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vière. Je me suis permis les rédexions que ce sujet entraînait par rapport à nous. J'ai été là-dessus aussi franc que satisfaisant, quand l'empereur m'a fait entendre clairement qu'il aurait cru que le roi l'aurait aidé dans ses vues ; et à la fin de cette conversation, trop longue à vous rendre, l'empereur m'a dit : Je ne prétends pas que, si j'avais été à la place du roi , j'aurais donné sur-lechamp les vingt-quatre mille hommes que le traité stipule ; j'aurais vraisemblablement fait comme Louis XVI, j'aurais écouté mes intérêts. J'ai repris vivement : Je ne saurais demander rien de plus à V. M. que cet aveu dicté par sa justice. — Mais je crois aussi, a ajouté l'empereur, que le roi, à ma place, se serait conduit comme moi pour l'exercice de mes droits sur la Bavière. — Je n'ai pas été aussi pressé , monsieur , d'acquiescer à cette réflexion , sans toutefois la combattre. — L'empereur a continué : Toute la prudence humaine n'avertit point qu'on peut trouver tout contre soi dans une entreprise juste à laquelle on prend soin de joindre le consentement le plus formel et le plus volontaire du seul homme eu droit d'y mettre opposition ou d'y donner un consentement légal. — La convention du 3 janvier entre l'Autriche et l'électeur palatin est venue se placer à la suite de ces paroles. Je n'ai pas été plus complaisant qu'il ne le fallait sur les conséquences que l'empereur a prétendu tirer en sa faveur de cette convention.
Après quoi je suis revenu sur la nécessité de calmer les inquiétudes qui devaient s'ensuivre, en faisant preuve d'une grande modération. L'empereur m'a fait voir qu'il sentait cette nécessité, et m'a dit : Mais comment puis-je faire preuve, pendant la paix, de cette modération? — J'ai répondu que, l'attention générale étant fixée aujourd'hui sur sa personne, il lui serait aisé de savoir dire et faire tout ce qu'il jugerait convenable à l'impression qu'il voudrait produire sur l'opinion publique ; que les affaires d'Allemagne seules lui en fourniraient assez d'occasions , qu'il connaissait mieux que moi les menées de ses ennemis dans l'empire. L'empereur m'a répondu qu'il ne pouvait dire qu'à moi combien il méprisait ces sortes d'affaires que lui donnait sa qualité d'empereur; que je devais savoir combien il répugnait à cette dégoûtante besogne ; que je devais le connaître assez pour
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ne pas douter qu'il voyait de l'œil de la raison les tracasseries toujours renaissantes entre les diverses religions de l'cinpire; que, cependant, ces animosiiés produisant sans cesse des disputes qui revenaient à son tribunal, il éprouvait le malheur que lorsqu'il prononçait en faveur des capucins, dont il ne se souciait en aucune manière, mais qui lui paraissaient avoir raison , les protestants criaient que l'empereur ne songeait qu'à les (^craser; qu'au contraire, quand il trouvait fondées les réclamations des protestants contre les entreprises des catholiques , alors les prêtres et les moines criaient partout que le chef de l'empire abandon nait la religion et serait volontiers prêt à en changer. — J'ai dit l'empereur que ce malheur de l'injustice publique était souvent un malheur de la toute-puissance, mais qu'elle avait aussi ses dédommagements dans les applaudissements universels que lui assurait l'éclat de son impartialité dans tous ses arrêts.
Au milieu de cet entretien, je ne sais, monsieur, comment, ou du moins il serait trop long de vous l'expliquer , je me suis trouvé forcé de dire à l'empereur qu^il nous avait su bien mauvais gré , et peut-être à moi en particulier , de tout ce qui n'avait pas répondu à ses projets depuis un an. Alors ce prince, en me prenant le bras avec bonté, m'a dit : Il en est de nos liens comme de ceux d'un bon ménage; on se boude pourtant cà et là, et on va jusqu'à se quereller; quelquefois même le conjoint le plus vif battrait volontiers l'autre; mais, les esprits rassis et le sang-froid revenu, on se rapproche, et l'on ne s'en aime que mieux. — Je n'ai répondu à cette comparaison attendrissante que par ces mots insignifiants qui servent de passe-port aux banalités respectueuses. Je crois, monsieur, que l'empereur s'en est contenté. La manière alfectueuse avec laquelle il m'a congédié doit me faire croire que je ne lui ai pas déplu, etc.
Le- cavdinal Spina, nonce- du pape à Paris, au secrétaire d'Etat du Saint-Siège. [Compte-rendu d'une audience de l' empereur Napoléon.) (1806.)
Après m'être rendu hier à Saint-Cloud, selon ce qui est
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d'usage dans les jours de fête, pour faire ma cour à S. M. , au nioraent où elle se présenta dans la salle du trône, lieu de réunion des princes et des grands dignitaires de l'empire, des maréchaux et des ministres, et après que S. M. eut reçu les députés des provinces vénitiennes, me trouvant par hasard placé à côté de Mgr le cardinal-légat, S. M. vint à nous et nous demanda ce qu'on faisait à Rome. Nous adresser cette question et commencer une longue plainte contre la conduite des ministres de la cour pontificale fut l'affaire d'un instant. Des plaintes générales, qui se rapportaient au peu d'égards qu'on avait pour sa personne dans toutes les occasions, et à la résisiance qu'éprouvaient toutes ses requêtes, il passa aux particularités et aux détails. Il protesta, à différentes reprises , qu'il n'avait jamais pensé à troubler S. S. dans la souveraineté de ses États , et que ses intentions à ce sujet avaient été mal interprétées et mal rapportées au sacré collège. Il dit et répéta qu'on avait eu tort de vouloir éloigner son ministre de Rome, sous prétexte de l'occupation d'Ancône, dans un moment où S. S. n'était pas en état de résister à un débarquement des Russes , s'ils avaient voulu l'effectuer. Il se plaignit qu'ayant fait part de l'occupation de Naples sans demander que le nouveau roi fût reconnu , on lui eût positivement répondu qu'on ne voulait pas le reconnaître. Il insista finalement sur la correspondance qui ne cessait d'avoir lieu entre Rome et les Anglais, et sur la répugnance décidée que les ministres de S. S. avaient montrée à leur fermer les ports d'Ancône et de Civiia-Vecchia , quoique leur présence dans ces ports fût éminemment préjudiciable à ses intérêts, et telle qu'il ne pouvait pas la souffrir plus longtemps. A mon grand regret, mais avec la fidélité qu'on a droit d'exiger de moi, j'ajoute que, parmi les ministres de S. S. , c'est principalement V. Ém. à laquelle S. M. attribua les contrariétés qu'elle éprouvait, et en général la conduite des affaires politiques.
Des plaintes l'empereur passa aux menaces, et dit positivement que si le Saint-Père n'unissait pas ses intérêts à ceux de l'empire français , et si décidément il ne fermait pas ses ports aux Anglais, lui, l'empereur, serait obligé de faire lui-même ce que S. S. n<^ voulait pas faire; qu'il avait déjà donné ordre à ses
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troupes d'occuper Ancônc et Civita-Vecchia; qu'il respecterait toujoius la puissance spirituelle de S. S., mais que si elle persistait dans sou système il occuperait absolument , et avec pleine souveraineté, Aucune et Civita-Vecchia, L'rbino, Pesaro, Maceraia et toutes les côtes depuis Civita-Vecchia jusqu'à Terracine, et en formerait des duchés, comme il avait déjà fait de Bénévent et Pontc-Corvo; bornant ainsi la souveraineté du Saint-Père au seul patrimoine de saint Pierre et le réduisant à l'état d'un prince faible et très-pauvre. Quelque pénible que cela soit pour moi, je dois répéter les expressions mêmes dont l'empereur s'est servi ; ce sont les suivantes : « Le cardinal Gonzalvi devra rendre compte à Dieu et sera responsable au peuple de tous ces maux et d'avoir perdu l'État. »
Après les menaces, il Gt valoir les avantages qu'on pouvait espérer en se prêtant mieux à ses désirs; il fit sentir que, dans ce cas, la souveraineté des États de S. S. lui serait entièrement conservée, qu'il lui rembourserait tous les frais causes par le passage de ses troupes, comme il avait fait en d'autres occasions, et qu'il ferait également respecter par toutes les puissances sa personne sacrée et sa domination. Il ajouta ce qui suit : « On craint à Rome que je ne veuille faire la guerre à l'Espagne, et que, dans ce cas, je n'exige que S. S. se déclare aussi contre elle; mais, le cas arrivant, je promets de ne rien demander à S. S., et de la laisser tranquille. »
Je passe sous silence beaucoup de choses dont il fit mention dans la suite de son discours, comme lorsqu'il parla de la guerre de Charles-Quint contre Rome, et beaucoup d'autres détails qu'il est moins nécessaire de répéter à V. Ém. , mais qui tous se rapportaient au discours précédent. Je dois seulement ajouter que plus d'une fois l'empereur recommanda à M. le légat d'écrire et de répéter ses sentiments à S. S. et à V. Éra. Il me recommanda la même chose, comme M. le cardinal-légat peut le certifier.
L'intérêt qu'à tant de titres je dois prendre à la tranquillité de S. S. et de ses Étals m'engage à me conformer prompteraent aux désirs de S. M. , et à faire connaître ses sentiments si positifs. Le Saint-Père et V. Ém. concevront parfaitement que l'endroit où ce discours nous fut adressé et les circonstances qui l'accompagnèrent
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ne nous oui pas permis d'y répondre autrement que par quelques phrases; la contenance respectueuse que ces circonstances nous iiDposaient nous permit seulement d'exprimer la plus grande confiance dans la magnanimité et la grandeur d'âme de l'empereur, et de protester de la bonne volonté du Saint-Père de faire constamment tout ce qui sera en son pouvoir pour conserver son amitié et seconder ses intentions.
Après avoir exactement satisfait au désir de l'empereur, je ne devrais pas m'cnhardir à y joindre aucune observation; que V. Ém. me permette cependant d'ajouter que, quoique le nuage qui menace l'État pontifical soit très-sombre, je ne le crois pas épaissi au point qu'on ne puisse l'empêcher, jusqu'à un certain point , d'éclater, et prévenir ainsi l'immense détriment qui en résulterait pour le Saint-Siège. Mais en sera-t-il temps encore? Peut-être, si l'on ne perd pas un instant pour conclure un arrangement prompt, bref et précis.
Je m'abstiens de toute réflexion politique ; il me paraît que le point qui tient le plus à cœur à S. M. est l'exclusion de ses ennemis des ports et de l'État pontifical. Les premières puissances de l'Europe (car je ne citerai pas l'Élrurie) ont donné à cet égard des exemples sur lesquels nous pouvons régler notre conduite. Je ne doute pas que M. le cardinal-légat n'ait déjà soumis à S. S., sur cet objet, des observations judicieuses et détaillées. Qu'on ne les perde pas de vue. M. le cardinal-légat jouit avec raison de la plus haute considération auprès des ministres français et étrangers. S. S. peut s'en rapporter à lui avec confiance, et le munir de tous les pouvoirs pour terminer un arrangement. Mais, selon moi, il n'y a pas un instant à perdre. Pour l'amour que nous devons tous porter au Saint- Père, pour l'inlérêt que nous devons prendre à la conservation et à la tranquillité de ses États, je supplie humblement S. S. et prie V. Ém. de vouloir bien peser mûrement tout ce que j'ai cru de mon devoir de lui rapporter, et de prendre une résolution décisive et prompte , mais bien prompte. Je fais cette demande d'après ma conviction intime; aucun intérêt mondain ne m'y engage; il n'en est point qui pût me faire trahir mes devoirs.
Je demande pardon à V. Ém. si j'ose employer des exprès-