OL «APPORTS
sions si énergiques. Dans l'espérance de l'obtenir, j'implore du Saint-Père la bénédiciion apostolique, et de V. L'm. l'honneur de ses ordres.
Le baron de Lagerhjetke, minisire de Suède à Paris, au roi de Suède. {Compte-rendu d'une audience de l'empereur Napoléon. {IS\(\).
Malgré toutes les prévenances personnelles dont je
venais d'être l'objet, il m'a été facile de me préparer à une scène peu agréable. I.a nature de mes conférences avec le duc de Cadore, le départ précipité de M. de Czernitcheff, la catastrophe dont la Suède s'était vue menacée pour affaires de commerce, les succès obtenus dans le Portugal , dont on voudrait sans doute profiter pour accabler les Anglais sur tous les points à la fois ; toutes ces circonstances réunies m-'avaient assez fait juger quel serait l'objet de l'audience; mais j'avoue que je ne m'attendais pas à une explosion aussi violente. Jamais je n'avais vu l'empereur en colère, et cette fois-ci il l'était à un point qui surpasse toute imagination. Je fus introduit un peu après neuf heures du malin. Je trouvai le duc de Cadore avec l'empereur ; et la présence de ce tiers me fit d'abord juger que j'étais appelé pour entendre une déclaration officielle , mais que la discussion ne me serait point permise. Je n'en résolus pas moins de répondre à chaque occasion où je pourrais placer un mot.
Il m'est impossible de rendre compte à Y. M. de tout ce que l'empereur a dit pendant cinq quarts d'heure au moins , parce que son agitation était si forte, son discours si coupé, ses répétitions si fréquentes, qu'il était trop difficile de tout classer dans la mémoire. Je débutai par la présentation de la lettre de V. M. « Savez-vous , dit l'empereur, quel est le sujet de cette lettre ? » Je répondis affirmativement , en ajoutant un compliment. Sans y répondre , l'empereur continua (chaque reprise du discours de l'empereur fera suffisamment connaître à V. M. le genre des courtes réponses que je tâchai de placer dans les intervalles) :
/,jf, (IIAP. IV. LI-l'llCIllS
« Ail ("a ! inonsiour le baioii , ccsscra-l-oii eiiliii de croire en Suède que je ne suis qu'une dupe? Pensez-vous que je puisse in'accommodcr de cet état mixte ou métis? — Oh! point desenlinienls, c'est par les faits qu'on fournit ses preuves en politique. Voyons ces faits. Vous signales la paix avec moi au commencement de l'année; vous vous engageâtes à rompre toute communication avec l'Angleterre; vous gardâtes un ministre à Londres, un agent anglais en Suède jusque fort avant dans l'élé; vous n'interrompîtes la communication ostensible par Gollienbourg que plus tard encore; et qu'en résulla-til? que la correspondance est restée la même, ni plus ni moins active. — Bah! il n'est pas question de communications par-ci , par-là ; elles sont régulières, elles sont très-considérables. Vous avez des bâtiments
dans tous les ports de l'Angleterre — Vraiment, du sel;
prend-on du sel dans la Tamise? — Des bâtiments anglais assiègent Golhenbourg. La belle preuve qu'ils n'y entrent pas! On échange les marchandises en pleine mer ou près des côtes : vos petites îles servent de magasins pendant l'hiver. Vos bâtiments transportent ouvertement des denrées coloniales en Allemagne ; j'en ai fait saisir une dizaine à Rostock. Est-il possible qu'on puisse affecter ainsi de se méprendre sur le premier principe du système continental? — A la boime heure, vous n'approuvez point cela dans votre note; ce n'est point d'elle que je me plains, c'est du fait. Je n'ai pas dormi une seule heure de la nuit à cause de vos affaires; on pourrait me laisser reposer en paix , j'en ai besoin. — Encore est-elle convenable, cette restitution des prisonniers anglais qui avaient si imprudemment attenté à la dignité du roi et violé son territoire? — Rendus sans aucune satisfaction! N'est-ce pas , monsieur de Cadore? (Ce ministre, tout tremblant, ne manqua pas de répondre affirmativement, comme à quelques autres questions semblables.) — Autre violation du droit territorial, la capture d'un corsaire français dans l'intérieur du port de Slralsund. — .Mais on ne m'a rien rendu, à moi. Ce n'est que pour ses amis qu'on a ces petites aitcntions-là! Eh bien, restez avec les Anglais! S'il faut en juger par le mal que vous m'avez fait cette année-ci , jamais vous ne fûtes plus amis des Anglais que dans ce moment. — Oh , oh ! c'est vous qui le dites : c'est
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vous qui m'assurez que la Suède aime mieux rester avec moi ; mais des preuves, vousdis-je, des preuves? — A la bonne heure, votre Éiat, à la suite d'une guerre malheureuse, réclamait des ménagements. Eh bien , j'en ai eu h mes dépens, comme une dupe. Vous m'avez enjôlé, vous, vous-même. Vous avez eu l'adresse de gagner la mauvaise saison ; vous avez eu le temps de débrouiller vos intérêts avec l'Angleterre. Est-il juste, contre la foi des engagements, que j'en supporte la peine? — Vous avez eu le loisir de vous mettre en étal de défense ; vous avez encore l'hiver devant vous. Que risquez-vous donc? — Oui, le commerce d'exportation, c'est le cheval de bataille; où est-il donc, ce pavillon neutre? Il n'y a plus de neutres; l'Angleterre n'en reconnaît point, je ne peux pas non plus en reconnaître. — Le sel; oui, le sel! on trouve moyen d'avoir ce c[ui est nécessaire.
» Que fîtcs-vous, lorsqu'en 1801 vous étiez en brouillerie ouverte avec l'Angleterre? — Souffrir! Croyez-vous que je ne souffre ,pas, moi? que la France, que Boixleaux,. que la Hollande, que l'Allemagne ne souffrent pas? Mais voilà précisément pourquoiil faut en linir. La paix maritime à tout prix ! (Ici l'empereur s'anima terriblement.) Oui , la Suède est la seule cause de la crise que j'éprouve ; la Suède m'a fait plus de mal que les cinq coalitions ensemble. Mais aujourd'hui, rendue à ses communications avec le reste de l'Europe , elle en profite pour faire le commerce de l'Angleterre. — Ah ! monsieur, du temps, toujours du temps; j'en ai trop perdu. Il vous en fallait, dites-vous, pour entrer sans trop de sacrifices dans le nouveau système. Il m'en fallait aussi , ajouterez-vous, pour faire du bien à la Suède. Eh bien ! n'ai-je rien fait ? Écoutez : lorsque vous fîtes choix du prince de Ponte- Corvo , ne risquai-je rien en lui permettant d'accepter? N'ai-je pas été sur le point de me brouiller avec la Russie ? N'y a-t-on pas cru , n'y croit-on pas peut-être encore que vous de votre côté, les Saxons et les Polonais de l'autre, soutenus par moi, s'armeraient pour reconquérir leurs provinces perdues? Les têtes ne sont-elles pas dans ce moment même fort électrisées en Pologne ? Qu'ai-je fait alors ? j'ai laissé dire : j'ai laissé circuler des bruits qui pouvaient détacher la Russie de mon système. Ce n'est que
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maintenant que , de plus en plus détrompé sur la politique suédoise , j'ai dû prendre un parti. Je ne vous le cacherai point ; je viens de renvoyer M. de Czernitcheff en Russie : je l'ai instruit de la déclaration que je vous fais aujourd'hui. J'engage fortement l'empereur Alexandre à la même démarche de son côté. Choisissez ! des coups de canon aux Anglais qui s'approcheront de vos côtes, et la confiscation de leurs marchandises en Suède, ou la guerre avecla France. Je ne puis vous faire grand mal : j'occupe la Poraéranie , et vous ne vous en souciez pas trop ; mais je puis vous faire attaquer par les Rus.ses, par les Danois ; je puis confisquer tous vos bâtiments sur le continent , et je le ferai si dans quinze jours vous n'êtes pas en état de guerre avec l'Angleterre. — Oui , vous avez rai^n , il faut compter l'aller et le venir du courrier, et quelque chose de plus. Eh bien, je vous ordonne, monsieur de Cadore, d'expédier un courrier sur-le-champ: je vous engage, monsieur le baron, d'en faire autant. Si cinq jours après la démarche officielle de M. Alquier le roi ne s'est point décidé pour l'état de guerre avec l'Angleterre, M. Alquier partira sur-le-champ, et la Suède aura la guerre avec la France et tous ses alliés. —
« Oui, c'est juste, je n'ai point positivement demandé l'état de guerre avant ce moment; mais j'y suis maintenant forcé par toutes les raisons imaginables. D'abord, la Suède a prouvé qu'elle ne peut rester dans un état mixte avec l'Angleterre sans faire le plus grand tort au continent ; ensuite les choses ont pris un développement général qui exige une parfaite égalité de mesures, ou bien un état ouvert d'hostilités. Voyez ce que toutes les autres puissances ont cru devoir faire. La Russie , plus forte que les autres , n'a obtenu la paix avec moi qu'à condition de déclarer surle-champ la guerre à l'Angleterre. L'Autriche, puissance du premier ordre , si la France n'existait pas , a franchement pris son parti. J'ai été assez longtemps la dupe de la Prusse , comme la vôtre. Elle vient enfin de reconnaître , par la catastrophe de la Hollande , qu'il fallait se déterminer ; elle a franchement adopté l'état de guerre. Le Danemark l'a fait depuis longtemps ; mais à quel titre puis-je exiger de ce pays ce que je ne puis obtenir de la Suède? Eh! me dis-je souvent, qui sait si je serai toujours bien avec la Russie? Qui peut connaître le chapitre des événe-
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monts ? >'e scra-t-il pas un jour du plus grand intérêt pour moi d'avoir dans le Nord une puissance amie, forte de ses propres moyens, ainsi que de mon alliance ? Mais croit-on en Suède que je pourrai, on faveur du nouveau prince royal, relâcher quelque chose de mes principes invariables ? Au-contraire , la crise politique dans laquelle je me suis mis en faveur d'elle me fournit un tiire de plus. Cependant la Suède a une grande obligation au prince royal, car sans ce choix (nullement influencé par moi) j'aurais il y a deux mois fait la démarche à Liquelle je me vois aujourd'hui forcé. Je me repens de ce délai maintenant , qui , vu la saison , vous a été si profitable , non parce que je regrette ce qui peut vous arriver de bien , mais parce que vous m'avez trop maltraité. Depuis longtemps l'office qui devait vous être adressé est préparé dans les bureaux du duc de Cadore ; révérence affirmative du ministre) ; mais je voulais attendre l'arrivée du prince royal, qui est instruit de ma façon de penser. — Je ne l'ai pas pu. Je vous l'ai dit , j'étais sur le point de me brouiller avec la Russie ; je donnai à toute l'Europe la pensée que. dans ce moment décisif, mon système pouvait être susceptible de modifications : d'ailleurs, de nouvelles plaintes sur la Suède m'arrivaient de toutes parts, — Ah, je sais ce que vous avez à me dire : j'ai lu tout ce que vous m'avez écrit. Eh bien I soit, il peut y avoir eu des exagérations dans les plaintes , mais assez de vérités restent. Je désirerais que vous eussiez eu une meilleure cause à défendre. — Eh non, la position du prince royal ne deviendra pas si difficile : tout vient d'ici : il n'a point l'embarras de l'initiative. — 3Jais encore a-t-on cru, en Suède, pouvoir, sans ressentiment de mon côté , servir la cause de l'Angleterre, parce que j'aime et que j'estime le prince royal ? J'aime et j'estime aussi le roi de Hollande, il est mon frère, et je suis cependant encore brouillé avec lui ; je fais taire la voix du sang pour écouter celle de l'intérêt général. Si vous étiez sur mes frontières', je serais à regret forcé d'en agir comme je viens de le faire avec la Suisse. J'ai fait marcher des troupes ; le gouvernement a confisqué les marchandises anglaises. Enfin , résumons-nous. Que la Suède fasse les choses comme elle l'entend ; je .sais que je suis hors d'état de la forcer : qu'elle se mette franchement du côté de l'Angleterre
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contre moi et mes allies, si c'est là son inlérêl ; ou qu'elle se réunisse avec moi contre rAnglelene. 3Jais le temps du doute est passé. Les cinq jours expirés, M. Alquier part, et je vous donne vos passe-ports. Vous n'avez fait que dire ce que vous deviez dire, mais je ne puis alors que vous renvoyer. Guerre ouverte ou amitié constante, voilà mon dernier mot, mon uitimatum. Adieu ; puissé-je vous revoir sous de meilleurs auspices! »
L'empereur me quitta sans vouloir plus m'entcndre. En sortant de chez l'empereur je ne vis plus personne dans l'autre pièce, pas même les officiers de service. Je ne sais ce qui avait donné lieu à cette circonstance extraordinaire , si c'était un ordre ou bien la discrétion spontanée des fonctionnaires, parce que l'empereur avait souvent élevé la voix d'une telle force qu'il était impossible de ne pas l'entendre dans la pièce voisine.
J'eus ensuite une conférence avec le duc de Cadore, au sortir de laquelle je partis pour Paris. Cet entretien ne fut qu'une répétition de ce qui s'était passé chez l'empereur , pour que ma dépêche à V. M. et celle du ministre au baron Alquier s'accordassent autant que possible. Tout étant dit sur le fond, je témoignai cependant au duc de Cadore combien j'étais sensible à la forme dure et violente que l'empereur avait mise dans ses demandes. Le ministre fit valoir de son mieux la satisfaction que j'avais eue , me disait-il , d'adoucir la vivacité de l'empereur , surtout vers la fin , et fit beaucoup ressortir les passages qui exprimaient quelque intérêt ou qui donnaient quelques espérances pour l'avenir. Il me donna un passe-port de courrier tout préparé d'avance ; il me promit de n'envoyer son courrier de Fontainebleau que vers le même temps où j'expédierais le mien de Paris, c'est-à-dire dans la soirée d'aujourd'hui, pour que celui-ci pût prendre un peu l'avance. Il m'assura que M. Alquier aurait deux jours pour préparer son office, outre les cinq qui formaient le terme de prescription. Il s'attacha beaucoup au fait, qu'il me pria de bien faire valoir, que l'élection de Mgr. le prince royal loin d'avoir provoqué la démarche de l'empereur l'avait retardée de quelques mois , et avait par là préparé à la Suède un délai doublement important à cause de la saison. Il ajouta même que la résolution de l'empereur de faire la démarche pendant que le
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prince était encore censé en voyage avait en partie pour but de ne point le dépopulariser.
M. Guizot, ambassadeur de France à Londres, au duc de Brogde, ministre des affaires étrangères {Sur ia notification à fui faite du traité du 15 juillet 18Z|0). (18^0.)
Monsieur le président du conseil ,
Lord Palmerston m'a écrit à une heure qu'il désirait s'entretenir avec moi vers la fin de la matinée. Je me suis rendu au Foreign-0/fïce. Il m'a dit que le cabinet, pressé par les événements, venait enfin d'arrêter ses résolutions sur les affaires d'Orient ; qu'il avait une communication à me faire à ce sujet, et que, pour être sûr d'exprimer exactement sa pensée, il avait pris le parti de l'écrire. Il me lut alors la pièce dont j'intercale ici une copie.