EPIGR
Pugnabain.PIVS. et S VPERABAM comin9 hoste.
Exactum tossis sed MALE ; quod cecidi
Sic. excandescens. HAVSIMERA, pocula mortis
Ast mage . SVPPLEBAM . mors mihi vita redit
P. P. Fulco . Houncksi9 . légion. Pto. praefect9.
Cependant on peut douter que la pierre , dans le lieu qu’elle occupe aujourd’hui, soit sur son premier placement. Il y a peu d’années qu’en creusant des trous d’arbres aux alentours , on est arrivé à un quarré de bâtisse souterraine se rapportant aux dimensions de la pierre, et avec toutes les indications d’un ancien tombeau, et même quelques vestiges d’ossemens. Ce tombeau aura pu être découvert antérieurement, et par cela même, dépouillé des objets qui y étoient sans doute renfermés comme marque d’honneurs militaires près des restes du sergent-major; et plus tard, ahn de ne point laisser périr aussi le couvercle de la tombe, on l’aura hxé sur le mur le plus voisin.
,, V. Place où avoient été réunies au commencement du „dix-septième siècle: 1 Sur le piédestal abrité d’une „niche le long du mur, une statue de Mercure trouvée „près de Heidelberg au village de Neuenheim. 2. Audessous de la statue de Mercure, une pi erre consacrée „à ce Dieu , déterrée entre les villages de Rohrbach et „Kirckeim à une lieue de Heidelberg; et 3. un autel de
1„ Jupiter qui remplissoit le petit entablement du haut de „ la muraille.“
D’après les données historiques, cet autel cpiarré dans :sa forme, aura été élevé à Jupiter par deux frères d’origine Hromaine , et sous le règne de l’empereur Marc-Aurele, Des ^sculptures de haut relief en garnissoient trois cotés, et le
quatrième portoit les mots de rovation. 11 avoit été découvert sur la montagne du Heiligenberg vis-à-vis du pont, où son usage fut longtems de servir de pied au bénitier de l’église d’un monastère de bénédictins qui ilorissoit alors dans ces lieux agrestes. L’autel ainsi que la pierre à Mercure font maintenant partie de la collection des antiquités de même sorte au château de Mannheim. Quand à la statue de Mercure, probablement elle aura péri, dans quelqu’un des sièges du château de Heidelberg.
„U. La fontaine du grand jet (Peau , ouvrage de „ Frédéric IV. en 1595. “
Cette fontaine étoit entourée d’un bassin octogone. La coquille qui saillissoit du centre n’avoit que quatre côtés formés chacun de deux demi-cercles que séparoit une moulure étroite et à face aigue. L'eau y descendoit par huit ouvertures d’une coquille ronde placée plus haut, et qui la recevoit elle-même en autant de blets d’une boule posée sur un piédestal au milieu de la coquille ronde. Sur cette boule s’élevoit une seconde fois le même piédestal et la même boule, mais plus petits, et d’où sortoit la principale branche d’eau de la fontaine.
„X. Place de la -petite jontaine établie vers l’année „1767 pour le service des habitués du château.“
„1. L’ ancien puits de la forteresse recouvert d’un „ portique dont les colonnes ont été extraites par l’ordre „ de l’électeur Louis Y. des décombres du palais de ,, Charlemagne à Nieder-lngelheim.“
Ces colonnes sont le reste d’un nombre de cent colonnes j; pareilles de granit que Charlemagne avoit tirées d’Italie i pour la construction de son palais à Ingelheim près de : Mayence. Les chapiteaux et les bases y ont été ajoutés du i tems où l’électeur Louis V. les fit dresser au-dessus du puits ?
de la garnison ; mais la gravure a conservé trois de leurs chapiteaux originaires qui etoient tous exécutés diversement, et d’un bon travail de branches et de feuillage.
,,Z„ La tour de la grande porte , la tour du guet y la „tour du géant } et aussi la tour quarrée finie par „l'électeur Louis Y. en 1541 , et en 1555 sous l’électeur „Frédéric II. décorée des armoiries de la famille dis- „parues depuis, et d’autres sculptures qu’on y voit „ encore. Ebranlée dans la seconde prise du château „en 1693 par plusieurs explosions de mines; mais tou— „ jours soiiae , et à cause de cela revêtue sous Charles- „Philippe de son toit actuel.“
Cette tour a été un simple objet de fortification, et d’un emploi journalier ainsi que le prouve son nom de la tour du guet, et n’avoit en conséquence rien de bien curieux ni au dedans, ni au dehors. Néanmoins sa forme quarrée n’est point désagréable parmi les tours rondes de la ruine. Elle pouvoit se diviser en haute tour et en basse tour: cette dernière projetoit du fond des fossés, et receloit la fosse des lions du prince tout-à-fait par terre , et au-dessus quelques prisons. On y descendoit par une petite tour ronde creusée dans l’épaisseur d’un mur qui tenoit vers l’Ouest à la tour quarrée. Sa partie haute ne se composoit que de corps de garde: le puits de leur escalier montoit dans la tour et tout près de sa porte sous la première arcade. On voit encore [un peu plus loin pendre à la voûte , les pointes ferrées de la herse qu’on laissoit tomber en cas de presse, pour retarder d’approche de l’ennemi. La face extérieure de la tour étoit protégée par un pont-levis. Les sculptures qui s’y appliquent de ce même côté, sont de plusieurs années postérieures â sa fondation dont la date est inscrite sur la moulure au-dessous idu toit dans les chiffres 1541. Mais on croiroit ces sculptures plus vieilles de dix siècles que la tour; et la surprise jingmente d’apprendre que ce lourd ornement appartient au
prince qui , après avoir perfectionné son goût naturel, en Italie par la fréquentation des premiers artistes et l’étude de leurs productions , a préparé d’une manière si brillante dans le bâtiment de la salle des chevaliers, la gloire artistique de son successeur. La méchanceté du travail n’admet pas même le pittoresque sur cette espèce de portique. Les deux guerriers qui le gardent, les lions pour les quels il a été fait et qui y soutenoient selon la tradition, les armoiries électorales dans des écussons d’argent, les festons gothiques du frontispice et leurs accessoires, auroient tout-au-plus droit â cette espèce d’intérêt qui se rattache aux créations de la naissance de l’art, si on ne savoit que celle-ci est de l’année 1555, et ainsi de la même époque qu’un de ses chefsd’oeuvre. Cependant les tailleurs de la pierre n’ont pas manqué de signer cet ouvrage de leurs initiales: on trouve les lettres
et les chiffres 1556 sur le piédestal du chevalier de gauche, et à droite les lettres D. M. Les mêmes outils auront aussi coupé précédemment les clefs de voûte de la tour, avec les consoles d’appui de ses arcs d’arrête. Sans s’élever beaucoup au-dessus de l’ignorance des ouvriers, l’avant-dernière console à droite, n'est pourtant pas dénuée d’originalité: elle rend assez l’idée d’une jeune figure de négresse coiffée de pampre et de raisin.
„ Tour de communication avec les souterrains de „la tour du guet.“
La ruine de cette construction par la poudre a rendu inabordable toute la partie basse de la tour quarrée. La tour elle-même a aussi considérablement souffert de ce côté par l’effort des mines : partie de l’angle de droite en est détachée, mais sans nuire à la solidité générale.
• Le nouveau jeu de balle établi par l’électeur „ Charles dans l’annee 1683 et fermé à cet effet de hautes 3> murailles , mais devenu présentement une pépinière ,,de roses et le clos des ruches du jardinier de la cour.“
„ • C Le pont du château.
lue grand fossé du château qui s’étend des deux ,, côtés du pont.“
U avant-cour de la ménagerie des lions qu’on dé- ,, couvre de dessus le pont à gauche, au pied de la tour „ quarrée , et disposée en retranchemens dans la guerre „ de trente ans.“
rjf • A la droite du pont dans les fossés, la petite tour „ de V électeur Louis V. Elevée par ce prince en 1540. „Ruinée après la seconde prise du château en 1693, et „connue dans le dix-huitième siècle sous le nom de la „ tour jamais vuide.u
La porte du milieu du château bâtie vraisembla- „ blement par l’électeur Frédéric IL et encore dans le „même état a quelques réparations près qui y ont été „faites dans ces derniers tems.“
Un pont-levis bordé de losses defendoit cette cons- Jtruction en dehors. Le petit pont de bois destine a le remplacer quand on dressoit le pont-levis, se maintient toujours sur son ancienne place. Une projection gothique qui en létoit le pendant du côté oppose , garde de même au bâti- «nent quelqu’air d’antiquité.
,,h. Les murs du château renforcés d’un rang de „pierres de taille, tant par Louis V . fpie par son successeur Frédéric IL Dévastés par la poudre dans la
„guerre d’Orléans, mais bien ayant dans la moitié du ,, dix-huitième siècle, encore garnis de leurs belles em- ,, brasures.“
,,î. Les petits fossés creusés à diverses places en avant ,,du château pour sa défense, et combles tous aujour- „ d’hui à l’exception de ceux qui entouroient les portes „extérieures.“
„/. Premier retranchement pour couvrir la retraite du „ jardin.“
Ce retranchement, le seul dont il reste un débris avec des créneaux, datoit ainsi que ceux qui suivent, de la guerre de trente ans, et tous ont été renverses lors de la nouvelle distribution des jardins du château en 1804.“
,, Second retranchement pour protéger la retraite du „ premier.“
, J* La tour fendue distinguée ainsi d’un titre parti- ,, culier â cause de la rare , ou plutôt à cause de 1 u- „ nique beauté de sa ruine. D’abord dite la tour de „Frédéric le victorieux qui la fit bâtir entre les années „ 1450 et 1460 pour accroître la force du château. Ap- „ pelée dans les seizième et dix-septième siècles la „ tour aux poudres dont le magasin y avoit ete établi. „Renouvelée et changée en 1610 par l’électeur Fréde- „ric IV. et enfin brisée par le feu d’une mine dans la „guerre d’Orléans en 1689. Au dix-huitième siècle „on la désignoit aussi sous le nom de la tour aux „ choux. u
Les murailles de la tour fendue partout très- épaisses , n’avoient pas moins de vingt pieds de largeur vers l’est qui en étoit le côté le plus exposé â l’ennemi. Elle renferment trois rangs de batteries les unes au-dessus des
autres, et où se voyent encore quelques-uns des anneaux de 1er fixés aux voûtes pour la manoeuvre des pièces de canon. Selon la manière de bâtir d'alors, son toit finissoit en pointe; mais plus tard il changea de forme et par un accident qui devoit abîmer la colline du château. Le 11 juin 1608, le feu éclata dans le comble de la tour: elle étoit de¬
venue avec la succession des teins le magasin à poudre de la forteresse ; mais grâce à la promptitude des secours, on réussit, quoiqu’avec beaucoup de peine ^ â éteindre rincendie, et le Jettenbuhl fut sauvé. Deux ans après, l’électeur Frédéric I\r. lit réparer la tour et y ajouta un étage octogone avec une coupole. On trouve sur le cintre à demi-rongé d’une des portes de l’octogone les chilEres 16.... qui coinmençoient la date de cette restauration de la tour. Dans la guerre d’Orléans, elle a suivi le sort de la résidence et de la ville de Heidelberg. Si le génie dévastateur qui causa tant de mal â cette époque, n’eut atteint que la construction de Frédéric le victorieux, on léliciteroit le château de son malheur: il lui doit le plus beau morceau de sa ruine. Rien n’égale peut-être en pittoresque ce rocher tombé de la tour au pied de la quelle il s’élève, et qui, malgré sa longue destruction n’attendroit encore qu’une force capable de lui faire sentir une seconde fois le mouvement pour reprendre sa place et rendre â la tour sa primitive rondeur. Les objets qu’il y a mis à découvert par sa chute, et ceux qui i l’environnent, ne prennent gneres une moindre part au tableau. L’irrégularité des voûtes de la tour, leurs ouver— itures caverneuses, l’obscurité si saillante de ces ouvertures sur un fond lumineux, la force des mm ailles, et leur* vieux restes d’embrasures; plus haut au centre de 1 octogone, le groupe de tilleuls dont la natiue avance peu— à-peu la piramide qui doit remplacer un joui 1 ancienne toiture gothique de la tour; et a sa base, cette \egétatiOii d’un caractère si différent qu’elle ne semble se piesber autour d’elle que pour en interdire l’abord par sa rudesse et
la préserver ainsi de nouveaux outrages . . . Telle est celte peinture ébauchée par la désolation et finie par la main du teins.
La vue est aussi agréable que variée sur la tour fendue. D’un côlé, elle domine toute la ruine, partie de la ville et la plaine du Rhin, et de l’autre le jardin de la cour avec la sortie du Necker d’entre les montagnes pour s’emparer de son bruyant lit de rochers. De ce même côté de la tour, on remarque une table et plusieurs bancs: c’est le rustique orchestre d’une musique qui en été s’y réunit tous les mercredis depuis quatre heures jusqu’à huit du soir, et qui a coutume, ces après-midis là, de peupler le jardin d’une foule de promeneurs.
„WI-* Place où se trouve dans les fossés vis-à-vis de la ,,tour fendue, la fontaine dite la fontaine inférieure „des princes , ou la fontaine de Charles-Théodore qui ,, la fit construire en 1 767.“
Cette fontaine est remarquable par l’excellence de son eau dont le courant n’est jamais ni diminué par les plus longues chaleurs, ni altéré dans sa pureté par l’abondance des pluies. C’est cette même fontaine qui approvisionnoit la cour de Mannheim du tems de Charles-Théodore. On y a descendu une hideuse statue de dieu marin en pierre, dépendante jadis des orneinens d’une des grottes d’embellissement de Frédéric Y., et qui, avec une déesse du même genre, maçonnée depuis sur un coin de muraille, ne donne pas une idée brillante de la manière dont avoit été traitée la décoration de la partie hidraulique des jardins de ce prince. Une plaque a été mise au bas du triton, avec ces mots relatifs à la fontaine; saine par sa nature et rendu claire par les soins de Thomas Breyer.
Le cintre de la porte de la fontaine présente les initiales de l’électeur Charles-Théodore au-dessous des quelles s’étendent les lignes suivantes: Nouvelle et très-salubre fontaine
de Charles Theodore le pere de la patrie, et désignée comme un nectar nouveau de santé par la mère de la patrie Elisabeth-uduguste.
55 Retranchement pour soutenir la retraite de la ,, grande place d’armes.
„O. La grande place Tannes ouvrage de l’électeur „Louis Y. et déjà faite au moins dans l’année 1533. Em- „plo^ée apres 1 embrasement de 1764 à une blanchisserie „de linge jusqu’à sa réunion avec le jardin.“
r>P* Lr batiment de la volière construit par Frédéric „V- pour sa femme Elisabeth fille de Jacques I. roi „ d Angleterre , en 1615. Dégradé et abandonné par „suite des guerres. Transformé depuis en une serre „de jardinage, et rasé pour l’aggrandissement du pré- „sent jardin du château.“
vP* La porte Elisabeth ou Ventrée de la terrasse du „château , autre production de la galanterie de Frédé- „nc Y. pour la fille de Jacques 1. , ainsi que le montre „l’inscription du milieu du frontispice: Frédéric V* à „son épouse chérie Elisabeth , dans Vannée 1615.“
Ce gracieux arc et la porte du bâtiment décrit à la lettre M. auront été l’un des deux le modèle de l’autre : mais la sculpture avoit ajouté quelques ornemens de plus à la porte Elisabeth. Cet art y a maintenu sa supériorité du :ems de Frédéric y. sur celui de Frédéric I y. : il reste encore assez de mérite dans les ligures de la porte pour regreter de es voir autant mutilées. Les quatre colonnes de la construction représentent des troncs de chêne sillonnés de lierres ït avec des touffes de feuillage pour chapiteaux. L’artiste jes avoit peuplés d’objets de la nature morte et de la nature nimée dispersés avec beaucoup d’intelligence le long des
colonnes. C’est particulièrement sur la première de droite qu’il s’est plu à répandre ces récréations champêtres de son ciseau, et toujours près des noeuds de l’arbre. Le plus bas sert d’abri à une fleur qui est dans cette modeste place, à celle qui lui convient, parceque le but de sa création étant de rejouir la vue et l’odorat, elle doit croître à la portée de l’homme. Autour du second noeud est entortillé un serpent animal effectivement d’humeur peu grimpante. Un lézard et une grenouille qui n’ont guères plus de penchant à s’élever, font ménage ensemble au troisième noeud. Le quatrième est rempli par un écureuil que sa légéreté transporte en un instant d’un bout de l’arbre a l’autre. Un bouquet de poires pend au noeud de dessus , et indique la que les fruits mûris au haut des branches, ne sont pas en général les plus mauvais : et enfin une cigogne déploie déjà ses ailes sur le dernier noeud pour faire voir qu’elle «peut monter beaucoup plus encore.
Chaque année le teins adapte mieux ces colonnes sil— vestres au caractère du monument. Dans l’état actuel de la porte Elisabeth ombragée de la plus brillante végétation, on chercheroit en vain le quel, ou de l’art ou de la nature, met le plus à l’embellissement de cette construction délicieuse.
Nouveaux bdtimens qui renfermoient la porte Eli— „sabeth dans la guerre de trente ans. Ajoutés à la ,, volière pour défendre l’approche du grand rempart, ,,et détruits avec cette maison des oiseaux ainsi qu’un „mur qui longeoit tout le chemin dans l’intérieur du ,, dit rempart.“
,,«S. Le grand rempart du château élevé par l’électeur „Louis Y. sur quatre et peut-être sur cinq rangs de „voûtes qui se croisent dans l’intérieur du rempart.“
Ce colossal ouvrage est un empiétement du Jettenbuhl sur la vallée qui s’étendoit originairement jusqu’aux bâtimens
de l’Ouest du chateau. La date 1528 placée sur une de ses ouvertures dans les fossés indique que le travail, à cette époque, étoit déjà parvenu du fond de la colline plus loin que le niveau des fossés du château et qu’on avoit par conséquent terminé au moins deux étages de voûtes. Le plein du rempart étoit selon la nature de ces ouvrages, lié rissé d’embrasures et de créneaux. Frédéric V. faisant disparoître tout ce militaire appareil, changea le rempart en un jardin et substitua une belle balustrade à son parapet. Dans la guerre de trente ans, il fut rendu à son ancien service sous le nom de la Grande batterie: mais la guerre d’Orléans le dépouilla de tout indice de ces deux usages. Heureusement pour le château de Heidelberg, toutes les tens tatives, soit au dehors, soit dans les voûtes du rempart pour 3 le renverser par la poudre, ont échoué contre sa solidité.
On l’appela au dix-huitième siècle le jardin des carions , i parceque les petites pièces de fer découvertes dans les fossés, avoient coutume de tirer sur cette hauteur aux jours I de fêtes et de réjouissances publiques, et y étoient en outre gardées dans un bâtiment dit pour cela le petit arsenal.
Le petit arsenal détruit pour l’arrangement du jardin.
„V, Le batiment anglois entrepris en 1612 par Frédéric V. en l’honneur de sa femme Elisabeth et fini en „1619; mais à peine soixante ans plus tard réduit par „les flammes de la guerre d’Orléans à son présent état „de ruines.“
Ce bâtiment aura été ainsi nomme, ou a cause de son habitation par une princesse angloise, ou peut être par la ressemblance de son architecture avec des constructions assez pareilles qui se rencontrent fréquemment en Angleterre. Sa situation étoit admirable, et à cet egard la préférence lui appartient sur tous les autres edi lices du chateau de Heidelberg. Les façades du bâtiment n avoient aucun
rapport extérieur ensemble: elles s’accordoient simplement dans leur élégance et le nombre des étages. Ceux vers la ville présentoient une suite de huit fenêtres rondes séparées par des pilastres qui prenoient les deux étages sans l’interruption de frises sur le bâtiment. Frédéric V. l’avoit, comme la chapelle de son père, surmonté de frontispices dont les entablemens commençoient aussi par des volutes, mais recourbées contrairement à celles de la chapelle dans leur partie supérieure. Ces volutes soutenoient deux chevrons ou barres de triangle qui.se rencontroient plus haut sons un piédestal au quel on avoit fait porter pour couronnement du frontispice une piramide quarrée au lieu de statue. La même piramide s’élevoit à droite et à gauche sur le point des volutes d’où partoient les deux côtés du triangle.
L’autre façade se divisoit aussi en deux rangées de fenêtres ; mais sans mélange de pilastres dont la place avoit été employée à multiplier davantage les jours sur la façade. Elle avoit douze fenêtres quarrées sans pilastres dans les vuides, et garnies d’un entablement. Une simple plate-bande et presque sans projection sur la muraille dessinoit une espèce de frise entre les deux étages : celle qui bordoit les fenêtres du plein-pied du palais, avoit beaucoup plus de moulures et aussi de relief.
La muraille où s’appuye le bâtiment et que coupoit la frise inférieure, a précédé la construction de Frédéric V. Elle faisoit partie du grand rempart dont elle renfermoit plusieurs allées dans ses vastes et ténébreuses carrières.
La demeure de la princesse Elisabeth a perdu jusqu’aux vestiges de sa distribution et de sa décoration: mais il est
vraisemblable que ce dernier article y aura été peu prodigué, et certain par ce qui reste qu’il n’a rien à réclamer des regrets de l’art. Trois voûtes des fenêtres du jardin ont été
ornées de sculptures où l’on voit l’intention de produire des rosettes, des fruits, etc.; mais sans succès. Ce travail, qui aussi bien est seulement de stuc, ne doit point être attribué
aux mains quelquefois occupées plus heureusement ailleurs par Frédéric Y.
5iî/. Retranchement pour couvrir la retraite du grand „rempart vers la grosse tour.“
La grosse tour bâtie par l’électeur Louis Y. Fi- „nie en 1533, et ruinée par les François malgré sa „force excessive et ses vingt-deux pieds d’épaisseur de „murailles le 16 février 1689 dans la guerre d’Orléans.“
S’il falloit en croire quelques rapports , mais sans doute exagérés , la grosse tour du château de Heidelberg auroit été après celle de Bourges en France, la plus haute tour de l’Europe. Elle avoit la même destination que la tour de Frédéric I. Ses batteries défendoient vers la plaine le château soutenu par l’autre tour du côté des montagnes. On y avoit aussi pratiqué les entrées aux communications souterraines et si curieuses du grand rempart. Là étoit également cette salle à manger que Frédéric Y. fit exhausser d’une manière non moins hardie qu'ingénieuse par l’architecte [Pierre Charles de Nuremberg. La tour fut baissée pour cela jusqu’à la ceinture , et devint dans sa partie originairement (ronde au-dessus de cette ceinture, un dodécagone dont plusieurs faces subsistent encore. Le toit ne bougea point ■pendant l’opération : la colonne où il posoit disparut de (même sans lui causer de dommage; et la salle rendue ainsi plus spacieuse et plus commode, fut voûtée et accrue d une hauteur de trente-trois pieds. Par la suite, l’électeur Charles y établit le théâtre de la cour. Un écho singulier a du se rencontrer dans cette salle. La personne parlant proche du nur et à voix assez basse pour ne pas être entend ne de son voisin, étoit comprise distinctement au bord oppose de la »alle , et à une distance de près de cent pieds dont se comiosoit le diamètre de sa circonférence.
Frédéric, à dessein de perpétuer les souvenirs de la
JL **
iour, ordonna d’y tailler deux niches pour recevoir les statues de ses deux fondateurs. Le sort qui accompagna leurs vies, s’est attaché aux statues. On reconnoîtra Louis Y. à sa longue barbe et à la toque électorale qui lui couvre la tête. Ce prince que des qualités royales tinrent constainent exposé aux regards comme un pacificateur dans les teins si difficiles de la réformation, reste toujours dans la même évidence. Le lierre dont il forme aujourd’hui sa cour, s’empresse autour de lui, mais ne franchit pas la distance qui doit séparer le sujet du souverain. Frédéric V. au contraire, par son imprévoyance , se livra à une fortune adverse qui le tint errant et fugitif, qui l’obligea de se cacher et le fit en quelque sorte oublier avant sa mort. La même fatalité semble poursuivre sa statue. Le lierre seroit pour elle ce que fut la fortune au malheureux roi de ßo lième (24), et ses rameaux qui se jouent de l’image comme autrefois le sort se joua du prince dont elle retrace les traits, l’auroient aussi cachée depuis longtems , si on n’avoit le soin, chaque année, d’écarter leur indiscrète végétation de la statue de Frédéric Y.
Une plaque de pierre arröndie dans son frontispice , remplissoit l’espace entre les deux électeurs. On y a gravé l’histoire du bâtiment en ces termes :
„Louis comte palatin du Rhin y électeur et duc de Ba- „viere y a élevé cette tour et Va achevée dans Vannée 31DXXXII1. „ Frédéric V. comte palatin du Rhin 3 électeur vicaire du „saint empire romain et duc de Bavière , Va baissée jusqu’à „la ceinture ; Va ensuite rétablie, Va divisée en voûtes } a
(24) Les Bohémiens, après avroir déposé leur roi Ferdinand d'Autriche, offrirent sa couronne à 1 électeur de Saxe, ensuite à Cbarles- Emanuel de Savoie, puis au roi de Danemark Christiern IV., et enfin à Frédéric V. qui eut l’imprudencp de l’accepter. De celte démarche sortirent les longues infortunes de ce prince.
” ajoute trente-trois pieds à la hauteur de sa salle à manger, „ après avoir enlevé la colonne qui soutenoit le toit sans le ,, déranger ni V endommager ; et tous ces travaux ont été „terminés dans Vannée MDCXIX .“
Le voisinage de la tour a communiqué sa vigueur aux plantes de lierre qui menacent de l’escalader: chacune de ces plantes atteindra bientôt la grosseur d’un jeune tronc d arbre. On a créé un petit jardin sur l’épaisseur des murs de la tour, et duquel on a la ville entière au-dessous de soi, la vallee du Rhin avec Mannheim , Schwezingen et quantité d’autres lieux.
»? H* Reste des ouvrages avancés construits par l’é- ^lecteur Charles au pied du grand rempart et de la „grosse tour.“
Pierre sculptée et de la forme d’un monument fu- „nebre portant l’inscription suivante:
„Le 22. janvier MDCLXXXI , du château sur ce lieu , „ un boulet de canon parti de la pièce de V électeur „Charles , a, contre toute attente , frappé un autre „ bouïet.u
Le petit— fils de la princesse Elisabeth, l’électeur Charles, s’occupoit beaucoup de simulacres de guerre aux quels il prenoit part lui-même, comme en pointant cette fois une pièce de canon : aussi n’a-t-on pas été satisfait de raconter ici son coup de hazard à l’imagination; il a été en outre dépeint pour les yeux. On voit au bas de l'inscription , les deux boulets réprésentés dans l’état où les avoit mis leur rencontre fortuite en sortant de la même batterie pour aller au même but. Mais la place actuelle de la pierre n’est point celle de l’évenement: probablement il se sera passé dans l’environ où se trouve aujourd’hui l’auberge du jardin du château, et d’où les canoniers de la bourgeoisie auront par
la suite , enlevé la pierre destinée à en garder le souvenir, pour la rapprocher de leur arsenal.
,, 1. La rondelle autrefois une demi-tour de la dépen-
,, dance du rempart avec des escaliers de communication
,,dans ses voûtes, , bâtie au même tems sous l’électeur
,, Louis Y. et détruite par les François en 1693.“
Cette partie du château présente le point de vue le plus avantageux d’un objet champêtre qui tient dans le paysage de la ruine le même rang que la tour octogone sur le paysage de ses antiques constructions. Cet objet champêtre est un hameau à la gauche de la tour, et qui cachant ses habitations dans la forêt pour ne laisser appercevoir que leurs rustiques toitures, eut orné une composition de Claude - Lorrain: il donne même le droit de croire sur cette place que la montagne qui s’est interrompue un moment pour le recevoir, après l’avoir embelli de tous les agrémens, vouloit de même lui être utile, et qu’à cet effet en recommençant à descendre, elle a adouci sa pente pour la rendre propre à la culture, et fournir aux besoins des cabanes qui déjà lui dévoient leur asyle. La vallée qu’elle a étendue dans cette intention le long du hameau, rappelle aussi comme la salle des chevaliers du bâtiment de Ruprecht, une action de l’auteur du repas sans pain. Cette vallée fut souvent visitée du frere de Louis IV. ; mais ce n’étoit plus alors ce Frédéric le victorieux , inaccessible aux allarmes comme aux revers : c’etoit Frédéric vaincu, désarmé et soumis* La bataille de Seckenheim avoit décidé de la supériorité des armes de ce prince. Frédéric engagé solemnellement à ne jamais contracter d’engagement de mariage, pour ne point compromettre les droits de son neveu, prit cependant après cette victoire , les liens que l’amour lui offroit par les mains d’une jeune fille de sa cour. Son nom étoit Clara Dettin , native d’Augsbourg , de païens obscurs, mais qui méritoit s’il est assez pour cela de la beauté st de la sagesse , qu’un héros
descendit jusqu’à elle, et lui remit les plus chers intérêts de son bonheur , avec l’espoir de se survivre dans une postérité digne de lui. Clara possédoit effectivement tout ce qu’il falloit pour captiver un coeur te] que Je coeur de Frédéric: les charmes de sa voix paroîssent surtout avoir eu beaucoup d’influence sur ce prince. On sait de plusieurs sources que Frédéric l’appel oit familièrement sa chanteuse chérie. Au reste , elle ne fut point affectionnée de lui seul ; tout son âge faima. Les poètes Font célébrée à l’envi. Ce fut entre les historiens à qui parleroit des agrémens de sa personne et de ceux de son esprit. Tous s’accordent à convenir qu’elle surpassa en beauté , en vertu et en beau langage les plus belles, les plus vertueuses comme les mieux disantes de son tems. La prospérité la laissa la même, bonne, douce, affable, sensible, heureuse d’obliger; et Clara fut aimée dans la grandeur autant qu’aux jours qui avoient précédé son élévation. Loin d’oublier ces jours ,
! elle se plaisoit à les rappeler. Le vallon du hameau de la i montagne est le lieu qu’elle avoit consacré à ces humbles souvenirs : il étoit devenu le jardin de Cläre. C’est là qu’elle I alloit , nouvelle Esther, fuyant le faste de la cour, chercher .dans la retraité et le silence une image de sa première sim—
. Frédéric goûta tous les genres de félicité près d’elle, fut pas moins heureux père qu’heureux époux avec cette femme de son choix. Leur postérité subsiste encore .avec honneur dans la descendance des comtes de Löwenstein.
„2. La maison des poules, ou la maison du plumage , ,, ainsi nommée parcequ’on y aura préparé les volailles ,, destinées au service de la table du prince.“
„3. Reste d'un mur de l'ancienne maison des oiseaux , j, aujourd’hui couvert de lierres et de vignes sau— „vages.“
Ipiicité Il ne
„4. La -porte extérieure du château construite par „Frédéric IL en 1547. Pienouvelée par Frédéric 1 Y • , „et dont le pont-levis a été changé, de même que dans „les autres portes à pont semblable, en un pont de „ pierre.“
„5. Le corps de garde de la porte extérieure du châ- „teau devenu actuellement la demeure du garde du „jardin, et où étoit une des entrées dans les souterrains „du grand rempart.“
„6. Murs de la porte extérieure du château garnis de „pierre de taille par l’électeur Frédéric II. dans l’année „ 1547 dont les chiffres se trouvent sur une pierre peu „éloignée du pont. Ces murs n’ont perdu leurs cre- „ neaux que dans le dix-huitième siècle.“
„ 7. Place où existe depuis 1751 une gronde guérite de „ pierre avec le chiffre de Charles-Théodore.“
„ 8. Ruine du vestibule et des escaliers de bâtimens „destinés en partie pour des bains; construits sous Frédéric Y. entre les années 1614 et 1620 par l’architecte „de la cour Salomon de K aus , mais demeurés imparfaits ii cause des guerres.“
„9. Lafontaine des princes > autrement Lafontaine de „Charles-Philippe son fondateur en 1738 et qui la lit „ renouveler trois ans après.“
Cette fontaine dont l’eau s’échappe en un léger fdet, mais d’une qualité délicieuse, par une tête de lion, est dénuée de tout ornement. Seulement au dehors , une tête de lion énorme en domine la porte , et sous laquelle on a gravé le chiffre de Charles-Philippe avec l’année 1738. En descendant à la fontaine, on lit de plus sur une plaque à droite,
l’historique suivant de sa restauration dans l’année 1741 : Sous la direction d sIIcol andre Bctbiena et pur les soins et le
travail de Henri Neeb , cette source a été réparée et a jailli plus pure.
„ 10. Place autrefois occupée par la maison de plaisance „des électeurs dans le magnifique jardin du château, et „ou se trouvoit l’entree du dit jardin crée sous Frédé— „ deric \r. de 1614 à 1619 par les soins de Salomon de „ Kaus.“
,,11. Ruines des arcades qui menoient dans l’intérieur „de la petite grotte ainsi qu’à des bassins et à des fon— „ taines , et entreprises a la meine epoque et par le même „architecte que la construction ci-dessus.u On arrive à ces arcades, en prenant après la fontaine de Charles-Philippe, le premier chemin à droite qui y conduit par quelques détours dans la même direction. Toute la voûte des arcades est écroulée, et les cintres du fond, leurs seules restes aujourd’hui et devenus des espèces de i niches, ont également beaucoup souffert. Des colonnes rondes et entourées de cinq rangs de larmes cristallisées, séparoient ces arcades sur les quelles regnoit un long ensablement renfermant des pilastres en nombre pareil à icel ni des colonnes. La frise, au lieude colonnes, avoit reçu des pilastres quarrés d’une élévation moindre et aussi avec des ceintures de cristallisation. Les dix cadres formés par ces pilastres contenoient autant de sujets de la mithologie exécutés en bas reliefs. La frise étoit surmontée du même entablement que les arcades; il portoit une balustrade divisée aussi en dix parties: les colonnes qui indiquoient ces démarcations, servoient de piédestaux â de grands vases de fleurs. Ce bâtiment de cent-trente pieds de longueur sur près de quarante de hauteur, n'a pas même ^ardé un débris de ses nombreuses sculptures , propre à en i ixer le mérite.
,,12 Le boulevard vis-à-vis du jardin , renfermant des „ chemins souterrains de communication et aboutissant ,,par des allées de traverse aux tours du château.“
„ 13. Boulevards de pierre et avec des issues voûtées „ nommés la caponniere aux XV il. et XV III. siècles^“
„14. Sous cette place et dans le sens indiqué sur le „plan, descend du château un souterrain qui passe sous „les voûtes du rempart Nr. 12., et du boulevard Nr. 13. „et suit la pente du Jettenbuhl.“
„15. L'ouvrage avancé de la ménagerie bâti par „l’électeur Charles en 1683, et détruit par la poudre „en 1693.“
„16. Fortifications sur la pente du Jettenbuhl.“
„17. Le dernier ouvrage avancé de la partie du nord, „élevé en 1683 par l’électeur Charles sur les débris du „bâtiment de l’ancien jeu de paume. Ruiné avec les „fortifications des environs, dans la guerre d’Orléans, „et depuis le commencement du XVIII. siècle appelé „ le trou auoc renards
„ 18. Le corps de garde de cet ouvrage avancé com- „ muniquant par des allées voûtées avec les fortifications „ adjacentes.“
L’entrée de ce corps de garde où on ne pénétré plus , étoit dans la dernière cour en descendant le chemin de pied du château à la ville. Les pilastres de la porte n’avoient point de chapiteaux, et soutenoienl un entablement cintré dont le frontispice se composoit d’un grand cartel des armoiries de l’électeur: ce cartel difîeroit essentiellement des ornemens de même sorte mis sur la plupart des bâtimens de
île la résidence. Les objets qui ont coutume d’y remplir trois écussons sont ici rassemblés dans un seul de forme ronde porté par un piédestal et appuyé sur une réunion d’instrumens de guerre. Le cartel est couronné du bonnet électoral sur le quel un lion se repose des pattes de devant. Autour de l’écusson, on lit dans un ruban de l’ordre de la jarretière les mots: Honi soit qui mal y pense ; depuis Frédéric V. ils appartenoient par un don des rois d’Angleterre à l’écusson palatin. La date du monument étoit indiquée sur le piédestal par l’année MDCLXXX1II: si on n’y voit point le globe de l’empire, c’est que la guerre de trente ans avoit transporté ce vieux titre palatin avec l’arclii-chancelierie à la Bavière; mais la paix de Westphalie créa un nouvel électorat en faveur de la maison palatine de Wittelsbach qui, après l’extinction de la branche de Bavière du même nom, recouvra tous les anciens droits des électeurs palatins. La sculpture de cet ouvrage est très-soignée sous le rapport du ciseau , mais ne va guères au-delà du médiocre pour le dessin.
„19. Lieu où fut jadis la tour Charles bâtie par l’é- ,, lecteur de ce nom en 1683, mais bientôt apres, et la „première de tous les édifices du chateau de Heidel— „berg, détruite entièrement par la poudre le 18 jan— „vier 1689.“
Il est permis ici de dire : ou fut la tour Charles ,* car il ! ne reste pas même un coin de fondation a en enseigner la place qui seroit bientôt inconnue sans les gravures ou elle a été conservée. En descendant du jardin en ville pai un •sentier qui longe la ruine, on rencontre, attenant au sen lier, là où il tourne à gauche, une construction qui annon— | ceroit elle— même une espece de tour par la forme singuhei e :de ses murailles dont l’espace s’élargit à mesure qu’elle avance vers la pente du terrain. Cette construction où il I subsiste encore quelque chose des anciennes routes, servoit
aux communications avec les divers étages de la tour qui, au moyen de ces corridors , sembloit s’isoler de la forteresse» Son noble emploi , dans cette position comme detachee en avant pour protéger le château, n’aura point ajoute un petit intérêt à sa dignité naturelle. Considérée sous le rapport militaire , la tour Charles réunissoit les deux avantages des tours de Frédéric le victorieux et de Louis Y. Ses cinq rangs de batteries dominoient également l’ouverture et la clôture du vallon de Heidelberg» Le toit de la tour etoit peu élevé , et coupé par une plate-forme qu’entouroit une riche balustrade. Au-dessous de l’entablement, on avoit mis une plaque avec ces mots en grandes lettres d’or : oppugna oppugnatores meos } MDCLXXXI1II. attaque mes assaillans, 1684.
„ 20. Le petit rempart du château construit sous l’électeur 5) Frédéric 1Y. et crevassé par la poudre dans la guerre ,, d’Orléans.“
„21. Le chemin du château en ville après avoir quitté „les fortifications de la partie du nord.“
Ce chemin est soutenu du côté de la montagne par une muraille dont l’établissement et les réparations sont marquées sur des plaques de pierre, posées â distance dans sa longueur. La plus ancienne apprend que l’électeur I réel éric II. a construit cette muraille dans l’année 1552. On est surpris, en raison du peu d’importance de ces plaques, de trouver ici comme le sculpteur, dans les initiales D. C. Y. le même artiste qui a orné d’un écusson de la famille si savamment travaillé, le dessus de l’arcade inferieure d’un des bâtimens de Frédéric IL dans la cour. Trois restaurations de la muraille y sont rapportées de la même manière : l’une par l’électeur Charles-Louis en 1651: la seconde cent
ans après sous Charles - Théodore , et la derniere de l’e— lecteur Charles - Frédéric de Bade en 1805, depuis la
cession du pa^s a cette maison par le traité de Luneville.
,,22. Environ où étoit la grande chancellerie bâtie par „l’électeur Frédéric I. sur le local de l’ancienne „chancellerie brCdée en 1462; où a depuis aussi été un „nouveau bâtiment du gouvernement commencé par „l’électeur Louis VI. en 1581, et fini en 1583: mais „ enseveli sous ses décombres au mois de Février 1689 „dans la guerre d’Orléans.“
„ 23. Maisons avec leurs dépendances sur le terrain où „selevoit jadis l’hôtel des monnoies avec ses quatre „tourelles, détruit aussi dans la même guerre.“
„ 24. La terrasse du jardin bâtie au tems de ses ein - „ bellissemens sous l’électeur Frédéric V.“
Les arcades qui forment la muraille de cette terrasse, n’y ont ete employées que comme moyen d’une plus grande résistance contre le poids des terres qu’elles auroient à soutenir. Aucun lieu de la ruine et de son enclos ne présente une vue aussi étendue et plus entière du vallon de Heidelberg que la terrasse du jardin. La chaîne étroite des habitations de la ville s’y déploie dans toute sa longueur. On a aussi là les détours et les circuits les plus intéressans du cours du Necker : cette place fait surtout valoir l’élé gance si pittoresque du pont qui joint les deux rives du fleuve. Les montagnes resserrées où il coule captif et grondant , remplacées subitement par les vastes plaines qui appaisent ses murmures en le rendant à la liberté, ont encore quelque chose de plus gracieux. C’est une suite de collines et de vallées charmantes dans leurs mouvemens, et d’un aspect également flatteur , soit qu’elles doivent à l’art une végétation féconde, soit que la nature les tapisse de forêts.
La ruine a de même l’avantage de s’offrir de la terrasse du jardin sous ses deux principales façades 5 et la maniéré admirable dont elle s’adosse aux montagnes qui la dominent, en en complétant le tableau vers la gauche, fera naître, ou du moins rappelera la cnmparaison de ce riche assemblage d’objets avec une composition de Claude Lorrain (25).
La terrasse du château, et celle qui se glorifie déposséder ce magnifique paysage , font ensemble les deux extrémités du jardin. Les limites en sont par conséquent trèsbornés ; néanmoins il peut attacher longtems par le nombre et la constante variété de ses points de vue. L’espace entre lts deux terrasses n’existoit pas plus que la terrasse moderne avant l’électeur Frédéric Y. Ce prince en les créant l’un et l’autre, a accompli dans la partie de l’est de la résidence, ce qui avoit été exécuté du côté opposé par l’électeur Louis Y. quand il imagina la terrasse du château.
A l’exception d’un plateau de 150 â 200 pieds qui fournissoit à Frédéric une petite surface unie, là où croissent maintenant des arbres ombrageant quelques tables, le reste n’étoit qu’une continuation de la descente de la montagne plus ou moins rapide , et hérissée de sinuosités. Frédéric commanda de remplir toutes ces profondeurs au niveau du plateau; d’énormes masses de rochers, des montagnes disparurent à cet effet; et de ces abîmes comblés ainsi que de l’applanissement des hauteurs, est sorti le présent jardin de la ruine. Des terrasses furent pratiquées en une multitude d’endroits , et qui s’enveloppèrent de belles balustrades de pierre. Le même ornement s’étendit à toutes les murailles de la nouvelle création. Des grottes , des fontaines , des
(25) La grande planche de notre entreprise des vues de Heidelberg qui a reçu cet éloge fpage 24) est dessinée dans la même direction que le paysage qu’on de'couvre de la terrasse du jardin , mais d’un point plus éleve' , et qui nous a permis d’y amener cette terrasse elle-même , comme un des plans du tableau.
jets d eau , des ruisseaux , en animèrent partout l’emplacement naguère si sauvage. On distribua le jardin en parterres , en allées, en bosquets. Des orangeries et des serres du plus grand luxe furent établies pour recevoir des arbrea piecieux. . . . Enfin on peut dire que Frédéric dans cet ouvrage fit une seconde fois sortir îa nature du néant. Malheureusement on doit ajouter qu’elle exista à. peine: en 1()20 déjà, la 'guerre de trente ans interrompoit les travaux qui demeuroient a finir, et ne tarda point à en ruiner les parties achevées.
Toute la bâtisse extérieure, c’est-à-dire celle des murs d’appui , est encore dans le même état ; mais le tems a successivement enlevé les constructions qui couvroient le jardin de Frédéric V. La partie des eaux s’est également perdue; et petit-à-petit les courans qui l’alimentoient , ont été utilises ailleurs. De la végétation de ces tems , les arbres sous lesquels on a abrité des tables pour le service de l’auberge du jardin, sont l’unique survivance des plantations de Frédéric V.: ils appartenaient à des berceaux de charmille, dont ces brins, aujourd’hui des arbres déplus de deux cens ans , auront été épargnés dans la destruction des berceaux. Des compartimens du même genre décoroient alors tout le quarré compris entre ces souvenirs vivans d’une des plus brillantes époques palatines et le fossé vers la tour fendue. Depuis, on a fait de ce quarre le jardin botanique de la ruine , mais il est employé simplement aux céréales et à quelques autres articles les plus ordinaiies de la culture rurale pour l’usage des jeunes gens I de l’université.
La grotte intitulée dans ces tems la grande grotte , est aussi le dernier reste des productions hidrauliques de Frédéric V. L’architecture du portail s’en maintient assez entière , mais la plupart des sculptures ont péri. Sa base i étoit formée de quatre gros piliers quarrés dont les deux de l’intérieur se distinguoient par une légère projection.
Chacun de ces piliers contenoit dix morceaux de pierre sortant et rentrant tour — à-tour les uns sur les autres, et creusés au centre en manière de niches arrondies où la pierre suivoit la même irrégularité. Les piédestaux des deux piliers de la porte reposoient, celui de gauche sur un ours endormi, et le second sur un sanglier dans la même situation. Leurs chapiteaux portoient des cerfs couchés. Au lieu de ces bêtes fauves , on avoit surmonté le troisième et le quatrième pilier d’obélisques du stile des piliers , c’està-dire comptant aussi dans les fûts plusieurs pièces de saillie iuégale. La voûte de la porte étoit traitée de la même lacon pour la disposition des neuf pierres pendantes dans la longueur qui la composoient : elles donnoient asile sur leur cintre à un cerf et à un chevrenil séparés par un singe. Ces animaux remplissoient en outre deux ouvertures attenantes au cintre , et qui avec les pilastres contre les quels s’appuyoient les cerfs couchés , faisoien; l’entablement de la construction. Des ouvertures avoient de même été laissées sur le frontispice. La plus grande récéloit un lion. D ans la direction du lion, un bouc étoit debout au sommet de l’édifice. Il avoit à ses côtés un singe et un renard, et plus bas un tigre avec un loup sur les chapitaux de l’entablement. Le dedans de la grotte est réduit à la simple nudité des murs.
Non loin et à gauche de sa porte , il y avoit un bassin dont la statue colossale du Rhin occupoit le milieu, et qu’entretenoient dix branches d’eau partant du lit de cailloux sur le quel le Dieu étoit allongé. L’enfoncement du gazon à ce même endroit continue de marquer le canal du bassin; et on voit également près de la muraille en face où ils ont été rejettés, des morceaux de la figure et son urne percer les broussailles qui remplacent leur ancien entourage aquatique.
Le mur de la terrasse au-dessus de la grotte a aussi sauvé un débris des monuraens de Frédéric V. Il faut le
detenei sous la végétation dans l’angle du dit mur avec celui qui borde le chemin du pied de la montagne. Cette production aura ete le couronnement des travaux du jardin: elle consistoit en un seul arc d’une courbure presqu’insen— sible au centre , et soutenu par deux colonnes rondes avec une Irise sur laquelle pésoit un grand entablement. La statue de l’électeur servoit de frontispice à l’ouvrage. Elle s elevoit dans une hauteur de quinze pieds sur un socle ayant de fortes consoles repliées pour supports, et pour complé ment du frontispice.
Les colonnes de la fondation n'étoient pas moins remarquables par le mauvais goût de leurs fûts entrecoupés cinq fois de larmes pétrifiées, que par des chapiteaux d’une exécution nu contraira qui les eut mis partout à leur place.
La plaque cle fentablement rendoit dans quelques lignes ! d’inscription les efforts qu’avoient coûté ces jardins confiés comme toutes les entreprises de même sorte sous Frédéric Y. a l’architecte de la cour Salomon de Kaus. L’inscription s’exprimoit ainsi:
« Frédéric roi de Bohême et comte -palatin du Rhin 3 en a précipitant les monts dans laprofondeur des vallées , a transc porté à Vertumne ces lieux consacrés autrefois ci Diane , les « a ornés de conduits d'eau , de viviers , de fontaines , de «grottes , de statues , de plantes , de fleurs et d'arbres d'une (c grandeur considérable apportés par un artifice tout par - « ticulier du jardin du faubourg au château. Il a achevé « ce travail et Va arrêté ici dans l'année 1619.
La statue du prince avoit été placée de façon qu’elle domina l’ensemble du jardin. Frédéric sembloit s’y plaire a considérer les fruits et le succès de son désir de faire ce ! qui pouvoit être agréable à la hile de Jacques I. 11 étoit i revêtu du manteau électoral par-dessus son armure complété, et le chef découvert. La main droite de la statue se détachoit du corps , et elle tenoit dans la gauche une épée nue, et le globe de l’empire.
On avoit amené une fontaine dans la niche de cet arc de triomphe, et où le Dieu de la mer lui— meme n’avoit point dédaigné de descendre : il étoit arme du trident. Un de ses pieds posoit sur la base de la lontaine, et avec l’autre il fouloit la tête d’un dauphin, et en faisoit jaillir une source abondante.
Le Wolfsbrim ,
it-
OU la fontaine du loup.
Les détails de la ruine ne vont pas plus loin que cette fontaine; mais une des issues du jardin qui touche ici au mur dont elle dépendoit, sera une introduction a d autres détails dignes d’en être la suite. Les escaliers de cette sortie du jardin aboutissent au chemin d’un des environs les plus anciennement et les plus justement renommés de Heidelberg. Ce chemin, ouvrage de Mr. l’ex-directeur de la ville Pfister , et que nous avons déjà appelé ailleurs V hommage du goût au sentiment dirige vers le àà olfsbrun par une galerie de tableaux ravissans. Celui qui se découvre de l’autre côté de la rivière à la moitié du chemin , et qui augmente de richesse à mesure qu’il reste moins éloigné , a le double avantage de son mérite, et d’ajouter au mérite du paysage du Wo Ils brun. Sa composition pleine et si deve loppée prépare au contraste le plus complet avec la solitude du lieu qu’il précède, et qui donne plutôt à croire, dès qu’on se trouve au V\ olfsbrun , que l’univers n a point étendu ses bornes au-delà de ses collines silencieuses. Mais le vallon qui les unit , a perdu son plus bel ornement : il a vu tomber le tilleul centénaire dont les teins cachoient l’impénétrable et mistérieuse retraite de Jetia. Le voyageur
cherchera dans sa dernière enceinte la fontaine au-dessus de laquelle s’elevoit naguère l’arbre sacré qui assistait à la naissance des siècles. C’est là qu’il doit sur la place où est ne de la mort de Jetta dévorée par une louve, le nom de IFolfsbrun ou de la fontaine du loup , payer à son sort le tribut d’une réflexion fugitive, et un peu en avant de la fontaine, où fut le tilleul, gémir sur la barbarie qui a abandonné à la hache de la cupidité (26) le temple que la végétation, en sa qualité de reine au Wolfsbrun, avoit voulu consacrer par-là à la mémoire de la lille du nord. Mais heureusement que la nature, afin de la rendre impérissable, ordonna dès le tems , qu’en souvenir du malheur de Jetta , une teinte de mélancolie douce demeureroit pour toujours attachée au vallon qui venoit d’en être le témoin, et auroit même la faculté de se répandre sur tout ce qui l’aborderoit.
Le Wolfsbrun étoit un des lieux de délassement favoris des princes palatins. L’électeur Frédéric H. (1544 à 1556) mit déjà son plaisir à l’orner de bosquets , de jets d’eau , de ruisseaux et de viviers (27) dont quelques-uns subsistent ■ ■ » - ■— > - — —
(26) Le tilleul du Wolfsbrun e'toit un monument à plusieurs égards. Xfhistoire naturelle pouvoit le reclamer comme tel, tant pour la grosseur I unique du tronc de l’arbre qu’à cause de la circonférence également éton- < nante de son feuillage. Il n’appartenoit pas moins à l'histoire des choses ü curieuses par une vétusté de plusieurs siècles dont sa vigueur ne sou droit
Irien encore* mais ce qui devoit en làire un monument inviolable, céloit l’image vivanle autour du tilleul de tant de générations de princes, qui avoient usé de son ombre, en admirant déjà aloxs en lui la beauté et Ir force de la végétation au Wolfsbrun. Ce précieux et antique souvenir a
Iété jeté par terre sous le prétexte qu il nuisoit aux tiuites, en privant de soleil le même bassin que fournit la source de Jetta, et ou sont effectivement gardées les plus belles 5 mais sa condamnation a aussi entraîné dans i le tems tous les arbres du Wolfsbrun qui comptoient plusieurs autres centenaires outre le tilleul de la fontaine.
(27) INous en avons donné une vue dans la collection de nos petits paysages de Heidelberg. Elle est tirée dune gravure de M en an du dix-
[i septième siècle.
toujours, et nourrissent comme alors, nombre d’excellentes truites. Mais le vestige de la modernisation , non moins redoutable que la manie d’innover , parcequ il s empare également volontiers de l’ignorance et de la médiocrité , vient de dénaturer le W olfsbrun. Il a substitue une misérable pagode à l’habitation des champs qui avoit suffi pendant des siècles à la noble famille du château de Heidelberg. Le terrain parmi ces mutilations, n’est pas meme demeuré l’ancien terrain. De vieilles terrasses et de vieux murs n’existent plus. La fontaine qui couloit près de la maison et qui faisoit par sa forme une des décorations les plus pittoresques du Wolfsbrun, a cessé de l’embellir. Elle s’est raccourcie dans les dérangemens de terre exiges par les nouvelles bâtisses au point de devenir digne de leur ridicule conception.
Véritablement, on eut pardonné dans l’ancien Wolfsbrun à l’ami des jouissances pastorales qui, cédant aux idées du passé et aux impressions présentes , auroit animé la fraicheur, la pureté de l’air, le murmure des eaux, le parfum des fleurs et l’éclat de la verdure , pour en faire les divinités permanentes de cette petite d hebaïde. Uu cabaret a imposé silence â tout cela; et c’est ainsi que le bruit le plus ignoble répond seul maintenant aux échos d’un lieu qui ne devoit jamais parler qu’au coeur et à la pensée.
Le chemin pour en sortir, ramène jusqu’au moulin de 1’ entrée du Wolfsbrun. De là, il tombe, à travers le hameau de Schlierbach sur la route de Stuttgard et presque vis à-vis de l’abbaye de Neubourg, où l’établissement d’une station journalière de bateaux sur le Necker, permet de passer à toute heure*
L’abbaye de Neubourg.
Le mérite d’une situation toute opposée à la situation du Wolfs brun a acquis à V abbaye de Neubow'o- une célébrité comparable à celle de cet ancien rendez-vous de plaisance de la cour palatine. Elle est assise sur un plateau détaché à mi-côte de la montagne, et commande tout le vallon de Heidelberg avec le fleuve et les admirables sinuosités des collines qui enchaînent ses deux rives (28). Les paysages sont nouveaux à chaque pas dans le trajet de l’abbaye de Neubourg à Heidelberg le long de la rivière.
„25. Ici commence proche d’un mur de jardin , le „ sentier pavé et tres-roide qui conduit, en tirant toujours vers la droite, à la place du vieux château ruiné „par le tonnere sur la montagne du petit Geissberg „dans l’année 1537.“
L’explosion qui détruisit cette première résidence des comtes palatins, en a même rendu l’emplacement meconnois- ] sable. Ses formes sont défigurées de bouleversemens de terrains sous l’efîort de la poudre. La tour ou en lut le i magasin, occupoit vraisemblablement l’endroit marque aui jour d’hui d’une cavité entre deux eminences qui auront alors été réunies par des constructions. Le plateau supérieur présente un des plus vastes paysages non seulement de Heidelberg, mais de la contrée, et destiné à tenir aussi par
(28) Un homme de goût , ami de la nature autant que des arts , et qui pour en jouir à sa source, vient tous les ans de Mannheim passer les -beaux mois à Heidelberg, n'a point craint de nommer l’abbaye de Neubourg un nouvel Ilélicon : il vouloit meme y voir les Muses cachées sous lies neuf peupliers qui s’élèvent au pied du vallon, et le séparent du vilqlage de Ziegelhausen.
la richesse qui se joint à son étendue, une des pages les plus brillantes dans les annales des voyages de l’étranger.
Un mur de pierres seches qui suit toute la pente de la montagne , est un reste des retranchemens des Suédois dans la guerre de trente ans.
Le Koenigstuhl.
En continuant le chemin par lequel on arrive, après avoir quitté le jardin de la ruine, au sentier du vieux château sur le Geissberg, la première ouverture du même cote, conduit â la montagne du Koenigstuhl. Cette montagne est la plus haute aux alentours de Heidelberg : elle jouit par conséquent d’une vue immense : mais cette recommandation n’y est point en faveur du paysage, dont les objets se rapetissent trop alors par l’éloignement. La promenade du Königstuhl peut être faite de deux laçons, soit en prenant un sentier, aussi pavé et roide, qualifié d’ouvrage des romains , qu’on rencontre â peu de minutes de l’entree dans la forêt à gauche , soit en gardant la route de voiture. Le sentier diminue beaucoup la distance du chemin, mais non sa difficulté.
Le Riesenstein.
Une promenade plus agréable comme aussi moins fatigante , et qui mérite dans tous les cas d’être connue, est relie qui mène par le même chemin, au rocher dit le
Riesenstein ou la pierre du géant. Cette pierre couchée dans sa longueur, s’est détachée seule de la masse de roche au bas de laquelle sa chûte semble l’avoir déposée, et même après avoir attendu que des appuis eussent été préparés pour la recevoir. Une ouverture étroite ménagée par hazard entre la grosse pierre et une pierre plus petite qu’elle soutient, laisse échapper dans l’entre-deux des pierres, un coin du paysage de la ville avec le pont et les montagnes plus loin , d’un effet très-original (29).
Le chemin qui gagne le Riesenstein, commence là où on quitte la coupure de la montagne pour tourner à gauche, et avancer le long d’une vallée profonde et plantée de chataigners, qui borde alors la droite de la route. Un sentier descend dans la vallée, et passant près des immondices d’une carrière de pierre exploitée plus haut, devient bientôt un bon chemin qui va jusqu’en ville, et nouvellement construit pour faciliter la promenade à la pierre du \ géant.
Heidelberg se montre là sous son jour le plus favorable. On croiroit du Riesenstein qu’il ne renferme que des maisons d’apparence: mais surtout le château et la colline du Jettenbuhl, y sont sur leur véritable lieu de triomphe. Aussi la place de ce paysage ne sauroit-elle être trop re- ; commandée (30).
(29) Cette vue fait partie de notre collection des petits paysages de i Heidelberg.
(30) On en trouvera Je dessin dans la même collection, et dans celle de nos lithographies au nombre des moyennes et des petite» feuilles.
Du petit Geissberg.
Avant de se rendre au Riesenstein, on peut profiter de la même occasion pour connoître également , et par une voie plus aisée que le sentier Nro. 25. , la vue sur le petit Geissberg. Elle n’est éloignée que de deux à trois cens pas du point où la vallée de chataigners arrête le chemin creusé dans la montagne. L’espèce de porte qu’on appercoit sur
un mur à droite en débouchant de ce chemin , mène en
quelques instans au plateau de l’ancienne résidence palatine.
De Neckersteinacli.
La promenade du Wolfsbrun est aussi dans le cas de servir comme celle du Riesenstein , d’acheminement vers une partie non moins intéressante des environs de Heidelberg. En prenant, au lieu d’aller à l’abbaye de Neubourg, la droite de la grande route où aboutit la sortie du vallon de Jetta par le hameau de Schlierbach, on arrive en deux heures de marche, à la petite ville de Neckergemund, distante elle— même d’une demi- lieue du bourg de Necker— steinack. La situation de ce bourg , et surtout son abord, après avoir traversé la rivière à Neckergemund, en font un endroit des plus pittoresques. Il est précédé de quatre vieux châteaux forts, dont les deux premiers , bien avancés dans leur ruine , pendoient sur le revers d’une montagne escarpée. On avoit assis les autres sur deux éminences dependantes de la même montagne, malgré leur applatissement , mais tout-à-fait séparées de celles qui s’élèvent derrière les châteaux. C’est cette séparation des montagnes
qui fait le charmant vallon de Neckersteinacli : ses prairies doivent une fraîcheur perpétuelle au voisinage de la forêt, et aux courans d’eau qui les divisent en plusieurs sens, et se reunissent en avant du village pour grossir la petite rivière de Steinach une des plus anciennes, ou plutôt le ruisseau le plus anciennement cité loin à la ronde. Déjà au huitième siècle, son nom paroît dans des fixations de limites. La famille eteinte à présent, qui avoit son domicile au même lieu, remontoit egalement aux teins reculés: il en subsiste des docuinens de l’année 1140. On doit supposer qu’un des quatre châteaux a été son manoir seigneurial, et que c’étoit apparemment celui qui penche sa ruine sur le village de Neckersteinacli , dont le château aura amené plus tard l’établissement, par la protection qu’il accordoit à cet alentour.
Les autres châteaux quoique sans doute plus modernes, n’ont pas mieux percé les ténèbres du moyen âge : leur source est de même ignorée; mais ils auront été certainement bâtis dans l’intention d’ajouter à la puissance des maîtres du premier château, en en gratifiant des vassaux, dès-lors engagés à les servir et à les défendre envers et contre tous. Un de ces vassaux a commencé la maisou de Landschaden y mot qui veut dire dommage du pays. Elle a été désignée de ce nom resté ensuite celui de la famille, parcequ’inattaquable dans ses forts de Neckersteinach , elle levojt impunément des tributs sur le pays , pilloit , ou ranconnoit les voyageurs et les marchands , et causoit par-là le plus grand tort aux communes ainsi qu’au commerce.
Il n’y a pas très-longtems que cette famille de Landschaden a cessé d’exister. Un de ses châteaux continue d’être habitable, et dont la salle des chevaliers a gardé le ton et les formes antiques. Le bâtiment avoit ses communications à l’extérieur par des galeries voûtées en pierre et à colonnes semblables.
L’église du bourg- est aussi très-ancienne: elle renferme
quelques tombeaux d’une date qui commence pareillement
à s’éloigner. Le retour de Neckersleinach à Heidelberg sur le Decker, offre un trajet des plus agréables, principalement quand le soleil prêt à disparoître, y joint le magnifique spectacle de sa de*ente sous l’honson.
De la ville de Heidelberg.
La ville de Heidelberg aura exclusivement laissé à la nature le soin de lui choisir son lot , dans la distribution du mérite dont chaque pays devoit êlre plus ou moins pourvu; et en effet, sa position serrée entre un fleuve et des montagnes, lui interdisoit de s’adresser à l’art, ne pouvant jamais espérer de jouer un rôle bien considérable comme rassemblement de maisons. Mais la nature l’a abondamment payée de sa confiance; et le site le plus riant, le plus gracieux, une rivière pittoresque, des plaines et des montagnes à l’envi fécondes, des prairies , des ruisseaux, des coffines et des vallées qui servent de prolongemens aux rues de Heidelberg, et en font une habitation de plaisance au milieu d’un immense jardin , lui attribueront constament une première place parmi les lieux les plus recherchés des voyageurs de toutes les nations.
De l’église du St.-Esprit.
On a déjà vu que l’art , loin d’être ici jaloux de la préférence , s’étoit au contraire associé à la nature , et que s’emparant du chef- d’oeuvre de ses créations autour de Heidelberg, il avoit déployé les plus brillantes richesses
sin Je Jettenbuhl. Heidelberg peut par— conséquent se présenter a\ ec une egale assurance aux amans de la nature, et aux connoisseurs comme aux amateurs des arts. Cependant, sous ce dernier rapport, il doit aussi de lui-même à son antiquité, quelques restes des vieilles façons si curieuses et toujours si agréables de bâtir d’autrefois. L’église sur le marché dite V église du St. -Esprit , seroit même â cet égard un li es— beau monument, si la séparation de la nef en deux parties, lors de la séparation de réligion, n’avoit rétréci cet edilice grand et spacieux dans son origine catholique, au-dessous d’une chapelle de village dont les proportions ne seroient pas trop estropiées. Elle a été entreprise vers le commencement du quinzième siècle, par l’électeur palatin et roi des Romains Ruprecht, et finie par son fils l’électeur Louis III.
De la maison dite l’auberge du chevalier
St.-Georges.
Yis-à -vis de l’église, une maison a survécu à la destruction entière de la ville de Heidelberg par les flammes de la guerre d’Orléans. Cette maison voûtée dans tous les étages n’aura'pu être atteinte du feu. Le frontispice en est un musée réel (*) : il plie sous le poids de sculptures, parfois un peu burlesques, mais où beaucoup montrent un dessin facile, et une facilité pareille de ciseau. Elles tiennent le milieu entre la bonne époque de l’art de Frédéric II. et sa décadence sous Frédéric IV. La maison est de l’aimée 1592.
On découvrira les chiffres de cette date au premier étage,
(*) Il est seulement a craindre que la folie de faire du moderne avec du vieux , n'exerce d'un instant à l'autre sa triste influence sur ce curieux et interessant monument.
et sur sa première fenêtre à deux battans de droite, audessous d’un écusson tenu par un ange, et que remplit un lion dressé.
De l’église des Jésuites.
Le portail de l’église de la paroisse catholique de Heidelberg, annonce une construction moderne. Quoique l’ouvrage n’en soit pas exempt de reproches , cependant cette façade avec les hauts pilastres et les fenêtres à festons religieux, qui se partagent le reste du vaisseau de l’église, en font un bâtiment très-imposant et de véritable décoration publique. Mais l’intérieur mérite une grande préférence* Deux rangs majestueux de piliers en soutiennent la voûte qui est très-unie ; et une égale sobriété d’ornemens sur toutes les autres parties de l’église sert beaucoup â accroître l’air de grandeur naturel de sa distribution.
Au reste on reconnoît ici l’ouvrier à l’oeuvre. Les jésuites ont élevé leurs monumens comme ils élevoient les hommes, sur la simplicité et la solidité, et pour la duiée. L’architecte de leur église de Heidelberg etoit un des membres de l’ordre, du nom de Meyer . Le* même a aussi bâti l’ancien séminaire de Heidelberg devenu la maison des aliénés , et l’église des jésuites a Mannheim.
De l’église de St. -Pierre.
V église de St. -Pierre située un peu hors de la ville et au pied de la montagne du petit Geissberg est plus ancienne (pie l’église du St. -Esprit. Ses fenêtres sont maintenant
dégarnies de vitraux; ;nais elles ont été des modèles d’une élégance singulière et tres-variée dans leurs compartimens gothiques. L’église contient de plus en dedans et sur ses murs vers le cimetière une suite de tombes et d’épitaphes de plusieurs siècles, et aussi intéressantes à parcourir pour le teras au quel elles reportent la pensée qu’à cause des sculptures qui couvrent quelques-unes de ces pierres funèbres.
La place d’armes et la porte du milieu de
Heidelberg.
Non loin de cette église s’étendoit naguère une des places de Heidelberg. On la désignoit sons le nom de la place (Pannes. On eut aussi bien pu lui donner le nom de la place unique (31). Elle réunissoit à-la-fois le grandiose par ses dimensions, et le pittoresque par l’admirable paysage de son enloncement, où des bàtimens d’une composition comme étudiée pour le meilleur eilet du tableau, se reposoient sur un lointain de montagnes des formes les plus délicieuses. Cette place n’est plus. On en a fait l’espèce de cour d’un édifice qui en usurpe (32) près de la moitié, et
(31) Celle place s'entouroit d’arbres el d’un mur de trois à quaire pieds de haut dans toute sa longueur. Elle étoit interdite aux chevaux el aux voilures 5 ce qui la rendoit comme lieu journalier des amusemens d’une multitude d'enf’ans, extrêmement favorable à la tranquillité des familles.
(32) 11 n’est pas dans notre intention de blâmer le but de ce bâtiment, ni le bâtiment qui est à peine sorti de terre. Nous aurions au contraire applaudi à sa construction comme à un établissement dont man quoit Heidelberg, si on l’eut placé partout ailleurs; ce qui étoit aisé: tandis qu’il n’existe aucun moyen pour la ville de Heidelberg de recouvrer une place d’armes.
io *
où l’art jamais ne dédommagera la nature du coup d oeil si champêtre de la vieille place d'armes. Ainsi Heidelberg, sans but et sans nécessité, a renoncé, non pas simplement a une place utile, à une place tonte laite, mais à une place qu’il possédoit seul, parcequ’aucune autre ville n’avoit rien à lui opposer en ce genre. Heidelberg s’est privé par-la
d’un ornement qu’il ne retrouvera plus.
La ruine en a plus malheureusement encore entraîné celle de son monument le plus précieux. Comme chaque ville, et souvent comme chaque bourgade dans les tems ou la défense étoit personnelle, Heidelberg avoit été ceint de portes et de murailles. Les plus anciennes datoient du douzième siècle. Des sièges fréquens , et les bouleversemens partiels ou complets qu’ils attirèrent sur Heidelberg, ont successivement effacé beaucoup de cet antique entourage. Cependant une tour, la tour du milieu de Heidelberg , étoit toujours là pour en garder la mémoire, et dont la bâtisse inégale et rude pouvoit aider à remonter l’époque, jusqu’à celle des murs qui, les premiers, ont environné la ville de Heidelberg. Plus de six cens ans s’étoient donc écoulés depuis la fondation de la tour. Tant de siècles n’avoient rien ajouté, rien diminué à sa solidité. Son état deine u roi t le même, et ne demandoit qu’à rester le même. Seulement elle avoit fini par prendre avec les années, sa place au centre de la ville (33) comme étant en effet la place de la mère commune des bâtimens de Heidelberg, dont la tour avoit vu naître toutes les générations. Si les jours n’ét oient plus où elle les défendit contre l’ennemi de dehors, du moins un autre moyen s’étoit offert à elle, pour leur continuer sa protection. Une surveillance nécessaire, indis-
(33) Le faubourg de Heidelberg qui aura certainement commencé par quelques constructions autour de la porte de la ville, a petit-a-petit reculé ses limites, de manière à couvrir aujourd'hui un espace égalant à-peu-près celui de la ville proprement dite.
Pensable , avoit été établie dans le donjon de la tour contre les ac ci den s du feu , et perinettoit sur cet article si essentiel, la plus entière sécurité aux habitans de Heidelberg.
L’art et le goût se joignoient à cette utilité pour empêcher qu’on dut songer à mettre l’existence de la tour en doute. Considérée du faubourg, considérée de la ville, et principalement des promenades extérieures, elle étoit de tous les points une décoration pour Heidelberg. Sa base gothique construite d’énormes pierres taillées en saillie, et enveloppée d’une puissante balustrade aussi de pierre a la surface, l’étage octogone qui la couronnoit, et où on avoit renfermé une horloge la meilleure de la ville, et la plus commode pour le public, cet étage octogone surmonté luimême d’un toit plus moderne avec un clocher très-original par ses coupures (fruits, les deux, des embrasemens de la guerre d’Orléans) et encore d’autres détails ont rangé la tour du milieu de Heidelberg au nombre des objets qui se suflisent pour être remarqués.
Sa conservation ne devoit pas moins importer à l’orgueil (34) de la ville de Heidelberg. La tour du milieu
(34) Mr. le comte de St.-P. pair de France qui a passé une semaine du mois de juin à se rappeler Heidelberg où son enfance a été en partie élevée , s’y trouvoit au moment du premier coup de démolition donné sur la tour du milieu. Mr. de St. -P. homme d esprit naturel autant que d’esprit acquis, a augmenté l'un et l'autre de Instruction de voyages et de séjours dans des contrées différant de langue, de croyance, d’usage, et de moeurs; mais il avoit partout rencontré un point de ressemblance entre ces pays, dans 1 empressement de chaque peuple aujourd’hui à conserver ses rno nurnens , et à ne vouloir point être à cet égard un peuple nouveau. Cet empressement l avoit surtout frappé dans la Prusse où on rétablit avec tant de libéralité toute ruine, tant soit peu susceptible d être maintenue. En voyant donc des ouvriers s’agiter en foule autour du clocher de la porte du milieu , Mr. de St. -P. croyoit et applaudissoit au désir d’en avancer plus vite la réparation au moyen de cette nuée de bras : mais son erreur fut courte. Avant la fin du jour , il reconnut que la tour avoit au contraire, presque cessé déjà d’élre un objet réparable. Dans
étoit parmi ses bâtimens, un de ces vieux parchemins généalogiques qui, plus ils sont vermoulus et éloignés des formes actuelles, plus ils sont chers aux familles dont ils attestent d’autant mieux l’ancienneté. Le simple aspect de la tour déposoit aussi de l’origine antique des maisons qui se pressoient autour d’elle; elle étoit en quelque sorte le cachet de la ville de Heidelberg; et ce cachet étoit sacre, rien ne pouvant le remplacer désormais. Cependant la ville de Heidelberg va perdre sa noble armoirie. Ni la quantité de ses siècles, ni son utilité, ni de longs et loyaux services, ni sa solidité impérissable, ni l’interet qui rejai îssoit de la tour sur la ville, n’ont pu la garantir contre les attaques du vertige de la modernisation. Parcequ’il lui a plu de substituer ses froids calculs , son irréflexion et sa lé“éreté à de touchans souvenirs, la tour du milieu doit tomber, et sa vue ne fera plus battre les coeurs des vieilles familles de Heidelberg, en leur rappelant que leurs ancêtres aussi ont possédé le même monument , et qu’ils leur en avoient légué le dépôt pour le transmettre à leurs bis. Le silence remplacera les tons si pleins , si sonores de la cloche qui agitoit l’octogone dé la tour; et ses tons pittoresques n’avertiront plus à toute heure du jour et de a nuit, que la tour patriarchale veille pour la surete de a
grande famille des maisons de Heidelberg . . .
Le principal motif allégué en faveur du renversement de la tour, a été que sa construction, fort bonne pour le
son intérêt pour l’art et pour les monumens , Mr. de St.-P. nous demandoit alors si on ne pourroit pas , avant quil fut trop tard , engager l’autorité à intervenir près des bourgeois de Heidelberg pour les eclairer sur l’imprudence de leur décision , en consentant à une tebe destructmn Celle de la place d 'armes ne l’avoit pas moins surpris et il a quitte Heidelberg avec le regret, que cette belle place et ta noble., our du msleu »eussent pas été dans une ville attachant plus de pnx a etre une ■île ancienne par sa vieille tour , et d posséder dans sa place d armes
une décoraiion unique.
tems, n’étoit plus en harmonie (35) avec les bâtimens du jour , et surtout avec celui qui vient de mutiler la place d’armes : d’où il s’en suit que la chute de la tour du milieu de Heidelberg, est le triomphe du vandalisme de la prétendue civilisation sur le goût, le sentiment et la reconnoissance.
Des portes de Heidelberg.
Si le lourd et le massif étoient des recommandations en architecture, les deux portes modernes de Heidelberg auroient le droit d’être visitées. L’une conduit au pays de V urtemberg , et l’autre est la porte de Mannheim qu’on connoîtra assez-tôt en la traversant pour sortir de la ville.
(35) Si quelque motif pouvoit diminuer les regrets de la perte de la tour du milieu , ce ne seroit point la vue du vuide qui la remplacée ; et si on s’est plaint qu elle fut une ligne de démarcation trop-sensible entre la ville et le faubourg, assurément celte démarcation est encore bien autrement indiquée par l’état actuel des choses. Un village, même le plus ordinaire, ne voudroit point avoir dans ses murs la difformité qui résulte maintenant du passage ou de l’union de la rue étroite et si sombre de la ville, avec une rue qui, au contraire, présente en comparaison une espèce de place , par sa largeur comme par sa clarté ; et cela sans la moindre transition pour adoucir le déplorable effet du contraste. Le coté gauche des maisons de la grande rue, à y arriver de la porte de Mannheim, joue véritablament un rôle hideux dans ce contraste. Ainsi la ville de Heidelberg à beaucoup à se louer des soins de ceux qui se sont chargés de l’embellir, et qui ont sacrifié à de telles choses sa belle tour du milieu, cette tour la fille de ses plus vieux ha bitans , sur la quelle chaque étranger lisoit une antique origine, et qui n’étoit pas moins un monument pour le pays qu’un monument de Heidelberg.
La parle Charles , ou la première de ces portes , mérite quelqu’atlention de plus pour sa sculpture. Elles lont ensemble les deux extrémités de Heidelberg.
Le pont du Necker.
La porte du pont du Necker est mieux h sa place, quoique d’une date beaucoup anterieure aux portes de Mann beim et de Stuttgard. On l’apperçoit déjà sur des estampes du commencement du dix-septieme siecle, a\ec ses deux tourelles qui finissoient alors en toits pointus. A la veiité, cette porte n’auroit jamais pu être pésante , et faire l entrée du pont de Heidelberg. 11 étoit très-gracieux lui-même dès ce teins, sous sa construction et sa couverture en bois; et depuis la substitution des pierres à la charpente du pont, c’est sans contredit un des plus sveltes et des plus agréables qu’on puisse citer. Sa descente trop — roide veis la ville n’est pas une faute de l’architecte: il lui f al loi t balit ainsi ou bâtir ailleurs. La hauteur des arches du milieu du pont à nécessité la rapidité de la descente; et malgré celte hauteur, on n’a que trop souvent à regréter qu’elle ne soit pas plus forte encore, pour offrir plus de passage aux eaux, dans les crues si subites et si violentes du Necker qu’elles
menacent la solidité du pont.
Sa longueur est de six-cens-quatre pieds sur vingtquatre de large. On a établi un balcon sur le pilier qui termine chaque arcade, et à l’entour du balcon, une balustrade d’un effet aussi satisfaisant dans le détail qu à distance.
Au fond du premier balcon de gauche s’élève la statue de Charles-Théodore, composant son cortège des quatre principaux fleuves qui arrosoient les provinces palatines. Lue
Miuerve fait a l’autre bout du pont, par sa dimension et par sa pose, le pendant de la statue électorale. Elle est entourée aussi de quatre ligures emblèmes, selon toute apparence des quatre facultés universitaires. Ces sculptures ne se recommandent par aucun genre de mérite. Leur auteur a quelquefois réussi moins mal. Qn voit de lui à
Schwezingen quelques groupes de petites figures assez vivantes.
Du chemin des philosophes.
AP rès avoir quitté la gauche du pont, le mur en face est au bout de vingt à vingt-cinq pas interrompu par une ouverture qui commence entre des murailles de jardin, et se change de suite en un sentier bordé de haies vives. Le sentier avance étroit et un peu diflici’e, pendant l’espace d’un quart d’heure $ mais il dédommage amplement de sa fatigue en faisant arriver sur un lieu qui n’a point à craindre d’être comparé à beaucoup d’autres lieux. La promenade en est appelée le chemin des philosophes , et de tel coté qu’on le. prenne à l’issue du sentier, une égale satisfaction attend le choix du voyageur. La ville, le château , les boi s, les montagnes, la plaine, la rivière de Heidelberg et les lointains y paroissent avec tous leurs détails (36), sur un vaste amphithéâtre, pour y disputer de beauté, et le prix de la préférence.
i /.abbé Bertula , dans son voyage du Rhin , no craint pas à la vue du chemin des philosophes , déprouver des réminiscences du mont Pausilipe si anciennement et si justement célébré.
De la maison de Luther (37).
Le chemin des philosophes aboutit à gauche au village de Neuenheim. La dernière maison du village, du meme coté, se retire un peu de la route. Elle l'aisoit jadis partie d’un couvent dont les bâtimens d’une grande métairie plus haut, étoient aussi alors une dépendance. Cette maison ne présente plus qu’une cabane, mais elle est remarquable a cause du séjour de plusieurs mois que doit y avoir lait Luther pour se cacher en quittant l’assemblée de Worms convoquée en 1521 par l’empereur Charlequint. Les deux fenêtres du premier étage passent pour avoir été celles de la chambre où le moine se déroba aux poursuites dirigées contre lui. On lit sur le pignon de gauche d’une espece de pavillon contigu à l'a cabane, les chiffres 1525 qui auront été la date ou du petit bâtiment, ou de quelque réparation
du monastère.
Du Heiligenberg.
La droite du chemin , ou mieux du sentier des philosophes, se perd à l’entrée de la forêt, dans une route de voiture partagée en plusieurs branches, ( elle qui se dirige toujours vers la gauche, mène à la montagne du Heiligen-
(37) Nous avons donne une vue de la maison de Luther dans la collection de nos petites planches de Heidelberg. Le paysage n’en est plus si champêtre qu’à cette époque. On a comble une fosse pleine d’eau que le tems avoit creusée vis-à-vis de la maison. Un arbre dont la fosse éloit ombragée , et le petit pont qui laissait passage a I eau pour J arriver du chemin du village, ont de même disparu.
berg (33), une des plus anciennes et des plus renommées de l’Allemagne. Déjà au tems de leur domination sur la rive gauclie du Rhin, les Ptomains y avoient établi un fort avec une garnison. Cette montagne étoit appelée par eux le mont Pirus. Ils y dressèrent aussi des autels à Jupiter et à Mercure. Cependant la possession leur en fut souvent disputée. Au quatrième siècle, les Allemans détruisirent le château à diverses reprises ; et il resta un monceau de ruines, quand ces peuples se furent mis en jouissance paisible du pays.
Mais [lorsque le roi des Francs Clovis, après avoir complètement battu les Allemans en 495, aux plaines de Tolbiac , aujourd’hui Zulpich , dans la contrée de Cologne, eut petit- à-petit conquis leurs terres depuis l’embouchure de la rivière de Sieg dans le Rhin , jusqu’à la ville actuelle de Bade sur le haut Rhin , les rois des Francs bâtirent un château sur les débris de la forteresse romaine. Des domaines considérables y furent annexés; on peut même croire que c’est Clovis qui le dota dès-lors de l’appanage royal dont il n’est fait mention pour la première lois que sous la race Carlovingienne , le jour ou il distribua, selon l’usage, les terres des vaincus à ses soldats. Peut-être est-d aussi celui à qui appartient la construction du palais des rois Francs sur le Heiligenberg : car une vieille tradition raconte i que Clovis a édifié une église sur cette montagne, la quelle é o lise aura été vraisemblablement jointe au manoir du
prince.
Sous le règne de Louis le germanique ou la montagne est désignée dans les chroniques et les diplômes, avec le vieux mot franc jTberinesbevg } et en latin liions ylhvahae y Théodroch abbé de Borges qui, depuis 863 jusqu en 8/5,
(38) Plusieurs sentiers étroits qui parlent de ce chemin à gauche, gagnent aussi les hauteurs du Heiligenberg. Quoique très-ioidts, ils sont neanmoins praticables, et épargnent plus de la moitié du ti.ijtt.
gouverna cette abbaye fondée en 763, fit construire un couvent et une église sur le sommet du Heilig cnb erg. L église et le couvent bâtis sans aucun doute avec le consentement du souverain , éloient dédiés à l’archange St.— Michel.
Louis le jeune, successeur de son père Je germanique en 876, céda V Aberinesberg ainsi que le chateau, les bois, les champs et autres propriétés, a sa femme Luitgarde , jusqu’à ce qu’enfin il en lit présent, avec toutes les dépendances aussi, le 18. janvier 882, à l’église de Lorges dont l’abbé Valther étoit alors le prévôt. Depuis cetle époque, le monastère fut toujours plus magnifiquement pourvu par les abbés de Lorges , et par de nobles hommes et dames d’entre les Francs. 11 lleurit sous ses propres prévôts , dans la règle de St.-Bénoit, et comme une digne fille de la mèreéglise. Les empereurs et les rois confirmèrent ses possessions et ses franchises. L’empereur Conrad 1. lui— même Visita le saint lieu, et là sur le mont Aberinesberg , il donna de son revenu au couvent de St.-Michel, par un acte soleinnel
du 23. août 912, six grands biens de campagne situés tant dans le village que sur la commune de Handschuchshcim.
L’abbé Geginbald qui de 1017 à 1032, où il fut promu à l’évêché de Spire, portoit la houlette de Lorges. acheva le bâtiment de l’église St.-Michel entrepris cent-cinquante ans auparavant par l’abbé ri heodroch. 11 la décora de sculptures (39), de croix et d’autres ornemens précieux. Il accrut le nombre des cellules des moines, et les rendit plus commodes. L’abbé Ulrich plus tard, imita son exemple, et fournit l’église de missels, et de croix travaillées dans 1 oi,
ir:
l’argent et l’ivoire.
(39) Quelques-uns de leurs morceaux ont dure jusqu a notre teins. Le plus remarquable avoit ètè une des pierres du portique de 1 eglise. On y voyoit plusieurs petites colonnes de grandeur diverse, qui faisoient; tout le tour du portique, et une bordure d’arabesques rudement travaillées. mais d’un dessin à espèce de rosettes, très-bon pour 1 effet ai
distance.
Vers ce teins, ou plutôt encore, un prévôt ^Arnold du cour ent de St.— Michel , engea une nouvelle église en l’honneur des martyrs St.— Laurent et St.— Etienne, sur le point un peu plus abaisse de la montagne du Heiligenbersr qu domine la vallée du Necker au sud, et où selon toutes les indications, etoit aussi le château sorti des décombres de la forteresse du mont Pirus. Longtems après, c’est-à-dire, de l’annee 1087 à 1094, l’abbé Anselme de Lorges renouvela l’église, et y ajouta un couvent, au quel il lit d’importantes donations: il fixa en outre les limites des deux monastères. Apres la mort de l’abbé Anselme, son corps fut déposé dans un oratoire qu’il avoit attaché à l’église de St.-Etienne.
Le second couvent demeura florissant près de l’ancien, durant tout le douzième siècle. On le nommoit vulgaire-
ment le couvent Capellen, et sous ce titre il vit aussi accroître sa prospérité. Mais après la chute de l’église-mère qui fut réunie en 1232 avec ses propriétés princières à l’archevêché de Mayence, le monastère de St.-Etienne tomba également; et depuis il n’en est plus question, ni dans les chroniques, ni dans les lettres.
On trouve au contraire que le couvent de St. -Michel, dans l’annee 1263 lut encore doté richement par le dinaste
Simon de Schowenburg. En 1304 où il éloit déjà célèbre sous le nom d’ Allerheiligenberg , ou de la montagne de tous les saints, nom qu’il ne quitta plus, le comte palatin du i Rhin Rodolphe le gratifia d’une livre de Heller ou de ‘deniers de rente, à recouvrer du baillage de Seckenheim, pour la fabrication des cierges de l’église; et en 1466, on voit aussi qu’il lui fut accordé la levée de quelques faibles impôts dans la ville de Heidelberg.
Les pèlerinages dont le couvent de St.-Michel avoit été l’objet presque dès son origine , et qui y attiroient quantité de personnes de toutes régions et de tous états, ne furent point interrompus. Les pieuses stations y continuèrent de même jusqu’à la fin du seizième siècle; ce que prouve un
arrangement par justice de l’an 1576. Par. cet arrangement les religieux Antoniles de la petite ville d 'Alzey au delà du Rhin , furent autorisés , moyennant un tri but leger paye au procureur de l’abbaye de Lorges à Handschuchsheim, tenir comme au passé , leurs processions sur le Allcrheilivenberg. Mais de ce tems, le monastère de St.-Michel commença "aussi lui-même à décliner; il se détériora dans ses bâtimens, et la guerre de trente ans a complété sa ruine. En 1622, le comte de Tilli général des troupes autrichiennes et bavaroises après avoir emporté la ville de Ladenbourg, s’avança le 21. juin vers Heidelberg, établit son quartier «énéral à Handschuchsheim, et fit occuper le Heiligenberg. 0 Depuis trois mois , des fortifications préparées sur la montagne pour s’opposer à l’ennemi, étoient évacuées par la garnison de Heidelberg. Elles «voient été construites avec les démolitions du couvent de St.-Michel, ainsi quon peut le voir dans les pierres qui. entourent encore la crête de la montagne. Tilli les fit réparer, les garnit de monde, et de là, aussi bien que des murs du village incendie de Neuenheim, on commença à tirer sur Heidelberg. Sept jours consécutifs , la montagne fut exposée aux ravages et aux dévastations. Les sol’dats impériaux la bouleversèrent dans tous les sens. Ils attaquèrent ensuite plus bas les ouvrages avancés de la ville; mais sans succès. Une soitie.de Heidelberg les força de regagner leurs relrancliemens, et même de les abandonner: cependant ils les reprirent d’assaut, et jusqu’au 27. de juin, ce ne fut qu’une suite de combats sur la montagne. Un feu continuel de mousquetene étoit dirigé contre la ville du haut des arbres qui couvroient encore de nos jours la pente du Heiligenberg. Enfin l’ennemi reconnut son erreur d’avoir espéré prendre la ville de cette place. Le 28. juin il décampa pour l’attaquer de l’autre côté de la rivière (40).
’ ciÔ)”c^st à ce siège que se rattache la perte de la précieuse bibliothèque de Heidelberg (voyez page 90 j.
Les murailles du Heiligen berg qui résistèrent a cette semaine de dévastation (41), ont depuis été la plupart abattues parles liabitans des villages voisins, et employées à la bâtisse de leurs maisons, ou pour des terrasses de jardins et de vignes. Ils avoient comme ouvert des carrières de pierre dans ces vieilles constructions, et où les colonnes, leurs piédestaux, leurs chapiteaux, les moulures des fenêtres gothiques, et autres sculptures étoient mises en morceaux pour être plus transportables. A peine déterreroit-on aujourd’hui quelque vestige d’art sur le Heiligenberg. Un lieu néanmoins y a été respecté : c’est l’ancien cimetière du couvent. De légères ondulations du terrain y indiquent les fosses de sépulture. D’après l’usage en ces tems d’ensevelir les personnes marquantes dans chaque état de la vie, avec un signe de leur caractère ou de leur grade, il seroit possible que des fouilles sur le cimetière de St. -Michel, ne fussent pas sans intérêt: mais il faudroit pour cela troubler la cendre des morts, et auparavant savoir si un simple motif de curiosité suffiroit à l’excuse de cette espèce de profanation.
Les deux fragmens de murs méconnoissables qui continuent de faire face l’un à l’autre sur le sommet du Heiligenberg, sont les restes de deux tours hexagones entre lesquelles s’élevoit le portique de l’église de St.-Michel. Nombre de ses sculptures étoient encore éparses autour du bâtiment, il y peu d’années (42) et annoneoient que cette partie de l’éMise aura été très-décorée.
(41) Nous avons donné une vue du Heiligenberg de cette époque, dans la collection de nos petites planches au burin. Les sculptures encore
! assez entières alors, y sont rassemblées sur le premier plan. On y trouvera | aussi f autel de Jupiter et la pierre à ]\lereure enleves de la cour du château s de Heidelberg , pour le musée des pierres antiques de Mannheim. La même I vue a été également réduite dans le format du Stammbuch dédié aux jeunes | gens de l’Université, et pour le recueil des paysages lithographiés.
(42) Une vue existe du couvent de St.-Michel, et à-peu-près tel qu’il devoit être alors, dans la topographie palatine de Meriav . Elle est prise
Supplément à l’article de Heidelberg.
Outre les objets déjà mentionnés à cet article, la ville de Heidelberg en contient encore plusieurs autres, également digues d’être vus , mais qui demandent un examen tout différent. Tels sônt : Les bdtimens de V université. Les deux jardins de la botafiicjue médicinale . Le théâtre anatomique . Une collection très-considérable de pièces et de détails de V anatomie. Une collection aussi importante de modèles , de machines et dinstrumens de phisique , de mathématiques et de chimie . Le laboratoire. U observatoire. Le cabinet des minéraux. Celui de V histoire naturelle. J j accouchement. Les cliniques de la médéeme et de la chirurgie } et le policlinique .
du jardin de l’ancien monastère de St. -Etienne près d’un quarre' de pierres qui garnissoient l'ouverture d’un trou profond creusé dans le rocher, et d’un diamètre de vingt à vingt-cinq pieds dans son intérieur. Ce trou, véritablement mistérieux aujourd'hui par son obscurité, sa forme, son alentour sauvage et surtout par son éloignement de toute habitation, est intitulé le trou des payons sur la gravure de Mérian ; mais il doit simplement une des citernes du couvent.