquels se peint un homme qui fait bon marché de l'autorité, et qui semble n'avoir rien à apprendre de ses supérieurs.

Si, pour l'exercice de votre ministère, il vous assigne un cercle d'opérations qui ne soit pas de votre goût, n'en faites rien parailre. Vous obtiendrez bien plus sûrement ce que vous désirerez par une liumble soumission, que par une résistance ouverte ou une acceptation de mauvais goût.

Uendez-lui, dès le principe et toujours, tous les services «lui dépendront de vous; consultez-le comme un père; dites-lui tout ce que vous apprendrez dans la paroisse qui sera de nature à l'intéresser et à lui faire plaisir; agissez en toutes choses de manière qu'il ne puisse parler de vous que pour faire votre éloge : en un mot, et ce mot dit tout : soyez aimable, et très-certainement il vous aimera.

S'il a des ennemis, ne sympathisez pas avec eux comme s'ils étaient vos amis. Quand vous serez contraint de les voir, employez tous les moyens possibles pour les désarmer ; dites-leur de votre curé tout le bien que vous en saurez, et ne proférez pas un seul mot qui semble indiquer que vous blâmez comme eux sa manière d'agir : Si mordeat serpem in silentio, dit le Sage, iiihil eo minus habet quioccvltè detrahit.

Si vous avez à gémir de quelques-uns de ses défauts, par exemple, d'une sévérité excessive, d'une susceptibilité jalouse, d'une certaine lésinerie en fait de nourriture, etc., promettez-vous à vous-même de ne vous en plaindre jamais dans la paroisse; n'en parlez à personne, pas même à vos amis intimes, qui peut-être ne se feraient pas grand scrupule de divulguer vos confidences. Supportez patiemment ses froideurs, ses travers d'esprit, ainsi que les inégalités et les bizarreries de son caractère : ne lui laissez pas même voir que vous en souffrez, et opposez à tout cela un fonds inaltérable de douceur, de complaisance et d'amabilité qui le force tôt ou tard à reconnaître ses torts, comme ce vieux solitaire qui, habituellement malade et d'un caractère fort difficile, avait pendant douze ans exercé la patience d'un autre solitaire, nommé Jean, qui faisait auprès de lui l'oflice d'infirmier. Sur le point de mourir, ce vieillard incommode fit ranger autour de lui les nombreux assistants qui se trouvaient là, et leur montrant Jean, son garde-malade, il dit : Voici un ange et non pas un homme! Pendant douze ans je ne lui ai pas dit une parole gracieuse et aimable, et cependant il n'a pas cessé un seul jour de me rendre toute sorte de services avec affection et dévouement '.

^ Voyez Pratique du zèle ecdéniaslique, deuxième partie, cli, II, Rapports d'un vicaire arec son cure.

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