‹ Le guide diplomatique (volume 3)Chapitre 16 sur 98 · II · texte numérisé non relu

II

j4 CHAP. 11. MANIFESTES

pés injustement. Il importe d'ailleurs à la partie attaquée de démontrer à toutes les nations l'injustice de l'agression dont elle est l'objet, afin d'oter par là à l'ennemi tout prétexte plausible pour obtenir les secours qu'il pourrait solliciter de ses alliés. Le silence établirait contre elle une présomption défavorable, et laisserait le champ libre à la calomnie et à la mauvaise foi.

11 suffit de connaître 1 influence de l'opinion sur les événements pour juger de l'importance de l'acte dont il est ici question. L'ambition môme, quoique appuyée sur la force, ne dédaigne point impunément 1 opinion publique : à défaut de motifs réels, elle s'etTorce d'en trouver de spécieux pour colorer et légitimer ses prétentions. Des manifestes éloquents ont souvent rallié l'esprit public, divisé par des querelles intestines, et l'on a vu des populations désunies et découragées, abjurant heureusement leurs haines, s'enflammer de cet enthousiasme national qui de tout temps a produit de si grandes choses.

Les subtilités juridiques sont ici plus qu'ailleurs à dédaigner; l'essentiel est de ne se montrer armé que pour une cause légitime; de rejeter sur son adversaire le tort d'une agression injuste et la responsabilité des malheurs qui en sont ordinairement la suite.

La couleur générale qu'il convient de donner à ces écrits dépend trop des circonstances, qui elles-mêmes varient trop souvent, pour qu'il soit possible de soumettre à des règles positives le style qui leur est propre. Le sentiment d'indignation contre une agression injuste ne doit point se manifester par des ex-

pressions passionnées ou offensantes ; mais un exposé noble, simple et modéré des faits , doit le justifier ou le faire naître.

Cette dignité et cette retenue ne se rencontrent pas toujours dans tous les manifestes, mais leur absence regrettable ne s'y fait pas moins sentir.

Page 1