CHAPITRE XII
DES CONSl'LS.
De l'institution des consulats et de son origine. . . . 220
Du caractère public du consul 221
De l'organisation des consulats 224
De la nomination du consul et de son entrée en
fonctions 229
Des fonctions et prérogatives du consul 231
Des devoirs et des attributions du consul 238
Des attributions spéciales du consul 241
Des consuls dans les États musulmans 278
Des secrétaires-interprètes ou drogmans 291
De la chancellerie et de son chef. 293
De la suspension et de la fin des fonctions consulaires. 298
SUE l'Étude de la diplomatie i).
La diplomatie, traitée théoriquement, peut être ramenée à des principes fixes, parce qu'elle est fondée sur des préceptes plus ou moins positifs, et qu'elle a
') La diplomatie, ou Fart d'orclonner, de diriger et de suivre, avec connaissance de cause, les négociations politiques, diffère de la diplomatique , en ce que cette dernière a pour objet la connaissance des chartes, des diplômes, leur autlienticité , leur importance et leur âge. Le comte de Garden, dans son Traité complet de diplomatie, donne de la diplomatie la définition suivante: «Elle embrasse, dit-il, le système entier des intérêts qui
Martens, Guide diplomatique. I. 1
2 C0NS1DÊEATI0^•S OÉNKKALES
un objet précis et distinct, celui de régler les rapports qui existent ou doivent exister entre les divers États: dans son acception la plus étendue, c'est la science des relations extérieures ou affaires étrangères des États, et, dans un sens plus déterminé, la science ou l'art des négociations. La diversité et la mobilité de ces rapports dépendent de la formation et de l'origine des États, des principes constitutifs des gouvernements, de l'appréciation de leur puissance, réelle ou présumée, des variations de leur position relative, de leurs affinités, de leurs discordances, de la vicissitude des événements, etc., etc. Or, toutes ces données reposent sur autant de faits, dont la reclierclie, la comparaison et l'enchaînement doivent devenir un objet detude; et les nombreux ouvrages historiques, les collections de mémoires, de traités et de correspondances diplomatiques, sont autant de moyens d'instruction qui ne laissent que l'embarras du choix à celui qui se voit appelé à prendre part aux négociations et aux affaires.
Quant à la diplomatie jpratique^ on ne saurait se dissimuler que, dans un grand nombre de cas, Vexpérience doit suppléer à l'insuffisance des préceptes établis par la théorie. Les mêmes événements se reproduisent, il est vrai, à des époques différentes, et les mêmes sujets de discussion occupent, tantôt successivement et tantôt simultanément, des hommes que les tem])S et les lieux séparent; mais la diversité des incidents, les circonstances soudaines et imprévues, le caractère des acteurs,
naissent des rapports établis entre les nations : elle a pour objet leur sûreté, leur tranquillité, leur dignité respectives; et son but direct, imméliat, est, ou doit être au moins, le maintien de la paix et de la bonne barmocie entre les puissances.»
SUR l'étude de la diplomatie. 3
la diflférence des mœurs, des intérêts et des vues, changent si complètement et si subitement Taspect des affaires, que les mômes sujets présentent, au moment où l'on s'y attend le moins, une dissemblance frappante; les exemples qu'on avait choisis pour guides cessent de fournir une ligne de conduite, et aucune règle ne peut plus s'appliquer rigoureusement à l'objet de la discussion. Les motifs déterminants ne se trouvent, dès lors, que dans la connaissance pleine et entière de toutes les circonstances où l'on est engagé, et dans la prévoyance des événements plus ou moins probables qui peuvent les modifier ou les changer^).
Toutefois, on ne doit pas conclure de ces difficultés que la diplomatie, considérée comme science^ ne puisse devenir un objet d'étude. Cette science ne peut être assujettie à des règles fixes; mais ses procédés ont des formes qu'il faut connaître dans toutes leurs variétés; ces formes sont les notes, les offices, les actes qui, sous diverses dénominations, servent à la correspondance et aux communications établies entre les gouvernements et leurs agents au dehors, et qui sont, en même temps, les instruments de leurs rapports, et les titres de leurs engagements respectifs. Il faut s'habituer à leur usage; il faut apprendre à les comparer, à y chercher des modèles ; il faut acquérir le talent et la facilité d'en faire une rédaction soignée; il faut, enfin, savoir quelles nuances ces écrits peuvent et doivent admettre selon les lieux, les temps et les personnes. Les exemples du
*) On peut tout aussi peu devenir bon orateur par l'étude de la rhétorique , que diplomate habile par l'étude du droit des gens. L'expérience doit combler les lacunes de la théorie, car on ne devient homme d'État que par le maniement des affaires.
4 CONSrOÉRATIOKS GÉNÉRALES
passé ne sont pas toujours applicables à la circonstance dans laquelle on se trouve. Les exemples cependant sont toujours le plus grand et le plus sûr de tous les moyens d'instruction. Les passions ont toujours été en lutte pour les mêmes objets, pour le même but, pour les mêmes intérêts; elles ont de tout temps mis enjeu les mêmes ressorts. (Voy. T. II, chap. n, iy et t.)
En examinant avec attention les documents où sont consignés les détails et la marche des discussions et des événements diplomatiques, la sagacité s'exerce à en pressentir l'issue; on apprend à mesurer les obstacles, à prévoir les dangers, et on se forme ainsi une expérience pour ainsi dire théorique, qui, en nous instruisant par les erreurs d'autrui, nous préserve du malheur de nous éclairer par nos propres fautes 3).
La science (Wplomatique, malgré son importance, n'a pas toujours été suffisamment cultivée; si quelques agents politiques se sont livrés aux études qu'elle exige, d'autres sont entrés dans la carrière sans connaissances préalables, ou se sont bornés à parcourir très-superficiellement les ouvrages qui traitent du droit des gens et de l'histoire des principales négociations.
C'est une grande erreur de croire qu'il suffise, en diplomatie, du simple bon sens pour réussir; ceux qui le présument se seront fait illusion en voyant quelques affaires conduites avec succès par des hommes qui ne se sont pas élevés au-dessus des notions vulgaires; mais quand les matières se compliquent et que les aperçus deviennent plus subtils, il ne suffit plus des simples lumières que fournit le bon sens naturel pour trouver
') Voy. Comte (I'Hautebive, Conseils à un élève du ministère des affaires étrangères de France.