SUR LE STYLE DIPLOMATIQUE
stitua généralement à la langue latine dans les actes et offices diplomatiques (').
Lorsque les parties intéressées ne peuvent tomber d'accord sur le choix de la langue, et que chacune s'obstine à vouloir se servir de la sienne , tant pour les relations ordinaires que pour la rédaction des traités, on rédige de ceux-ci deux instruments originaux.
est l'action, et enfin l'objet de celte action ; voilà la logique naturelle, voilà ce qui constitue le sens commun. Or, cet ordre si favorable , si nécessaire au raisonnement , est presque toujours contraire aux sensations, qui nomment le premier l'objet qui frappe le premier ; c'est pourquoi tous les peuples, abandonnant l'ordre direct, ont eu recours aux tournures plus ou moins hardies, selon que leurs sensations ou l'harmonie des mots l'exigeaient; et l'inversion a prévalu sur la terre, parce que l'homme est plus impérieusement gouverné par les passions que par la raison.
» Le Français, par un privilège unique , est seul resté fidèle à l'ordre direct comme s'il était tout raison; et on a beau, par les mouvements les plus variés et toutes les ressources du style, déguiser cet ordre , il faut toujours qu'il existe : c'est en vain que les passions nous bouleversent et nous sollicitent à suivre l'ordre des sensations , la syntaxe française est incorruptible. C'est de là que résulte cette admirable clarté, mérite dislinctif de notre langue : ci: qui n'est pas clair n'est pas français. » (RivAROi, , de r Universalité de la langue française. )
(1) Depuis celte époque, dans la plupart des traités conclus avec la France, on a soin d'insérer un article séparé pour déclarer que la langue française a été employée sans tirer à conséquence pour l'avenir. — Dans l'acte final du congrès de Vienne, l'art. 120 porte ce qui suit : « La langue française ayant été exclusivement em- )' ployée dans toutes les copies du présent traité, il est reconnu par » les Puissances qui ont concouru à cet acte que l'emploi de celte » langue ne tirera point à conséquence pour l'avenir; de sorte que » chaque Puissance se réserve d'adopter, dans les négociations et » conventions futures, la langue dont elle s'est servie jusqu'ici dans » ses relalioiis diplomatiques, sans que le traité actuel puisse être » cité comme exemple contraire aux usages établis. »
8 CONSIDÉRATIONS GI'NKP.aLES •
Cette manière de procéder rend toutefois les négociations plus longues et plus difiiciles ('), et les actes et les traités en souffrent quelquefois, quant à la clarté et à la précision.
Bien qu'il semble naturel qu'entre des puissances qui ont une même langue on s'en serve de préférence à toute autre, souvent cependant, et notamment entre les Etats de l'Allemagne, la langue française a prévalu.
Néanmoins, la diète de la Confédération germanique à Francfort, dans sa séance du i 2 juin 1817, a arrêté que, pour ses relations extérieures, elle ne se servirait que de la langue allemande, en ajoutant une traduction française ou latine, à charge de réciprocité. Quant à ses relations intérieures, les actes et offices qui lui sont adressés doivent être rédigés en allemand.
A Constantinople, les communications écrites se font la plupart du temps en français ; elles sont traduites ensuite en langue turque par le drogman- de la Porte, pour l'usage des ministres ottomans. Dans les conférences à protocole, ce dernier, rédigé en turc par
(') Lors des négociations de Rastadl, en 1797 et 99, les ministres de la dépiitation de l'Empire germanique, ainsi que les envoyés de France, correspondirent chacun dans sa langue, sans y joindre de tradiiclious. Le même mode fut encore suivi en 1802 et 1803, à l'assemblée de la députation de l'Empire à Ratisbonne. A la diète, les ministres des puissances étrangères ajoutaient des traductions latines à tous les actes et offices diplomatiques qui étaient rédigés dans la langue de leur pays. — Au congrès de Vienne, toutes les affaires, à l'exception de celles qui concernaient exclusivement les intérêts des Étals de l'Allemagne, furent traitées en français.
SUR LC STYLE DIPLOMATIQUE. y
les ministres de la Porte, et en français par les ministres étrangers, doit être coliationné de part et d'autre pour faire foi en cas de discussion (').
(1) La Porte n'admettant comme obligatoires que les actes rédigés en langue turque, condition que les puissances européennes n'ont point voulu admettre , les traités conclus avec elle sont toujours expédiés en deux ou plusieurs langues.
10 CIIAP. I. PROTOCOLE DIPLOMATIQUE