VII. — Bonne tenue à Téglise
Si vous devez être pieux et modeste dans la maison des hommes, combien plus devez-vous l'être dans la maison de Dieu ! Vous avez édifié le jour de votre première messe, pourquoi faire croire que vous n'avez été saint que ce jourlà? C'est une chose tristement remarquable que la promptitude avec laquelle un jeune prêtre se relâche sur ce point. On en voit qui , dès la seconde semaine , célèbrent les saints mystères avec moins de dignité et plus de vitesse que les anciens du sacerdoce. Leur attitude au chœur est déjà nonchalante^ négligée et marquée au coin de la légèreté. On les voit étendus plutôt qu'assis dans leur stalle, regardant de tous côtés , croisant les jambes , disant un mot inutile et annonçant par un sourire que ce mot est une plaisanterie déplacée. Tout cela se remarque, soyezen sur, surtout chez un jeune prêtre que tout le monde veut voir pieux, modeste et recueiUi. Un jour, une dame nous pria de lui indiquer un confesseur pour un vieux pécheur qu'elle avait converti. Nous lui proposâmes un jeune prêtre en qui nous connaissions des qualités essentielles. Elle éluda notre proposition. Nous revînmes à la charge, et elle nous dit ces paroles qui nous frappèrent : «Ce jeune prêtre a des qualités, sans doute; mais sa )) contenance au chœur est un peu légère, il s'y tient né- » gligemment et se permet de rire quelquefois des choses )) plaisantes qu'il observe. Or, je connais mon vieux pé- » cheur, s'il voyait la légèreté de ce prêtre , il lui retire- » rait aussitôt sa confiance. » Voyez si le conseil que nous vous donnons n'est pas appuyé sur des raisons solides :
Pavele ad mnctuorivmmevm (Lévit.). Dùm eo inlocoestis, dit un concile de Milan, non pigri , non somnolenti, non oscitantes adestote, non vor/is oculis^ non indecenti corpork sfatu.
VIII. — FA'écution ponctuelle du règlement que vous vous êtes imposé.
Vous voilà installé, vos visites sont faites , on vous a vu en particulier et en public : à l'œuvre maintenant. N'en doutez pas , c'est votre règlement qui vous sauvera ; c'est lui qui vous fera contracter des habitudes pieuses et régulières, sans lesquelles vous vous jetterez à bride abattue dans les voies du relâchement.
Lorsqu'on tient fermement à son règlement , chaque exercice appelle l'exercice suivant, et l'on éprouve un sentiment de bonheur quand , à la fin de la journée , ils sont tous remplis. Mais si, au contraire, on fait, par négligence, quelque brèche à son règlement , c'est comme une chaîne d'or qui, une fois rompue, perd une partie de son lustre. Quel beau spectacle que celui d'un prêtre fervent qui, après vingt ou trente années de sacerdoce, exécute sa règle avec la même fidéhté que le premier jour î Qui pourrait, sans connaître le détail de ses œuvres, ne pas proclamer saint prêtre un prêtre de ce caractère?
Nous vous en conjurons, jeune et tendre ami , observez ponctuellement votre règlement et ne faites pas comme tant d'autres qui , après l'avoir observé quelques semaines^ le mettent de côté et vivent à l'abandon , au gré de leurs caprices. Quelle que soit votre répugnance à le pratiquer, ou plutôt en raison même de cette répugnance, tenez ferme à cette ancre de salut, et soyez persuadé que tant que vous serez fidèle en ce point , vous serez un saint prêtre. Si vous
avez Tesprit d'ordre et un vrai fonds de bonne volonté, les travaux du ministère, quelque multipliés qu'ils soient, ne seront point un obstacle à Texécution de votre règlement. Les prêtres fervents ne s'en aiîraneiiissent jamais, et ils travaillent autant et i)lus que vous : lllum tantam diem vixisse te compnta^ dit saint Eucher, qnem sine tdlâ regnlx transgremone diixisii. 0 jiajum sancti amoris, s'écrie saint Bernard à cette occasion, quant dulciter eapis, gloriosè laqueaSj suavité?' premis, delectanter oneras! Que je serais différent de ce que je suis, pourrait dire tout mauvais prêtre ou tout prêtre tiède , si j'avais toujours été fidèle h mon règlement !