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LETTRES DE FÉLICITATION

Je suis, avec la plus haute considération et un attachement inviolable, monsieur mon frère, de V. M.

le bon frère,

Béponse à la lettre précédente.

Monsieur mon frère et cousin, en lisant dans la lettre de V. M. l'expression des sentiments qui l'animent, je me suis doublement félicité d'être devenu le gage d'une réconciliation durable et sincère entre la .... et les souverains magnanimes qui n'ont voulu triompher que pour répandre des bienfaits. Cet éloge est particulièrement dû à V. M., dont les braves armées ont montré une si grande constance dans les dangers, une si noble modération dans la victoire. J'ai déjà donné à M, le comte de .... les assurances de la vive sensibilité avec laquelle je recevais les témoignages d'amitié que me donnait V. M.; mais il me tarde de les lui renouveler de vive voix, ainsi que celle de l'attachement avec lequel je suis, monsieur mon frère et cousin, de V. M. le bon frère et cousin, N.

{Entre des sotnerains et des membres de familles souveraines.) Monsieur mon frère et cousin, j'ai été , très-sensible à l'attention que V. A, R. m'a témoignée en m'annonçant par sa lettre du .... de .... le mariage de S. A. R. le duc de ...., son fils, avec madame la princesse .... Cet heureux événement doit être pour elle et pour toute sa maison royale une source de nouvelles satisfactions. J'y prends une part vive et sincère; et, en adressant à V. A. R. mes félicitations pour elle et pour ses augustes enfants, je lui réitère l'assurance de la plus parfaite estime et de l'amitié avec lesquelles je suis, monsieur mon frère et cousin, de Y. A. R. le bon frère et cousin, N.

Mabteks, Guide diplomatique. 11,3. ^^

Monsieur mon cousin, je prends une part bien sincère à la nouvelle de l'heureuse délivrance de madame la duchesse de ...., que V. A. S. a eu l'attention de m'annoncer par sa lettre du .... du mois passé, et je la prie d'en agréer mes félicitations, ainsi que l'expression des vœux que je fais pour la conservation du prince nouveauné. Je saisis avec plaisir cette occasion pour réitérer à V. A. S. l'assurance de l'intérêt que je prendrai constamment à tout ce qui la concerne et peut contribuer à son bonheur, par suite des sentiments d'estime et d'amitié avec lesquels je suis, monsieur mon cousin, de V. A. S.

le très-affectionné cousin, N.

Monsieur mon frère, je me rappelle trop vivement les prévenances aimables et délicates que vous avez eues pour moi pendant mon séjour à .... et les heures agréables que j'ai passées dans la société de V. A. R. et dans celle de sa famille, pour ne pas prendre une part bien sincère à l'heureux événement qui vient encore augmenter votre bonheur domestique. Je ne puis que vous remercier de ce que vous avez bien voulu me l'annoncer vous-même dans le langage du cœur et de l'amitié. Je prie V. A. R. d'être persuadée que je réponds à ces sentiments par les miens, et que je fais des vœux bien ardents pour sa prospérité et pour celle de sa nombreuse et brillante famille. Mes fils ont été fort touchés de votre souvenir, et vous assurent que vous occupez toujours une grande place dans leur cœur. Agréez l'assurance de ma haute estime et du sincère attachement avec lequel je suis, monsieur mon frère, de V. A. R. le bon frère,

LETTRES DE CONDOLEANCE.

(Entre souverains.) Monsieur mon cousin et oncle, c'est avec une profonde douleur que je viens d'apprendre par la lettre que V. M. a bien voulu m'adresser en date du .... de .... le décès de S. A. R, madame la princesse de .... Le sincère et profond attachement que j'ai toujours porté à cette princesse et le vif intérêt que je ne cesse de prendre à tout ce qui concerne V. M. et son auguste famille, lui diront assez, j'espère, à quel point j'ai été affecté par cet événement malheureux. En formant des vœux ardents pour que la Providence veuille consoler V. M. de cette cruelle perte, et éloigner pour longtemps tout ce qui pourrait affliger ses jours précieux, je supplie V. M. d'agréer l'expression réitérée de la haute considération et de l'attachement inaltérable avec lesquels je suis monsieur mou cousin et oncle, de V. M.

le bon cousin et neveu, lY.

Monsieur mon frère, l'événement douloureux que Y. M. m'annonce par sa lettre du .... du décès de la reine son épouse m'a d'autant plus vivement affecté, qu'éprouvé moimême par un coup aussi funeste et dont le triste souvenir est à jamais ineffaçable, je connais l'impression profonde et l'amertume que laisse dans le cœur une perte aussi cruelle. Puisse la Providence, Sire, vous accorder toutes les consolations dont vous avez besoin dans ces • moments de tristesse, et répandre une longue suite de prospérités sur vous et »votre royale famille! Je réitère à Y. M. l'assurance des sentiments d'amitié et de considération distinguée avec lesquels je suis, monsieur mon

frère, de Y. M.

le bon frère,

Monsieur mon frère, la lettre que V. M. m'a adressée en date du .... de ...., m'a confirmé la triste nouvelle de l'horrible attentat dont S. A. R. le duc de .... a été la malheureuse victime. V. M. connaît trop bien les sentiments que je lui ai voués pour ne pas être pleinement convaincue de la part bien sincère que je prends à un événement qui a dû plonger V. M. et son auguste famille dans la plus profonde affliction, et qui a rempli d'effroi l'Europe entière. En formant des vœux ardents pour que la Providence veille sur les jours précieux de V. M. et la préserve elle et sa maison royale de nouveaux malheurs, je lui renouvelle l'assurance des sentiments de parfaite estime et de haute considération avec lesquels je serai toujours, monsieur mon frère, de V. M.

Monsieur mon frère, la mort du roi .... de glorieuse mémoire a dû affliger profondément l'âme sensible de de V. M. La douleur qu'elle éprouve ' en perdant uii prince qui avait pour elle tous les sentiments d'un père est trop juste et trop légitime pour ne pas être partagée. Toute la .... porte le même deuil. Mais la .... entière et tous ses véritables amis se félicitent et se consolent en même temps en voyant les principes et les vertus du feu roi revivre dans son digne successeur. V. M. connaît trop les sentiments que je lui ai voués pour ne pas être convaincue de la part que je prends à son avènement au trône. Les liens d'amitié qui unissent la .... et la ...., bien loin de s'affaiblir, ne feront, j'espère, que se resserrer davantage. Les sentiments de V. M. et l'influence bien méritée qu'elle a toujours eue sur les relations politiques de la .... avec ses voisins ne me permettent pas de douter que les nôtres resteront les mêmes, et que le même esprit les dirigera. Je prie V. M. d'être persuadée que de ma

part rien ne troublera la bonne harmonie qui règne entre nous, comptant sur une parfaite réciprocité. C'est en assurant V. M. de ma sincère et inviolable amitié que je lui demande la continuation de la sienne.

Monsieur mon frère, la triste nouvelle du décès de S. M.

le roi de vient de m'être confirmée par la lettre

de V. M., en date du .... de février. Elle connaît trop bien les sentiments qui m'animent pour sa royale maison pour ne pas être persuadée de la part sincère que je prends à un événement d'autant plus funeste qu'il a atteint V. M. dans un moment où elle était encore profondément affligée de la perte cruelle d'une épouse chérie. Je fais des vœux pour que la Providence vous accorde, monsieur mon frère, toutes les consolations dont vous devez avoir besoin dans ces tristes circonstances, et je m'empresse de vous réitérer les assurances d'amitié et de considération distinguée avec lesquelles je suis, monsieur mon frère, de Y. M. le bon frère, N.

Au roi de France Charles X.

Monsieur mon frère, Y. M. a trop bien pressenti ellemême la part vive et douloureuse que je prends à Taffliction où l'a plongée le décès du roi son frère, pour qu'il me reste aucun témoignage à lui faire agréer à cet égard. Rien ne pourra affaiblir l'intérêt que j'attache à jamais à la mémoire d'un prince avec lequel j'ai eu le bonheur d'avoir des rapports personnels, et qui, par ses rares et éminentes qualités, m'a de tout temps inspiré autant d'estime que d'attachement. J'implore dans ce moment d'amertume pour Y. M. les consolations de la divine Providence. Grâce à la sagesse du roi son prédécesseur, son règne commence sous les plus heureux auspices. Je sais ce que la France et l'Europe ont à se promettre de

342 CHAP. Yi. correspo>tda:n-ce des souverains.

ce règne, et je me livre avec la plus entière confiance à des espérances fondées sur le caractère, les principes et les vertus de V. M. Elle m'a donné en différentes occasions des marques de son amitié. Je la prie de croire que j'y mets le plus haut prix, et qu'elle trouvera toujours chez moi le même empressement à lui offrir des preuves de la haute considération et de l'invariable attachement avec lesquels je suis, monsieur mon frère, de V. M.

le bon frère, N.

Lettres politiques des souverains.

Dans les pays où la constitution organique de l'État consacre Tirresponsabilité (plus fictive que réelle) du prince, une juste réserve impose au souverain l'obligation de laisser aux ministres responsables la direction ostensible des affaires.

Là, au contraire, où aucun contre-poids légal ne balance la liberté d'action du chef de l'État, on ne doit pas attendre de celui qui se sent ou qui se croit capable qu'il s'efface, à rintérieur, derrière son cabinet, et s'abstienne, au dehors, de guider lui-même ses agents ou de s'entendre directement avec ses égaux.

Ces lettres sont, à raison de leur source, étrangères de fait aux études diplomatiques; en reproduisant ici quelques-unes des premières, nous ne les donnons que pour satisfaire, au besoin, la curiosité du lecteur.

LETTEES DE SOUVEEAINS A SOUVERAINS SUE DIYEES OBJETS POLITIQUES.

L'empereur Joseph II au roi de Prusse. (1778.) Monsieur mon frère, si j'ai différé jusqu'à ce moment de remplir la promesse que nous nous sommes faite, tant

LETTBE8 POLITIQUES. 343

à Neisse qu'à Neustadt, de nous écrire directement, c'est que, préparé à tous les événements, je voulais attendre d'être moi-même éloigné de la capitale, et par conséquent de toute intrigue politique, pour communiquer à Y. M. mes idées, que je crois plus favorables à nos vrais intérêts que toute brouillerie que nous pourrions avoir ensemble. Je les ai rédigées dans le projet de convention ci-joint, que j'ai l'honneur de lui envoyer. Je n'y ajoute aucune réflexion, bien certain qu'il ne lui échappera aucune de celles que ce grave sujet peut faire naître. En même temps je fais donner à Cobenzel les pleins-pouvoirs nécessaires pour que, si V. M. adopte ce projet, il puisse être immédiatement signé; si au contraire elle désirait quelque changement ou explication sur des accessoires, je la prie de me les faire directement connaître. Elle peut compter d'avance que je ne m'y refuserai pas, si je le puis; par contre, tout sera dit si le projet ne lui convient en aucune façon.

Je serais vraiment charmé de raffermir par là de plus en plus une bonne intelligence qui seule doit et peut faire le bonheur de nos peuples; amitié qui se fonde chez moi sur la haute estime que le génie de V. M. m'a inspirée, qu'une connaissance personnelle a accrue, et que je souhaite vivement de perpétuer par les témoignages réitérés de l'attachement sincère avec lequel je serai toujours, monsieur mon frère et cousin, votre très-affectionné frère et cousin,

Olmûtz, le 13 avril 1778. Joseph.

Frédéric II, roi de Frusse, à l'empereur Joseph IL (1778.)

Monsieur mon frère, rien ne peut être plus glorieux pour Y. M. I. que la résolution qu'elle daigne prendre d'essayer de conjurer l'orage qui se prépare et qui menace

344 CHAP. VI- COKKESPONDAJiîCE DES SOUYEEAINS.

tant de peuples innocents. Les succès, Sire, que les plus illustres capitaines ont sur leurs ennemis se partagent entre bien des hommes qui y concourent par leur valeur; mais les bienfaits des souverains envers l'humanité leur sont uniquement attribués, parce qu'ils tiennent à la bonté de leur caractère comme à l'élévation de leur génie. Il n'est aucune espèce de réputation à laquelle V. M. I. n'ait droit de prétendre, qu'il s'agisse d'actions héroïques ou d'actes de modération; je la crois également capable des uns et des autres. V. M. I. peut être persuadée que j'agirai franchement et je me prêterai de bonne foi à tous les moyens de conciliation que l'on pourra proposer, d'une part, pour prévenir l'effusion du sang innocent, et, de l'autre, pour rendre témoignage des sentiments d'admiration que j'ai pour votre personne. Que V. M. I. soit persuadée que si je me suis hasardé à lui faire part de mes sentiments pour elle, c'est qu'ils sont l'expression pure et simple de la vérité. En attendant ce qu'il plaira à V. M. I. de régler pour l'importante négociation dont il s'agit, je la prie de me croire avec tous les sentiments de la plus parfaite estime et de la plus haute considération, monsieur mon frère, de V. M. I.

le bon frère et cousin, Feédéeic.

Schoenwalde, le 20 avril 1778.

Le ])rince Eugène^ vice-roi d'Italie, au pape Pie VU.

Très -Saint Père,

A peine de retour à Milan d'un voyage que j'ai été obligé de faire dans les provinces vénitiennes, je m'empresse de répondre à la lettre que V. S. m'a fait l'honneur de m'écrire le 11 mars. J'ose espérer que V. S.

me pardonnera de ne l'avoir pas fait plus tôt, et je m'estimerais très-heureax si elle daignait m'assurer que mon espérance n'a pas été déçue.

J'ai examiné avec la plus scrupuleuse attention les plaintes de V. S. ; elle ne sera dorénavant plus dans le cas de m'en adresser de semblables. J'ai fait donner au général Tisson tous les ordres, et fait faire toutes les défenses que V. S. a désirées.

Mais puisque V. S. m'a fait l'honneur de s'adresser directement à moi pour un objet exclusivement relatif à la ville d'Ancône, il ne lui déplaira pas que je saisisse l'occasion qu'elle m'a fournie de lui écrire pour l'entretenir, avec candeur et Io)'auté, d'un objet qui présente un intérêt mille fois plus important et plus général.

Je veux parler de cet état d'abandon où elle semble laisser l'Église d'Italie , par le retard que son cabinet met à l'institution des évêques que S. M. I. a nommés.

Que V. S. daigne rendre justice aux sentiments qui m'ont inspiré les observations que je vais lui soumettre. Qu'elle daigne se souvenir que ces observations sont confidentielles et n'ont rien d'officiel, et que ce n'est pas à sa politique seule, mais que c'est à son cœur que je les adresse.

Je commence par rappeler les faits. (Suit Vénoncé des faits.)

Je ne dis rien à V. S. pour faire excuser la longueur et l'ingénuité de mes observations. J'ose me persuader que V. S. considérera cette lettre comme la preuve la moins équivoque de ma profonde vénération pour son caractère sacré, et de mon respectueux attachement pour sa personne.

J Je prie V. S. de répandre sur moi sa bénédiction, et je supplie Dieu, Très-Saint Père, qu'il vous conserve de longues années pour le gouvernement de l'Église. De V. S. le.très-dévoué fils, le vice-roi d'Italie, prince de Venise,

Eugèn e-Na;poUon.

346 CHAP. VI. COEBESPOKDAXCE DES SOUYEKAINS.

Itéponse du Fape à la lettre précédente.

Dilectissimo iu Christo filio nostro Eugenio-Xapoleoni, Italie! regni pro-regi, Mecliolanum.

Dilectissime in Christo fili noster! salutem et apostolicam benedictionem.

C'est une consolation pour notre cœur que de voir, par la réponse de V. A. I. à la lettre que nous lui avons écrite au sujet du général Tisson, l'attachement filial que y. A. I. professe pour nous, et le désir qu'elle exprime que nous en soyons persuadé. Nous n'eu avons jamais douté, et nous pouvions attribuer à toute autre cause qu'à un défaut d'intérêt pour nous le retard de cette réponse; c'est là ce dont Y. A. I. désirait être assurée par nous-même. Xous aussi, nous avons retardé notre réponse plus que nous ne l'aurions voulu , non moins à cause de la multiplicité des affaires, que parce que nous avons voulu nous en occuper d'une manière particulière, le contenu de la lettre de Y. A. I. nous touchant de trop près pour ne pas exiger de notre part de sérieuses réflexions. Nous allons lui faire connaître nos sentiments avec cette franchise qui est dans notre caractère. Étranger, par la nature de notre institution, à des considérations politiques, nous parlerons à Y. A. I. avec confiance le langage franc de la vérité , que nous prescrivent les devoirs de notre saint ministère. (Suit un exposé détaillé des faits et des observations qui y ont rapport.)

Nous avons tâché de seconder autant qu'il nous a été possible les vœux pieux de Y. A. I.; nous la prions d'être \ persuadée de toute notre bienveillance paternelle, et de la disposition où nous sommes de lui eu donner, dans toutes les occasions, les preuves les plus convaincantes. Yjx at-

tendant, et comme gage de notre affection, nous lui donnons de tout notre cœur la bénédiction aspostolique.

Pins P. VIL Datum die quarta julii 1807.

Lettre au Prince régent iV Angleterre au roi de France.

Carlton-House, le 5 août 1814.

Monsieur mon frère et cousin, la longue résidence de V. M. dans ce pays vous a mis en état d'apprécier les sentiments de la nation britannique sur le commerce des esclaves. L'ambassadeur du roi à la cour de V. M. mettra sous les yeux de V. M. les demandes successives et solennelles qui m'ont été adressées par les deux chambres du parlement, et les assurances que je leur ai données de ne pas discontinuer mes efforts pour délivrer l'Afrique de cette longue suite de souffrances qui sont inséparables d'un commerce si inhumain. Le cœur bienveillant de V. M. rejette, j'en suis siir, la continuation d'un trafic qui arrête toute perspective de civilisation et d'amélioration dans un vaste continent; et je sollicite Y. M. d'employer ses puissants efforts pour accélérer le moment de son extinction universelle. La voix et l'exemple de V. M. auront l'influence la plus décisive et la plus heureuse sur le sort de ces peuples malheureux.

Désirant dans toutes les circonstances concerter mes mesures avec V. M. pour la paix commune et le bonheur du genre humain, j'avoue que ce serait pour moi la plus ) grande satisfaction si nous étions mis en état d'effacer ensemble cette tache odieuse et dégoûtante, non seulement des annales de nos propres États, mais aussi de celles de toutes les autres puissances avec lesquelles nous sommes en rapport d'amitié.

348 CHAJP. VI. COKEESPOXDAXCE DES SOUVEEAINS.

En sollicitant de Y. M. un favorable accueil pour les représentations que le duc de Wellington est chargé de mettre devant elle sur un sujet si intéressant pour moi et la nation, je suis, mon bon frère et cousin, de V. M.

le bon frère et cousin, GEORGES, Prince-régent.

Béponse du roi de France à la lettre précédente.

Paris, le 2 septembre 1814.

Monsieur mon frère, le duc de Wellington m'a remis la lettre par laquelle vous m'engagez à joindre mes efforts aux vôtres pour hâter le moment de l'abolition totale de la traite des nègres. J'ai pris aussi connaissance des différentes pièces qui se rapportent au même objet, et qu'il était chargé de me communiquer. Vous rendez justice aux sentiments de mon cœur en me croyant disposé à adopter toutes les mesures propres à assurer le repos et le bonheur de l'humanité, et en particulier à concourir à l'extinction d'un commerce qui la flétrit; et c'est surtout lorsqu'il s'agit de me concerter avec vous pour atteindre un but aussi salutaire que vous me trouverez toujours empressé de vous seconder, assuré, comme vous l'êtes déjà, que, d'accord avec vous sur le principe, je n'ai dû mettre un délai à l'abolition finale et absolue de la traite des noirs, en ce qui concerne la France, que pour prévenir l'effet de cette mesure en tant que subite. Vous pouvez l'être encore que pendant ce délai même la traite n'aura lieu que sous des restrictions graduelles; que, soit dans nos colonies, soit dans cette partie de la côte d'Afrique où l'on est déjà parvenu à y substituer un commerce \ d'une autre et meilleure nature, je porterai mes soins à la décourager; et que les moyens dont je m'occupe pour parvenir à la fin que nous nous proposons vous en offriront sous peu la preuve la plus convaincante. Enfin, regardant

comme celui de l'humanité entière l'intérêt que vous et votre nation prenez à l'accomplissement de cette noble entreprise, je me trouverais heureux de pouvoir dans' cette occasion vous donner un nouveau témoignage de l'inaltérable amitié et de la parfaite estime avec lesquelles je suis, monsieur mon frère, votre bon frère,

Louis.

Lettre du Prince régent de la Grande-Bretagne, adressée aux empereurs d'Autriche et de Ttussic et au roi de Prusse, concernant son adhésion à la Sainte-Alliance.

Monsieur mon frère et cousin, j'ai eu l'honneur de recevoir, il y a peu de jours, la lettre de V. M., ainsi que la copie du traité signé à Paris le 26 septembre par V. M. et ses augustes alliés. Comme les formes de la constitution britannique, que je suis chargé d'administrer au nom et de la part du roi mon père, ne me permettent point d'accéder formellement à ce traité dans la forme sous laquelle il m'a été présenté, j'ai recours à la présente lettre pour transmettre aux augustes souverains qui ont signé ce traité mon entière adhésion aux principes qu'ils ont établis , à la déclaration qu'ils ont faite d'adopter les préceptes divins de la religion chrétienne comme maximes invariables de leur conduite dans toutes leurs relations sociales et politiques, et de cimenter l'union qui devrait à jamais subsister parmi toutes les nations chrétiennes. Ce sera toujours l'objet de mes efforts les plus ardents de régler ma conduite, dans la situation où la divine Providence a daigné me placer, sur ces maximes sacrées, et de coopérer avec mes augustes alliés à toutes les mesures qui peuvent contribuer à la paix et au bonheur du monde. Je suis avec

350 CHAP. VI. coeeespo>:dance des souverains.

les sentiments les plus invariables d'amitié et d'affection, monsieur mon frère et cousin, de Y. M. ' le bon frère et cousin,

Geokges, Prince-régent.

Carlton-House, le 6 octobre 1815.

L'empereur Napoléon au prince royal de Suède. (1811.)

Monsieur le prince royal de Suède, votre correspondance particulière m'est parvenue; j'ai regardé comme une preuve des sentiments d'amitié que vous me portez, et comme une marque de la loj-autc de votre caractère, les communications que vous me faites. Aucune raison politique ne n'empêche de vous répondre.

Vous appréciez sans doute les motifs de mon décret du 21 novembre 1806: il ne prescrit point de lois à l'Europe; il trace seulement la marche à suivre pour arriver au même but, les traités que j'ai signés font le reste. Le droit de blocus que s'est arrogé l'Angleterre nuit autant au commerce de la Suède, est aussi contraire à l'honneur de son pavillon et à sa puissance maritime, qu'il nuit au commerce de l'eminre français et au maintien de sa puissance.

Les prétentions dominatrices de l'Angleterre sont plus offensives envers la Suède. Votre commerce est plus maritime que continental: la force réelle de la Suède est autant dans l'existence de sa marine que dans celle de son armée.

Le développement des forces de la France est tout continental. J'ai créé dans mes États un commerce intérieur qui donne l'impulsion à l'industrie agricole et manufacturière, par la rigoureuse prohibition des produits étrangers : cet état de choses est tel que je puis me passer du commerce extérieur.

Le maintien, l'observation ou l'adoption du décret de

Berlin est donc, j'ose le dire, plus dans les intérêts de la Suède et de l'Europe que dans les intérêts de la France.

Telles sont les raisons que ma politique peut opposer à celle de l'Angleterre. L'Angleterre ne veut pas la paix : elle s'est refusée à toutes les ouvertures que je lui ai fait faire: la guerre ayant agrandi son commerce et sa domination, elle craint les restitutions: elle ne veut point consolider le système politique de l'Europe par un traité, parce qu'elle ne veut point que la France soit puissante. Je veux la paix: mais je la veux durable, entière; je veux qu'elle assure les nouveaux intérêts créés par la conquête. Sur ce point Votre Altesse Royale ne doit pas différer de sentiments avec moi.

J'ai des vaisseaux, je n'ai point de marine: je ne puis lutter avec l'Angleterre, je ne puis la forcer à la paix qu'avec le système coufinoital. Je n'éprouve en cela aucun obstacle de la Russie et de la Prusse: leur commerce n'a qu'à gagner par les prohibitions.

Votre cabinet se compose d'hommes éclairés. Il y a de la dignité et du patriotisme dans la nation suédoise: l'influence de Votre Altesse Royale dans le gouvernement est généralement approuvée; elle trouvera peu d'obstacles à soustraire ses peuples à la domination mercantile d'une nation étrangère. Xe vous laissez pas prendre aux appâts trompeurs que vous présentera l'Angleterre. L'avenir prouvera que, quels que soient les événements, les souverains de l'Europe seront forcés d'en venir à des lois prohibitives qui les rendent maîtres chez eux.

L'article 3 du traité du 24 février 1810 corrige les stipulations incomplètes du traité de Friderichs-Ham. Il faut qu'il soit rigoureusement observé pour tout ce qui regarde les produits de l'Angleterre. Vous me dites que vous ne pouvez vous en passer, et qu'à défaut de leur introduction les revenus de vos douanes diminuent. Je vous donnerai pour vingt millions de denrées coloniales que j'ai à Hambourg; vous me donnerez du fer en échange;

352 CHAP. VI. COEEESPONDANCE DES SOUVEKAINS.

VOUS n'aurez point d'argent à exporter de la Suède: cédez ces denrées à des marchands , ils payeront les droits d'entrée; vous vous débarrasserez de vos fers.

Soyez fidèle au traité du 24 février: chassez les contrebandiers anglais de la rade de Gothembourg; chassez-les de vos côtes, où ils trafiquent librement. Je vous engage ma parole que de mon côté je garderai scrupuleusement les conditions de ce traité. Je m'opposerai à ce que vos voisins s'approprient vos possessions continentales. Si vous manquez à vos engagements, je me croirai dégagé des miens.

Je désire m'entendre toujours amicalement avec Votre Altesse Royale. Je verrai avec plaisir qu'elle communique cette réponse à Sa Majesté Suédoise, dont j'ai toujours apprécié les bonnes intentions.

Mon ministre des aôaii'es étrangères répondra officiellement à la dernière note que le comte d'Essen a fait mettre sous mes yeux.

Cette lettre n'étant à autre fin, je prie Dieu, monsieur le prince royal de Suède, qu'il vous tienne en sa sainte et digne garde. Napoléon.

Lettre de Vcmpereur Napoléon au Prince régent du royaume iini de la Grande-Bretagne et d'Irlande.

Kochefort, 13 juillet 1815.

Altesse Royale, En butte aux factions qui divisent mon pays et à l'inimitié des plus grandes puissances de l'Europe, j'ai consommé ma carrière politique, et je viens, comme Thémistocle ^), m'asseoir au foyer du peuple britannique. Je me mets sous la protection de ses lois, que je réclame de Votre Altesse, comme du plus puissant, du plus constant et du plus généreux de mes ennemis. Napoléon.

') Cette réminiscence classique fait tort à cette lettre, d'ailleurs si noble et si digne.

V empereur de..,, au roi Charles X. (1830.)

Monsieur mon frère, j'entends gronder au loin la tempête qui s'est élevée sur la France, et qui vient de vous rejeter dans l'exil. L'abîme des révolutions s'est rouvert: j'ai frémi en vous y voyant tomber. Toutes mes sympathies vont à vous; mes regrets aussi de les savoir impuissantes: elles ne sauraient être d'ailleurs ni plus vives ni plus profondes. Que V. M. veuille bien en accueillir l'expression insuffisante, et la faire agréer aux membres de sa famille; qu'elle veuille bien aussi compter sur mon dévouement partout où il me sera possible de lui en donner des preuves. Les grands courages se montrent dans les grandes épreuves: celle qui vous frappe de nouveau est. trop cruelle, pour que Dieu, de qui tout secours descend, ne vous aide pas à la supporter. Je le prie, monsieur mon frère, qu'il vous ait et vous maintienne en sa sainte garde.

• Lettre adressée par Sa Majesté l'empereur Napoléon III

à Sa Majesté le roi de Piémont sur les affaires d'Italie.

Monsieur mon frère.

J'écris aujourd'hui à Votre Majesté pour lui exposer la situation, lui rappeler le passé et régler avec elle la meilleure marche à suivre dans l'avenir. Les circonstances sont graves; il faut donc laisser de côté les illusions, les regrets stériles et examiner nettement l'état réel des choses. Ainsi, il ne s'agit pas aujourd'hui de savoir si j'ai bien ou mal fait de conclure la paix à Villafranca, mais de tirer du traité les conséquences les plus favorables à la pacification de l'Italie et au repos le l'Europe. ] Avant d'entrer dans l'examen de cette question, je tiens ' à rappeler de nouveau à Votre Majesté les obstacles qui rendaient toute négociation et tout traité définitif si difficiles.

En eifet, la guerre a souvent de moindres complications

MARTtiXs, Guide diplomati<|ue. II, 2. 2a-

354 CHAP. VI. COEKESPONDAîsCE DES SOUVERAINS.

que la paix; dans la première, deux intérêts seuls sont en présence: l'attaque et la défense; dans la seconde, au contraire, il s'agit de concilier une foule d'intérêts souvent opposés.

C'est ce qui est arrivé au moment de la paix ; il fallait faire un traité qui assurât le mieux possible l'indépendance de l'Italie, qui satisfît le Piémont et les vœux des populations, qui cependant ne blessât pas le sentiment catholique ni les droits des souverains auxquels l'Europe s'intéressait. Je crus alors que si l'Empereur d'Autriche voulait s'entendre franchement avec moi pour amener cet important résultat, les causes d'antagonisme qui, depuis des siècles, divisent des deux empires , disparaîtraient et que la régénération de l'Italie s'accomplirait d'un commun accord, sans nouvelle effusion de sang.

Yoici, selon moi, les conditions essentielles de cette régénération :

L'Italie serait composée de plusieurs États indépendants, unis par un lien fédératif.

Chacun de ces États adopterait un système représentatif particulier et des réformes salutaires.

La confédération consacrerait donc le principe de la nationalité italienne; elle n'aurait qu'un drapeau, qu'un système de douanes et qu'une monnaie.

Le centre directeur serait à Rome; il serait formé de représentants nommés par les souverains sur une liste proposée par les chambres, afin que, dans cette espèce de diète, l'influence des familles régnantes, suspectes de partialité pour l'Autriche, fût balancée par l'élément sorti de l'élection.

En décernant au Saint-Père la présidence honoraire de la confédération, on satisfait le sentiment religieux de \ l'Europe catholique, on augmente l'influence morale du ' Pape dans toute l'Italie, et cela lui permet de faire des concessions conformes aux désirs légitimes des populations.

Eh bien! ce plan que j'avais formé à la conclusion de

la paix, peut encore se réaliser, si Votre Majesté emploie son influence à le faire prévaloir. D'ailleurs, de grands pas ont déjà été faits dans cette voie.

La cession de la Lombardie avec une dette restreinte est un fait accompli.

L'Autriche a renoncé à son droit de garnison dans les places de Plaisance, de Fcrrare, de Commachio.

Le droit des souverains a été réservé, il est vrai; mais l'indépendance de l'Italie centrale a été garantie également, puisque toute idée d'intervention étrangère a été formellement écartée.

Enfin, la Ycnitie va devenir une province purement italienne.

Le véritable intérêt de Votre Majesté, comme celui de la péninsule, est de me seconder dans le développement de ce plan pour en faire ressortir les meilleures conséquences, car, elle ne doit pas l'oublier, je suis lié par le traité, et je ne saurais, dans le congrès qui va s'ouvrir, me départii' de mes engagements. Le rôle de la France y est tracé à l'avance.

Nous demanderons : que Parme et Plaisance soient réunis au Piémont, parce que ce territoire lui est stratégiquement indispensable ;

Nous demanderons que la duchesse de Parme soit appelée à Modène;

Que la Toscane, accrue peut-être de quelques territoires, soit rendue au grand-duc Ferdinand;

Qu'un système de sage liberté soit adopté dans tous les États de l'Italie;

Que l'Autriche se dégage franchement d'une cause incessante d'embarras pour l'avenir, et qu'elle consente à compléter la nationalité de la Vénétie, non seulement en créant une représentation et une administration séparées, mais encore une armée italienne;

Nous demanderons que les forteresses de Mantoue et de Peschiera soient reconnues forteresses fédérales;

356 CHAP. VI. CORBESPONDANCE DES SOUTERArNS.

Enfin, qu'une confédération, basée sur les besoins réels comme sur les traditions de la Péninsule et sur l'exclusion de toute influence étrangère, vienne assurer l'œuvre de l'indépendance de l'Italie.

Je ne négligerai rien pour arriver à ce résultat; que Votre Majesté en soit convaincue, mes sentiments ne sauraient varier, et, tant que les intérêts de la France ne s'y opposeront pas, je serai toujours heureux de servir la cause pour laquelle nous avons combattu ensemble.

Saint-Cloud, le 20 octobre 1859.

Lettre du Pape Pie IX à V Empereur Napoléon III.

Sire, j'ai reçu la lettre que V. M. a eu la bonté de m'écrire, et j'y réponds sans détours, mais, comme on dit, à cœur ouvert. Et avant tout je ne me dissimule pas la position difficile de V. M., qu'elle-même ne me cache pas, et je la vois dans toute sa gravité. V. M. pourrait sortir de cette position par quelque mesure décisive, qui peut-être excite sa répugnance, et c'est précisément parce que vous vous trouvez dans cette position, que vous me conseillez à nouveau, pour la paix de l'Europe, de céder les provinces insurgées, en m'assurant que les puissances garantiront au Pape celles qui lui restent.

Un projet de cette nature présente des difficultés insurmontables, et, pour s'en convaincre, il suffit de réfléchir à ma situation, à mon caractère sacré et aux droits du Saint-Siège, droits qui ne sont pas ceux d'une dynastie, mais de tous les catholiques. Les difficultés sont insurmontables parce que je ne puis céder ce qui ne m'appartient pas, et parce que je vois fort bien que la victoire qu'on veut donner aux révolutionnaires des Légations servira de prétexte et d'encouragement aux révolutionnaires indigènes et étrangers des autres provinces pour jouer le même jeu, en voyant le succès des premiers; et quand je

LETTEES POLITIQUES. 357

dis les révolutionnaires, j'entends la partie la moins considérable et la plus audacieuse des populations.

Les puissances, dites-vous, garantiront le reste: mais dans les cas graves et extraordinaires que l'on doit prévoir, vu les nombreux appuis que les habitants reçoivent du dehors, sera-t-il possible que ces puissances emploient la force d'une manière efficace? Si cela ne se fait pas, V. M. sera persuadée comme moi que les usurpateurs du bien d'autrui et les révolutionnaires sont invincibles alors qu'on ne se sert avec eux que des moyens de la raison.

Quoi qu'il en soit, du reste, je me vois obligé de déclarer ouvertement à V. M. que je ne puis céder les Légations sans violer les serments solennels qui me lient, sans produire un malheur et une secousse dans les autres provinces, sans faire tort et honte à tous les catholiques, sans affaiblir les droits, non seulement des souverains de l'Italie injustement dépouillés de leurs domaines, mais encore des souverains de tout le monde chrétien, qui ne pourraient voir sans indifférence la destruction de certains principes.

V. M. fait dépendre le repos de l'Europe de la cession de la part du Pape des Légations, qui, depuis cinquante ans, ont suscité tant d'embarras au gouvernement pontifical; mais comme j'ai promis, en commençant cette lettre, de parler à cœur ouvert, qu'il me soit permis de retourner l'argument. Qui est-ce qui pourrait compter les révolutions survenues en France depuis soixante et dix ans? Mais en même temps, qui est-ce qui oserait dire à la grande nation française que pour le repos de l'Europe il serait nécessaire de restreindre les limites de l'empire? L'argument prouve trop, aussi me permettrez-vous de ne pas l'admettre. Et puis V. M. n'ignore pas par quelles personnes, avec quels deniers, avec quels appuis ont été commis les derniers attentats de Bologne, de Ravenne et des autres villes. La presque totalité des populations est restée épouvantée de ce mouvement auquel elle ne s'attendait

358 CHAP. VI. COKBESPOKDANCE DES SOUVEKAINS.

pas, et qu'elle ne se montrait pas disposée à suivre. Que Y. M. réfléchisse que si j'avais accepté le projet exprimé dans la lettre qu'elle m'expédia par l'intermédiaire de M. Menneval, les provinces insurgées seraient actuellement sous mon autorité. A vrai dire, cette lettre était en opposition avec celle dont vous m'aviez honoré avant de commencer la campagne d'Italie et dans laquelle vous me donniez des assurances consolantes sans me causer des afflictions.

Toutefois la lettre à laquelle vous faites allusion, me proposait dans sa première partie un projet inadmissible comme la présente; et quant à la seconde partie, je crois ravoir adoptée, ainsi que peuvent le démontrer les documents consignés à Rome entre les mains de votre ambassadeur.

Je réfléchis aussi à cette phrase de V. M., que si j'avais accepté ce projet, j'aurais conservé mon autorité sur ces provinces, ce qui semble vouloir dire qu'au point où nous en sommes, elles sont perdues pour toujours. Sire, je vous prie au nom de l'Église, et aussi au point de vue de votre propre intérêt, de faire en sorte que mon appréhension ne soit point justifiée. Certains Mémoires , que l'on dit secrets, m'apprennent que l'Empereur Napoléon I" a laissé aux siens d'utiles avertissements dignes d'un philosophe chrétien, qui, dans l'adversité, ne trouva que dans la religion des ressources et des apaisements.

Il est certain que tous nous devrons bientôt comparaître devant le tribunal suprême pour rendre un compte sévère de tous nos actes, de toutes nos paroles et pensées. Tâchons donc de comparaître devant ce grand tribunal de Dieu de manière à pouvoir éprouver les effets de sa miséricorde et non de ceux de sa justice.

Je vous parle ainsi en ma qualité de père, laquelle me donne le droit de dire la vérité toute nue à mes fils, quelque élevée que soit leur position dans le monde. Du reste, je vous remercie de vos expressions bienveillantes

à mon égard et de l'assurance que vous me donnez de vouloir me continuer la sollicitude que vous dites avoir toujours eue pour moi jusqu'ici. Il ne me reste plus qu'îi prier Dieu de répandre sur vous, sur l'impératrice et sur le jeune prince impérial l'abondance de ses bénédictions. Au Vatican, le 8 janvier 1860.

Pie IX.

Lettre de Vempereur d'Autriche aux Princes de la Confédération. (Août 1863.)

Animé du désir de contribuer à la prospérité de l'Allemagne et ne pouvant me défendre de la conviction que la confédération germanique ne répond plus suffisamment, dans son état actuel, au but de former un lien solide d'union entre les princes et peuples de l'Allemagne, je considère, comme prince fédéral, de mon devoir de porter de nouveau toute ma sollicitude sur la tâche de plus en plus urgente d'une réorganisation convenable de la confédération germanique. Dans l'espérance de me rencontrer dans ce but avec les sentiments et les efforts de mes confédérés, je me suis décidé à leur proposer d'ouvrir des délibérations communes sur la question de savoir comment la constitution fédérale pourrait être consolidée et développée en maintenant les bases essentielles, mais en tenant compte en même temps des besoins politiques du temps.

La haute importance de cette question, aussi bien que la considération que la solution des nombreuses difficultés qui s'y rattachent réussirait plus facilement par un échange direct des opinions des souverains que par une négociation de plénipotentiaires, me fait exprimer en même temps le vœu qu'il soit agréable à votre .... de se réunir en personne avec moi pour des délibérations à ce sujet. Tendant à fortifier le principe fédéral, le but de la réunion trouvera déjà une impression convenable dans le choix du lieu,

si ce choix tombait sur la ville fédérale de Francfort. Je serais reconnaissant à votre .... si votre .... voulait bien me donner la main comme confédéré et comme ami de la cause allemande dans ladite ville où j'ai l'intention de me rendre le 16 août.

En ajoutant l'assurance que l'assentiment de votre .... à ma proposition me causerait une satisfaction particulière, je saisis avec joie cette occasion, etc. etc.

François-Joseph.

Lettre de Vempereur Napoléon III à la Confédération

Germanique.

(Invitation au Congrès.)

Très-hauts et très-illustres princes souverains et villes libres composant la sérénissime Confédération germanique,

En présence des événements qui, chaque jour, surgissent et se pressent, je crois indispensable de dire toute ma pensée aux souverains auxquels est confiée la destinée des peuples.

Toutes les fois que de profondes secousses ont ébranlé les bases et déplacé les limites des États, il est survenu des transactions solennelles pour coordonner les éléments nouveaux et consacrer, en les revisant, les transformations accomplies. Tel a été l'objet du traité de Westphalie au dix-septième siècle, et des négociations de Vienne en 1815. C'est sur ce dernier fondement que repose aujourd'hui l'édifice politique de l'Europe; et cependant, vous ne l'ignorez pas, il s'écroule de toutes parts.

Si l'on considère attentivement la situation des divers pays, il est impossible de ne pas reconnaître que, presque sur tous les points, les traités de Vienne sont détruits, modifiés, méconnus ou menaces. De là des devoirs sans règle, des droits sans titre et des prétentions sans frein. Péril

d'autant plus redoutable que les perfectionnements amenés par la civilisation qui a lié les peuples entre eux par la solidarité des intérêts matériels rendraient la guerre plus destructive encore.

C'est là un sujet de graves méditations. N'attendons pas pour prendre un parti que des événements soudains, irrésistibles, troublent notre jugement et nous entraînent, malgré nous, dans des directions contraires. .

Je viens donc vous proposer de régler le présent et d'assurer l'avenir dans un Congrès.

Appelé au trône par la Providence et la volonté du peuple français, mais élevé à l'école de l'adversité, il m'est peut-être moins permis qu'à un autre d'ignorer et les droits des souverains et les légitimes aspirations des peuples.

Aussi je suis prêt, sans système préconçu, à porter dans un conseil international l'esprit de modération et de justice, partage ordinaire de ceux qui ont subi tant d'épreuves diverses.

Si je prends l'initiative d'une semblable ouverture, je ne cède pas à un mouvement de vanité ; mais comme je suis le souverain auquel on prête le plus de projets ambitieux, j'ai à cœur de prouver par cette démarche franche et loyale que mon unique but est d'arriver sans secousse à la pacification de l'Europe. Si cette proposition est accueillie, je vous prie d'accepter Paris comme lieu de réunion.

Dans le cas où les princes alliés et amis de la France jugeraient convenable de rehausser par leur présence l'autorité des délibérations , je serai fier de leur offrir ma cordiale hospitalité. L'Europe verrait peut-être quelque avantage à ce que la capitale d'où est parti tant de fois le signal des bouleversements devînt le siège des conférences destinées à jeter les bases d'une pacificatiou générale.

Je saisis cette occasion de vous renouveler les assurances de mon sincère attachement et du vif intérêt que je prends à la prospérité des États de la Confédération.

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