XXVII. — - Fréquentations suspectes et dangereuses
Quels dangers pour les ecclésiastiques en général dans des fréquentations de cette nature î Quel scandale quand, dès le début de leur sacerdoce, de jeunes prêtres se les permettent! Compulsez les annales secrètes d'un conseil épiscopal quelconque, et vous verrez quelle large place y occupent les prêtres imprudents dont nous parlons î
Citons quelques exemples. Une institutrice est jeune, et le curé , qui est sage, la voit rarement et avec des précautions qui éloignent tout danger. Mais un vicaire novice, que son étourderie empêche de rien voir, fréquente l'institutrice, lui donne des conseils, complète son éducation, encourage ses élèves , leur distribue de petites récompenses et s'attache ainsi la maîtresse et les enfants. Il a de bonnes intentions , soit ; mais le monde qui en a dr mauvaises censure ces assiduités imprudentes, au fond desquelles il croit découvrir autre chose que des services rendus et les empressements du vrai zèle. Il parle, il parle encore, et la réputation du vicaire est compromise. On le lui fait savoir avec prudence et charité ; mais il regimbtcontre l'aiguillon, et, fort de sa conscience, il tient tête à lorage et en devient la triste victime.
Ainsi eu est-il d'autres maisons de la paroisse où se trouvent de jeunes personnes quelquefois connues par une certaine légèreté. Le démon , toujours aux aguets, se fait apôtre; il suggère des motifs de zèle, de charité, de convenance, et notre jeune prêtre, mordant à cet hameçon perfide, multiplie ses visites , s'installe comme un familier dans cette maison où le public est choqué de le rencontrer à toute heure. L'horizon se rembrunit, le tonnerre f^ronde, la foudre éclate et brise l'imprudent qui n'ouvre les yeux que quand il est frappé.
D'autres s'abstiennent de rendre des visites , mais ils s^en attirent. Ce sont des conseils à demander, des embarras de conscience à éclaircir, des livres de piété à emprunter ', toutes choses excellentes en elles-mêmes , mais qui bientôt ne sont plus que des prétextes. Dans le presbytère et hors du presbytère, on n'avait rien dit de la première entrevue, rien peut-être encore de la seconde, peu de chose de la troisième; mais voyant que l'habitude se forme, on glose, on critique, on raille et l'on finit par prononcer le mot scoMclale. Dès lors, plus d'estime, plus de confiance ; la plus belle fleur de la couronne sacerdotale est tombée, et jamais on ne l'y rattachera , du moins avec son premier éclat.
Attention à ceci , jeune confrère ! Nous n'aimons pas les scrupuleux; mais, sur ce point, nous vous permettons, nous vous supplions de l'être. Priez votre curé, priez vos collègues , priez tous ceux qui s'intéressent à vous de vous avertir aussitôt qu'ils entendront dire un mot qui effleurera tant soit peu votre réputation ; et dès que ce mot frappera vos oreilles , rompez toute liaison , supprimez toute visite, imposez silence à voj censeurs, et raff'ermissez-vous dans l'estime publique qu'une imprudence de plus allait vous ravir.
XXVllI. — Signes certains de relâchement chez un prêtre.
Peut-être ne sera-t-il pas inutile, en terminant notre travail^ d'indiquer avec précision les traits symptomatiques et caractéristiques du relâchement des prêtres. Ce sera comme le résumé succinct de bien des choses que nous avons dites avec détail dans le corps de cet ouvrage, et nous espérons que plusieurs de nos jeunes collègues^ voyant nettement à l'entrée de leur périlleuse carrière ce qui annonce la tiédeur, veilleront avec soin pour ne pas se briser contre cet écueil.
Voici , selon nous , les vrais signes du relâchement chez un prêtre.
1 . — Se dégoûter du règlement de vie qu'on s'était imposé avant de quitter le séminaire ; — cesser de pratiquer plusieurs points de ce règlement; — et quant à ceux que Ton pratique encore, les omettre souvent sans motif légitime, et n'observer presque aucun ordre dans la distribution journalière des exercices spirituels , de l'étude et des œuvres du ministère , faisant tout cela sans autre règle que le caprice , l'inclination naturelle et l'inspiration du moment.
2. — Abréger notablement son oraison j — ne s'occuper ni de la préparation éloignée , ni de la préparation prochaine; — ne se proposer aucun but précis dans sa méditation, la faisant uniquement pour pouvoir se dire qu'on l'a faite ; — l'omettre de temps en temps sans cause suffisante ou^ à plus forte raison, y renoncer entièrement.
3. — S'abstenir de dire la sainte messe par lâcheté ou sans motif assez grave j — n'éprouver ni peine ni regret de cette abstention; — passer de la pieuse lenteur avec laquelle on célébrait dans le principe , à une précipitation notable; — être forcé de s'avouer à soi-même que cette précipitation n'a pour cause que la routine et le désir de
leririiner cette sainte action le plus vite possible; — ti'unquer plusieurs cérémonies, supprimer les inclinations, faire des signes de croix qui n'en sont point, etc.; — ne donner presque aucun temps à la préparation et à Faction de grâce ; — omettre cette dernière pour la moindre cause et la remplacer par des conversations frivoles et prolongées à la sacristie , qui annoncent qu'on ne pense seulement pas au divin mystère qu'on vient de célébrer ; — savoir qu'on n'est pas scrupuleux, et monter à l'autel avec une conscience embarrassée ou même positivement douteuse , reprenant son calme habituel après la célébration ; — différer d'acquitter des messes promises , au delà du délai fixé; — ne pas tenir un registre en règle indiquant les messes dont on s'est chargé et celles qu'on a dites, ce qui annonce une habitude de désordre sur une foule d'autres points, moins importants peut-être, mais qui pourtant le sont encore beaucoup.
A. — Dire le saint Office tout machinalement et sans aucune intention bien arrêtée; — le commencer sans s'y être convenablement préparé ; — le réciter avec toute la célérité dont on est capable, en aspirant comme en respirant, ne prononçant point distinctement et estropiant plusieurs mots; — ne faire aucun effort pour se rappeler la présence de Dieu pendant cette récitation, agissant en quelque sorte comme une mécanique que la vapeur met en jeu, et qui fonctionne sans savoir ce qu'elle fait jusqu'à ce que la force motrice soit épuisée; — s'acquitter de cette sainte action dans des lieux de dissipation quand on pourrait faire autrement; — dire, sans nécessité, son bréviaire dans une posture nonchalante et même dans son lit, disposé à dissimuler promptement cette nonchalance s'il se présentait tout à coup une personne quelconque; ce qui prouve qu'on craint plus les hommes que Dieu; — remettre, sans motif, ses petites Heures après midi et renvoyer presque
tout bon Office à la tin du jour, s'exposant à le réciter alors avec plus de prompliuide encore , de fatigue, dennui et de distractions que de coutume ; — enfin faire tout ce que nous venons de dire habituellement, sans scrupule, ne s'en confessant même point ou ne s'en confessant que par manière d'acquit et sans prendre aucun moyen de se corriger.
5. — Ne rentrer presque jamais en soi-même par des examens de conscience qu'on faisait régulièrement tous les jours^ quand on était fervent, et auxquels on n'attache plus aucune importance.
6. — Renoncer à la lecture spirituelle ou la faire trèsrarement, sans goùt^ sans onction et même avec ennui et seulement pendant quelques instants.
7. — Ne plus faire de visites au saint Sacrement; — renvoyer l'inspiration qu'on a de temps en temps de reprendre cette excellente pratique 3 — sentir même pour elle une sorte de répulsion, et si , par hasard , on vient deux ou trois fois par mois au pied de l'autel, s'y ennuyer, balbutier quelques froide$ prières et se retirer promptement sans avoir dit un seul mot tendre et affectueux k Jésus.
8. —Remplacer la confession hebdomadaire par des confessions de trois semaines ou même plus; — confesser toujours les trois ou quatre mêmes fautes dont, en conscience, on sait bien qu'on ne se repent pas ; — ne rien dire de ce qu'il serait le plus important de déclarer, n'en ayant pas même la pensée, faute d'examen suffisant et de vigilance habituelle; — n'aller jamais à la racine du mal> se contentant de confesser quelques banalités à la suite desquelles on reçoit des absolutions qui n'apportent absolument aucun changement dans le train de vie ordinaire; — quitter son confesseur parce qu'on le trouve trop ferme sur certains points qu'il a raison d'exiger, et le remplacer
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par un confesseur routinier et sans zèle pour le progrès spirituel de ses pénitents , lequel se borne à des généralités vagues dans ses exhortations, comme on s'y borne soimême dans les accusations qu'on lui tait.
9. — Administrer les sacrements sans se rappeler jamais qu'ils sont ce qu'il y a de plus saint dans l'Église; — ne faire presque aucune préparation avant de lesconférer; — réciter les prières assignées par le rituel pour chaque sacrement, sans piété , sans dignité, sans attention et avec toute la promptitude possible.
dO. — Se dégoûter du ministère de la confession, qu'on aimait tant à remplir quand on était fervent ; — murmurer quand on est appelé au saint tribunal; — recevoir froidement les pénitents, comme si on voulait leur faire sentir que leurs confessions sont trop fréquentes ; — crier contre les dévotes, les tourner en ridicule, critiquer leur dévotion au lieu de l'éclairer et de la diriger, et les éloigner des sacrements au lieu de s'appliquer avez zèle et piété à les rendre dignes de les recevoir fréquemment; — trouver toujours quelque excuse pour se dispenser de confesser, malgré les sourdes réclamations de la conscience qui fait sentir que ces excuses sont pitoyables; — précipiter les confessions, supprimant les interrogations, coupant sèchement la parole aux pénitents dès qu'ils disent un mot de trop, faisant voir qu'on exerce ce ministère avec répugnance ; ce qui étant bientôt connu dans la paroisse, retarde la conversion de plusieurs pécheurs qui iraient volontiers trouver leur bon pasteur pour se confesser, s'ils savaient qu'ils le combleraient de joie par une telle démarche ; — enfin , être forcé de se dire à soi-même que le temps qu'on dérobe à ce ministère si important, est absorbé par des occupations beaucoup moins utiles et souvent par des frivolités indignes du sacerdoce.
il. — Se tenir à l'église avec nonchalance et légèreté,
ne donnant presque aucune marque extérieure de vraie piété, faisant les ofiices avec promptitude, sans gravité ni modestie, plutôt comme un ouvrier insouciant qui se hâte de faire sa besogne, que comme le ministre de Jésus- Christ qui remplit sous ses yeux des fonctions éminemment saintes.
'12. — N'être nullement choqué de la saleté de l'église qui fait peine à tout le monde, ni de la malpropreté des ornements dont on se sert, des pales, des corporaux, etc., ni du désordre de la sacristie où rien n'est à sa place et où tout annonce un homme négligent et sans esprit de foi.
13. — Ne rien faire positivement pour Dieu, mais faire tout lâchement , froidement et par pure routine, n'ayant pas pendant le jour une seule intention pieuse, précise et bien déterminée.
4-4. — Parler plus que légèrement du prochain; — révéler ses défauts, les exagérer même, et cela devant des laïques qui quelquefois ne voudraient pas se permettre de telles licences.
'15. — Rompre avec certaines personnes dont on croit avoir à se plaindre ; — éviter leur rencontre et perpétuer des divisions auxquelles la charité prescrit de mettre un terme, sans se faire le moindre scrupule d'une telle conduite.
'16. — Blesser à chaque instant ceux-ci ou ceux-là par des vivacités, des réprimandes amères, des discussions passionnées et des paroles humiliantes qui aigrissent les cœurs et donnent du scandale.
17. — Censurer les supérieurs ; — critiquer les actes de leur administration ; — contrôler toutes les nominations qu'ils font ; — violer les statuts diocésains , et s'affranchir à chaque instant du respect dû à l'Autorité, ne voulantjamais voir de fautes graves dans une telle conduite.