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Cette tour est d© loin comme de près le plus bel orne-* ment paysagique du château de Heidelberg: elle conserve encore cinq des six etages dont s’etoit successivement accrue sa Jiauteui , et dans lesquels on n alloit des uns aux autres que par une construction étroite saillante en dehors du bâtiment. Un de ces étages avec sa voûte et ses ouvertures gothiques offroit quelque chose da réligieux: il n’y aura manqué que des peintures sur verre dans les fenêtres pour le transformer en un petit oratoire. Par la suite , l’électeur Frédéric IV. réparant la tour, avoit substitué des pierres au bois de son étage supérieur. Au lieu de faire rétablir cet étage après les destructions de la guerre de trente ans, 1 électeur Charles-Louis le remplaça par un toit qui prenoit diverses formes dans son élévation. 11 étoit entr’autres interrompu vers la moitié par une galerie octogone de seize arcades; et on J’avoit couronné d’une grosse boule qui posoit aussi au milieu d’une galerie, mais ronde, et entourée d une plate-forme pareille à sa surface.
„L. La chapelle du château consacrée à St.-Udalrich, „ autrement le palais de Frédéric IV. Entreprise par „ce prince en 1601 sur l’emplacement de la vieille „chapelle qu’il démolit â cet effet, et finie l’année 1607. „Endommagée dans sa partie habitable lors de la guerre „d’Orléans en 1689. lieparée sous Charles Philippe, „année 1716, mais détruite par le feu de 1764 au point „de n’avoir retenu aucune trace de ses appartemens „Sur les pressantes instances de sa femme Elisabeth „princesse très-pieuse, l’électeur Charles-Théodore, „pour la préservation de la chapelle dont une arcade „de voûte avoit été enfoncée dans l’incendie, fit re- „ construire sa toiture. La chapelle fut aussi remise sur „pied et en usage jusqu’à l’année 1803 qu’elle a cessé „de servir, et qu’elle est par suite de dépouillemens „graduels, arrivée à son présent état de nudité.“
L’élévation de la chapelle, celle de ses frontispices, leur force, et jusqu’au cahotement de sa façade sous la masse de parties saillantes dont elle est hérissée, lui impriment un air de grandiose où l'on reconnoîtra toujours l’habitation de quelque puissant de la terre : mais l’aspect n’en est point exempt de fatigue, quoique son architecture * soit la même que l’architecture si agréable du bâtiment d’Othon-Henri. L’un et l’autre palais ont trois étages; ils r étoient les deux couronnés de frontispices, et leurs façades se couvrent alternativement d’une statue, d’une fenêtre et d’un pilastre : ainsi ce sont des composés de pièces pareilles; mais l’effet a été rendu bien différent par la forme et par l’emploi de ces pièces. Autant il y a de tranquillité sur le bâtiment d’Othon-Henri , autant la chapelle en est dépourvue. L’oeil essaye de s’y fixer, et tombe partout sur des sculptures. Il ne rencontre point â le délasser, ces vuides si nécessaires pour donner leur valeur aux arts de la vue , et dont la conservation dans la salle des chevaliers isole en quelque sorte ses nombreux détails pour les livrer sans peine à un examen partiel. Le rapprochement des frises seroit même impossible entre les deux constructions ; celles de la chapelle ne sont qu’une suite d’entablemens: ce qui y occasionne l’absence de tonte ligne droite , et la prive par conséquent du principal moyen de repos. Cependant ses pilastres ont beaucoup d’originalité sous cette multiplicité d’ornemens : mais les fenêtres eussent été plus décorées par plus de simplicité. On a moins prodigué les moulures sur leurs entablemens et sur leurs frontispices ; et ces objets auroient leur juste mesure s’ils ne sembf oient plier sous les énormes têtes qui les dominent et d’autant plus inutilement qu’elles sont également grossières d’invention et d’exécution. Les piédestaux des statues n’appartiennent guères â un meilleur genre : ils sont massifs et d’une projection démesurée. Les niches qui s’élèvent derrière ces lourdes machines, en s er oient le correctif, si dans les choses de tact et de sen-
timeiit, le mauvais devoit être compensé par le bon: elles sont très-sveltes, et leur place eut aussi bien été sur la façade de la salle des chevaliers qu’au bâtiment de Frédéric IV.
Cet éloge ne conviendroit pas dans son entier aux statues qu’elles renfermoient. Néanmoins il y a de la nature et une assez bonne entente de pose dans la plupart. Quelquesunes même faisoient parler leur personnage. C’est ainsi qu’au second étage à gauche sur la statue de Ruprecht prince adonné aux sciences , la sérénité du visage et d’autres accessoires de bonté contrastent avec la hauteur et l’attitude menaçante de l’électeur ami de la guerre, dont U statue est la plus proche de celle du fondateur de l’université de Heidelberg au même rang. Les draperies n’étoient en général trop maltraitées dans aucune; mais ce qui jette un intérêt réel sur ces ligures , et en fait de véritables monumens, c’est la fidélité de ressemblance, et celle des costumes et des armures adaptés sur chacun de ces princes au siècle de leur existence. Une partie a gouverné au château de Heidelberg, et tous ont été ayeux ou membres de la maison de Bavière aujourd’hui régnante à Munich. Ils habitent maintenant la façade dans l’ordre suivant en commençant par le pilastre de gauche. Les lettres et les chiffres des piédestaux y indiquent le nom avec l’année de la mort du prince.
Sur les frontispices:
1. Charlemagne au quel la maison palatine est alliée par les femmes. DCCCXIV.