PLEINS-POUVOIRS
tion sur des bases propres à affermir la paix qui sera rétablie entre la Russie et la France, comme à la préparer entre les autres puissances belligérantes de l'Europe.
Promettons, sur noti-e parole impériale, d'avoir pour bon, et d'exécuter fidèlement, tout ce qui aura été arrêté et signé par notre dit plénipotentiaire, de même de donner notre ratification imi)ériale dans le terme auquel elle aura été promise.
En foi de quoi nous avons signé ce plein-pouvoir et y avons fait apposer le sceau de notre empire.
Donné à Saint-Pétersbourg, le 30 avril 1806, et de notre règne la sixième année.
Alexandre.
Prince Adam CzartorysJci.
Pleins-pouvoirs donnés par le président des États- Unis d' Amérique à MM. Frinl-nci/, Marshall et Gerry, Envoyés extraordinaires et ministres plénipotentiaires accrédités auprès du Directoire de la République française.
John Adams, président des États-Unis d'Amérique, à tous ceux que ces présentes intéresseront, salut.
Savoir faisons, qu'afin de terminer tous différends entre les États-Unis d'Amérique et la République française, de rétablir une harmonie parfaite et une bonne intelligence, ainsi que les relations de commerce et d'amitié entre les deux pajs; ayant une confiance particulière en l'intégrité, la prudence et les talents de Charles Colerworth Prinkney, John Marshall et Elbridge Gerry, citoyens des dits États- Unis, j'ai nommé, et de l'avis et du consentement du sénat commissionné les dits (suit la répétition des noms et pré-
284 CUAP. III. PLEIXS-POUVOIKS.
noms ci-dessus), oonjoiiitoraciit et séparément, Envoyés extraordinaires et ministres plénipotentiaires des États-Unis d'Amérique auprès de la République française; donnant et accordant par les présentes à eux et à chacun d'eux pleinpouvoir et autorité, et aussi commandement général et spécial, pour, et au nom des États-Unis, conférer avec les ministres, commissaires ou députés de la République française, munis des mêmes pleins-pouvoirs, soit séjuarément, soit conjointement, et de traiter, consulter et négocier avec eux au sujet de toutes les réclamations et de tous les objets et. causes de différends qui subsistent entre les États- Unis et la République française, afin d'y satisfaire et y mettre fin d'une manière juste et équitable, et de même touchant le commerce général entre les États-Unis et la France et tous autres domaines de la République française, ainsi que de conclure et de signer tout traité ou traités, convention ou conventions sur ce qui est expliqué ci-dessus, en les transmettant au président des États-Unis d'Amérique pour sa ratification finale, de l'avis et consentement des États-Unis, si ce consentement est accordé.
En foi de quoi j'ai fait apposer aux présentes le sceau des États-Unis.
Fait de ma main dans la ville de Philadelphie, le 22^ jour de juin de l'année de notre Seigneur 1797, et de l'indépendance des États-Unis la vingt et unième.
John Adams,
Par le président des États-Unis:
Timothij rriiccrins, secrétaire d'État.
Instructions ^).
Avant que le ministre public aille prendre possession du poste qui lui est confié, il reçoit du département des affaires étrangères des instructions écrites et verbales qui lui tracent l'ensemble de ses devoirs et doivent lui servir de guide dans sa conduite.
Ces instructions embrassent, plus ou moins sommairement, l'état actuel des rapports qui existent entre les deux gouvernements, les vues et les tendances politiques de celui dont il devient l'organe; elles indiquent les intérêts permanents ou temporaires dont la sauvegarde est confiée à son zèle et à ses lumières.
L'historique des négociations entamées et pendantes, l'exposé des affaires courantes ou récemment terminées, la marche à suivre dans l'ordre régulier des relations, ainsi que dans les éventualités prévues ou imprévues, font nécessairement partie de ces instructions. On y joint d'ordinaire des renseignements utiles sur le personnel de la cour et les ministres, sur les influences de l'entourage du prince ou celles de& membres du corps diplomatique qui réside auprès de lui, et dont il importe de surveiller les rivalités et les intrigues.
Plus les instructions sont générales, plus l'agent qui les reçoit court le risque de devenir responsable des événements qu'il pourrait être appelé à interpréter et des questions qu'il prendrait sur lui de résoudre. Il est donc pour lui d'un intérêt i)uissant d'obtenir que les règles de conduite qui lui sont tracées soient suffi-
') Voy. T. I, § 20. .
samment détaillées et le plus possible précises, afin de s'affranchir des hésitations qui rempêcheraient, le cas échéant, de prendre en temps opportun une résolution décisive de peur d'outre-passer ses pouvoirs.
Ajoutons que dans ces directions données au ministre les intérêts du pays qui l'envoie sont l'objet d'une recommandation particulière. Sur tout le territoire où s'étendent ses pouvoirs diplomatiques, il doit à ses nationaux, passagers ou sédentaires, protection et bienveillance.
Le gouvernement qui l'accrédite exige de son agent des comptes-rendus fréquents et iidèles qui l'instruisent de tout ce qu'il est intéressé à connaître. En général, l'Envoyé doit se souvenir de tout ce qui, de près ou de loin, dans le poste éminent qu'il occupe, touche à l'honneur et aux intérêts de son pays et de sa compétence directe et obligée, et qu il ne saurait dès lors avec trop de zèle s'en montrer le gardien vigilant.
Les instructions que reçoit le ministre à son départ peuvent être modifiées par la face mobile des affaires et la marche des événements : ces modifications deviennent alors l'objet de nouvelles prescriptions que le département des aff'aires étrangères transmet à son agent, et sur lesquelles celui-ci règle sa conduite autant que les incidents qui surgissent lui permettent de s'y conformer strictement.
INSTKUCTIONS. 287
Instriictiotis envoyées par le duc de Choiseul, ministre
des affaires étrangères de France, au baron de Breteuil,
ambassadeur du roi à Stockholm^). (1766.)
J'ai cru devoir, monsieur, vous dépêcher un courrier pour vous informer avec précision du système politique du roi relativement à la Suède, afin que vous dirigiez invariablement votre conduite d'après les instructions de S. M., et pour le plus grand avantage de son service.
Le roi désapprouverait, monsieur, que vous confiassiez à aucun de nos amis, même au comte de Fersen et à M. de Scbeffer, les vues que S. M. peut avoir relativement à la Suède; il faut marquer la plus grande confiance aux patriotes pour tout ce qui peut intéresser leur personnel, et témoigner la protection décidée que S. M. leur accorde à tous en général et à chacun en particulier, mais il faut se garantir peu à peu de l'abus qui s'est introduit à Stockholm de confier nos vues politiques à nos amis. Outre qu'un secret partagé est toujours fort mal gardé, il n'est pas invraisemblable que, dans un pays divisé par difi'érents partis et par des factions opposées, on ne combine et même on ne confonde souvent les intérêts des puissances avec l'intérêt des particuliers, ce qui produit, pour le moins, par rapport aux projets qu'une puissance peut former et à la situation qu'elle veut prendre, des commentaires toujours inutiles, et ordinairement nuisibles à cette puissance.
') La cour de Versailles n'ayaut pu parvenir, «lors de la diète de 176G, à obtenir la prépondérance sur le parti de la Russie et de l'Angleterre, le duc de Choiseul, abandonnant le système suivi jusque-là envers la Suède, expédia par courrier, au baron de Breteuil, l'instruction ci-dessus.
288 CHAP. m. INSTRUCTIONS.
La France, en se laissant aller aux circonstances du moment, a fait la faute d'exciter et de soutenir le parti qu'on appelle patriotique, pour enchaîner la puissance royale en Suède, établir dans ce royaume une administration métaphysique, et qui ne serait soutenable et possible qu'autant que tous les Suédois seraient aussi sages d'esprit que de mœurs; et l'on peut même avancer qu'avec cette sagesse les forces réelles de la Suède ne pourraient pas se soutenir sur un pied qui pût être utile aux alliés de cette couronne.
Le feu roi de Suède n'aimait itas la France d'inclination. Au lieu d'attendre patiemment sa mort, l'on a suivi et outré, pour détruire son pouvoir, les principes qu'on avait adoptés depuis la mort de Charles XIL Dès lors, le roi n'a plus eu la Suède pour alliée de sa couronne, mais uniquement le parti que l'on appelle xmtriotique. Qu'est-il arrivé? c'est que la guerre de la Suède contre la Russie, entreprise par l'influence de la France, a été le premier pas de la décadence suédoise. Depuis ce temps-là, on ne s'est occupé à Stockholm qu'à combattre les sentiments du roi de Suède, et, en les combattant, à détruire les intérêts du royaume. Lorsque le prince- actuellement régnant est monté sur le trône de Suède il était naturellement disposé en faveur de la France; il avait épousé une princesse sœur du roi de Prusse, alors notre ami intime. Le roi de Prusse, qui avait du crédit sur sa sœur, ne devait songer qu'à se servir, ainsi que nous, des forces suédoises contre la Russie et l'Autriche, qui étaient nos ennemies; mais loin de suivre cette route favorable nous n'étions pas liés avec la couronne de Suède, et nos amis patriotiques, par des sentiments personnels, nommément le comte de Tessin, voulurent donner des dégoûts à la reihe de Suède; aussi, ce qui était inévitable, cette princesse hautaine et ambitieuse s'occupant du soin de sa gloire et de son pouvoir, le parti patriotique ne s'occupa que de celui de la réprimer. Il y eut deux
factions dans lo royaume; et la France s'embarrassa dans ces deux partis, y dOpensa beaucoup d'argent, sans songer que c'étaient les troupes, les vaisseaux et le commerce de la Suède qu'il lui fallait, et non pas que le parti patriotique ou celui de la reine eût le dessus.
Dans la dernière guerre, on a cherché à tirer quelque avantage de notre alliance avec la Suède. On forma un projet dont on convint avec elle, et dont l'exécution aurait été très-avantageuse à l'alliance et principalement à la France si les Suédois avaient pu conquérir la Poméranie prussienne. La Suède se serait trouvée une puissance redoutable sur les derrières de l'Empire, et dans la même position où était Gustave. Le roi de Prusse, attaqué par l'Autriche, la Russie et la France, ne devait vraisemblablement pas pouvoir faire tôte à une armée de Suédois; jamais projet ne fut combiné avec une plus grande apparence de succès, et il échoua, non par les forces du roi de Prusse, mais par les intrigues de Stockholm. Vous êtes à portée, monsieur, d'être instruit dès manœuvres qui ont arrêté, aux yeux de toute l'Europe, le militaire suédois dans cette guerre.
Je conclus de l'expérience que les faits nous ont procurée qu'une Suède aristocratique, démocratique ou utopique, ne serait jamais une alliée utile; et que, s'il est de l'intérêt de la France de conserver ses liaisons et son intimité avec cette couronne, il faut augmenter le pouvoir monarchique en Suède, de manière que le roi ait la principale influence sur les alliances étrangères, ou bien assurer l'état des sénateurs, de manière que dans aucune circonstance ils ne puissent être déplacés, qu'ils partagent, comme conseil, la puissance souveraine avec le roi, et que ces états ne soient assemblés qu'en vue seulement de la quotité et de la distribution des contributions à fournir au trésor royal, et pour les représentations sur les améliorations de l'intérieur du pays.
Dans l'alternative de ces deux situations, la Suède ne
Martens, Guide diplomatique. II, 1. JQ
sera pas toujours sans doute bien disposée pour la France; mais cette puissance ne nous sera pas contraire, et l'argent que le roi dépensera pour les Suédois aura un usage profitable pour le service de Sa Majesté; au lieu qu'à présent il est impossible de lui présenter une utilité dans son alliance avec la Suède, tandis qu'on ne lui ofifre cbaque jour qu'une augmentation de dépense énorme pour des intél'êts particuliers, lesquels, même eu réussissant, ne produisent aucun effet politique, et ne nous garantissent pas d'avoir peu d'années après les mêmes dépenses à faire, avec l'incertitude du succès.
Le roi, après une mûre réflexion sur son système politique en Suède, a jugé que le bien de son service était de revenir sur les préjugés qui, jusqu'à présent, avaient obscurci les vrais intérêts de la France en Suède. S. M. a cru qu'il ne lui convenait pas d'être liée, dans ce royaume, avec un parti qui, d'après l'expérience, ne se trouve pas et ne peut se trouver toujours le plus fort. Elle veut donc diriger toutes ses démarches à Stockholm sur un plan solide, et le roi a pensé que le meilleur serait de profiter de la circonstance des troubles actuels pour rendre au roi de Suède l'autorité que les précédentes diètes lui ont enlevée. Il serait donc à propos d'engager nos amis, et ceux qui sont désignés sous le nom de cJuqjeavx , à concourir à nos vues; mais ils y seront aussi opposés que le sont réellement les partisans de la Russie, qui certainement n'ont pas le projet de donner de l'autorité au roi de Suède: car, sur ce point, il n'y a pas de division dans les deux partis.
Nos amis vous diront, monsieur, qu'il faut attendre la fin de cette diète, et ensuite travailler à en assembler une autre dans laquelle, nos projets étant mieux préparés, nos amis auront un avantage marqué sur leurs adversaires. Je ne suis pas étonné que l'ambassadeur du roi sur les lieux, travaillant depuis si longtemps l'esprit du parti auquel il s'est attaché, ne s'échauffe pas des mêmes idées
contre la faction qu'il a à combattre, et qui présentent une perspective vraisemblable d'utilité; mais observez que quand les patrioics vous diront que , dans une nouvelle diète, ils auront la supériorité d'influence dans les délibérations et les résolutions des états, c'est comme s'ils nous disaient: Dépensez deux millions pour nous dans deux ans, et les Suédois qui veulent le maintien du gouvernement actuel, étant amis de la France, et se trouvant alors à la tête de l'administration, prévaudront sur les Suédois qui, ayant les mêmes principes par rapport au soutien du gouvernement, et les mêmes vues d'ambition, sont les ennemis déclarés de la France.
Considérez attentivement deux choses, monsieur (je ne puis trop le répéter): 1° quelle utilité réelle peut résulter pour la Franco et pour le commerce de cette supériorité de nos amis? aucune: car il en arrivera certainement un accroissement de faiblesse; et plus la Suède devient faible (ce qui se démontre à chaque diète), plus elle est inutile; 2" quand bien même l'on pourrait articuler quelques petits avantages à retirer de la supériorité de nos amis dans la diète prochaine, leurs, antagonistes feront ce qu'ils ont fait depuis la diète passée , et suivront la môme marche que nos amis suivent actuellement: ils nécessiteront la convocation d'une nouvelle diète: alors nouvelles dépenses de la part de la France, moins de succès, et accumulation d'anarchie en Suède et d'inutilité pour le roi. Dans cet état de choses, il faut se déterminer positivement ou à être l'allié d'une puissance qui ait une consistance solide, ou à l'abandonner à son malheureux sort: ce qu'il y a de pis c'est d'alimenter sans fruit les artisans de sa faiblesse.
D'après tout ce que je viens de vous exposer, monsieur, le roi vous ordonne de faire usage de vos connaissances et de vos talents afin de vous former un projet de conduite qui tende:
1° A rétablir le pouvoir monarchique eu Suède par l'influence de la France, et assez solidement pour que le
roi, uni au roi de Suède, dirige ses efforts dans ce royaume vers l'objet unique du maintien du pouvoir monarchique que cette influence aura rétabli. Sur ce point je ne présume pas qu'il vous soit difficile de concerter un plan avec le roi et la reine de Suède et leurs confidents; 2° A engager nos amis à adopter ce parti, et à y concourir loyalement; leur présenter l'idée de cette révolution comme le moyen le plus certain de culbuter le parti dominant, qui en tous les temps, s'il n'est contenu, ruinera la Suède; leur faire sentir que leur intérêt particulier concourt dans ce moment-ci avec celui de la France au succès de ce projet; les pressentir sur l'impossibilité où se trouve le roi de soutenir vainement en Suède un parti qui n'y est pas le plus fort; enfin leur marquer le désir qu'a le roi que la reconnaissance qu'il a droit d'attendre des anciens patriotes se manifeste par leur concours au nouveau système, qui paraît seul avantageux aux deux couronnes, etc.
Instv notions données par Louis XV au haron de Bre-
teuil, lors de V avènement de Catherine II au trône de
Russie. (17G2.)
Monsieur de Brcteuil, j'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite de Vienne le 7 août dernier, n° 25. Si vous ne pensiez pas vous trouver sitôt dans cette ville je ne devais pas non plus m'y attendre. Mon ministre des affaires étrangères vous a mandé ce que j'ai jugé de votre départ de Pétersbourg dans un moment si intéressant, ainsi que de votre précipitation à vous éloigner de plus en plus de la Russie. Si vous partiez malgré ce que vous saviez d'une révolution prochaine dont vous avez appris l'issue à Varsovie, il était naturel d'y attendre, sous quelque pré-
texte , les ordres que vous demandiez et que je vous y aurais fait adresser, au lieu de vous mettre dans le cas de différer à les exécuter en vous rapprochant de la France. Quoi qu'il en soit, l'aveu que vous faites à mon ministre de votre tort dans cette occasion me fait juger que vous redoublerez de zèle j'our mon service, et pour réparer
lout ce que votre conduite a pu y porter de préjudice
La conduite, les inocédés et les actions de Pierre III, ainsi que le silence et la patience affectée de l'impératrice, annonçaient également que ce prince ne resterait pas longtemps sur le trône; mais on ne prévoyait pas que l'événement dût être si prochain. Le changement de gouvernement en Russie change aussi la conduite de toutes les puissances étrangères avec cet empire. Deux objets doivent aujourd'hui exciter votre vigilance: ce sera 1° l'intérieur de la Russie, et 2° les principes que la nouvelle impératrice se formera par rapport aux puissances alliées ou ennemies de l'impératrice Elisabeth.
La dissimulation de Timpératrice régnante, et son courage au moment de l'exécution de son projet, indiquent une princesse capable de concevoir et d'exécuter de grandes choses.
Il n'est pas douteux que la mémoire de Pierre III a peu de partisans ; ainsi l'on ne doit point prévoir de troubles fomentés par le désir de la vengeance. Mais l'impératrice, étrangère par sa naissance, qui ne tient eu aucune manière à la Russie, et nièce du roi de Suède, a besoin d'une force inébranlable pour se conserver sur un trône qu'elle ne doit ni à l'amour de ses sujets, ni à leur res- ])ect pour la mémoire de son père, comme on le vit lors de la révolution qui y jdaça l'impératrice défunte. Quel- (pie attention qu'elle apporte , il y aura des mécontents. Si cette princesse a l'âme haute, elle a le cœur sensible. Elle aura un favori, une contidente; le choix qu'elle fera nous importe peu. Il ne s'agit que de connaître ceux qui
auront la principale part à sa confiance , et de chercher à se les concilier.
La princesse d'Askow doit certainement être bien avant dans ses bonnes grâces; mais peut -on répondre qu'une entreprise secondée par une personne si jeune n'ait eu d'autre motif que le bien de l'État ou l'attachement à sa souveraine? La passion du tzar pour mademoiselle de Worouzow a pu exciter sa jalousie. Si cette raison n'existe plus par la mort de ce prince, la princesse d'Askow, romanesque et encouragée par le succès, peut ne se pas trouver assez récompensée, et croire qu'on ne lui marque pas assez de confiance; enfin, pour quelque motif que ce soit, ne fût-ce que pour le désir d'intriguer, elle peut chercher à remuer de nouveau. L'impératrice, si elle en découvre quelque chose, peut l'en punir, ce qui changerait encore la face de cette cour. On doit s'attendre à voir bien des factions.
Elles sont encore plus certaines si cette princesse a un favori. En choisissant un Russe, le crédit qu'il aura excitera sans doute la haine des autres; si elle choisit un Allemand, tous les Russes en seront peines, surtout s'il profite de sa faveur pour distribuer les grâces à ses compatriotes. Enfin si M. Poniatowski retourne à Pétersbourg, l'éclat que ce voyage fera ne peut manquer de préjudicier à la gloire de l'impératrice, et par conséquent d'affaiblir son gouvernement, en aliénant d'elle le cœur de ses sujets. Votre principal soin, dans ces premiers moments, doit être d'examiner avec attention la conduite de cette princesse, de voir quels seront ceux qu'elle rendra l'objet de ses bonnes grâces particulières; de chercher à vous assurer de leur amitié, pour tourner les résolutions de la cour de Russie d'un côté favorable à mes affaires. Vous me marquerez exactement ce que vous découvrirez sur ce point, et les moyens que vous croirez propres à vous concilier ces favoris, afin que sur vos relations je vous donne mes ordres.
Je suis persuade de l'empressement (pie non -seulement les courtisans, mais même les étrangers et tous les ministres qui résident auprès de cette princesse auront à lui marquer leurs respects, et même à chercher à se faire remarquer d'une manière particulière, pour attacher plus intimement la Russie aux intérêts de leurs maîtres. C'est ce respect dû aux têtes couronnées qui doit faire la base de votre conduite et de vos discours avec l'impératrice, que vous assurerez, dans toutes les occasions de mes dispositions favorables pour tout ce qui peut l'intéresser. Tout autre principe serait peu convenable à ma dignité et à ma manière de penser, et je n'y fonderai jamais ma politique; mais comme le cœur d'une princesse telle que l'impératrice entre toujours pour beaucoup dans ses résolutions, soit qu'il s'accorde avec ses intérêts, soit qu'il s'y trouve opposé, je suis persuadé que vous me rendrez à cet égard le compte le plus exact et le plus fidèle
La conduite du tzar défunt et son attachement à nos ennemis, lequel était aussi outré que dépourvu de vues et de prudence, pouvaient n'avoir rien de dangereux pour mes intérêts. Peut-être même n'y était - il pas contraire, puisqu'il faisait cesser l'union entre les deux cours impériales. Cette union , nécessaire contre l'ennemi commun, avait été interrompue depuis six mois. Aujourd'hui, il est à craindre que la cour de Vienne ne cherche à reprendre son ancien crédit à Pétersbourg, et à renouveler Tancien système. Le comte de Mercy aura sans doute profité des premiers moments du nouveau règne et de votre absence pour ranimer cette union. L'impératricereine lui en aura fourni les moyens, tant en lettres qu'eu présents : et je ne doute pas que ce ministre n'ait gagné bien du terrain avant votre arrivée. Vous devez donc vous attendre à ne plus trouver dans l'ambassadeur de Vienne auprès de l'impératrice Catherine celui que vous avez laissé auprès de Pierre III. Cette différence exige beaucoup de circonspection dans votre conduite avec cet ambassadeur,
296 CHAP. m. IXSTRUCïIONS.
(le qui il convient que vous vous défiiez, en conservant cependant le môme extérieur avec lui. d'autant plus (|u'il est capable et bien dirigé.
Vous ne devez pas négliger non plus d'observer la conduite que la cour de Pétersbourg va tenir avec celles de Londres et de Berlin. Il est vraisemblable que les liaisons de l'Angleterre avec la Russie vont reprendre une nouvelle force. Si l'intimité de M. Keith avec l'empereur défunt a pu rendre ce ministre désagréable à Timpératrice, le roi d'Angleterre y a pourvu en lui donnant le comte de Buc-
kingham pour successeur Le roi de Prusse, quoique
la Russie lui ait reïidu toutes ses conquêtes, ne paraît devoir désirer que l'inaction de cette puissance. Peutêtre même que ce prince, en consultant ses vrais intérêts, peut sans se concerter avec nous tendre au même but. Vous savez déjà, et je le répéterai ici bien clairement, que l'objet de ma politique avec la Russie est de l'éloigner autant qu'il sera possible des aflfaires de l'Europe. Sans rien faire personijellcment qui puisse donner lieu à se plaindre de vous, l'objet de votre attention doit être de donner de la consistance à tous les partis qui se formeront immanquablement dans cette cour. C'est par la dissension qui y régnera qu'elle sera moins en état de se livrer aux vues que d'autres cabinets pourraient lui suggérer. Vous devez chercher à gagner l'amitié et la confiance des personnes puissantes dans cette cour et de celles qui peuvent le devenir.
Le crédit du moment sera utile pour donner une tournure favorable à tout-es les affaires de la Pologne, et pour changer le ton de la cour de Pétersbourg avec cette république. Votre crédit futur doit porter sur les moyens d'empêcher la Russie de prendre part à une guerre contre moi, contre mes alliés, et principalement contre mes vues dans le cas d'une élection en Pologne. Tout ce qui pourra contribuer à remplir cet objet sera toujours
avantageux. • C'est à vous à indiquer les moyens d"y i»aivcnir, afin qu'on puisse rous autoriser à les enii»loyer
La révolution a sans doute ranimé le comte de lîriihl (premier nihiidrc en r<)l<>[/U(), qui toujours fondé principalement sur la Russie, va se donnei» de nouveaux mouvements pour former des intrigues à cette cour. Le sieur Pruss, son confident, sait tous les détours de ce labyrinthe. II trouvera bien des facilités si l'ancien chancelier ncstuclieff rentre dans les affaires. Vous ne pouvez veiller de trop près à leurs démarches, ainsi qu'à celles du comte Poniatowski, que l'on dit avoir reçu un exi)rès de cette princesse pour l'engager à retourner à sa cour. Si ce qu'il vous a dit est vrai, qu'il sera toujours bon Polonais préférablement à tout , il ne se trouvera jamais en opposition avec mes vues, puisqu'il ne désire que le bien de sa patrie; mais il est à craindre que dans les autres affaires sa prévention pour l'Angleterre ne lui inspire des sentiments différents.
De plus, malgré les assurances que l'impératrice vous a données qu'il ne la gouvernerait jamais, il sera difficile qu'il n'ait au moins un grand crédit. Ce sera à vous à l'observer et à voir quel parti vous en pouvez tirer. Vous savez que la Pologne est le principal objet de la correspondance secrète, et que par conséquent ce qui concerne ce pays doit l'être de même de votre attention. Il est nécessaire que vous entreteniez une correspondance avec MM. d'Havrincourt, de Paulmy et de Vergennes. Vous ne devez leur laisser rien ignorer de ce qui regarde la Pologne, et vous apprendrez i»ar eux, mieux et plus tôt, ce qu'il conviendra que vous fassiez à Pétersbourg, que par les ordres de mon ministre, qui, vu l'éloignement , ne peuvent être que tardifs.
Je laisse à votre prudence et à la connaissance que vous avez de mes intérêts et de mes intentions à régler vos démarches lorsque vous ne croirez pas avoir le temps de demander directement des ordres 11 ne doit pas
être question de ma part de former des liaisons intimes avec la Russie. Il suffira d'entretenir celles qui sont de bienséance et de détourner adroitement les engagements
qu'on pourrait prendre contre mes vues Je ne pense
pas que le chancelijer Woronzow craigne aujourd'hui autant qu'il le craignait sous le règne précédent de brûler toute ma correspondance secrète avec la feue impératrice; ainsi vous devez insister auprès de lui, en mon nom, pour qu'il vous remette toutes les pièces ou qu'il les brûle en votre présence, et pour qu'il n'en reste aucune trace, etc.
INSTEUCTIONS
de M. Canning
pour M. Stratforcï Canning,
Ambassadeur anglais auprès de la Porte Ottomane.
Bureau des Affaires étrangères, 6 sept. 1826.
Votre Excellence aura la bonté d'adresser immédiatement une note officielle au reis-efifendi, pour lui expliquer les différentes propositions faites par les Grecs, et pour lui déclarer que S. M., par amitié pour la Sublime-Porte, vous a chargé d'inviter le Divan à s'occuper sans délai de l'examen de ces propositions avec calme et avec une attention sérieuse.
Les arguments contenus dans les notes précédentes de V. Exe. se trouvent si judicieusement choisis, que je crois inutile d'y relever particulièrement ceux dont il serait convenable de se servir à l'occasion de la nouvelle démarche que vous êtes appelé à faire.
Ou laisse à la discrétion de V. Exe. de proposer un armistice en même temps que les nouvelles ouvertures, ou
de réserver celte proposition pour le cas où les ouTortures recevraient une réponse favorable.
Le choix du tonips est également laissé à la volonté de Votre Excellence.
Si les négociations d'Akernian réussissent, il serait sans doute nécessaire d'attendre l'arrivée de M. de Ribeaupierre, et si celui-ci, quoique revenu à son poste, ne se trouvait point muni d'instructions pour coopérer avec Votre Excellence, il conviendrait probablement d'attendre l'arrivée de ces instructions.
Cependant, si les circonstances paraissaient exiger une action plus prompte, j'en laisse la décision au jugement de Votre Excellence, lui demandant seulement de se concerter à cet égard avec M. de Ribeaupierre, dans le cas où il se trouverait déjà à Constantinople.
La réponse que nous venons de recevoir du cabinet français à notre première communication relative au protocole de St. Pétersbourg, nous fait espérer que l'ambassadeur de France à Constantinople sera autorisé k prêter son appui à Votre Excellence, dans toutes les négociations qui se trouveraient fondées sur les principes de cet arrangement primitif.
Je ne suis pas encore en état de vous faire connaître les sentiments positifs des cours de Vienne et de Berlin; mais je ne saurais douter qu'elles ne soient également disposées à seconder nos efforts vers un but qu'elles ont déclaré depuis si longtemps avoir en vue.
Il dépendra en grande partie de V. ï]xc., après avoir conféré avec les ministres des cours alliées , de décider quand et comment leur appui pourrait nous devenir le plus utile.
En tout cas, il est essentiel que la preu)ière démarche soit faite par Votre Excellence seule,
1° Parce que c'est à vous , individuellement , que les Grecs so sont adressés pour réclamer la médiation britannique;
2" Parre tiu'unc déinarchc avec le caractcvc do médiateur entre les deux parties, n'offre point do prix au.\ objections que la Porte reiiroduisait si souvent contre toute intervention arbitraire dans ses affaires;
Et S° parce que, si le protocole du 4 avril contient les conditions sur lesquelles, de l'avis unanime de l'Angleterre et de la Russie, un arrangement raisonnable devrait être conclu, il serait pourtant bien imprudent de faire connaître àlafois toutes ces conditions au gouvernement turc, persuadés que nous sommes moralement que, si la Porte consent même à traiter, les conditions qu'on lui aura proposées en premier lieu (quelque justes qu'elles puissent être) ne seront jamais celles auxquelles elle adhérera en définitive. La différence qui existe, sous ce rapport, entre le protocole et les propositions des Grecs, n'est peut-être pas sans avantage, puisqu'elle laisse une certaine latitude de modifier ces dernières et d'arriver ainsi, sans sacrifier ni le but, ni aucune disposition essentielle du protocole, à l'arrangement qu'on a en vue.
Sur deux des trois points de différences dont nous parlons, il est au moins douteux (mettant de côté pour le moment la question de la garantie de rAiigletene) que les Grecs aient le bon droit pour eux.
On ne peut espérer que le gouvernement turc consente à faire retirer les propriétaires musulmans de cette partie de la Grèce, qui va être libre, sans obtenir i)Our eux une indemnité.
D'après une conférence que vous avez eue avec plusieurs des chefs de la Grèce, lors de votre voyage à Constantinople (conférence, qui do fait a servi de base à la majeure partie des stipulations du protocole), nous sommes portés à croire que les Grecs consentiront volontiers à l'indemnité en question.
Si elle peut avoir lieu moyennant un échange do propriétés territoriales grecques contre de pareilles propriétés turques, certes, ce serait tant mieux ; mais, de manière ou
1NSTBUCTI0N8. ' 301
d'autre, il faut que cette aflfaii'e s'arrange, car il est absolunieut impossible d'imaginer que les Turcs, n'étant point vaincus, consentent à abandonner sans conditions ni compensations, toutes leurs i)roprit''tés situées dans les districts de la Grèce, qu'ils seraient tenus d'évacuer.
L'étendue de ces districts est aussi une question sur laquelle les demandes des Grecs pourraient avec justice subir quelques moditications.
On ne peut s'attendre, en effet, que les Turcs, sans y être contraints, cèdent tout un pays, dont la majeure partie est occupée par eux militairement, et où ils exercent le pouvoir civil dans toute sa plénitude.
Du reste, le protocole remet la question des limites du territoire qui lait l'objet de l'arrangement projeté, ainsi que la question de démarcation et de frontières militaires, à une époque plus avancée des négociations. Il y aura donc assez de temps pour discuter ces points, quand on connaîtra, au moment dont nous parlons, l'état de possession des Turcs et des Grecs.
Or, comment employer cet argument, dès qu'il s'agit de cette partie de la Grèce, qui se trouve encore sous la domination absolue du Sultan?
La menace la plus efficace, l'ultima ratio, par laquelle nous espérons éveiller la prudence ou les craintes des Turcs, c'est la menace (en cas de leur refus obstiné) de saisir la première occasion pour reconnaître l'indépendance de cette partie de la Grèce, qui aura par elle-même secoué le joug ottoman. Mais comment appliquer cette menace à un territoire grec occupé entièrement par les Turcs? Et quel espoir de succès pourrait-on avoir d'une proposition où l'on offrirait au gouvernement turc, non pas l'alternative entre l'affrancbisserfent volontaire et la reconnaissance contre le gré du Sultan de la partie de la Grèce, et l'affrancbissement par les Turcs de la totalité de ce pays? Ces deux dernières propositions ne sont pas du tout de poids égal, et il semble évident que présenter une
telle alternative à la Porte, ce serait abandonner l'espoir d'en obtenir une détermination favorable.
Un troisième point, qui diffère entre le Protocole (voy. le Portfolio, tome IV, p. 449) et les propositions des Grecs'), n'est pas de nature à exercer de l'influence sur l'issue de la négociation, quelle que soit la manière dont on finira par la décider.
Le Protocole renferme aussi ce que les propositions des Grecs n'admettent point, à savoir, l'idée de faire participer la Porte jusqu'à un certain degré à la formation du pouvoir exécutif en Grèce.
Si je ne me trompe, V. Exe. a été portée à juger d'après ses conférences avec les Grecs, qu'il n'y aurait sous ce rapport aucune forte opposition de leur part. Il serait utile de les ramener vers ce point de vue.
Le véritable esprit de tout cet arrangement consiste à ne jamais faire intervenir la Porte dans les attributions et les actes du gouvernement une fois établi en Grèce, et de placer son administration à l'abri de tout contrôle.
Mais ces points une fois garantis, il ne paraîtrait point déraisonnable de faire participer la Porte jusqu'à un certain degré, à la création d'un gouvernement, qui n'existera
') Voici quelles étaient les propositions des Grecs:
V De reconnaître la souveraineté de la Porte, et
2° De lui payer une somme d'argent, une fois pour toutes, ou bien un tribut annuel.
Mais ils exigeaient en retour:
1' Que les Turcs ne gardassent ni forteresses ni aucune propriété en Grèce;
2° Que la Porte n'exerçât aucune influence sur l'administration intérieure de leur pays;
3° Que toutes les parties de la Grèce, quelle que puisse être leur position, participassent à cet arrangement.
Le gouvernement grec pensait d'ailleurs qu'un armistice devrait précéder les négociations, et demandait la garantie de l'Angleterre comme une condition sine quâ non, pour se décider à traiter avec la Porto.
que de son assentiment, et se trouvera confirmé par son a])probation.
La manière dont cette alfaire se trouverait conduite sous la direction et avec le concours des puissances alliées, devrait rassurer les Grecs contre toute crainte de résultats contraires à leurs intérêts et à leur liberté.
11 ne resterait donc plus que la question de la garantie de l'Angleterre, que les Grecs ont demandée comme une condition sine quâ non de tout arrangement, et que nous avons déclaré dans le Protocole ne pas pouvoir accepter.
Il n'est pas étonnant que les Grecs aient demandé cette garantie dans un acte adressé au gouvernement anglais tout seul; mais si l'arrangement en question se conclut sous l'intervention des autres puissances, agissant de concert avec l'Angleterre, la garantie de toutes ces puissances suffira sans doute pour calmer les craintes et dissiper la jalousie des Grecs.
Une discussion à ce sujet ne saurait en tout cas avoir lieu qu'au moment où la négociation se trouvera à peu près terminée, à moins cependant que la Porte ne s'adresse aussi à notre garantie. 11 faut alors avoir une réponse toute prête pour les deux parties. On leur observerait, que la nature même de notre gouvernement s'oppose à ce que nous nous engagions de cette manière.
On trouve dans la série entière de nos obligations di- ])lomatiques très-peu d'obligations positives. Celle envers le Portugal est de ce nombre. La conséquence d'un pareil arrangement, c'est (comme l'exemple des dernières années l'a suffisamment prouvé) de nous imposer le devoir d'une intervention continuelle dans les affaires intérieures de ce pays, devoir entièrement étranger aux principes généraux de notre politique, mais auquel nous ne j)ouvons pas échapper, quand même une fausse démarche du gouvernement avec lequel nous avons contracté, nous entraînerait contre notre gré dans quelque guerre imprévue.
Nous voulons éviter d'augmenter de semblables déviations des règles générales de notre politique.
La Porte verra au moins dans cette réserve de notre conduite, que nous ne cherchons point à nous ériger en un tribunal suprême permanent; et que ce que nous faisons aujourd'hui pour la Grèce, ne nous est inspiré par aucun désir d'y usurper une influence ou une autorité quelconque, mais résulte seulement du désir vif et sincère de mettre lin à un état de choses qui amènerait l'Europe à ne plus l'endurer, mais plutôt à le réprimer au moyen de mesures prises en commun.
D'autre part, ou pourra certainement faire entendre aux Grecs, que cette garantie anglaise qu'ils sollicitent, se trouverait pour eux, dans certains cas possibles, une source de très-grands inconvénients. 11 faut que toute garantie soit vraiment impartiale. Nous ne pourrions donc pas nous rendre responsables envers les Grecs, de l'observation religieuse du traité de la part de la Turquie, qu'en nous rendant également responsables envers la Porte de la fidélité des Grecs à remplir leurs engagements.
Une guerre avec la Turquie sera toujours pour notre pays une affaire bien grave. Mais un prompt emploi de nos forces navales dans la Méditerranée, pour réprimer les excès que les Grecs des îles ou les Moréotes pourraient commettre, ne serait pas pour nous un objet difficile ou coûteux.
Les Grecs peuvent avoir les meilleures intentions de tenir les engagements qu'ils contracteraient avec la Porte, et de ne pas s'exposer à une rupture avec cette puissance. En considérant toutefois l'état nécessairement agité de la Grèce, pendant un certain temps encore, avant que le Gouvernement y puisse se consolider et se fortifier suffisamment, il est peut-être plus que probable que, dans le cas où nous nous placerions en position d'être appelés à réprimer les actes de violence et les infractions au traité, ce seraient les Turcs qui s'adresseraient les premiers à
notre garantie, et ce serait contre les Grecs que nous aurions d'abord à diriger les efforts de nos armes. Ce raisonnement ne s'applique pas de la même maniùre aux autres états du continent, dont les forces consistent plutôt en armées qu'en vaisseaux de guerre, et qui se trouvent davantage en contact avec la Turquie qu'avec la Grèce.
Sans doute, on ne peut pas s'attendre que la Porte ou les Grecs, se contentent de la seule garantie de la Russie. Mais si l'on y ajoute celle de la France et de l'Autriche, cela nous paraîtrait offrir une garantie aussi solide pour l'exécution religieuse du traité, que la nature des choses le permet.
Je ne prévois pas, dans l'état actuel de la discussion, quels seraient les autres points sur lesquels il y aurait encore à s'étendre.
Votre Excellence voudra bien trouver les moyens de faire connaître au gouvernement grec, que vous êtes en train d'agir en conformité avec ses demandes. Je ne l'en informe pas directement d'ici; pour que la chose ne s'ébruite avant le temps opportun et ne contrarie point par conséquent la marche que Votre Excellence croira devoir adopter.
Signé: Canning.
Martens, Guide diplomatique. II, 1. 20
IMPEIMEEIE DE F. A. BLOCKHAUS A L'îirzlC.