‹ Le guide diplomatique (volume 3)Chapitre 90 sur 98 · LETTRES DE SOUVERAINS A SOUVERAINS SUR DIVERS OBJETS POLITIQUES · texte numérisé non relu

LETTRES DE SOUVERAINS A SOUVERAINS SUR DIVERS OBJETS POLITIQUES

Louis XIV à la reine Christine de Suède. (1662).

Madame ma sœur , je n'ai pas de peine à croire que le traitement inouï que mon ambassadeur a subi à Rome , où le droit des gens a été violé avec tant d'excès et de fureur, n'ait touché V. M. au point qu'elle me témoigne par la lettre qu'elle m'a écrite ; mais je lui avoue franchement que je suis surpris de voir la restriction qu'elle ajoute aux offres qu'elle me fait , comme si j'étais capable de pouvoir jamais penser à rien entreprendre contre le Saint-Siège. Je la prie d'être persuadée que je serai toujours le premier à embrasser sa défense, sans épargner, pour cet effet, ni ma couronne ni ma vie, et que je saurai fort bien séparer ses intérêts d'avec les auteurs de l'outrage que j'ai souffert dans cette rencontre. Après cette juste réflexion , je reviens aux marques d'amitié que V. M. me donne si obligeamment par la même lettre ; et je lui en rends mille grâces d'aussi bon cœur que je suis, madame ma sœur,

votre bon frère, LOUIS.

Écrit à Saint-Germain-en-Laye le 30 août 1662.

Louis XIV au roi de la Grande-Bretagne. (1663.)

Monsieur mon frère , ayant appris par la voix publique les propositions que le parlement d'Angleterre vous fait d'exercer de nouvelles sévérités contre vos sujets catholiques , mon devoir et ma conscience me feraient , en cette rencontre, des reproches secrets si je ne vous témoignais que j'en ai été vivement touché. Vous savez avec quelle douceur et quelle modération les princes catholiques traitent dans tous leurs États leurs sujets qui profes-sent

une autre croyance (*), et, comme vous aimez la justice et que j'ai d'ailleurs une entière confiance en votre amitié , je suis persuadé que vous voudrez bien avoir quelque égard à la recommandation que je vous fais de l'intérêt des catholiques de voire royaume, qui ont en tout temps signalé leur zèle et leur fidélité pour le service du feu roi et pour le vôtre : ce sont des sentiments qui leur sont si naturels, qu'ils me semblent bien dignes de votre protection particulière dans l'orage qui les menace. Je vous la demande pour eux avec toute l'ardeur que méritent leur innocence et leur bonne cause. Je suis très-sincèrement, mon frère,

votre bon frère,

Paris, lU avril 1663.

Louis XI f^ ài'cmpcreur d' A llemagne Léopotd I". (1672.)

^Monsieur mon frère et très-aimé cousin, bien que l'amitié si étroite qui est entre nous et la juste confiance que je dois mettre dans les liaisons réciproques par lesquelles nous avons pris soin de l'affermir, me dussent faire ajouter peu de foi aux bruits qui mêlent V. M. dans les mesures que l'on suppose se concerter dans l'empire contre mes intérêts ou contre ceux de mes alliés, j'ai cru qu'il était de mon affection pour vous , et de la sincérité exacte que je garde dans toutes mes actions et mes paroles, de faire connaître particulièrement mes sentiments à V. M. dans la conjoncture présente : c'est ce dont je charge le chevalier de Ger- Oionville, Je ne doute point que lorsqu'il aura fait connaître à V. M. combien je continue à observer religieusement le traité d'Aix-la-Chapelle et ceux de Westphalie, et que mon intention est toujours de maintenir le repos de l'empire , même d'en assurer les avantages dans la guerre quej'ai été obligé d'entreprendre sur ses frontières; surtout lorsqu'il lui fera voir ma fidélité inviolable

(') Le même prince, vingt-deux ans plus tard, devait révoquer l'édit de Nantes, souffrir les dragonnades, et pousser dans l'exil deux millions de ses sujets protestants!

par tous les concerts qu'il aura établis en mon nom avec V. M. , il ne dissipe aisément cette impression contraire que l'on se serait efforcé de lui donner, et que V. M. ne reconnaisse que ceux qui voudront altérer la bonne intelligence qui est entre nous se peuvent dire non-seulement nos ennemis, mais encore ceux du repos public. Me remettant au surplus à ce qui lui sera dit plus amplement sur ce sujet par ledit chevalier de Germonville , il ne me reste qu'à joindre aux assurances de mon amitié, toujours constante pour la personne de V. M., et de mon affection pour ses intérêts , tous mes souhaits pour l'accomplissement de ses justes désirs; étant très-sincèrement, monsieur mon frère et bien-aimé cousin, voire affectionné frère et cousin,

A Saint-Germain, le 28 nov. 1672.

L'empereur Joseph II au voi de Prusse. (1778.)

Monsieur mon frère , si j'ai différé jusqu'à ce moment de remplir la promesse que nous nous sommes faite , tant à Neiss qu'à >"eustadt, de nous écrire directement, c'est que, préparé à tous les événements, je voulais attendre d'être moi-même éloigné de la capitale, et par conséquent de toute intrigue politique, pour communiquer à V. M. mes idées , que je crois plus favorables à nos vrais intérêts que toute brouillerie que nous pourrions avoir ensemble. Je les ai rédigées dans le projet de convention ci-joint, que j'ai l'honneur de lui envoyer. Je n'y ajoute aucune réflexion, bien certain qu'il ne lui échappera aucune de celles que ce grave sujet peut faire naître. Eu même temps je fais donner à Cobenzei les pleins-pouvoirs nécessaires pour que, si V. M. adopte ce projet, il puisse être immédiatement signé; si au contraire elle désirait quelquexhangement ou expUcation sur des accessoires , je la prie de me les faire directement connaître. Elle peut compter d'avance que je ne m'y refuserai pas, si je le puis; par contre, tout sera dit si le projet ne lui convient en aucune façon.

Je serais vraiment charmé de raffermir par là de plus en plus

une bonne intelligence qui seule doit et peut faire le bonheur de nos peuples; amitié qui se fonde chez moi sur la haute estime que le génie de V. M. m'a inspiré, qu'une connaissance personnelle a accrue, et que je souhaite vivement de perpétuer par les témoignages réitérés de l'attachement sincère avec lequel je serai toujours , monsieur mon frère et cousin , votre très-affectionné frère et cousin ,

Joseph.

Olmiitz, le 13 avril 1778.

Frédéric II, roi de Prusse, à l'empereur Joseph II. (1778.)

Monsieur mon frère, rien ne peut être plus glorieux pour V. M. I. que la résolution qu'elle daigne prendre d'essayer de conjurer l'orage qui se prépare et qui menace tant de peuples innocents. Les succès, Sire, que les plus illustres capitaines ont sur leurs ennemis se partagent entre bien des hommes qui y concourent par leur valeur ; mais les bienfaits des souverains envers l'humanité leur sont uniquement attribués, parce qu'ils tiennent à la bonté de leur caractère comme à l'élévation de leur génie. Il n'est aucune espèce de réputation à laquelle V. M. I. n'ait droit de prétendre , qu'il s'agisse d'actions héroïques ou d'actes de modération ; je la crois également capable des uns et des autres. V. M. I. peut être persuadée que j'agirai franchement et je me prêterai de bonne foi à tous les moyens de conciliation que l'on pourra proposer, d'une part, pour prévenir l'effusion du sang innocent , et, de l'autre , pour rendre témoignage des sentiments d'admiration que j'ai pour votre personne. Que V. M, I. soit persuadée que si je me suis hasardé à lui faire part de mes sentiments pour elle, c'est qu'ils sont l'expression pure et simple de la vérité. En attendant ce qu'il plaira à V. M. I. de régler pour l'imporiante négociation dont il s'agit, je la prie de me croire avec tous les sentiments de la plus parfaite estime et de la plus haute considération, monsieur mon frère, de V. M. I.

le bon frère et cousin ,

Frédéric.

Schoenwakle, le 20 avril 1778.

Le prince Eugèfie, vice-roi d'Italie, au pape Pie Vil.

Très-Saint Père,

A peine de retour à Milan d'un voyage que j'ai été obligé de faire dans les provinces vénitiennes, je m'empresse de répondre à la lettre que V. S. m'a fait l'honneur de m'écrire le 11 mars. J'ose espérer que V. S. me pardonnera de ne l'avoir pas fait plus tôt, et je m'estimerais très-heureux si elle daignait m'assurer que mon espérance n'a pas été déçue.

J'ai examiné avec la plus scrupuleuse attention les plaintes de V. S. ; elle ne sera dorénavant plus dans le cas de m'en adresser de semblables. J'ai fait donner au général Tisson tous les ordres, et fait faire toutes les défenses que V. S. a désirées.

Mais puisque V. S. m'a fait l'honneur de s'adresser directement à moi pour un objet exclusivement relatif à la ville d' Ancône, il ne lui déplaira pas que je saisisse l'occasion qu'elle m'a fournie de lui écrire pour l'entretenir, avec candeur et loyauté, d'un objet qui présente un intérêt mille fois plus important et plus général

Je veux parler de cet état d'abandon où elle semble laisser l'Église d'Italie, par le retard que son cabinet met à l'institution des évoques que S. M. I. a nommés.

Que V. S. daigne rendre justice aux sentiments qui m'ont inspiré les observations que je vais lui soumettre. Qu'elle daigne se souvenir que ces observations sont confidentielles et n'ont rien d'officiel, et que ce n'est pas à sa pohtique seule, mais que c'est à son cœur que je les adresse.

Je commence par rappeler les faits. {Suit l'énoncé des faits.)

Je ne dis rien à V. S. pour faire excuser la longueur et l'ingénuité de mes observations. J'ose me persuader que V. S. considérera cette lettre comme la preuve la moins équivoque de ma profonde vénération pour son caractère sacré, et de mon respectueux attachement pour sa personne.

Je prie V. S. de répandre sur moi sa bénédiction, et je supplie

Dieu, Très-Saint Père, qu'il vous conserve de longues années pour le gouverncmenl de l'Église. De V. S. le très-dévoué fils, le vice-roi d'Italie , prince de Venise ,

Eugène-Napoléon.

Réponse du Pape à la lettre précédente.

Dilectissimo in Christo filio nostro Eugenio-Napoleoni , Iialici regni pro-regi , Mediolanum.

Dilectissime in Christo fili noster ! salutem et apostolicam benedictionem.

C'est une consolation pour notre cœur que de voir, par la réponse de V. A. I. à la lettre que nous lui avons écrite au sujet du général Tisson, l'attachement filial que V. A. I. professe pour nous, et le désir qu'elle exprime que nous en soyons persuadé. Nous n'en avons jamais douté, et nous pouvions attribuer à toute autre cause qu'à un défaut d'intérêt pour nous le retard de cette réponse ; c'est là ce dont V. A. I. désirait être assurée par nous-même. Nous aussi , nous avons retardé notre réponse plus que nous ne l'aurions voulu, non moins à cause de la muliiplicitc des affaires, que parce que nous avons voulu nous en occuper d'une manière particulière, le contenu de la lettre de V. A. I. nous touchant de trop près pour ne pas exiger de notre part de sérieuses réflexions. Nous allons lui faire connaître nos sentiments avec cette franchise qui est dans notre caractère. Étranger, par la nature de notre institution, à des considérations politiques," nous parlerons à V. A. I. avec confiance le langage franc de la vérité, que nous prescrivent les devoirs de notre saint ministère. {Suit un exposé détaillé des faits et des observations qui y ont rapport.)

Nous avons tâché de seconder autant qu'il nous a été possible les vœux pieux de V. A. I. ; nous la prions d'être persuadée de toute notre bienveillance paternelle , et de la disposition où nous sommes de lui en donner, dans toutes les occasions, les preuves les plus convaincantes. En attendant , et comme gage de notre

alTectioii, nous lui donnons de tout notre cœur la bénédiction apostolique.

Pius p. VII.

Oatum die quarla julii 1807.

Lettre du Prince régent d'Angleterre au roi de France.

Carlton-House, le 5 aoiit 1814.

Monsieur mon frère et cousin , la longue résidence de V. M. dans ce pays vous a mis en état d'apprécier les sentiments de la nation britannique sur le commerce des esclaves. L'ambassadeur du roi à la cour de V. M. mettra sous les yeux de V. M. les demandes successives et solennelles qui m'ont été adressées par les deux chambres du parlement , et les assurances que je leur ai données de ne pas discontinuer mes efforts pour délivrer l'Afrique de cette longue suite de souffrances qui sont inséparables d'un commerce si inhumain. Le cœur bienveillant de V. M. rejette, j'en suis sûr, la continuation d'un trafic qui arrête toute perspective de civihsation et d'amélioration dans un vaste continent ; et je sollicite V. M. d'employer ses puissants efforts pour accélérer le moment de son extinction universelle. La voix et l'exemple de V. !M. auront l'influence la plus décisive et la plus heureuse sur le sort de ces peuples malheureux.

Désirant dans toutes les circonstances concerter mes mesures avec V. M. pour la paix commune et le bonheur du genre humain, j'avoue que ce serait pour moi la plus grande satisfaction si nous étions mis en état d'effacer ensemble cette tache odieuse et dégoûtante, non-seulement des annales de nos propres Étals, mais aussi de celles de toutes les autres puissances avec lesquelles nous sommes en rapport d'amitié.

En sollicitant de V. M. un favorable accueil pour les représentations que le duc de Wellington est chargé de mettre devant elle sur un sujet si intéressant pour moi et la nation , je suis , mon bon frère et cousin, de V. M.

le bon frère et cousin , Georges, Prince régent.

57'« CHAP.Vr. CORRESPONDANCE DES SOUVFRAINS.

Iitponse (lu roi de Finance à ïa lettre précédente.

Paris, le 2 septembre 1814.

Monsieur mon frère , le duc de Wellington m'a remis la lettre par laquelle vous m'engagez à joindre mes efforts aux vôtres pour hâter le moment de l'abolition totale de la traite des nègres. J'ai pris aussi connaissance des différentes pièces qui se rapportent au même objet, et qu'il était chargé de me communiquer. Vous rendez justice aux sentiments de mon cœur en me croyant disposé à adopter toutes les mesures propres à assurer le repos et le bonheur de l'humanité , et en particulier à concourir à l'extinction d'un commerce qui la flétrit; et c'est surtout lorsqu'il s'agit de me concerter avec vous pour atteindre un but aussi salutaire que vous me trouverez toujours empressé de vous seconder, assuré, comme vous l'êtes déjà , que, d'accord avec vous sqr le principe, je n'ai dû mettre un délai à l'abolition finale et absolue de la traite des noirs, en ce qui concerne la France, que pour prévenir l'effet de cette mesure en tant que subite. Vous pouvez l'être encore que pendant ce délai même la traite n'aura lieu que sous des restrictions graduelles ; que , soit dans nos colonies , soit dans celte partie de la côte d'Afrique où l'on est déjà parvenu à y substituer un commerce d'une autre et meilleure nature , je porterai mes soins à la décourager ; et que les moyens dont je m'occupe pour parvenir à la fin que nous nous proposons vous en offriront sous peu la preuve la plus convaincante. Enfin, regardant comme celui de l'humanité entière l'intérêt que vous et votre nation prenez à l'accomplissement de cette noble entreprise , je me trouverais heureux de pouvoir dans cette occasion vous donner un nouveau témoignage de l'inaltérable amitié et de la parfaite estime avec lesquelles je suis, monsieur mon frère,

votre bon frère.

Lotis.

Lettre du Prince régent de la Grande-Bretagne , adressée aux empereurs d' Autriche et de Russie et au roi de Prusse, concernant son adhésion à la Sainte- Alliance.

Monsieur mon frère el cousin, j'ai eu l'honneur de recevoir, il y a peu de jours, la lettre de V. 5J., ainsi que la copie du traité signé à Paris le 26 septembre par V. M. et ses augustes alliés. Comme les formes de la constituli'^>n britannique , que je suis chargé d'administrer au nom et de la part du roi mon père , ne me permettent point d'accéder formellement à ce traité dans la forme sous laquelle il m'a été présenté, j'ai recours à la présente lettre pour transmettre aux augustes souverains qui ont signé ce traité mon entière adhésion aux principes qu'ils ont établis, à la déclaration qu'ils ont faite d'adopter les préceptes divins de la re- . ligion chrétienne comme maximes invariables de leur conduite dans toutes leurs relations sociales et politiques , et de cimenter l'union qui devrait à jamais subsister parmi toutes les nations chrétiennes. Ce sera toujours l'objet de mes efforts les plus ardents de régler ma conduite , dans la situation où la divine providence a daigné me placer , sur ces maximes sacrées , et de coopérer avec mes augustes alliés à toutes les mesures qui peuvent contribuer à la paix et au bonheur du monde. Je suis avec les sentiments les plus invariables d'amitié et d'affection , monsieur mon frère et cousin, de V. M.

le bon frère et cousin, Georges, Prince régent.

Carllon-House, le 6 octobre 1815.

L'empereur Napoléon au prince rayai de Suède. (1811.)

aïonsieur le prince royal de Suède, votre correspondance particulière m'e-st parvenue ; j'ai regardé comme une preuve des sentiments d'amitié que vous me portez , et comme une marque

de la loyauté de votre caractère, les communications que vous me faites. Aucune raison politique ne n'empêche de vous répondre.

Vous appréciez sans doute les motifs de mon décret du 21 novembre 1806 : il ne prescrit point de lois à l'Europe; il trace seulement la marche à suivre pour arriver au même but, les traités que j'ai signés font le reste. Le droit de blocus que s'est arrogé l'Angleterre nuit autant au commerce de la Suède, est aussi contraire à l'honneur de son pavillon et à sa puissance maritime, qu'il nuit au commerce de l'empire français et au maintien de sa puissance.

Les prétentions dominatrices de l'Angleterre sont plus offensives envers la Suède. Votre commerce est plus maritime que continental : la force réelle de la Suède est autant dans l'existence de sa marine que dans celle de son armée.

Le développement des forces de la France est tout continental, j'ai créé dans mes États un commerce intérieur qui donne l'impulsion à l'industrie agricole et manufacturière, par la rigoureuse prohibition des produits étrangers : cet état de choses est tel que je puis me passer du commerce extérieur.

Le maintien, l'observation ou l'adoption du décret de Berlin est donc, j'ose le dire , plus dans les intérêts de la Suède et de l'Europe que dans les intérêts de la France.

Telles sont les raisons que ma politique peut opposer à celle de l'Angleterre. L'Angleterre ne veut pas la paix : elle s'est refusée à toutes les ouvertures que je lui ai fait faire : la guerre ayant agrandi son commerce et sa domination, elle craint les restitutions : elle ne veut point consolider le système politique de l'Europe par un traité, parce qu'elle ne veut point que la France soit puissante. Je veux la paix : mais je la veux durable , entière ; je veux qu'elle assure les nouveaux intérêts créés par la conquête. Sur ce point Votre Altesse Royale ne doit pas différer de sentiments avec moi.

J'ai des vaisseaux , je n'ai point de marine : je ne puis lutter avec l'Angleterre, je ne puis la forcer à la paix qu'avec le système continental. Je n'éprouve en cela aucun obstacle de la Russie et de la Prusse : leur commerce n'a qu'à gagner par les prohibitions.

Votre cabinet se compose d'hommes éclairés. Il y a de la dignité et du patriotisme dans la nation suédoise : l'influence de Votre Altesse Royale dans le gouvernement est généralement approuvée ; elle trouvera peu d'obstacles à soustraire ses peuples à la domination mercantile d'une nation étrangère. Ne vous laissez pas prendre aux appâts trompeurs que vous présentera l'Angleterre. L'avenir prouvera que , quels que soient les événements les souverains de l'Europe seront forcés d'en venir à des lois prohibitives qui les rendent maîtres chez eux.

L'article 3 du traité du 2i février 1810 corrige les stipulations incomplètes du traité de Fridérichs-Ham. Il faut qu'il soit rigoureusement observé pour tout ce qui regarde les produits de l'Angleterre. Vous me dites que vous ne pouvez vous en passer , et qu'à défaut de leur introduction les revenus de vos douanes diminuent. Je vous donnerai pour vingt millions de denrées coloniales que j'ai à Hambourg ; vousme donnerez du fer en échange; vous n'aurez point d'argent à exporter de la Suède : cédez ces denrées à des marchands , ils payeront les droits d'entrée; vous vous débarrasserez de vos fers.

Soyez fidèle au traité du 24 février : chassez les contrebandiers anglais de la rade de Gothembourg ; chassez-les de vos côtes, où ils trafiquent librement. Je vous engage ma parole que de mon côté je garderai scrupuleusement les conditions de ce traité. Je m'opposerai à ce que vos voisins s'approprient vos possessions continentales. Si vous manquez à vos engagements, je me croirai dégagé des miens.

Je désire m'entendre toujours amicalement avec Votre Altesse Royale. Je verrai avec plaisir qu'elle communique cette réponse à Sa Majesté Suédoise, dont j'ai toujours apprécié les bonnes intentions.

Mon ministre des affaires étrangères répondra officiellemeni à la dernière note que le comte d'Essen a fait mettre sous mes veux.

Celte lettre n'étant à autre fin, je prie Dieu, monsieur le prince royal de Suède, qu'il vous tienne en sa sainte et digne garde.

Napoléon.

Lettre de {'empereur Napoléon au Prince régent du royauTïie uni de ta G rande- Bretagne et d' Irlande.

Rochefort, 13 juillet I8l5.

Altesse Royale,

En butte aux factions qui divisent mon pays et à l'inimitié des plus grandes puissances de l'Europe , j'ai consommé ma carrière politique, et je viens, comme Thémistocle(*), m'asseoir au foyer du peuple britannique. Je me mets sous la protection de ses lois, que je réclame de Votre Altesse, comme du plus puissant, du plus constant et du plus généreux de mes ennemis.

Napoléon.

Réponse du Prince régent d'Angleterre à la lettre du roi d'Espagne par laqueUe ce monarque lui avait fait part de V acceptation de la nouvelle constitution promulguée dans ses États. (1820.)

Monsieur mon frère, j'ai lu la lettre que V. M. m'a adressée pour me notifier que, d'après les vœux manifestés par son peuple, elle a jugé convenable de reconnaître et de jurer la constitution politique promulguée à Cadix en l'an 1812. Je reçois cette communicalion de V. M. comme un témoignage de son amitié , et je prie V. W. d'être persuadée du sincère intérêt que je prends dans toutes les occasions au bien-être et à la prospérité de la nation espagnole, ainsi qu'à la stabilité et à l'honneur de votre couronne. Je saisis cette occasion pour renouveler à V. M. les protestations de la véritable estime et de la parfaite amitié avec laquelle je suis, monsieur mon frère, de V. M.

le bon frère , Georges, Prince régent.

Carlton-house, le 21 avril 1820.

(') Cette réminiscence clasïique fuit tort à celte lettre, d'ailleurs si noble et si digne.

LETTRhS POLITIQUES. 579

Lettre du roi d' Espagne au Directoire helvétique. (1820.)

Don Ferdinand, par la grâce de Dieu et la constitution de la monarcliie, roi des Espagnes (').

Gi'ands et bons amis, j'ai reçu votre lettre du 1Z| mai dernier; j'y vois de nouvelles preuves de l'aniilié que vous me témoignez , amitié qui a toujours été du plus haut prix pour moi.

Assuré que vous ne doutez point de celle qui m'anime pour TOtre illustre confédération, je me persuade que vous n'aurez ' pas cru que l'intérêt que j'ai toujours pris aux brives troupes suisses qui sont à mon service ait pu se refroidir un seul instant. Ces corps , qui dans toutes les occasions se sont montrés, sous les drapeaux espagnols, dignes de la réputation qu'ils se sont acquise dans toute l'Europe; ces corps qui dans la guerre contre l'usurpateur qui voulait dominer l'Europe ont rendu à la nation et au trône des services de la plus grande importance, en mêlant leur sang à celui des sauveurs de la patrie, ont un droit indélébile à ma gratitude et à celle do mes sujets.

Ma sollicitude pour l'amélioration de leur sort n'aurait donc pas tardé plus longtemps h prendre les mesures propres à atteindre ce but, si le changement opéré dans le système de mon gouvernement n'exigeait une nouvelle marche à suivre, et ne demandait pas que les cortès s'occupassent de cette affaire. Cependant je ne puis douter que la représentation nationale, pénétrée des mômes sentiments de générosité et de justice qui animent toute la nation, ne fixe son attention sur le mérite distingué des vaillants corps suisses, et sur les services signalés qu'ils ont rendus en tout temps à l'Espagne. Quant à moi, je me plais à vous assurer que ma sollicitude royale se fera un devoir de rendi-e manifeste la justice qui parle en faveur des régiments suisses, et la reconnaissance qu'ils ont méritée de la nation.

Je vous renouvelle mes protestations d'amitié sincère, et prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

Fer DIX AND.

Madrid, le 6 juillet 1820.

(') Lettre de chancellerie.

Réponse de ta Diète helvétique.

Sire,

La diète de la Confédération helvétique a reçu avec une sincère reconnaissance, par la lettre de V. M. du 19 juillet, la nouvelle du changement qui s'est opéré dans la constitution du royaume. Cette communication, preuve d'une amitié précieuse pour !e Corps helvétique, lui donne l'occasion de protester de son respect pour V. M. et du vif intérêt qu'il prend à la prospérité de sa maison et des peuples de ses royaumes. En adressant au ciel les vœux les plus sincères pour que les événements auxquels V. M. a pris part aient les plus heureuses conséquences et répondent entièrement aux vues paternelles d'un monarque éclairé, nous sommes, avec les sentiments d'un profond respect. Sire, de V. M. etc.

(Signatures.)

Lucerne, le 2 septembre 1820.

L' empereur de au roi Charles X. (1830.)

Monsieur mon frère, j'entends gronder au loin la tempête qui s'est élevée sur la France, et qui vient de vous rejeter dans l'exil. L'abîme des révolutions s'est rouvert : j'ai frémi en vous y voyant tomber. Toutes mes sympathies vont à vous; mes regrets aussi de les savoir impuissantes : elles ne sauraient être d'ailleurs ni plus vives ni plus profondes. Que V. M. veuille bien en accueillir fexpression insuffisante , et la faire agréer aux membres de sa famille; qu'elle veuille bien aussi compter sur mon dévouement partout où il me sera possible de lui en donner des preuves. Les grands courages se montrent dans les grandes épreuves : celle qui vous frappe de nouveau est trop cruelle, pour que Dieu , de qui tout secours descend, ne vous aide pas à la supporter. Je le prie, monsieur mon frère, qu'il vous ail et vous maintienne eu sa sainte garde.

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