Frédéric IV. Le même qui a bâti la chapelle, et lui a
fait porter les statues de la famille. MDCVI1.
Des ligures d’un autre genre s’éle voient sur la pointe des frontispices: elles faisoient toutes allusion par des cornes d’abondance, des vases ou de pareils simboles à la fertilité et au bonheur du pays. On avoit encore placé une statue de la justice entre les frontispices, mais sim un socle beaucoup plus rapproché du toit
L’entrée de la chapelle en étoit la partie lapins simple: elle n’occupoit que la largeur d’une fenêtre. Son frontispice orné de têtes d’anges et d’autres sculptures avoit la forme daine pierre tumulaire avec une inscription en langue hébraïque et latine ainsi conçue :
« Ceci est la porte de la maison du seigneur ; les justes (( entreront par elle . »
La même porte se trouvoît aussi sous la dernière fenêtre du bâtiment à droite. L’inscription seule étoit différente ; elle disoit:
a Frédéric Comte palatin du Rhin et du St.— Empire rois main , Electeur et Duc de Bavière a fait construire ce pais, lais pour le culte divin et pour la commodité de sa demeure , <c et Va orné des effigies de ses pères dans Vannée MDCF^Il ©
Cette seconde porte menoit par un corridor voûté à une plus petite issue de la chapelle qui lui sert aujourd’hui d’entrée. La construction intérieure de la chapelle n’a rien souffert; mais c’est une foible consolation pour l’art de ses autres pertes au château de Heidelberg. Elle étoit aussi dénuée de grandiose dans ses murs et dans ses arcades que de goût dans sa décoration. Le maître autel renfermoit autrefois un bon tableau du baptême de St. -Jean par Sei 10 on jans : il est présentement à Mannheim. Deux méchantes copies de Rubens qui garnissoieut les bas autels , ji’ont point bongé.
La destruction ne pouvoit aller plus loin dans les étages au-dessus de la chapelle; mais ils n’ont rien eu d’intéressant. Une seule porte y étoit. ornée et mal ornée. C’est celle qui y arrivoit des nouveaux bâtimens de Frédéric IL
Le corridor sous la voûte traArersoit la longueur de la chapelle, pour gagner l’autre façade sur le balcon du château. Cette façade seroit la copie exacte de celle de la cour si on l’eut aussi enrichie de statues; mais elles y sont remplacées par des pilastres. Les grosses têtes de lions qui font comme galerie sur la file de ces pilastres , ne sont point sans mérite. On voit au-dessous de grands boucliers de forme à-peu-près semblable entre eux, mais très-variés dans leurs sculptures; elles présentent indistinctement des bustes de femmes, des masques de vieillards, et aussi des têtes de lions, de boucs et de béliers. Toutes ces formes et toutes ces sculptures ne manquent point de composition, et sont dessinées largement, quoique dans le stile heurté et pésant des Coipeïl et des Vanloo.
La sortie du corridor n’avoit point d’inscription audessus de la porte. Son frontispice étoit calqué sur les deux autres, et contenoit les armoiries de l’électeur. Ce morceau est le plus agréable du bâtiment et peut servir à sa comparaison avec celui d’Othon- Henri. Toute la partie de la règle et du compas y est digne d’éloges: mais la vie ne se trace point avec la règle et le compas. Le lion dressé dans un des trois écussons seroit à peine supportable près du même objet sur le portail d’Othon-Henri; et le parallèle ne seroit pas moins désavantageux aux rosettes, aux draperies , aux trophées^ enfin à toutes les sculptures de la chapelle vues â côté des mêmes détails de la salle des chevaliers. Cependant ces sculptures sont préférables aux trois quarts des ouvrages d’ornement du ciseau moderne. Le plus grand nombre brille par la coupe , et seroit même bon à un dégré suffisant, si le voisinage dhme perfection inimitable, en accoutumant trop au beau dans le bâtiment d’Othon-Henri , ne rendoit exigeant pour tout
ce qui est dans le cas d’être mieux. Ouoiqu’il en soit, la construction de la chapelle fera toujours honneur à Frédéric IV. parceque ce bâtiment tire de lui-même les élémens de ses droits à être compté parmi les productions remarquables de Farchitecture ; et comme ces droits ne dépendent ni des lieux ni de la mode , il restera dans tous les tems un palais et une habitation qui ne pourroit s’ouvrir pour une demeure ordinaire.
„ 31. Le bâtiment de la tonnellerie , ou les débris du ,, palais de Frédéric V. Commencé en partie sur 1@ „terrain de la vieille chapelle du château par Frédé- „ric IV. eutre les années 1601 et 1608, et achevé de „1610 à 1619 par son fils et successeur Frédéric V. „ Brûlé dans la guerre d’Orléans en 1689 , et depuii „ accommodé sous Félecteur Charles-Philippe pour le „magasin du tonnelier de la cour.“
Cette construction a perdu tout indice de splendeur; mais elle ne paroît pas avoir été sans titre pour s’asseoir vis-à-vis du palais d’Otfion-Henri , malgré l’irrégulier placement de sa porte dans un des coins de l’édifice. L’entrée actuelle en a été prise sur cette ancienne ouverture également ronde alors, et qui s’élevoit entre quatre colonnes de même forme. Leur entablement composé de trois pièces , portoit un travail de sculpture au centre , et à droite et à gauche de cet ornement, de grandes consoles en guise de supports. Le rez-de-chaussée n’avoit que trois fenêtres partagées en autant de cadres. Celui du milieu dépassoit les deux autres, et se terminoit par un frontispice triangulaire soutenu de consoles en becs d’urne et dont les bases posoient sur les deux plus petits côtés de 6 la fenêtre. Chacun de ces côtés étoit, débordé à l’extérieur |.( par un pilastre surmonté d’une boule.
Les deux étages du bâtiment contenoient sept fenêtres | pareilles, sans division en moitié, et mêlées alternativement
de colonnes et de statues. Leurs frontispices s’arondissoient en montant pour se réunir au-dessus du centre des fenêtres. Celles du premier étage étoient appuyées sur des consoles figurant la même moulure que les frontispices, mais en sens inverse. On y avoit employé au second étage des consoles ordinaires.
Toutes les colonnes étoient rondes et les niches des statues avoient beaucoup de rapport pour le genre et les proportions avec celles de la salle des chevaliers. Les frontispices auront aussi été peu compliqués, n’ayant qu’une statue entre deux fenêtres et une fenêtre au-dessus de la statue : leur ensemble présentoit un quarré long sur le quel deux lignes partant de ses extrémités, s’inclinoient l’une vers l’autre sans brisure jusqu’à l’entablement qui les arrêtoit avant leur jonction. Cet entablement consistoit lui- même en lignes droites , et finissoit par un triangle.
Le pignon du bâtiment étoit tourné vers celui du bâtiment de Ruprecht. On apperçoit encore sur sa muraille une projection quarrée avec une ceinture d’arcs gothiques sous son entablement. Elle a jadis porté un balcon environné d’une balustrade de pierre pour l’agrément du premier étage du palais. Le dedans de cette projection faisoit face à la belle fontaine des fondateurs du château de Heidelberg. On l’avoit arrangé pour un cabinet de plaisance, et à cet effet plafonné d’une voûte d’ arrête trèsgracieuse. Le balcon ne communiquoit point avec l’arcade qui unissoit l’édifice de Frédéric V. à l’habitation de Rodolphe, et déjà rapportée au chapitre des créations de ce prince; une porte menoit exprès du nouveau bâtiment sur celte galerie.
Deux particularités ont distingué la construction de Frédéric V. d es autres édifices de la résidence: elle étoit la seule qui eut un frontispice sur le pignon comme sur la façade, et un grand escalier libre, c’est-à-dire qui ne tournât point, ou sans interruption d’allées et de couloirs.
Une partie de l’escalier subsiste encore : il remplissoit â droite dans Je bâtiment tout J’espace qui s’avance de sa lacade de la cour sur le pignon de la cJiapelle. Les deux étages de chambres au-dessus de cette construction religieuse avoient aussi leurs issues par le même escalier, signe unique d’une ancienne habitation dans le palais de Frédéric V.
Une seule pièce de sa décoration a aussi traversé les siècles: c’est le cachet de la famille sur le bâtiment, comme sur toutes les productions palatines au château de Heidelberg. A en croire ce cartel, la sculpture étoit passée de Frédéric IV. à Frédéric V. dans des mains plus fermes. Les armoiries en ont moins d’élégance et de poli de travail que l’ouvrage semblable au-dessus de la porte du nord de la chapelle ; mais on y reconnoît beaucoup de l’excellente époque de Frédéric II. Le lion s’élance avec une véritable force dans son écusson, et les bélettes qui se sont coulées sous les armoiries, ont bien l’air lin et quêteur de ces petits animaux.
,, N. Place des deux obélisques qui ouvroient le chemin „de pied du château en ville. “
„0. Entrée de la grande cave du château et en même „tems l’avenue principale pour le souterrain du gros „tonneau de Heidelberg.“
On avoit également cherché la solidité et la commodité dans la bâtisse de ces caves privées par ailleurs de tout intérêt de distribution. Cependant le tems est encore assez proche, qu’aucune autre cave n’eut pu leur être comparée. Environ une douzaine de tonneaux avoit été rassemblée là dans l’espace d’un siècle et demi, la plupart très- décorés , • et d’une capacité de vingt-mille â quatre-vingt-mille bouteilles. L’esprit d’innovation qui ne veut plus rien d’ancien, ; a détruit ces vieux monumens. Un seul lui a échappé, mais il est curieux à la fois par son âge et par les coups de hache
que les François lui donnèrent pour hâter la sortie du vin, après la prise du château en 1689.
„P. La porte du nord du château qui passe sous la „vpûte de l’église, et qui déjà au tems le plus reculé „occupoit la même place près de la chapelle de Ru- „prechtj quand Frédéric IV. ordonna de Toter pour la „rétablir plus en harmonie avec la construction de la „nouvelle chapelle. a
„ O. Les portes et avenues qui dans les ouvrages avan- „ cés de la partie du nord , servoient aux communiea - „ lions du château par le petit chemin de la forteresse , „ en traversant la grande halle.“
„ R. La galerie du château sous la quelle se trouve „aussi sa grande halle; bâtie en 1346 aux plus vieux ,, jours de la résidence palatine, en même tems que la „chapelle de Ruprecht 1. ou le Poux. Renouvelée lors „ de la construction de la chapelle actuelle de 1601 à „1607 par Frédéric IV. qui l’embellit à chacun des „coins extérieurs d’une guérite hexagone , enlevée l’une „ et l’autre sous rélecteur Charles-Louis, pour y mettre „les pavillons quarrés qui continuent de dominer la „ galerie.“
„ S. Le bâtiment de Charles-Louis ß construit par ce „prince dans la seconde moitié du dix-septième siècle „sur un reste de la vieille chapelle du château, et ruiné „par la guerre d’Orléans en 1689.“
L’électeur Charles-Louis, après avoir effacé les nombreuses suites de la guerre de trente ans au château de Heidelberg, voulut y marquer aussi son gouvernement par d’autres actes que des réparations. La façade de la résidence vers la ville demeuroit incomplète. A l’époque de la démolition
de la chapelle de Ruprecht; on en avoit laissé subsister un morceau flanqué d’une tour, et ce morceau étoit considérable: il s’étendoit depuis la nouvelle chapelle, jusqu’à une grande construction au-dessus des fossés du château. Charles-Louis le lit abattre , et n’en réservant que le premier étage, lui substitua sur les mêmes murs un bâtiment capable de figurer entre les palais de Frédéric IV. et de Frédéric V. Sa hauteur étoit celle de la chapelle, mais ne renfermoit que deux rangées de cinq fenêtres séparées par des pilastres. Seulement une statue remplaçoit le pilastre du milieu. Toutes les fenêtres avoient un frontispice triangulaire , et s’entouroient par le bas d’un petit balcon. Le frontispice du bâtiment étoit la continuatiou de ceux de la * chapelle.
Ce bel accroissement du château, en est aujourd’hui la partie la moins reconnoissable sous ses ruines : il ne faut plus guères y chercher que la fondation beaucoup plus ancienne qui l’avoit reçu et qui a mieux bravé les tems. Une de ses ouvertures gothiques montre la place de l’escalier du bâtiment moderne dont l’intérieur est encore plus défiguré : il n’y transpire rien de sa brillante destination; mais quelques arcades qu’on y avoit laissées de la première chapelle, sont toujours, par la bonté du ciment qui unit les pierres , d’une solidité à ne point finir. Les arcs d’arrêté s’y pressoient tellement qu’ils auront formé des espèces de rosettes avec leurs rayons.
,,T. Le batiment du gros tonneau composé d’un frag-
„ment de la vieille chapelle.“
Ce fragment de la chapelle n’avoit été ménagé que pour i devenir une très-belle esplanade bordée d’une galerie en pierre. Son élévation est encore la même qu’alors. On avoit pratiqué entre les deux ceintures du bâtiment et donnant sur le rempart une espèce de grotte , d’où jaillissoit une fontaine en cascade, et dont le bassin étoit soutenu
par deux lions debout. Cette fontaine, les fenêtres gothiques du bâtiment et sa balustrade ont été très-ornées : deux é— normes têtes de lions survivent seules de cette richesse de sculpture.
Du même côte que la fontaine, il existe encore une large pierre tumulaire scellée dans la muraille à hauteur du terrain. Selon l’inscription , elle a été mise là par l’Anglois Fulko Houncks lieutenant-colonel au service de Suède dans la guerre de trente ans , et alors commandant du château de Heidelberg avec le colonel Abel Moda. Cette pierre est dédiée à la mémoire de son fidèle compagnon d’armes et sergent-major Abraham Meppel tombé en combattant vaillament le jour où les Autrichiens dans l’année 1635, s’emparèrent de la ville et du château de Heidelberg. L’épitaphe qui relate ce fait, est copiée, où plutôt calquée exactement dans les lignes suivantes:
SISTE. PEDEM. QVI. HVC. VENIS.
FVLCO. HOVNCKSIVS. BRITANNVS.
TE. PRECAT VR. INTVERI. LOCVM. VBL
REPONITVR.
ACHATIS. S VI. ET. PR AEFE CTI. VIGILVM. ABRAHAML MEPPELII.