‹ Le guide des séminaristes et des jeunes prêtresChapitre 56 sur 57 · Abandonner les pécheurs à eux-mêmes, ne faisant · texte numérisé non relu

Abandonner les pécheurs à eux-mêmes, ne faisant

rien de spécial pour les convertir et n'ayant pas Tair de s'inquiéter de leur salut, les prenant quand ils viennent et, même alors , les recevant avec indifférence et froideur sans témoigner qu'on est content do les voir revenir à Dieu.

19. — Vivre en paix dans des paroisses divisées sans rien Taire pour détruire ces divisions , dont on est peut-être la première cause ; — s'aliéner de plus en plus ceux qu'on a froissés, par des paroles imprudentes qui leur sont rapporlées et par les reproches virulents dont on les accable.

20. — Renoncer à la prédication pendant un temps notable; — laisser les paroissiens dans l'ignorance de la religion, ne leur faisant jamais d'instructions suivies sur la doctrine chrétienne.

21 . — Enchaîner les pénitents à son confessionnal par esprit de jalousie; — leur faire savoir directement ou indirectement qu'on sera choqué si on les voit s'adresser à d'autres confesseurs ;— traiter froidement ces confesseurs, et s'exposer à ce qu'ils refusent des pénitents qui ne les viennent trouver que pour confesser des péchés qu'ils n'osent pas dire à leur confesseur ordinaire, et pour sortir de l'état de sacrilège dans lequel ils vivent depuis plusieurs années.

22. — Négliger ses malades; — murmurer quand on est appelé auprès d'eux; — les administrer le plus vite possible, non pas par la crainte d'une surprise, mais pour s'en débarrasser comme d'un fardeau pénible; — ne les plus voir quand on leur a donné les derniers sacrements et s'attirer par là de justes reproches de la part des parents.

23. — Se familiariser avec la chaire, ou plutôt la profaner par des trivialités, des paroles piquantes , des reproches acerbes, et même par des personnalités qui provoquent des inimitiés indestructibles, personnalités dont on s'applaudit au lieu d'en gémir.

24. — Ne prendre presque aucun soin de ses affaires temporelles : — se ruiner sans mérite par des dépenses

excessives et des prodigalités sans mesure; — compromettre les intérêts d'autrui par son défaut d'ordre-, et s'exposer à laisser après soi une espèce de chaos, si l'on est frappé subitement d'un coup mortel.

25. — Donner un mauvais exemple aux peuples par des déi'auts saillants sur lesquels on s'aveugle, par des absences multipliées, par des habitudes de jeu, de festins, de visites inutiles, de fréquentations imprudentes, et, en un mot, par l'ensemble d'une vie plutôt mondaine qu'ecclésiastique.

26. — Ne s'inquiéter nullement des fautes vénielles; — les commettre de sang froid et sans aucun trouble de conscience;— en contracter tellement l'habitude, qu'on en vienne à les commettre tout naturellement et souvent même sans y bien penser ; tout cela par dissipation, par défaut de vigilance et par aveuglement volontaire.

27. — Ne tenir aucun compte des grâces intérieures : lumières, inspirations, bons mouvements, attrait vers le bien , salutaires remords ; — se priver de ces grâces par l'abus qu'on en fait, et se trouver réduit à un état de sécheresse , de froideur et d'insensibilité envers Dieu que rien ne peut changer.

28. — Ne pas môme désirer ce changement , se trouvant fort bien comme on est, menant une vie douce et commode, exempte de soucis et d'inquiétudes, et croyant que tout est bien parce qu'on ne se voit pas coupable d'un péché mortel nettement caractérisé , quoique souvent on ne soit réellement plus en état de grâce devant Dieu.

29. — Incliner toujours à croire , dans les cas douteux, que ce qu'on va dire ou faire n'est que véniel , atin d'agir librement ; et quand on a agi , n'y plus penser et reprendre aussitôt son assurance ordinaire.

30. — S'abstenir de la retraite annuelle; — la regarder comme fatigante et inutile ; — n'y aller que par la crainte de

se faire mal voir des supérieurs; — se réjouir quand on a quelque raison pour s'en dispenser, et n'en tirer aucun fruit quand on y assiste.

31 . — Regarder la perte du temps comme une chose insignifiante; — ne croire jamais que cela puisse constituer une faute grave , et sur ce principe , employer au moins la moitié des jours et souvent des jours presque entiers en choses inutiles.

32. — Renoncer à l'étude de la théologie et de l'Écriture sainte , laissant passer des mois entiers sans ouvrir un seul livre qui traite de ces matières, et remplaçant ces précieuses lectures par des lectures profanes et d'interminables visites.

33. — Être rempli de défauts et ne rien faire pour s'en corriger; — recevoir mal les avis des personnes charitables qui les font remarquer; — discuter avec ces personnes pour leur prouver qu'elles se trompent , et s'entretenir ainsi dans un endurcissement spirituel moralement irrémédiable.

34. — Pécher à chaque instant par orgueil , rapportant tout à soi-même et ne cherchant que sa propre gloire, même dans les fonctions les plus saintes.

35. — Aimer la bonne chère et tout ce qui flatte la sensualité; — passer à table un temps considérable; — violer la tempérance et la sobriété , se permettant sans scrupule, en cette matière, tout ce qui ne va pas jusqu'à des excès notables et scandaleux.

36. — Rechercher le monde ; — se plaire dans ses compagnies ; — trouver toujours trop court le temps qu'on y passe; — s'y permettre des légèretés peu séantes, une gaieté excessive et des expressions triviales; — faire parade de son esprit , de ses connaissances , et viser à se rendre agréable aux mondains, en se rapprochant d'eux par une conduite semblable à la leur.

37. — Se livrer à des occupations qui ravalent le sacerdoce;— se faire cultivateur, vendeur et acheteur de bestiaux , médecin , chirurgien, etc., se persuadant que tout cela est innocent et ne tenant pas compte des injonctions de l'évêque qui défend ces choses.

38. — Aimer l'argent pour l'argent et non pour l'employer en bonnes œuvres ou au soulagement des pauvres ; — mettre de côté son superflu et en augmenter la masse tous les jours ; — s'imposer des privations, non par mortitication, mais par lésinerie et esprit d'intérêt; — ne faire aucune dépense pour tenir son église dans un état décent ou pour se procurer des linges d'autel et des ornements convenables.

39. — Braver l'opinion publique qui censure certaines fréquentations qu'on devrait s'interdire ; — perdre l'estime de la paroisse^en s'obstinant à visiter ou à recevoir des personnes connues par la légèreté de leur conduite.

Tels sont, ce nous semble, les signes ordinaires de la tiédeur et du relâchement chez les prêtres. Ajoutons seulement les caractères suivants, qui conviennent plus particulièrement aux prêtres récemment ordonnés.

40. — Être mal avec son curé, dès les premiers jours; — lui montrer de la froideur; — recevoir ses observations et ses avis avec hauteur et dédain; — lui dire positivement qu'on ne fera point telle ou telle chose qu'il demande;— le mécontenter enfin et même le scandaHser par une conduite à laquelle il était si loin de s'attendre de la part d'un jeune homme sortant du séminaire.

41. — Se dégoûter de très-bonne heure de la vie paisible du presbytère , — prendre son vol vers les paroisses voisines; — se lier avec quelque jeune prêtre fort peu fervent;— s'absenter souvent sans en prévenir son curé et sachant bien que ces absences lui déplaisent.

42. — Mettre son règlement et même tout règlement de côté au bout de quelques semaines , vivant sans ordre ,

n'aimant plus sa chambre, n'allant guère à l'église que par nécessité, et omettant déjà, sans se le reprocher, plusieurs exercices de piété qu'on s'était promis d'observer fidèlement tous les jours.

i,']. — Se répandre beaucoup trop dans la paroisse; — rechercher par vanité l'estime et les louanges des paroissiens; — s'enorgueillir du bon accueil qu'on en reçoit; — froisser son curé par des visites qu'on ne devrait pas laire sans le consulter ; — se montrer très-gracieux et trèsaimable dans certaines maisons où l'on sait bien que le curé n'est pas goûté.

44. — Désirer un grand nombre de pénitents plutôt par vaine gloire que par zèle ; — faire étalage devant ses confrères de sa nombreuse clientèle; — recevoir sans ditiiculté tous les pénitents qui se présentent, sans s'assurer s'ils ont réellement des raisons suffisamment graves pour changer de confesseur.

45. — Se glorifier du talent qu'on croit avoir pour la prédication ; — n'estimer que cette branche du ministère et négliger les autres; — prêcher de tous côtés dans les paroisses voisines, sachant bien qu'on fait peine à son curé par les fréquentes absences que nécessitent ces prédications;— se croire capable de prêcher d'abondance parce qu'on parle avec une certaine facilité; — monter en chainet catéchiser sans préparation et par conséquent sans fruit, oubliant que la parole de Dieu est sacrée et doit être traitée avec un souverain respect.

46. — Enfin, renoncer à l'étude et se dégoûter des livres sérieux; — se faire une routine pour l'administra- Non du sacrement de pénitence, dédaignant de revoir au moins la théologie morale , pour s'assurer si les décisions qu'on donne sont conformes aux vrais principes.

Nous ne croyons pas pouvoir entrer dans des détails plus précis pour éclairer nos jeunes lecteurs. Si malheu-

reusement ils viennent à se reconnaître plus tard dans le miroir placé en ce moment sons leurs yeux, nous les conjurons, dans les plus chers intérêts de leurs âmes et de leur ministère, de remédier au mal dès qu'ils le verront se produire- car s'il est un fait dém.ontré par l'expérience de tous les temps et de tous les lieux, c'est qu'un prêtre qui a contracté l'habitude du relâchement ne revient presque jamais à l'heureux état de la ferveur.

Du reste, n'oublions pas que la réunion de tous les signes de la tiédeur que nous venons d'indiquer n'est nullement nécessaire pour qu'on puisse être taxé de relâchement. Un prêtre peut être réellement tiède, quoique quelquesuns de nos caractères ne lui conviennent point.

Il nous semble que la lecture de ce qui vient d'être dit pourrait être très-utile quand on se dispose à aller à confesse. C'est un examen de conscience tout préparé, qui vaudrait probablement mieux que celui qu'on fait quand on commence à subir les funestes influences de la routine.

COi\CLUSIOi\,

Arrêtons-nous, jeunes élèves, et interrogeons-nous sérieusement devant Dieu pour savoir quels fruits nous nous proposons de tirer de la lecture de cet ouvrage. Quelque imparfait qu'il soit, il est impossible, si nous l'avons médité pieusement dans toutes ses parties, que cette méditation ne nous ait pas révélé nos infirmités spirituelles et inspiré le désir d'en obtenir la guérison. Allez-vous accueillir cette inspiration comme la voix même de Dieu, qui ne la fait entendre à vos âmes que pour vous éclairer, vous

encourager, vous sanctifier et vous rendre dignes de Tauguste profession que vous voulez embrasser? Profession sublime et plus qu'angélique, puisqu'elle est réellement divine dans toute la rigueur de l'expression : Deifîca profession comme l'appellent les saints.

Vous avez vu ou du moins vous avez du voir si vous êtes — owdiG moMvois séminaristes, — ou des séminaristes tièdes, — ou de bons séminaristes ordinaires, — ou des séminaristes fervents et animés d'un vrai zèle pour la perfection.

Vous avez vu ou dû voir les défauts auxquels vous êtes sujets; nous vous en avons tracé les caractères, signalé les effets et indiqué les remèdes.

Enfin , nous vous avons proposé les règles de conduite que vous avez à suivre, dès l'entrée de /votre carrière, si vous voulez être de saints prêtres et sauver des milliers d'âmes avec la certitude de sauver la vôtre.

Comme fruit de ces divers enseignements , recueillez, chers élèves, les sentences suivantes; gravez-les en gros caractères et placez-les dans un endroit apparent de votre cellule , et même dans ceux de vos livres que vous avez le plus souvent entre les mains.

Première sentence. — Je ne serai jamais aussi saint qu'il le faudrait être pour remplir dignement les imposantes fonctions du sacerdoce.

Deuxième sentence. — La gloire de Dieu, l'honneur de l'Église, l'édification du prochain, la conversion des pécheurs, la sanctification des justes : tout sera infailliblement en rapport direct avec mon degré de ferveur et de sainteté.

Troisième sentence, — Le salut de bien des Ames est attaché à ma perfection. Dans les desseins de Dieu, plusieurs

seront sauvées si je les conduis au ciel par ma sainteté; et elles seront damnées si , ne les poursuivant pas avec le zèle du saint prêtre , je les abandonne à leur propre faiblesse.

Quatrième sentence. — Si je n'acquiers pas dans le séminaire une perfection éminente et solide, jamais je ne l'acquerrai quand je serai prêtre; au lieu de monter vers la sainteté, je descendrai chaque jour vers la tiédeur, et de là dans des précipices dont la simple pensée fait frémir.

Cinquième sentence. — Les seuls prêtres qui se perfectionnent en avançant en âge, sont ceux qui étaient déjà en voie de perfection quand ils étaient séminaristes. Ceux qui n'étaient pas dans cette voie se partagent en deux classes : les uns restent stationnaires dans leurs imperfections; c'est le très-petit nombre : tous les autres se relâchent et deviennent ou des prêtres tièdes ou de mauvais prêtj^es.

Sixième sentence, — Si je pactise sciemment avec un défaut, quelque léger qu'il soit, je renonce par là même à la perfection; si, par une lâcheté habituelle et volontaire, je restreins l'exercice d'une vertu quelconque, je suis hors des voies de la perfection; si, pour m'épargner^ je repousse fréquemment et avec réflexion les inspirations que Dieu m'envoie d'éviter ceci ou de pratiquer cela, j'abdique la perfection.

Septième sentence. — Une fois devenu prêtre , si je tombe et si je me fixe dans la tiédeur et le relâchement, je n'en sortirai point; ou, si j'en sors, ce sera pour aller plus loin dans le mal et non pour revenir à la perfection.

Ces sentences, dont la vérité est confirmée par une expérience constante et invariable , ne doivent-elles pas, jeunes amis, vous faire voguer à pleines voiles vers la sainteté sacerdotale que Dieu vous commande?

Pour vous y déterminer mieux encore, méditez ces excellentes paroles du P. de la Colombière dans sa Retraite spirîtv.eUe; ouvrage excellent qui, dans sa brièveté, renferme, selon nous, des trésors du plus haut prix : « Nous D avons, dit-il , une grande obligation à être parfaits, » parce que dans un homme qui prêche la vertu et qui en D fait profession , les imperfections nuisent plus au pro- » chain que sa vertu ne lui est utile; elles donnent occa- » sion de croire qu'il n'y a point de véritable sainteté ; » que c'est quelque chose d'impossible que la perfection, i) que ce n'est qu'illusion et grimace. Si les imperfections » ne donnent pas ces pensées , elles persuadent aux lâches » qu'on peut les avoir et être saint tout ensemble. C'est )) assez pour endormir un imparfait et pour nourrir en sou )> cœur une passion qui le flatte et qu'il aime, d'en avoir » remarqué quelque ombre en celui qui a la réputation )) d'homme de bien; il se croit autorisé par là à continuer » de contenter son amour-propre , et croit qu^il n'en sera D pas moins saint pour cela.»

Élargissons nos vues, jeunes élèves ; nous sommes moins que personne les hommes du temps ; l'éternité seule et tout ce qu'elle embrasse doit occuper nos esprits et influencer nos actes. A propos de cette éternité, dans les gouffres de laquelle nous serons bientôt engloutis, laissez-nous reproduire ici les réflexions saintement éloquentes du pieux auteur que nous venons de citer.

«Pensant à l'éternité de Dieu , dit- il, je me la suis re- » présentée comme un rocher immobile sur le bord d'un » fleuve d'où le Seigneur voit passer toutes les créatures » sans se remuer, et sans qu'il passe jamais lui-même.

» Tous les hommes qui s'attachent aux choses créées m'ont » paru comme des gens qui, étant entraînés par le cou- » rant de l'eau, s'attacheraient les uns à une planche, les » autres à un tronc d'arbre, les autres à des amas d'écume )) qu'ils prendraient pour quelque chose de solide. Tout » cela est emporté parle torrent; les amis meurent, la )) santé se consume, la vie passe, on arrive jusqu'à l'éter- 1) nité. porté sur ces appuis passagers comme à une grande )> mer où Ton ne peut s'empêcher d'entrer et de se perdre. » On aperçoit alors combien on a été imprudent de ne » s'attacher pas au rocher, à l'Éternel; on voudrait reve- » nir, mais les flots ont emporté trop loin , on ne peut » plus revenir et l'on périt nécessairement avec les choses » périssables. Au lieu qu'un homme qui s'attache à Dieu » voit sans crainte le péril et la perte de tous les autres; « quoi qu'il arrive, quelque révolution qu'il se fasse, il se » trouve toujours sur son rocher. Dieu ne lui saurait échap- » per ; il n'a embrassé que lui , il s'en trouve toujours » saisi; l'adversité ne fait que lui donner lieu de se réjouir i) du bon choix qu'il a fait. Il possède toujours son Dieu ; )) la mort de ses parents, de ses amis, de ceux qui l'esti- » ment et le favorisent, l'éloignement, le changement w d'emplois ou de lieu, Tage, la maladie, la mort elle- » même ne lui ôtent rien de son Dieu. Il est toujours éga- » lement content, disant en la paix et en la joie de son » âme : Mihi adhœrere Deo boiinm est, ponere in Domino » meo spem meam.

» Cette considération m'a beaucoup touché; il me sem- » ble que j'ai compris cette vérité, et que Dieu m'a fait la » grâce d'en être persuadé d'une certaine manière qui me )> donne un grand courage et une grande facilité à me » détacher de tout et à ne chercher que Dieu en toute ma )) vie, par toutes les voies auxquelles il lui plaira de m'en- » gager, ne témoignant jamais aucune inclination ni au-

» ciine répugnanco, recevant avouglément tous les em- » plois que mes supérieurs me prescriront; et s'il arrive » quelquefois qu'ils m'en donnent le choix, je le promets, » mon Dieu, et j'espère par votre sainte grâce de garder » ma promesse, je promets, dis-je, de vous renouveler le » vœu que vous m'avez inspiré de faire, de choisir tou- » jours l'emploi et le lieu auxquels je sentirai le plus de n répugnance et où je croirai, selon Dieu et en vérité, » avoir le plus à soulfrir. Vous m'en avez donné l'exem- » pie, mon aimable Jésus, et autant que je le pourrai, je » veux me régler par vos exemples, par vos maximes, qui » seules peuvent me conduire à vous, et me tirer des emi) barras de l'ignorance et des erreurs où mes passions )) pourraient me précipiter. »

Ainsi parlent, ainsi agissent les hommes de Dieu, et surtout les saints prêtres. Ah ! malheur à vous , jeunes élèves, doux espoir de l'Église , malheur à vous si vous restez tièdes et imparfaits après tout ce qui vous a été dit pour vous exciter à devenir fervents et fidèles !

INiais non , vous ne voudrez point attirer sur vous les châtiments réservés à l'abus des grâces. Quels que soient vos défauts , vous les combattrez, et, Dieu aidant , vous les détruirez. Vous serez de fervents séminaristes pour être plus tard de saints prêtres ; et Dieu sera glorifié, et Jésus , toutes les fois que vous le recevrez à l'autel , vous pressera délicieusement sur son cœur, et l'Église surabondera de joie, et des multitudes de pécheurs seront vos conquêtes, et l'enfer mugira de dépit et de rage , et le ciel que vous aurez procuré à tant d'âmes sera votre éternelle récompense.

Mais, pour qu'il en soit ainsi, jeunes amis; pour que rien ne manque à votre bonheur, vt gaiidimn vestrum sit plénum^ encore une fois soyez des saints : Sancti estote; sacrifiez tout pour le devenir : Qui non bajulat crncem

■siiam, et venit post vie, non potest meus esse discipulns; ne répudiez pas une seule vertu; la philosophie elle-même vous prêche cette morale par un de ses axiomes : Bonwn ex intégra causa; ne transigez pas avec un seul défaut : Malimi ex quocumque defectu ; ne faites pas comme tant de lâches qui disent à chaque instant : Nous accorderons ceci, mais nous retiendrons cela; nous irons jusqu'à tel degré, mais pas plus loin : Aveugles, qui ne voient pas qu'ils seront toujours trop peu parfaits pour atteindre la hauteur de leur vocation, et que, puisque Jésus les appelle au sommet de la perfection , ils doivent lui répondre par ces généreuses paroles : Magister, sequar te quocumque ieris.

Courage donc, jeunes élèves, courage! Eugel euge ! Vous êtes dans Tâge de la ferveur et de l'enthousiasme : quand serez-vous fervents, et fervents jusqu'à la divine exaltation qui fait les saints , si vous ne Fêtes pas dans un séminaire? Ah! loin, bien loin de ce pieux asile non-seulement les cœurs froids , non-seulement les cœurs tièdes , mais même les cœurs fidèles qui tremblent de promettre un dévouement sans réserve î Jésus-Christ, chers amis, n'a rien réservé; la dernière goutte de son sang, il l'a versée pour le salut des âmes ; et la lance du soldat n'apercé son cœur que pour mettre à sec la source de ce sang divin et montrer au monde qu'elle était tarie.

Le séminaire ! élèves bien-aimés , le séminaire ! comment prononcer ce mot , comment vivre dans cette ineffable retraite sans y être pénétré d'une céleste flamme? Nous ne connaissons point sur la terre, et en effet il n'y a nulle part un lieu aussi saint que le séminaire. Le Cénacle seul où Jésus-Christ réunit ses apôtres la veille de sa mort, nous en offre l'image. Mais aussi qu'était ce que le Cénacle, sinon un séminaire dont les apôtres étaient les élèves, et Jésus-Christ le divin supérieur! Séminaire

à jamais iiicnioral^le, ou sélaborail la précieuse semence qui devait féconder 1" univers' Dans cet auguste séminaire, jeunes amis , il ne se trouva qu'un mauvais élève, ce fut Judas. I>ientot le misérable sentit qu'il n'y était pas à sa place, et il s'en retira pour aller consommer son infamie. Mais tous les autres, qu'étaient-ils? Quel zèle! quel feu! quel dévouement! quels transports d'amour! ils eurent, il est vrai, Pierre surtout et Thomas, un moment de ftiiblessej ce qui doit vous encourager et non vous abattre, si vous n'êtes pas encore des héros en vertu. Mais comme elle fut rachetée , cette faiblesse ! Que de larmes coulèrent pour l'expier ! Quelle insatiable ardeur pour la pénitence, pour la prédication de l'Évangile, pour les bonnes œuvres, pour le salut des âmes, et finalement pour le martyre! Voilà vos modèles, jeunes et tendres amis : et vous aussi vous êtes appelés à l'apostolat; et vous aussi peut-être vous êtes appelés à confesser votre foi dans les tortures : armez-vous donc, enflammez-vous du zèle qui fait les apôtres et du courage qui fait les martyrs. Amen! Amen! Amen/

LAUDETl'K JESUS CHRISTLS IN AilERNUM

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