‹ Le guide des voyageurs dans la ruine de Heidelberg d'après un plan du châteauChapitre 6 sur 11 · Diane ornée de son croissant · texte numérisé non relu

Diane ornée de son croissant

Si le bâtiment étoit encore dans son entier, on ne t: verroit pas non plus sans quelque peine que son illustre hauteur en le finissant, ait cru devoir sacrifier à la mode ed’alors. Othon-Ilenri l’avoit terminé par des frontispices ïisous les quels la façade du palais n’aura point eu son élé— i gance d’aujourd’hui. Ils se composoient à leur base d’un it quarré long avec deux pilastres sur sa surface et une statue jjentre deux fenêtres. La partie supérieure des frontispices Iqu’éclairoit aussi une fenêtre , étoit resserrée de chaque (côté par deux consoles concaves et de grandeur différente. ICes consoles appliquées l’une au-dessus de l’autre , s’inclii noient jusqu’à l’entablement auquel elles servoient de support, et qui ffnissoit par un triangle, portant lui-même une fi statue avec son pdédestal. Les statues des niches ont seules «résisté à la chute des frontispices. C étoit sur celui de rpdroite un Jupiter , et le Dieu des enfers de l’autre côté.

Par la suite , le toit du palais obtint une décoration nouvelle. Il avoit été brûlé en 1634, dans la quatorzième thnnée de la «uerre de trente ans, et l’électeur Charies- !

Louis , vingt-ciuq années apres, le fit sortir de ses imnes. En mémoire de cette restauration, trois lions lurent placés dans le toit au-dessus de la Irise. Celui du milieu soutenait avec les pattes de devant l’écusson des armoiries de la famille. Les deux lions de l’extrémité de la toiture le regardoient , mais dans une situation transversale et couchée. On avoit donné un piédestal à chacun de ces trois lions pour recevoir les trois mots : renovatum anno MDCLIX. renouvelé dans Vannée 1659.

La totalité du bâtiment reposoit sur une voûte de l’élévation d’un rez-de-chaussée au-dessus du terrain. On y gardoit les provisions de bouclie de la cour. La solidité de cette voûte promettroit une durée sans lin a la construction d’Othon- Henri , si elle ne devoit manquer que par les fondeinens.

Le perron du palais avoit été entouré d’une rampe de fer remarquable par la force et la beauté du travail. On peut se figurer l’état de désuétude ou étoit tombée 1a. résidence après le dernier incendie, par la vente de cet ouvrage au poids et à moins de sioc liards la livre.

L’entrée par un vestibule sombre et étroit ne prévenoit point en faveur de la distribution du bâtiment. En effet , elle étoit loin de répondre à son apparence extérieure : mais la décoration des chambres sous le rapport de la bonté des sculptures , et particulièrement la décoration des portes, ne le cédoit en rien à celle du dehors. Elle y a même été si universelle que les efforts da la mutilation n’ont pu en faire disparoître totalement le mérite, parcequ’il s’attaclioit aux moindres détails.

La première de ces portes dans le vestibule étoit la moins recherchée pour les ornemens. Cependant une cari athide de femme sur le pilastre de droite est très-agréable. Il y avoit beaucoup d’abandon dans la position des bras et autant de rondeur dans les chairs de la figure. Ces.

qualités sont communes aux naïades qui tiennent le cartel I

de la frise. Elles disputent de finesse de visage et de gracieux dans leurs penchers.

La mutilation n’a pas seule attaqué la porte au fond du vestibule. L’eau du ciel s’est aussi frayé passage à travers la voûte, et ne cesse de miner l’admirable plaque du frontispice de cette porte. Déjà même elle a dévoré la surface de tous ses objets saillans et notament au centre , une statue d’Isis sur laquelle l’artiste s’étoit plu à rassembler les plus délicieuses formes féminines. L’épaisseur de la porte n’a pas autant souffert. On décomposeroit encore presque toute sa guirlande d’arabesques et avec la même satisfaction; mais il suffira d’y indiquer des bouquets de fruits vers le haut , et autour de la rosette du milieu , un voile à frange jetté avec la négligence la mieux imitée sur une des barres de l’ornement.

Le tems a effacé les chiffres qui remplissoient plus bas i un quarré des moulures. Ils étoient là pour la date du bâtiment , à en juger par les initiales O. H. P. C. de son fondateur le comte palatin O thon -Henri encore visibles sur l’épaisseur opposée.

Une architecture lourde et chargée, et la, médiocrité des arabesques doivent exclure la troisième porte (13) du vestibule des créations de ce prince. On n’y découvre squ’un seul objet qu’elles pourroient revendiquer. C’est un amour qui se dispose à sauter à la corde sur le piédestal du pilastre de droite. Ses petits bras étendus n’attendent que le signal pour commencer. Quoique à moitié rongé ipar les courans d’air, le tête et les membres sont toujours pleins d’enlance et de l’intention du moment.

Le grand appartement vis-à-vis du vestibule étoit la aile à manger de l’électeur. Sa voûte est du nombre de

C13) En comparant l’ensemble, les détails et la main d'oeuvre de cette porte avec un monument tout pareil du bâtiment delà chapelle, elle idescendroit au règne de l’électeur Frédéric IF. venu au gouvernement en 1595.

celles qui furent renversées avec violence pour fournir, comme il a été dit dans Pavant— propos , du ciment a une opération qui n’a même pas réussi. Nous répéterons également, mais avec un autre sentiment, les expressions de travail excjuis employées au même endroit en parlant des colonnes de cetîe salle. Néanmoins selon l’art, elles n’étoient pas exemptes de reproches. lueurs fûts se composoient de trois pièces , et ces trois pièces de quatre faces arrondies garnies toutes d’un petit socle et d’une espèce d’entablement; ce qui liguroit plusieurs ceintures autour de la colonne; mais cette infraction des règles n’empêchoit pas les colonnes d’être très-sveltes , et étoit bien rachetée par la savante broderie de feuillage qui avec une tête de lion au centre de chaque morceau , couvroit ces colonnes (14) ou plutôt, les cachoit, et sans que cette opulence de détails nuisit en rien à leur netteté.

Les anciennes consoles de la salle étoient de la meme bonté: elles se divisoient en corbeilles, demi-corbeilles et cuvettes. Parmi ces dernières, nous citerons, mais simplement comme -prima inter pares celle en face du vestibule et dont le bassin s’enferme dans des feuilles d’achante. On pense , en regardant ces feuilles , que la pierre s’y est amollie sous le ciseau de l’artiste. Il les a presqu’approebées de la fraîcheur de la nature par la rosée qui semble reluire sur leurs pointes.

La console du coin à gauche ne le cède ici qu’en dimension. Il étoit impossible d’y exprimer avec plus de nerf et plus de charme l’effet de deux branches pliées pour en montrer le revers des feuilles.

(14) On voit un de leurs débris au pied du mur] qui s’étend dans la cour parallèlement à la salle des chevaliers. Quelques autres morceaux sont de même éparpillés comme supports de tables, dans le jardin où nous no les appercevons jamais sous cet ignoble usage , sans nous rappeler involontairement Denys de Siracuse tenant école à Corinthe.

Seulement comme difficulté vaincue, les grandes corbeilles sur les deux pignons de la salle seroient dignes d’éloges: mais le même ouvrage à tous autres égards, fait avec . tel moyen facile d’exécution qu’on voudra , ne pourroit jamais l’emporter ni en précision ni en exactitude ni en transparence sur ces deux coups de force de la sculpture.

Chacune des autres consoles avoit son genre d’intérêt et mérite la même attention. Elle ne descendra pas avec un moindre plaisir de ces petits chefs-d’oeuvre isolés sur les portes de la salle. Un Anglais a voulu payer et emporter la plus proche du vestibule. C’est celle que nous avons intitulé la porte des sphinx dans notre oeuvre des antiquités de la ruine de Heidelberg. Elle y est la troisième feuille

du second cahier.

Une de ces fleurs jaunes et odorantes qui s’attachent volontiers aux vieilles murailles, avoit percé sous les pieds du Sphinx de droite. Des enfans ne pouvant y arriver , essayoient de l’abattre avec des pierres, et l’Anglois étoit survenu dans les entrefaites. Lui-même s’occupoit du dessin et de collections. Ayant su de nous que la ruine n’ étoit soumise à d’autre inspection que celle que nous nous y imposions volontairement, il demanda si peut-être on consentiroit a lui vendre la porte en question. Son but auroit alors été de l’embarquer, et une fois en Angleterre de la rétablir dans un jardin sa propriété a deux milles de Londres ; ensuite de quoi un article de journaux eut annoncé qu’il étoit 'devenu possesseur d’un monument du moyen âge offert à la. curiosité publique pour une légère somme; et l’Anglois jconnoisseur du prix des choses et du prix de l’argent, ne idoutoit point d’avoir avant peu recouvré non seulement la valeur de son acquisition , mais toute sa dépense de roule. 11 avoit raison. De tels objets d’art seroient admirés partout; ils orneroiens même encore des palais. Les profitions générales et les proportions particulières sont dans celui-ci de l’accord le plus parfait. Mais si le dessinateur

a été bien servi par ses inspirations, il n’a pas ete moins heureux dans le choix de leur interprête sur la pierre. Ja- , mais par exemple ciseau charge de lui faire rendre toute la juvénilité des formes adolescentes , ne produira quelque chose de plus vrai que le corps de femme sur un des pilastres de la porte des sphinx (15). C’est la vie -pétrifiée dans sa fleur .

On trouvera plus encore sur les deux victoires de la porte. Chaque détail est empreint de la volonté de l’artiste. Ils sont tous les membres d’une figure dans une position suspendue et agissant pour s’y maintenir : mais rien n’approche de la nature comme le pied de la victoire de droite par son placement si habilement comprimé sur la muraille. Ici la vie n’est pas seulement pétrifiée , mais pétrifiée dans le mouvement.

Les arabesques de la frise étoient dignes de paroître avec ces productions sur un même ouvrage d’architecture. Le dessin en est partout de la plus élégante facilité. Mais il a, dans les plantes, attrapé la perfection du genre. On y sent l’air qui agite les fleurs sur leurs tiges , et on cherche si un travail si léger, si mouvant a pu sortir de la pierre, ou s’il y est celui de la végétation. La coupe du ciseau n’étoit

(15) Le jour où nous finissions cette porte, une société françoise visita la ruine. Celui qui en paroissoit le chef, étoit un homme instruit, a yant beaucoup voyagé pour les arts et qui occupoit à Paris un premier emploi dans l’intendance des bâtimens de la couronne. Sa surprise étoit sans secoode , après avoir autant vu, de voir dans le bâtiment d’Othon-Henri quelque chose qu’il ne eraignoit pas de mettre au-dessus des choses qui l’avoient le plus frappé; et son admiration s’exprimoit avec une telle franchise et tant d’intérêt par les détails dont il la justifioit , qu’elle fit une espèce de scène en réunissant autour de lui bon nombre d’étrangers amenés là par le même but de curiosité. Le voyageur François regardoit qu’un séjour à Heidelberg devoit faire partie obligée des études de l’architecte et du sculpteur, et en être le complément pour ceux d entre ces derniers qui se livreroient à la sculpture de décoration.

pas restée en arrière du dessin. A peine sur le marbre , le mordant de l’outil pourroit-il aller plus loin. Cette seule qualité, par le degré oit elle est poussée dans les rosettes de l’entablement, en fait des petits morceaux pleins de charmes.

Un débris d’arcade demeuré jusqu’à ces derniers teins au-dessus de la porte n’a servi qu’à hâter la destruction du frontispice par l’eau qui y suintoit goutte à goutte dans les saisons pluvieuses. Elle en a rendu plusieurs endroits meconnoissables et endommagé tout le reste. La tête de lion, l’ange qui déployoit sous cette tête , les écussons de la maison électorale , les guirlandes et les bouquets dont il étoit environné, et jusqu’aux sphinx^ gardent tout au plus quelque ressemblance avec eux-mêmes. Cependant çà et là, des coins de la pierre moins visités de l’humide influence, jettent encore assez de lueur au milieu de cette extinction des objets, pour porter quelque lumière sur la composition, et la montrer d’une égale bonté sur toute la porte des sphinx.

On reconnoîtra sans peine dans celle qui en fait le pen- * dant par sa forme et par sa place à l’autre bout de la I chambre, la porte qui a payé si cher le tendre intérêt d’un I voyageur pour la ruine. On n’a pas oublié non plus son I attaque contre les sculptures par suite de cet intérêt , et que e l’effort en étoit tombé sur les figures de la porte. Néan- )i moins ce qui y a échappé , s’il n’est pas assez pour consoler i l’ami des arts, suffit à la gloire de l’artiste. Ses deux u victoires étoient assises et nues; et en lui supposant l’inn tendon de profiter de cette dernière circonstance pour en b faire ressortir de tout son talent, la diversité des sexes, la «réussite ne pouvoit être plus complété. Son ciseau tour-à- Ktour flexible et rude, est passé avec la même facilité des <| contours arrondis dont il venoit de dessiner la jeunesse sur ' la figure de droite aux détails d’inégalité et de force qui 1* caractériseroient l’autre figure. Ces nuances étoient ren- Kidues avec une rare supériorité dans le bras alongé de

chacun© des victoires. Ils conlirmeroient seuls le succès du sculpteur.

Les arabesques de la frise sont les thèmes que sur la porte des sphinx; et les petits masques de faune subsitués ici dans les pilastres aux rosettes de cette porte, ont autant d’agrément que d’originalité. Les yeux par une singulière imagination du sculpteur, étoient faits d’une moitié de coquille placée dans leur orbite sur sa face concave.

Le frontispice est à-peu-près anéanti, et par les mêmes causes dévorantes de celui des sphinx. Il ne reste non plus que des souvenirs du visage égyptien, des têtes de lions, des rubans, des bouquets de fruits, des volutes et d’un cadre dont l’ancien service est ignoré: mais l’amour couché sur des fleurs à la gauche du frontispice , répond pour tout cela. Ses débris sont parlans. Il étoit surtout impossible de le faire reposer avec plus d’abandon, plus de nonchalance. On repose avec lui.

Les proportions étoient quarrées sur les autres portes de la salle ; mais elles ne plairont pas moins que les formes rondes. Les pilastres s’y distinguoient par le svelte des fûts et la pureté de leurs canelures. Chaque piédestal renfermoit une excellente arabesque. Les chapiteaux avoient encore été mieux partagés. Ils se composoient d’une sirène à double queue qu’elle élevoit autour d’elle, et qui après avoir tracé d’un replis les volutes du chapiteau, en gar~ nissoit le reste par des ondulations et avec ses nageoires. L’agrément iuttoit avec la souplesse sur ces petites habitantes de la mer.

Autant de louange convient* mais sous le rapport de la hauteur de la science aux satires du frontispice d’une de ces portes. Le sculpteur les avoit conçus assis, et se rétournant vers un buste de leinme qui en faisoit le couronnement. Ils etoient les deux des modèles d’anatomie , de véritables etudes de l’homme dans leur partie supérieure, et

non moins dignes d’être consultés dans celle qui en appartenoit aux animaux.

Le pittoresque n’ avoit pas été plus négligé dans l’attitude de ces Dieux des forêts. Ils posoient sur des banquettes étroites, les pieds écartés de chaque côté du siège; et pen dant qu’une des .mains étoil négligemment allongée sur la volute de la banquette, l’autre bras passant à hauteur du visage dans un trou de la plaque s’y attachoit pour aider à l’action curieuse du satire; et dans cette situation, il n’y avoit pas un détail du corps qui n’en indiquât l’intention, et où on ne reconnut le mouvement d’une figure placée de face et regardant un objet derrière elle. Cet objet aura été une tête de Cybele qui semble par quelques restes avoir mérité l’attention des satires.

Malgré la profusion de son ornement, la Irise devoit autant de clarté que de richesse au talent avec le quel le sculpteur avoit ménagé le peu de vuide qu’il laissoit dans la guirlande. Le sculpteur l’y avoit secondé de tout le tranchant de son outil, et aussi dans la frise de la seconde porte quarrée qui en différoit seulement par des variantes. La porte n’étoit-ellemême qu’une répétition de celle des satyres. (Son frontispice, quoiqu’agencé autrement, rentroit dans la s même idée. La plaque , au lieu de quarrée, en étoit ovale; et deux griffons ailés avec des visages et des poitrines de y femme, remplaçoient les syl vains. Comme eux, ils avoient la vue fixée sur une tête qui dominoit le frontispice Des ijvestiges d’épis de bled et de raisin indiquent encore sur (mette tête ou un Triptolème, ou l’amant de Pomone.

On passoit par la porte des sphinx, de la salle à manger dans la grande pièce qui avec le tems a donné son nom ä tout le palais d’Othon- Henri. C’étoit le Rittersaal ou la salle des chevaliers , c’est-à-dire la salle des assemblées , des réceptions et autres cérémonies de la cour. La destruction en a été si complété lors du renversement de la voûte qu’il n’existe pas même une idée de ses anciennes colonnes. Mais

le travail ne pouvoit en être autre que celui des consoles ou aboutissent leurs arcs d’arrête: ces consoles sont-elles mêmes endommagées; cependant il est aisé de voir qu’un três-bon dessin y étoit soutenu d’une exécution large et vigoureuse , quoiqu’avec moins de délicatesse que sur celles de l’autre chambre. Tout y a été en quelque sorte -plus gros , comme pour demeurer en harmonie avec le plus d’étendue de la salle. Sa seule porte décorée n’a point commencé avec le bâtiment. La méchanceté des sculptures en trahit l’origine étrangère, et surtout dans le cartel du frontispice. Les têtes, les criuières et les pattes des lions, ainsi que les écussons qui leur servent d’appui } ont autant de roideur qu’on trouve au contraire de souplesse sur toutes les productions d’Othon- Henri. Celle-ci date des restaurations de l’électeur Charles- Philippe qui dans l’année 1719 en lit le passage du Rittersaal à la chancelerie du château.

Si le principal appartement de la résidence en étoit ainsi le moins orné , la faute en aura été à la mauvaise distribution de ses portes : deux donnoient dans des corridors perdus , et les autres n’étoient séparées que par une distance de de quelques pieds; ce qui les rendoit elfe cti veinent inaccessibles à la décoration ; sans quoi elle n’eut point échappé au prince homme de goût qui multiplioit les embellissemens de son chef-d’oeuvre de sculpture partout où ils pouvoient atteindre. On rencontrera des exemples de cette prodigalité de créations et de créations toujours heureuses dans la continuation des chambres du rez-de-chaussée vers la cour. L entree en etoit par la même porte du vestibule où l’on a déjà observe une cariathide de femme et deux petites divinités marines sur la frise. Les arabesques de son épaisseur auroient dû être citées aussi. Cette porte conduisoit dans un couloir , dont l’espace étoit pris sur le vestibule. L’arrivee déjà si sombre du palais a voit été loin de gagner en clarté a celte diminution: on ne peut même l’expliquer que l! ,t nécessite d’avoir une place pour allumer de dehors

îles poêles de la chambre voisine et du sallon; ce que confirmeroient au besoin leurs ouvertures encore existantes > mais l’art qui n’avoit point dicté cette opération , auroit eu jtort de s’en plaindre. Il y acquéroit deux portes qui, bien bue destinées pour un lieu à-peu-près privé de lumière, ont été traitées avec tout le soin d’ouvrages faits pour le grand jour.

La première étoit le revers de celle du vestibule et la plus unie du batiment. Ses pilastres it’avoient même aucune paillie sur la muraille ; mais ils renfermoient une guirlande sd’arabesques construite avec beaucoup d’intelligence. Deux voiles entr’ autres, y ont été amenés de la façon la plus ß^racieuse.

Les pilastres de la seconde porte projettoient en revanche beaucoup. Ils étoient de cinq pièces différentes ; nais cette innovation avoit droit à la naturalisatinn parmi les bonnes règles. Il résultoit une colonne très-agréable le l’assemblage de ces cinq morceaux. Celui d’où s’élevoit nomme d’un piédestal la partie canelée delà colonne, aura liussi été un modèle de richesse et de netteté de scnlpture. La branche qui en compose les arabesques , quoique chargée d’accessoires , circule avec autant d’aisance et de liberté que d’élégance dans l’espace étroit qu’elle devoit occuper.

La frise de la porte n’étoit guères moins remplie, et avoit prêté plus encore au talent. Les deux lions ailés plaçant chacun une patte sur l’anse de l’urne qu’ils semblent garder, ont toute la dignité et toute la force distinctives le ces animaux, sans rien perdre du côté de l’agrément; |*5 plumes de leurs ailes , leurs crinières et les feuilles Lâchante dont la longue queue des lions est parsemée, 'tont autant de précieuses études, ainsi que les fruits que le (sculpteur a fait sortir de l’urne, et avec (le même succès lui a si exclusivement marqué ce genre de décoration chez nous les artistes d’Othon-Henri. Les pilastres de la frise

contenoient une tête avec un diadème et des draperies pendantes, entourée d’une excellente ciselure d’arabesques.

Des trophées d’armes garnissoient les épaisseurs de la porte. La perfection du ciseau s’y est associée a la perfection du dessin. Le parement de droite offroit à cet égard une suite de sujets charmans. On surpassera rarement en ce genre la tête d’ange sur un bouclier du troisième trophée ; et le sentiment des détails ne va pas plus loin que dans la cotte de maille accolée au bouclier de l’enfant.

L’épaisseur du dessous de la porte étoit couverte de fruits. Il seroit difficile d’établir une préférence entre ces délicieuses imitations de la nature : peut-être l’accordera-t-on cependant à un bouquet de trois noisettes et à des épis de grain.

Ces sculptures faisoient déjà partie de la décoration du cabinet particulier de l’électeur; mais elles n’étoient qu’une digne introduction à des travaux plus importuns. Ses trois portes rivalisoient en luxe de composition et d’exécution, et malheureusement elles ne sont pas plus quittées pour la dévastation. Un mode d’agrément fait pour tous les âges et pour tous les yeux recommandoit le frontispice de celle en face de l’entrée de la chambre. Sept enfans s’y rangeoient en forme piramidale autour d’un cadre quarré et mis là d’apr ès son brillant entourage pour quelqu objet de prix. Ces enfans avoient tous une situation dtfférente et communication ensemble par les mains et les pieds , ou au moyen d’une voile. Il ne reste plus de ces petites figures qu’un, demi -visage le long du cadre à droite, mais encore si heureux de la gaîté enfantine qu’il fait naître le sourire. L’enfant appuyé plus haut de la main gauche sur une volute., et passant sa jambe par un vuide de la plaque, est un modele pour le nud des chairs: la nature n’eut pas autrement! travaille. Les autres enfans attestent la même perfection i sous leurs ruines. Il y avoit une égale vie dans tous. Celuii qui s etend (a droite aussi] sur la pièce du frontispice la

plus rapprochée de l’entablement, est plein d’action au milieu de son immobilité : tout y décèle un corps à moitié couché et s’attachant pour garder cette position à un objet au-dessus de lui.

Les visages de femmes de l’entablement n’avoient pas moins réussi à l’artiste. Il lui aura fallu toute une charge de fruits pour orner leurs têtes; mais cette charge n’est point restée pesante sous ses doigts: elle est devenue une parure aussi légère que pittoresque. Le même goût a tracé des naïades de la frise. Leurs ailes sont de plumes; et il y a autant d’élégance dans l’espèce de gaine d’où sortent ces mgures et qui se recourbe en volute derrière elles, que de jeunesse sur tons les membres des naïades, et d’abandon iicomme de gracieux dans leur manière de soutenir l’écusson.

La mutilation s’est trop exercée sur les statues des pielastres (16) de la porte , pour qu’on puisse leur assigner ravec certitude l’idée du sculpteur. Il paroît cependant 'iqu’elles pressoient des serpens dans les mains, et que ces I animaux s’entrelaçoient autour de leur corps. Chacune de aces figures avoit un candélabre pour piédestal: la portion [conservée de celui de gauche est dans ses feuilles d’achanle Jjd’un travail parfait.

Les trophées de fruits et d’instrumens aratoires sur ifépaisseur de la porte donnent en pierre au château de (Heidelberg ce qu’on admire seulement en peinture au Vatican. Ils seroient dignes d’être des copies des meilleures oproductions de Raphael en ce genre. Notament une gerbe fie bled sur le parement de droite, et de l’autre côté des lepis de maïs, ou pour mieux dire tous ces fruits, toutes ces Feuilles et ces instrumens sont d’une nature qui va jusqu’à

(16) Une de ces statues (celle de gauche) est la même qu’un domestique d’auberge, comme on l’a vu précédemment, est venu mutiler toour en remettre les morceaux à des voyageurs anglois.

l’apparence de la mobilité. Il sembleroit presqu’assez de toucher le ruban auquel ils tiennent suspendus pour en mouvoir la guirlande.

Les mêmes détails s appliquoient à la seconde porte d’architecture toute pareille de la chambre. On a déjà vu que des faisceaux d’armures y étoient sur son épaisseur ce que sont ici les trophées champêtres. Son frontispice se composoit aussi d’une réunion d’enlans : il n y avoit de différence de l’un à l’autre que dans l’intention des jeunes acteurs. Tous sur le premier étoient censés en repos : suu celui-ci au contraire, iis s’efforcoient d’arriver par des ouvertures de la plaque vers l’enfant assis au sommet.

Des masques de satires remplaçoient les têtes coiffées de fruits sur l’autre frise, et également un cartel, mais aveo des tritons pour supports , son écusson porte par des Naïades.

Les statues de la porte n’auroient deshonoré aucune époque de la sculpture. On ne sait qu’y préférer ou les chairs ou les vêtemens. Des débris de bras, de jambes et d’un des pieds du genie à gauche, y sont toujours d’uni gracieux , seulement comparable a la franchise du ciseau sur ces figures. Leurs attitudes n etoient pas moins admirables : elles ont été partagées entre l’aisance, faménité et lanoblesse.

La troisième porte du cabinet de l’électeur , pourroit passer pour un ouvrage coulé. Nulle part dans le batiment le poli de la pierre n’est aussi visible encore; et quoique d’une autre main que les portes a candélabre, le ciseau n’y a point changé de doigts. La tete du haut du frontispice fera regretter le dépérissement graduel des objets de l’art au château de Heidelberg: malgré sa ruine avancée, on voudroit pour la conservation seule du voile qui enveloppe ce visage égyptien , en arrêter la déstructioni Le même désir sera commun aux rosettes plus bas, et aux mulïîes de lions avec des anneaux entre les dents. Les

rolutes qui débordent le frontispice, sont du travail le plus décevant: on ne croit pas que ces grandes pièces ayent été taillés du meme bloc de pierre que l’ornement, mais plutôt qu’elles étoient des rubans dépendans de la plaque où il pose, passées depuis par des mortaises dans les angles du frontispice , et roulées pour le fixer sur la muraille. Les enfans qui soulèvent des guirlandes de fruits au-dessus de l’entablement, ont été calqués sur la plus belle enfance. On doit définir la Irise un dessin de Raphael, exécuté par un ciseau a la hauteur de son crayon. Les pilastres de la frise méritoient de renfermer ce précieux quarré de pierre, et les deux cariathides au-dessous plus encore de le porter. L’anatomie avoit imprimé toute sa science sur ces deux corps de sexe divers ; mais la grâce s’étoit chargée d’en adoucir la sévérité : aussi montrent-ils encore sous leur mutilation, et particulièrement la jeune fille cachant sa poitrine avec les mains, combien leurs tableaux auront du plaire en quittant l’atelier du sculpteur.

Les chapitaux qui les séparoient de l’entablement, abon- :doient dans la même excellence de travail; et on ne copiera ijamais non plus sans succès les gaines de forme charmante joù s’enfonçoit la partie inférieure des cariathides. Ces gaines ravoient été ornées par le haut de têtes de lions mordant des bagues, et des voiles traversoient les bagues pour retomber en draperies de chaque côté des têtes de lions. Les têtes lont disparu, mais un reste de la crinière suffit â leur louange, jfhiand aux draperies, elles sont toujours de la toile.

La perfection qui veilloit sur la porte, est descendue [fusqu’à ses piédestaux. Leurs moulures se font remarquer mar tout ce que le ciseau possède de vif, de piquant et de I ustesse. L’urne du piédestal fournira une autre preuve, non seulement de ces vertus de l’outil, mais aussi de sa ijégérete.

Cette porte conduisoit dans la salle à manger où elle 'devenoit la porte des satires. Leur épaisseur commune se

di visoi t en deux parties. La plus large étoit tapissée d’arabesques. On y reconnoit le même genre que sur l’entrée de la dite salle précédemment décrite dans le vestibule, mais avec encore plus de délicatesse. Aucune nuance n’a été omise ici: elles brilloient sur les moindres détails, et chaque objet réclameroit son éloge à part. L’harmonie en étoit complétée par une élégante bordure de rubans tressés à plis

rapprochés et sans élévation.

La seconde épaisseur de la porte est beaucoup plus étroite, et couverte d’un ouvrage à la grecque qui en fait le tour. On l’a mêlé de rosettes (17) et enrichi au centre des deux épaisseurs , des écussons de Laviere et du 1 a-

latinat.

Le cabinet de l’électeur étoit suivi de sa chambre à coucher qui terminoit le rez-de-chaussée du bâtiment. C’est dans cette pièce que deux frontispices ont été détruits par de vieux invalides. Le hazard qui sauva le troisième alors, sera sans doute venu de ce qu’ils ne furent pas de force à l’abattre. Quoiqu’il en soit , la porte qui l’a gardé , étoit la plus simple des portes décorées du palais et la plus noble par sa simplicité : mais aujourd’hui elle n’a guères moins à se plaindre du tems que de la manie de destruction. Toute

(17) Les rosettes du dessous de la porte sont peut-être le travail1 le plus délicat et de la meilleure conservation dans le bâtiment d'Othon- Henri. Cependant elles nous avoient encore échappé, lorsqu’une damer aimloise, nièce du général Yelington, (madame Litleton) les avant remarquées dans sa visite de la ruine au mois de juillet 1814, nous apprit! à les connoître par ses éloges ; et en effet elles méritent d'ètre indiquées!' aux amateurs d’ouvrages finis , élégans et gracieux. Cette dame et Mr.. Litleton étoient, depuis notre départ en 1806 de l’Angleterre où le coursde l’émigration nous avoit conduit douze années auparavant en qualités d’officier dans un régiment à la solde britannique, les premières per- , sonnes de ce pays qui nous eussent rappelé directement le tems agréabler que nous y avons passé j ce qui fait que cette rencontre, très agréablei aussi par ailleurs, nous est restée présente, et que nous profitons aveci. plaisir de l’occasion d’en parler.

sa superficie en est endommagée : il a même presqu’anéanti ses pilastres. Seulement celui de gauche conserve vers le haut un peu de leur ancienne guirlande: mais ce peu serviroit encore à plusieurs études. On y apprendroit à créer des arabesques , à varier leurs formes et l’art plus difficile d’en remplir un espace donné. Chaque coup de ciseau a été une source d’instruction dans ces savantes ciselures, et si bien calculés tous qu’un seul de moins eut laissé un vuide dans le travail, comme un seul de plus nuisoit à sa clarté.

Les chapiteaux des pilastres n’en étaient pas tant le couronnement qu’une riche continuation sous le rapport des sculptures. Celles de la frise sont un morceau de verve et d’élan du ciseau. Une dimension beaucoup plus grande que sur les autres portes distinguoit les figures du frontispice. L’artiste les avoit assises dans une espèce de siège à deux places séparées , et se soutenant sur les bras du siège. La statue de l’homme traitée dans le haut stile, ne pouvoit l’être avec plus de noblesse pour l’ensemble : les détails ne le cédoient point à l’effet général* Les genoux et les jambes u sont encore vivans de pose. Tout y avoit le caractère du (isujet; on reconnoîssoit un Jupiter.

La seconde figure réprésentoit l’épouse du père des 'iDieux: elle aura aussi été une Junon; mais le coup d’air uqui ronge les pilastres au-dessous, a déjà fortement pris sur «tous ses contours. Cependant il transpire beaucoup de

I l’ancien agrément dans le pencher de la tête et des épaules linsi que dans la disposition des bras; et les mains y sont [[toujours de belles mains rendues plus belles par l’incomparable grâce des doigts à rélever le voile de la déesse.

La jeune figure souriante et si nonchalament debout bntre Junon et Jupiter, a été, ou méritoit d’être Ganyinède à cause de sa beauté et de ses dehors tous si pleins id’adolescence. Le Dieu aura pour un moment substitué nlans les mains de son petit échanson, à la cruche du nectar

les deux aigles qu’il lient à ses côtés les ailes étendues. Chacun de ces animaux étoit placé près d’un des personnages du frontispice: une de leurs pattes posait sur l’ornement du centre; ils s’appuyoient avec l’autre sur l’épaule de la figure la plus proche, et de leurs becs caressoient les divins vi-

sages*

' La tête de lion dans l’enfoncement circulaire, est ce qu’elle est partout où on la rencontre dans le bâtiment d’Othon-Henri. Deux tritons en guise de couriers galopent à ses côtés: ils soufflent dans des conques. On les voit courir, et on feroit volontiers silence pour écouter les tons de leur musique marine.

La perte du frontispice de la seconde porte est rendue plus sensible par la considération des détails. L’architecture en étoit à-peu-près la même , que sur toutes les autres portes; mais elle n’avoit de commun avec elles pour la décoration qu’une bonté égale. Ses ornemens consistaient le plus en moulure dont le nombre ne dimmuoit en lien 1 a^ie ment ; il est surtout sensible dans les pilastres. Leurs ca~ nelures creuses en haut finissoient par le bas en tuyaux d’orgue. La pureté ou pour mieux dire le coupant des lignes, soit dans les parties concaves, soit dans les parties convexes , y faisoient croire à un ouvrage de fonte aussi bien qu’à un travail sculpté. Dans un autre genre, les chapiteaux des pilastres occasionneroient la meme erreur. Les ornemens en sont taillés avec un relief si dégagé de la pierre qu’on les y supposeroit plutôt appliques que produits pai le ciseau. La multiplicité des lignes avoit gagne jusqu a 1 entablement; mais d’une manière non moins satislaisante que; dans tout le reste de la porte ; et on n’en souhaite que plus,, après Fasamen de toutes ces moulures , d ai oir vu quelle composition, pour ne pas s’écarter du même goût original,, aura couronné cette sortie de la chambre du punce.

Sa cheminée n’inspirera point la meme curiosité: non. seulement il lui manque le droit de naissance , mais elle ne

peut même prétendre le droit de bourgeoisie dans les productions d’Othon-Henri. Cependant la forme n’en seroit que convenable à la place qu’elle occupe, si le ciseau qui a marqué d’un si éminent talent toute la salle des chevaliers, avoit été le ciseau de la cheminée» Mais depuis l’urne et la fleur de tulipe qui en remplit les pilastres jusqu’au grand ramage de l’entablement, tout dénote une oeuvre de métier.

Sa ressemblance avec quelques débris taillés d’autres constructions de la ruine, en fixe d’une manière très-plausible l’époque au commencement du dix-septième siècle; et en effet, nous aurons bientôt lieu d’observer dans les augmentations de la démeure électorale vers ce teins , combien un espace de cinquante années y a laissé l’architecture et les arts du dessin en arrière du siècle d’Othon-Henri , e’est-àdire du siècle de Fériclès du château de Heidelberg.

On voit dans plusieurs chambres un reste de couleur sur les murailles : il faut en rejetter aussi l’emploi loin de leur fondateur. Sûrement cette grossière invention n’a précédé que de peu l’incendie de 1764. La résidence étoit alors à Mannheim; mais l’électeur Charles-Théodore avoit résolu de faire un séjour à Heidelberg. On aura en conséquence ordonné l’appronriement des chambres nécessaires pour ce voyage , à quelque maître de bâtiment établi comme J aujourd’hui inspecteur au château de Heidelberg, et dont le 1 génie aura enfanté le barbouillage des portes et les autres ! enluminures intérieures du palais d’Othon-Henri.

Les voûtes de ses deux salles étoiens unies, mais elles |se couvroient de compartimens dans le vestibule, dans le «petit passage , et la chambre à coucher du prince. Toutes rces voûtes ont été d’une grande solidité, se composant de Otrois rangs de briques et d’une épaisseur de pierres. Plût- 1-à-Dieu que ce dernier moyen y eut seul servi; leur chûte rJn’auroit tenté personne, et l’art évitoit un affront de la part ■d’un de ses membres,

La façade vers le jardin n’annoncoit point la magnificence

du palais. Seulement trois de ses fenêtres présentaient quelques sculptures. Ce sont celles de la salle dont le bâtiment a été appelé la salle des chevaliers. La forme en est la même que dans toutes les fenêtres du rez-de— chaussée : mais elles n’ont d’orné que les partagemens de leur moitié supérieure. Deux renfermoient des canathides de femmes, et l’autre une figure de vieillard avec une longue barbe écartée en double tresse. Ces trois pilastres auront ete les premières pierres taillées pour la construction d Ot lion- Henri : ils sont d’une égale ancienneté avec la cheminée restaurée par son prédécesseur dans le vieux domicile de Ruprecht. Une des deux cariathides de femmes portoit au cou un coeur uni suspendu à un ruban, et sa compagne un bijou de goût pareil et enrichi de brillans.

Les deux étages du palais sont tombés: mais les traces des cloisons n’y indiquent que des pièces de médiocre étendue. A la vérité, brûlés à plusieurs reprises, la distribution a dû en subir des changement. Ce qui paroît du moins certain , c’est que les embellissemens d’Othon-Henri n’étoient point montés jusques-là. On n’y découvre en sculpture qu’une grande console qui soutenoit au premier étage la voûte de sa cinquième et de sa sixième fenêtre, et qu’il faut aussi reporter au regne de Frédéric II. Au lieu des têtes de Dieux marins employés au revêtement des consoles de sa belle cheminée du bâtiment de Ruprecht, c’etoit ici une figure d’homme dans toute sa longueur , se cramponnant des deux mains à la volute du couronnement, et les pieds allongés sur celle du bas de la console. Les cteux épaisseurs de cette console sont garnies de cornes d’abondance en sautoir et enlacées de fleurs et de branchages.

En achevant l’article du palais d’Othon-Henri, nous sommes heureux d’avoir à poser sur notre discours comme un cachet qui donnera une autorité cosmopolite à leur caractère de louange, et à toutes les louanges qui seroient faites du même sujet. Au printems de l’année 1826, nous

dessinions dans l’intérieur de la cour lorsqu’un étranger décoré et accompagnant des dames (sa femme et sa fille) , nous y aborda suivi d’un domestique d’hôtel: celui-ci l’avoit prévenu à notre égard. Après quelques complimens de nos grandes planches qu’il connoissoit, et sur notre travail de la salle des chevaliers, le voyageur nous félicita d’avoir choisi un modèle avec lequel il étoit impossible de mal faire ; qui, si on devoit — continua- 1— il — le bâtir aujourd’hui, réclameroit les premiers talens; observant en outre que lui même n’avoit rien vu de plus beau, quoiqu’il eut longtems demeuré en Italie , et visité tous ses monumens d’architecture moderne , et finissant par déplorer l’état de ruine ou on laissoit une habitation également importante à conserver sous le rapport de l’art et de sa situation, etc.

Cet admirateur du château, c’étoit Mr. Danneclcer de Stuttgard. Si souvent nous avions entendu ce nom qu’il ne pouvoit que nous être très-agréable de l’appliquer à la figure de ce grand sculpteur, et surtout de le rencontrer dans un homme modeste et rempli d’affabilité et de manières prévenantes. Comme la santé de Mr. Dannecker qui étoit la cause de son voyage ne lui permettoit pas de s’arrêter beaucoup à la ruine, nous lui proposâmes de le conduire directement vers ses principaux objets ; ce qu’il eut la complaisance d’accepter, et ensuite de prolonger plus d’une heure dans le bâtiment d’Othon- Henri , malgré le risque pour une personne convalescente de se promener entre des murs froids et traversés de courans. Mais l’artiste avoit en ce moment pris la place de l’homme. Plus l’examen

iduroit, plus Mr. Dannecker ouhlioit qu’il avoit à se ménager; et notre intérêt n’étoit pas de Peu faire souvenir; il s’exprimoit trop dans notre sens; et d’ailleurs nous jouissions autant pour lui-même que pour nous de son plaisir à 9 ne trouver que des choses qui excitoient sa surprise à tous u les pas. Enfin chacun des jugemens de Mr. Dannecker fut :i un éloge auquel il mit le comble en disant à notre retour

devant la façade cl 11 bâtiment, que toute sa décoration n avoit pas été sculptée } mais soufflée sur la pierre , et soufflée d'un seul souffle , tant V élégance y est la même partout ....

L’annonce de notre entreprise d’arabesques contenoit aussi dans le tems une expression de nos regrets du silence gardé par les contemporains sur Je nom comme sur la patrie des artistes qui ont construit et décoré le palais d’Othon- Henri. Après avoir parié également â cette occasion de notre travail des paysages de Heidelberg, il étoit dit au même endroit que si rien n’y avoit été épargné pour le porter à la hauteur qui dépendait de nous, nos efforts tendroient dans la collection que nous allions commencer des arabesques de la ruine, à arriver a plus de perfection encoie» et nous ajoutions:

« Cet hommage est dû à la mémoire négligée des hommes c aux quels appartient la meilleure partie du succès si hono - (.(.râble qui se rattache aujourd’hui à notre entreprise du c( château de Heidelberg. Ce sont leurs mains habiles qui ce ont joint à son titre de la plus belle des ruines } l avau —

« tage bien autrement précieux de pouvoir dans le batiment « d Q thon— Henri rivaliser meme avec les terres classiques e pour la beauté de l'art: ainsi le meilleur moyen de les « v en o er de V oubli de leur âge est y en leur elevant a cet (c eff et un monument (18) auprès des siècles futurs , dy em- « ployer tout ce que le crayon croira capable de l identiflei ce plus à la savante inspiration qui a su animer la pierre cc sous leur gracieux ciseau , et la couvrir d objets ou la « jouissance des yeux est déjà un tribut tacite à leur sou - « venir ....

Nous ne nous doutions guères , lorsque nous offrions ces lignes de reconnoissance au mente des altistes du batiment d’O thon-Henri , qu’elles étoient d’avance sur le mêmes

fl 8) Dans notre collection «te leurs arabesques.

sujet l’interprète de l’opinion d’un des plus célébrés sculp-' teurs de l’Europe.

Un ami de Mr. Dannecker, et qui conserve dans un a«e assez avancé tout le feu de son ancien enthousiasme

pour les arts, n’a point craint d’aller plus loin que l’auteur de la belle J\riadne moderne: cet ami fut, plus jeune, l’émule de Mr. Dannecker; il avoit ainsi que lui, commencé son éducation 4’ artiste par la sculpture, et aux savantes leçons du chevalier de Werschafeid son père, dont on sait que les ouvrages font le plus bel ornement des jardins de Schwezingen. Depuis, le fils ue Mr. de Werschafeid ayant préféré la palette au ciseau, a passé presque toute la partie artistique de sa vie en Italie, d’où ses nombreuses productions se sont introduites dans tous les cabinets connus. Enfin après une longue absence, il vient d’être ramené près des siens à Mannheim par le désir de leur consacrer aussi I quelques-unes de ses années.

Mr. de Werschaleld doué du tact le plus fin pour ce ' qui touche aux arts , et porté sur leur sol a Page des vives impressions, avoit dû sentir comme user son besoin d’admirer dans une contrée semée de ces mêmes richesses dont i il étoit avide et au milieu desquelles il avoit si longtems

Ivécu. Cependant la patrie lui gardoit encore des jouissances en ce genre. Peu après son retour, Mr. de Werschafeid parcourant le château, nous disoit en présence du bâtiment d’Oth. I Henri, et avec cette gaîté que le tems respecte volontiers i jusqu’à la fin dans l’ami des arts , qu’il avoit été réservé aux r ruines de Heidelberg de rajeunir toute son admiration L C’étoit ie moment de lui raconter la visite de Mr. Dannecker, fi et son sentiment si favorable sur une partie de ces ruines, ij en déclarant que lui-même n’avoit rien vu de plus beau.... V et moi , interrompit vivement Mr. de Wrerschafe]d , je veux Ij demander a mon ami Bannecker où il a vu quelque chose Il (P aussi beau ....

Si de tels jugemens, tout avantageux qu’ils soient, ne

peuvent aider à éclaircir le silence des contemporains sur le nom des artistes d’Othon- Henri , du moins ils ne laissei oient aucun doute de leur patrie , quand même cette patrie ne seroit point à lire partout sur leurs ouvrages : mais elle y est écrite pour chacun dans la correction du dessin , dans son agrément, dans l’élégance si parfaite des contours, dans la légèreté des lignes , enfin dans une composition et une exécution qui reportent les auteurs de ces charmans travaux, non seulement à l’Italie, mais a la meilleure Italie. De plus, l’électeur qui a conçu le plan du précieux bâtiment achevé après lui par son neveu , étoit anime du goût des arts autant qu’aucun des princes de la maison palatine si généralement portée à les protéger et même à les cultiver. Frédéric IL employé en Italie par Charle— quint, aura profité de ses voyages pour connoître ce que les arts y possédoient de plus éleve ; et avec ses projets de constructions futures, il est plus que probable qu’il aura ramené ou attiré plus tard de ce pays des hommes capables de le seconder dans les embellissemens du château de Heidelberg. Ces embellissemens dont Ot lion-Henri a hérité et étoit digne d’hériter la gloire principale, ont assez de mérite dans le bâtiment qui porte son nom , pour pouvoir supporter quelque critique. Par fois, ce bâtiment a paru chargé d’ornemens et s’éloigner outre mesure de la simplicité des grecs: une telle observation ne deviendroit un reproche fondé qu’en supposant , mais sans raison , à l’architecte le dessin de bâtir dans leur genre. Depuis trop ionglems aussi, le cercle de l’invention est fermé à l’architecture , et ne laisse d’autre ressource que de tourner plus ou moins heureusement dans celui des formes reçues, pour que l’artiste ait songé a donner du neuf en se chargeant des constructions de Frédéric IL; mais convaincu que le plus habile maitre aujourd’hui est celui qui copie le mieux les anciens , et désirant néanmoins demeurer autant original que possible en les pillant, il a appelé à lui leurs

diverses architectures , et en a extrait un ensemble si bien lié que toutes les pièces s’y soutiennent mutuellement: on n’en ôteroit donc rien sans détruire l’édifice. C’est de la sorte que l’enlevement des pilastres entraîneroit celui des statues, et celui des statues l’enlevement des pilastres, et ainsi de suite , et que le bâtiment alors rentreroit dans la manière de ces constructions de stile qu’on voit partout. Cependant â la rigueur les partagemens du milieu des fenêtres pourroient disparoître: ces divisions sont nuisibles â la lumière des chambres ; mais comme détails dans la masse générale, on doit en savoir gré à l’artiste. D’ailleurs, pour le juger, il suffit de savoir si en créant, il a su plaire (19); et nous doutons qu’à cet égard, jamais entreprise ait mieux payé l’espoir et la peine de son auteur: s’il se fut conformé aux principes de l’art dans sa construction, elle eut été une des mille reproductions de cette sorte à rencontrer, et on l’eut rencontrée avec l’indiftérence des choses connues; au lieu que l’effet presqu’immanquable du bâtiment de la salle des chevaliers dans la cour si fréquentée du château de Heidelberg est de faire s’écrier : i qu'on n'a rien vu de plus beau , et souvent qu'on n'a rien s vu d'aussi beau ; d’où il est permis de conclure que l’archijtecte en s’écartant ici des bonnes règles , est entré dans des \ règles non moins bonnes, puisqu’il en est sorti avec un trasvail qui ne le cède à aucun en agrément, et que dans tous les cas , n’importe ses titres ou ses torts auprès des arts pour sa

(19) C’étoit ce que nous disions à un Anglois voyageant soi-disant jtpour recueillir des notices sur les antiquités des divers pays, et qui ne fctrouvoit rien de beau dans la ruine de Heidelberg. Le bâtiment d'Othon- ■Henri n’étoit ni romain ni grec , et dès-lors ne valoit rien pour cet «homme. Accoutumé à ne point déguiser notre opinion , nous l’avons usoutenue là-dessus avec lui telle quelle vient d’èlre émise ici, et probablement il aura eu pitié de notre ignorance: mais l’ignorance qui apperiçoit le beau là où il est, vaut bien ces grandes connaissances qui ne ù permet lent de jouir que l’équerre et le compas à la main.

magnifique façade, il a eu raison de préférer d’y être luimême , et de penser avec César que niieuoc valoit être le premier cTun village que le second dans Rome.

„ G. La tour de la bibliothèque , et plus tard la tour ^de Vapothicairerie construite par Frédéric IL dans les 3, années 1550 à 1554. Endommagée par le leu de la 3, seconde prise du château dans la guerre d’Orléans „année 1693. Restaurée par Charles-Philippe après „1716 et la proie des flammes dans l’incendie de 1/64.“

La tour de la bibliothèque n’étoit pas entièrement ronde; un mur quarré la fermoit vers la cour, et sur lequel on avoit pratiqué une de ses deux issues: l’autre étoit par une pièce obscure et voûtée vis-à-vis de la chambre à coucher des électeurs dans le bâtiment d’Oth on -Henri. Quelques marches conduisoient de cette pièce au rez-de-chaussee de la tour : il a été très fort , faisant partie des moyens de défense du château, et ses quatre fenêtres (20) par leur épais-

(20) Un étranger qui étoit venu vers nous après avoir visité cette partie de le ruine, nous proposa d’y rentrer pour la communication d’une idée qu’elle lui inspiroit : ce que nous finies en l’accompagnantü par la salle des chevaliers jusque dans l’intérieur du rez-de-chaussée dee la tour de la bibliothèque. Cette idée étoit d’en rétablir la voûte et le: plancher ainsi que les fenêtres ; mais au lieu de carreaux de verre , d’yv employer des transparens, et alors de former là comme une salle de;repos et de refraichissemens à l’usage des voyageurs. L’idée nous parut! d’abord singulière ; mais nous n’y trouvâmes bientôt que de la nature; en apprenant qua l’auteur étoit Mr? Ackermann de Londres , et dont le« nom nous rappela qu'il tenoit magasin de transparens. C est le même« Mr. Ackermann qui, dans son admiration pour le bâtiment d’Othon- Henri , se félicitoit d’être encore un peu Allemand pour participer à la; gloire du pays qui avoit ainsi attaché un des plus beaux fleurons à la> couronne des arts : ignorant à sa première vue que la place de dessinateuri de la ruine ne fpt plus vacante , Mr. Ackermann avoit songé à y en-voyer quelques artistes; projet auquel il renonça de suite, mais en disant) que surtout si nous abandonnions le travail de ses arabesques , qui nou*

senr, eussent aisément pu fournir au besoin les embrasures d’une batterie. La porte du mur quarré de la tour, se trouvoit sous l’arcade qui joignoit son premier étage à la tour octogone de Louis Y.: immédiatement à sa droite étoit une petite construction ronde pour l’escalier de cet étage, d’où un second escalier arrivoit à ceux de haut par une tour octogone.

Frédéric en élevant un local pour la bibliothèque palatine, la plus importante de ces tems, l’avoit éclairé selon sa destination. La lumière y entroit par neuf grandes fenêtres dans chaque étage, sans comprendre la face hori— sontale qui interrompoit le cercle de la tour, et en partie couverte par la tour octogone de l’escalier supérieur* L’incendie a détruit tous ces étages qui au reste n’avoient pas longtems retenu leur noble dépôt: il avoit été donné parles électeurs suivans à l’université de Heidelberg et réuni à sa bibliothèque dans l’église du St.-Esprit. Elle y remplissoit le choeur rendu depuis au culte catholique. Mais ses déplacemens ne dévoient point se borner là. Après la prise de Heidelberg par les Impériaux et les Bavarois sons le général Tilly dans la seconde année de la guerre de trente tans, en 1622, Maximilien Duc de Bavière, donna cette [bibliothèque au Pape, et la lit transporter à Home. Elle y est encore, et distribuée au Vatican en plusieurs chambres avec la dénomination de Bibïioiheca palatina. De nos jours, quarante 'deux manuscrits en furent enlevés par Buonaparte (pour la bibliothèque de Paris : mais en 1815, lors de la

-loccupoit déjà , nous ne méritions pas d'avoir été le premier à en conhcevoir l'utile idée.

Le débris de colonne du pied du mur parallèle à la salle des cheujvaliers dans la cour, auroit aussi beaucoup accommodé Mr. Acbermann si jpn lui avoit permis de l'enlever: le regardant comme un des meilleurs i (morceaux de la sculpture en ce genre, il en eut fait l’ornement de sa (réunion d objets d'art à Londres.

restitution de tous les objets appartenant aux puissances alliées , l’université réclama et a obtenu la remise de ces quarante-deux manuscrits. .Encouragé par le succès, le même professeur qui avoit si bien réussi en France , fut aussi député à Rome. Le pape l’y accueillit selon son honorable mission ; mais répondit que la bibliothèque n’étoit point sa propriété ; que cependant afin de prouver au professeur et son estime et ses bonnes dispositions pour le corps qui l’envoyoit, il prendroit sur lui d’accorder le départ des manuscrits allemands : et en effet ils font aujourd’hui avec ceux de Paris un total de près de mille pièces de cette sorte que l’université a recouvrées dans un espace de peu de mois. Mais ce nombre est loin d’égaler celui de ses anciennes richesses (2.1) littéraires en ce genre. Les manuscrits grecs, non compris le lot des autres langues, y montoient seuls à plusieurs milliers. A la vérité beaucoup de ces manuscrits n’existent plus nulle part. Dans les. premiers momens du désordre après le siège , la cavalerie ennemie, manque de paille, lit servir la bibliothèque du St.-Esprit à la litière des chevaux. Ainsi toute perdue que soit cette rare collection (22) pour l’université de Heidelberg, on doit s’applaudir encore de l’événement qui l’en a privé, parcequ’il l’a peut-être sauvée d’une perte entière.

(21,) La plupart des électeurs palatins avoient travaillé à l’accroisse ment de celte bibliothèque, Quelques-uns ont poussé le zèle sur ce point jusqu’à envoyer des gens en Afrique et en Asie, pour se procurer à tou) prix les ouvrages qui seroient à avoir dans ces contrées lointaines.

(223 Nous en avons feuilleté plusieurs livres infolio sur peau de velin et très-anciens déjà , qui auront consumé presque la vie d’un homme dans la peinture tant des vignettes supérieurement colorées, lor ruant le titre de chaque page, que des arabesques dont toutes les lignes-' sont également ornées.

„H L es butinions du château dits: les nouveaux bâti- „ mens de Frédéric II. Elevés par ce prince sur les ,, fondemens de l’ancienne chapelle de Jetta. Disposés „ d’abord pour le local de la bibliothèque, mais bientôt ,, devenus celui de la chambre des comptes. Brûlés dans ,, la guerre de 1689. Restaurés par Charles-Philippe en „ 1716 , et détruits dans l’incendie de 1764. Peu après ,, cet événement , on recouvrit par l’ordre de Charles— „Théodore, ceux de ces batimens qui font face vers ,,la cour; et c’est là que Mr. de Graimberg, ce vigilant „gardien de la ruine, et le principal auteur de sa ré * „putation actuelle par son zèle à attirer sur ce monu- „ ment l’admiration des voyageurs et la protection du „gouvernement, a, depuis 1811, fixé son atelier de „ dessin.“

La partie de ces batimens laissés à eux-mêmes depuis l’incendie , est dans un état de délabrement complet. Elle se composoit de quatre étages qui sont tous écroulés. On voit dans leur enceinte près du pignon à droite, des séparations de tablettes fortement imprimées par le feu sur la {muraille: probablement elles y désignent encore la pièce {principale; c’est celle où les archives auront été déposées. Une reste rien non plus de l’escalier de Charles-Philippe ({pour y arriver sous sa mauvaise porte des lions. Cet escalier n’avoit que la profondeur d’un couloir qui bordoit toute la grande salle du palais d’Othon-Henri , et dont l’emploi aura été de fournir au chauflèment des poêles. L’intérieur lu couloir est parsemé de têtes informes placées de distance m distance comme supports. Une gloriette gothique et semblable à celle de la cour, couvroit le bâtiment du côté du oardin : elle a aussi beaucoup souffert.

Les autres nouvelles constructions de Frédéric II. donihoient dans l’intérieur de la cour. Celle qui se fait remarquer par ses trois rangées de voûtes, étoit autrefois

surmontée d’une arcade avec une balustrade â jour et une seule coionna au centre. Les quatre galeries servoient aux communications de la résidence: sous celle durez de chaussée étoit l’escalier pour le bâtiment d’Othon-Henri. L’électeur Frédéric IL créateur en partie du chef-d’oeuvre de son neveu, avoit bâti à dessein d’en renfermer l’escalier, la petite tour octogone qui fait le pendant de celle de Louis V. à l’autre extrémité de la façade. Tout ce coin de la cour est aussi gracieux que pittoresque. Quelques détails de sculpture qui s’y perdent â distance, ne le recommandoient pas moins à un examen particulier. L’entablement de l’arcada inférieure étoit décoré au milieu d’une guirlande ou couronne de lauriers appliquée en forme de cercle à la muraille, et sur les côtés de deux demi-cercles pareils. Un ruban nouoit chacune de ces trois pièces par le bas. Dans celle au-dessus de la grosse colonne , il portoit sur ses oscillations les lettres initiales du sculpteur D. C. V. et l’année 1549. Le vuide de la couronne avoit reçu les deux écussons de la famille avec leur cimier ordinaire du casque soutenant

un lion , et l’écusson du globe qu’entouroit le cordon de la toison d’or. Ce travail a assez d’analogie avec celui du monument entièrement semblable de la tourelle octogone de Louis V. pour être attribué â la même main, malgré la distance des teins. Il est vrai que tout l’emporte dans celuici : mais de l’année 1524, date du cartel du frère de Frédéric II. à l’année 1549, le talent du sculpteur avoit eui vingt-cinq ans pour croître.

Les deux demi-cartels de l’arcade ont une commune! origine avec la cheminée du bâtiment de Ruprecht. Celui de: gauche contenoit les armes du prince et les lettres P. C. F*, sur le ruban qui unissoit les branches de lauriers. Ces lettres: signifioient : Pfalzgraf Churlürst Friederich , ou le comte, •palatin Frédéric.

Les armoiries de l’électrice étoient représentées dans! l’autre écusson. On y lisoit les initiales D. G. R. Z. D. des;

mots Dorothea 2,'eborne Königin zu Dänemark: c’est-à-dire

Dorothée née princesse de DanemarcJc.

La finesse de l’ouvraçe excelloit dans les nombreux

objets des armoiries danoises. L’écusson en est comparable à un cadre rempli de belles vignettes.

La maison haute et étroite (23) qui termine l’arcade, et oit aussi comprise dans les nouveaux bâtimens de Frédéric II. Il a fallu une cause urgente pour l’isoler ainsi. Sa destination est inconnue; mais on peut la supposer avec quelque vraisemblance par l’examen de sa construction et du lieu qu’elle occupe. Les murs en étoient extrêmement forts : chaque étage avoit sa voûte et toutes les fenêtres ont eu des barreaux de fer. En bâtissant de la sorte, on n’a sans doute fait que proportionner les précautions à l’importance de l’usage de l’édifice. Il est donc très-probable que des objets précieux, peut-être même le trésor du prince, auront été resserrés ici : ce qui expliqueroit l’irrégularité de cet étrange bâtiment dans la cour , par le besoin de ne pas le mettre trop hors de vue.

On avoit placé une horloge au milieu du frontispice et plus bas un cadran solaire. Ce frontispice qui n’étoit autre chose que le toit dont il suivoit les lignes, se partageoit en entablemens disposés par échelons de chaque côté , pour recevoir des sculptures. Les plus marquantes étoient des amours montant des dauphins qu’ils dirigeoient d’une main en les frappant de l’autre avec une baguette, et plus haut des sirènes appuyées sur les pieds. Il y avoit autant de îgesticulation de la part des petits cavaliers que d’aplomb jdans la position des sirènes.

A l’exception de la longue voûte qui portoit le bâtiment et dont suit l’article ; toutes les autres étoient des

(23) C'est cette maison où demeure Mr. le tonnelier de la cour, et 1>Ù se trouve e'galement notre atelier de dessin.

voûtes d’arrêle d’un dessin toujours different et aussi elegant que varié dans ses lozanges gothiques.

„I. La porte pour arriver sous la voûte d’un des ba— „timens dits les nouveaux bâtimens de Frédéric IL aux „ruines du vieil arsenal et de la tour octogone.

„J. Le vieil arsenal bâti en 1455 par l’électeur Frédéric I. Dévasté par les mines et privé de sa toiture „dans la guerre d’Orléans en 1689 et 1693. Repare aux „endroits les plus urgens de ses murailles, sous l’electeur „ Charles-Philippe après 1716 : mais abandonné et se „dégradant chaque jour plus depuis l’incendie de 1764.“

Rien ne reporte les idées vers une ancienne habitation sur le terrain de cette partie du château : l’espèce de cour où ses débris enferment la tour octogone , y fait plutôt supposer une dépendance de cette fortification dont ils auroient été les premiers murs de défense. Leur enceinte est aujourd’hui couverte d’arbres fruitiers.

„K. La tour de la cloche plus connue sous le nom de „7a tour octogone , bâtie en 1525 par l’électeur Louis Y. „près des restes de la chapelle de fett a , et dans la „forme d’une tour ronde avec un toit pointu. Destine© „par son frère et successeur Frédéric II. à recevoir une „cloche, et pour cela haussée de 1545 a 154/ de ses ,, deux étapes octogones encore existans, surmontes d un ,, troisième en charpente. Renouvelée par Iredenc Iv • „au mois d’avril 1608. Fortement maltraitée dans plu „sieurs sièges de la guerre de trente ans , et surtout aux „années 1632, 33 et 34. Raccommodée et embellie par ,, l’électeur Charles-Louis en 1655. Non moins abîmee „dans la guerre d’Orléans année 1689 et 1693. Res— „taurée de nouveau par Charles-Philippe et la pre- „mière visitée de la foudre en 1764.“

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