IG
J'aime à croire que Mr .... dans l'exercice de ses fonctions, aura réussi à se concilier la bienveillance de S. M. le Roi ... et de son gouvernement, et j'espère que Y. Exe. Taccueillera avec bonté, lorsqu'il se présentera pour remplir en personne le dernier devoir de son ministère, celui de prendre congé d'elle.
Je saisis avec empressement cette occasion de vous offrir, Mr. le . . ., les assurances de la plus haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, . . .
Lettres de récréance ^).
On nomme lettre de récréance la réponse que fait un souverain à la lettre de rappel d'un ministre public accrédité auprès de lui.
La lettre de récréance exprime la satisfaction du souverain pour la manière dont le ministre qui se retire a rempli ses fonctions auprès de lui pendant son séjour; elle prie le prince ou le chef de l'État à qui elle est adressée d'ajouter foi aux paroles d'amitié et de bon vouloir qu'il charge ce ministre de lui transmettre, et particulièrement à celles qui témoignent, du désir sincère que la bonne intelligence continue de subsister entre les deux cours. Les termes employés dans la lettre de récréance doivent être analogues à ceux dans laquelle la lettre de rappel est rédigée. La forme en est la même que celle des lettres de créance.
Dans le cas oii le souverain qui écrit la lettre de récréance aurait à se plaindre du ministre rappelé, il est rare qu'il l'exprime ouvertement: c'est plutôt par la bouche de son propre ministre accrédité auprès du prince auquel il s'adresse qu'il fait passer sa plainte, s'il y a lieu.
») Voy. T. I, § 56.
LETTRES DE RÉCRÉANCE. 245
LETTRES DE EÉCRÉANCE.
(De souverain à souverain.)
Lettre de récréance donnée ]}ar le roi des Français au ministre dît rot de Danemark rapi^elé xoar son souverain,
' Très-haut, très-excellent et très-puissant prince, notre très-cher et très-araé bon frère, nous avons reçu du .... (nom du ministre) la lettre par laquelle vous avez jugé convenable de mettre un terme à la mission qu'il remplissait à notre cour avec le caractère d'Envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de V. M. La personne du . . . (tiom du ministre) nous est trop agréable pour que nous ne regrettions pas que des raisons de santé empêchent ce ministre de continuer ses fonctions diplomatiques auprès de nous. Nous lui devons en effet ce témoignage que, pendant le temps qu'il a pu résider à Paris, il s'est toujours conduit de manière à se concilier notre estime et notre confiance. Nous nous sommes empressé de profiter de la dernière audience que nous lui avons accordée pour lui exprimer les sentiments de haute estime et de sincère amitié que nous portons à V. M., et nous ne doutons point qu'il se fasse un devoir de lui en rendre un compte fidèle. Sur ce, très-haut, très-excellent et très-puissant prince, notre très-cher et très-amé bon frère, nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. Écrit en notre palais des Tuileries, le sixième jour du mois d'avril de l'an de grâce 1835.
Votre bon frère,
(Signature).
24G CHAP. III. l.ETTEES DE RÉCBÉÀNCE.
Monsieur mon frère, il a plu à V. M. de rappeler de ma cour le comte de . . ., qui y a résidé pendant une longue suite d'années en qualité de son Envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire. Je lui rends la justice qu'il s'est concilié mon approbation et mon estime par la sagesse de sa conduite, et par le soin qu'il a mis à maintenir entre les deux États les relations d'une bonne et heureuse intelligence. La marque distinguée de confiance et de satisfaction que V. M. vient de lui donner'en rélevant à la dignité de ministre d'État me dispense de le recommander à sa bienveillance. Je me suis donc borné' à le charger, Sire, de vous renouveler de la manière la plus positive l'assurance bien sincère de la haute considération et de l'amitié parfaite avec lesquelles je suis,
Monsieur mon frère, de V. M.
le bon frère,
Monsieur mon frère, le baron de . . . m'a remis la lettre
de V. M., par laquelle elle m'annonce avoir appelé ce
ministre à d'autres fonctions auprès de sa personne. Le
soin qu'il a constamment apporté à concilier les intérêts
de nos États et ceux de nos sujets lui a mérité toute
mon estiuie. La conduite sage et prudente qu'il n'a cessé
de tenir dans les circonstances les plus difficiles m'engage
encore à le recommander particulièrement à la bienveillance
de V. M. Comme il doit se rendre très-incessamment
auprès de V. M., je saisis avec plaisir cette occasion pour
le charger de vous assurer, Monsieur mon frère, de la
manière la plus positive, de la haute considération et de
l'amitié sincère avec lesquelles je suis, Monsieur mon'
frère, de V. M.
le bon frère,
LETTRES DE EÉCBÉANCE. 247
Monsieur mon frère, j'ai reçu la lettre de V. ^I. du . . ., par laquelle il lui a plu de rappeler de ma cour le comte de . . ., son Envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire. La conduite qu'il a tenne pendant tout le temps qu'il a résidé auj)rès de moi, et le soin (ju'il a mis à contribuer, en tout ce qui dépendait de lui, à entretenir entre nos- sujets les .relations si heurensement consolidées par les derniers événements, n'a pu que lui mériter toute mon approbation. Comme il a ordre de se rendre auprès de Y. M. avant que d'aller à . . ., je le charge de vous renouveler. Monsieur mon frère, les assurances de la haute considération et de l'amitié parfaite avec lesquelles je suis, Monsieur mon frère, de V. M.
(D'une république à îtn roi.)
Sire,
Il a plu à Y. M. de nous faire part, par sa lettre du . . ., des raisons qui ont porté Y. M. à rappeler le chevalier de . . ., son ambassadeur extraordinaire près de nous. Il nous a envoyé cette lettre de . . ., oîi il vient d'être appelé pour le service de Y. M., et eu prenant congé de nous il nous a renouvelé, de la manière la plus positive, les assurances de l'amitié et de l'intérêt que Y. M. continue à porter à notre république. Plus que personne, cet ambassadeur , pendant le temps . qu'il a résidé dans cette république, a été à même de se convaincre des sentiments de reconnaissance -dont nous sommes pénétrés pour Yotre personne royale, et du désir sincère que nous avons de voir de plus en plus se consolider l'union et la bonne harmonie rétablie entre les états de Y. M. et notre ré-
48 CHAP. III. DISCOTTES d'atJDIENCE.
publique. Comme nous avons une entière confiance en lui, nous nous rapportons aussi à ce qu'il vous dira de nous, et du prix que nous attachons à l'amitié dont V. M. veut bien nous honorer. Sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait, Sire, en sa sainte et digue garde.
(Signatures.)
Béjponse aux lettres de rappel d'un chargé d'affaires ou d'un consul général chargé d'affaires.
Monsieur le ministre,
M. . . . m'a remis la lettre que V. Exe. m'a fait l'honneur de m'adresser,- sous la date du ... et par laquelle elle m'annonce que le gouvernement de S. M. . . . s'est décidé à mettre fin à la mission que ce diplomate remplissait à . . .
En quittant . . ., M, . , . emporte le témoignage d'avoir contribué autant qu'il était en son pouvoir, à cultiver et à resserrer les rapports d'amitié et de bonne intelligence si heureusement établis entre les deux pays. Je saisis avec empressement cette occasion d'offrir à V. Exe, les assurances de très-haute considération avec laquelle je suis . . .
Discours d'audience^).
Le ministre public, en arrivant à son poste, sollicite du souverain, ou du chef de l'État auprès duquel il est
') Voy. T. I, § 48.
DISCOURS d'audience. 249
accrédité, une audience publique ou privée, pour lui remettre la lettre de créance dont il est porteur. ^ Introduit avec le cérémonial usité, l'Envoyé prononce un discours plus ou moins bref, modelé, eu termes généraux, sur le rang respectif des deux souverains, et sur le degré d'amitié et de bonne harmonie qui existent entre eux.
A moins que la mission n'ait un but spécial et déterminé, auquel cas le discours d'audience en énonce publiquement l'objet, ce discours se renferme dans les généralités de convention prescrites par le cérémonial et par lusage.
La mission, étrangère à la politique, n'a-t-elle pour objet que de porter au prince des compliments de félicitation sur quelque événement heureux, ou de condoléance sur quelque malheur de famille, la parole du ministre se borne à exprimer la part sincère qu'y prend la cour qui l'envoie. Si déjà, à une époque antérieure, l'Envoyé à exercé des fonctions dii)lomatiques auprès du souverain qui le reçoit, ou auprès de son prédécesseur, il rappelle cette circonstance honorable et sollicite la continuation des bontés dont il a été l'objet.
Dans tous les cas, le ministre se rend l'organe du souverain qu'il représente en appuyant sur le vif désir de sa cour de maintenir et d'accroître les bons rapports existants: il ajoute l'assurance respectueuse qu'il ne négligera rien lui-même pour se rendre personnellement agréable dans l'exercice de ses fonctions.
La solennité, trop souvent verbeuse, et guindée, des anciennes haranc/ncs a fait place aujourd'hui, dans ces sortes d'allocutions, à une simphcité concise et discrète
250 CHAP. III. DISCOURS d'audience.
qui n'ôte rien au respect des convenances et à la dignité des expressions.
DISCOUKS D AUDIENCE.
Discours du baron de Brefeuil, ambassadeur de France, adressé à Vempereur Joseph IL (1775.)
Sire, l'honneur que j'ai de remettre à V, M. les lettres du roi m'impose pour premier devoir de vous parler de tous ses sentiments pour vous. Rien n'intéresse plus le cœur du roi que de vous convaincre, Sire, de sa constante amitié et du prix qu'il attache aux liens sacrés qui l'unissent à V. M. Le roi espère et se flatte qu'ils sont tous également indissolubles. Je serai trop heureux, Sire, si mes soins respectueux et mon zèle attentif pour tout ce qui pourra maintenir et fortifier la confiance et l'intimité des deux maisons vous sont une nouvelle preuve de la résolution où est le roi de n'en laisser échapper aucune occasion.
Quant à moi, Sire, le comble de ma satisfaction est d'avoir l'honneur d'être chargé de suivre des intérêts aussi précieux et établis sur des bases aussi solides. J'ai travaillé dans cet espoir depuis longues années;' je n'aurai plus rien à désirer si j'en recueille le flatteur avantage de mériter l'estime et les bontés de V. M. J'y pourrai compter si elle les accorde au désir de lui plaire, ainsi qu'au profond respect et à l'admiration la plus vraie pour les grandes qualités que V. M. montre à l'Europe.
DISCOURS d'audience. 251
Discours prononcés par le prince de NeucMtel, ambassadeur extraordinaire de V empereur Napoléon, envoyé à la cour de Vienne pour la. demande en mariage de V archiduchesse Marie-Louise d'Autriche. (1810.)
Discours adressé à Vcmpercur d'Autriche.
Sire, je viens, au nom de l'empereur mon maître, vous demander la main de l'arcliiduchesse Marie-Louise, votre illustre fille.
Les éminentes qualités qui distinguent cette princesse ont assigné sa place sur un grand trône ; elle y fera le bonheur d'un grand peuple et celui d'un grand homme,
La politique de mou souverain s'est trouvée d'accord avec les vœux de son cœur.
Cette union de deux puissantes familles, Sire, donnera à deux nations généreuses de nouvelles assurances de tranquillité et de bonheur.
Réponse de V empereur.
Je regarde la demande en mariage de ma lille comme un gage que j'apprécie des sentiments de l'empereur des Français.
Mes vœux pour le bonheur des deux futurs époux ne sauraient être exprimés avec trop de vérité; ce bonheur sera le mien.
Je trouverai dans l'amitié du prince que vous représentez de précieux motifs de consolation de la séparation de mon enfant chéri; nos peuples y voient le gage assuré de leur bien-être mutuel.
J'accorde la main de ma fille à l'empereur des Français.
252 CHAP. III. DISCOURS d'audience.
Discours adressé à V impératrice d'Autriche.
Madame, l'empereur mon maître m'a spécialement chargé de témoigner à V. M. I. tous les sentiments dont il est pénétré pour elle.
Il sentira bientôt les obligations qu'il vous a pour les bons exemples et les soins qu'a reçus de vous l'archiduchesse Marie-Louise.
Cette princesse ne pouvait apprendre d'un meilleur modèle à concilier la majesté du trône avec l'amabilité et les grâces, qualités que V. M. I. possède à un si haut degré.
Béponse de V impératrice.
C'est dans ce moment si intéressant pour mon cœur, où je fixe à jamais la destinée de ma fille chérie, que je suis enchantée de recevoir de V. A. S. l'assurance des senti- "ments de S. M. l'empereur et roi: habituée en toute occasion à conformer mes vœux et mes idées à ceux de S. M. l'empereur mon bien-aimé époux, je me réunis à lui dans sa confiance à atteindre le but qu'il se promet d'une si heureuse union, ainsi que dans les vœux ardents qu'il forme pour le bonheur futur et inaltérable de notre trèschère fille, lequel dépendra désormais uniquement de celui de S. M. l'empereur et roi.
Vivement touchée de l'opinion beaucoup trop favorable que S. M. l'empereur et roi a conçue de moi, je ne saurais m'attribuer des mérites qui ne sont dus qu'à l'excellent naturel de ma fille chérie et à la douceur de son caractère. Je réponds, pour elle, que son unique désir sera de contribuer au bonheur de S. M. l'empereur et roi et de se concilier à la fois l'amour et l'estime de la nation française.
DiscouES d'audience. 253
Discours adressé à V archiduchesse Marie-Louise.
Madame, vos augustes parents ont rempli les vœux de l'empereur mon maître. Des considérations politiques peuvent avoir influé sur la détermination de nos deux souverains; mais la première considération est celle de votre bonheur; c'est surtout de votre cœur, Madame, que l'empereur mon maître veut vous obtenir.
Il sera beau de voir unis, sur un grand trône, au génie de la puissance les attraits et les grâces qui la font chérir.
Ce jour, Madame, sera heureux pour l'empereur mon maître si V. A. I. m'ordonne de lui dire qu'elle partage les espérances, les vœux et les sentiments de son cœur.
Bcponse de V archiduchesse 3Iarie- Louise.
La volonté do mon père a constamment été la mienne; mon bonheur sera toujours le sien. C'est dans ces principes que S. M. l'empereur Xapoleon peut trouver le gage des sentiments que je vouerai à mon époux; heureuse si je puis contribuer à son bonheur et à celui d'une grande nation.
Je donne, avec la permission de mon père, mon consentement à mon union avec l'empereur Napoléon.
Discours adressé à l'archiduc Charles.
Monseigneur, l'empereur mon maître, ayant obtenu de l'empereur votre illustre frère la main de l'archiduchesse Marie-Louise, m'a chargé d'exprimer à V. A. I. le prix qu'il met à ce qu'elle veuille bien accepter sa procuration pour la cérémonie du mariage.
Si V. A. I. y donne son assentiment, j'ai l'honneur de lui présenter la procuration de mon maître.
254 CHAP. III. DISCOURS d'audience.
Eéponse de Varchiduc Charles.
J'accepte avec plaisir, prince, la proposition que S. M. l'empereur des Français veut bien me transmettre par votre organe. Non moins flatté par son choix que pénétré du doux pressentiment que cette alliance effacera jusqu'à l'arrière-pensée des dissensions politiques, réparera les maux de la guerre et préparera un avenir heureux à deux nations qui sont faites pour s'estimer et qui se rendent une justice réciproque, je compte parmi les moments les plus intéressants de ma vie celui où, en signe d'un rapprochement aussi franc que loyal, je présenterai la main à madame Farchiduchesse Marie-Louise, au nom du graudmonarque qui vous a délégué ; et je vous prie, prince, d'être pour la France entière l'interprète de mes sentiments, en souhaitant ardemment que les vertus de madame l'archiduchesse cimentent à jamais l'amitié de nos souverains et le bonheur de leurs peuples.
Discours de félicitation adressé xmr le nonce apostoliqtie au roi et à la reine de Bavière, au nom du corps diplomatique^ à l'occasion du mariage de Içi princesse Amélie - Auguste de Bavière avec le prince Jean de
Saxe.
Sire, les mariages des bons princes contribuent au bonheur des peuples et sont un objet de réjouissance pour toutes les ])uissanccs. Pénétré de ces sentiments, le corps diplomatique vient réunir ses félicitations à celles de la Bavière, pour l'heureux mariage des augustes enfants de deux rois vrais pères de leurs sujets.
DISCOURS d'audience. 255
C'est au nonce apostolique qu'il appartient d'appeler la bénédiction du ciel sur les augustes époux, qui par leurs hautes vertus sont l'objet de l'admiration publique et de la tendresse paternelle du suprême pasteur des fidèles.
Discours de félicitaiion adressé par le même à la princesse Amélie- Auguste de Bavière.
Madame, je m'estime bien heureux de pouvoir présenter à V. A. R. l'hommage des vœux sincères que le corps diplomatique forme pour la prospérité d'une princesse vrai modèle des vertus de son auguste mère, et qui, après avoir par les charmes de son caractère et de ses grâces attiré sur elle l'estime et l'amour, de la Bavière, va maintenant accomplir en Saxe les hautes destinées que la Providence lui prépare par la solennité de ce jour.
Discours adressé au roi de France par le nonce apostolique, au nom du corps diplomatique, à Voccasion de là mort de Louis XVIII et de l'avènement de Charles X au trône. (1824.)
Sire, c'est dans le silence de la douleur que les membres du corps diplomatique, fidèles interprètes de leurs maîtres, se présentent devant V. M.
Jamais un roi ne fut plus aimé, jamais un roi n'aura été plus regretté, jamais aussi il n'en fut de plus digne de regrets. Grand dans le malheur, indulgent dans la prospérité, Louis XVIII a fait le bonheur de sou peuple, et conquis par sa sagesse éclairée la confiance et l'admiration de l'Europe.
256 CHAP. III. DISCOUKS d'audience.
En ce jour d'affliction et de deuil, ce qui porte la consolation dans nos âmes c'est de voir la couronne de saint Louis placée sur la tête d'un prince qui brille par l'éclat et par le cortège heureux de toutes les vertus. Oui, Sire, la religion retrouve eu Charles X son ferme appui et le souverain pontife le digne fils aîné de l'Église, la France son père bieu-aimé, et les souverains de l'Europe l'ami et le garant de la paix, et de cette union salutaire qui affermit les monarchies et assure la prospérité des peuples. Daignez, Sire, agréer les hommages et les vœux du corps diplomatique pour la longue durée et ~la prospérité d'un règne qui commence sous les auspices les plus heureux.
Réponse de Charles X.
Monsieur le nonce, mon cœur est trop attristé pour que je puisse exprimer les sentiments qui. le remplissent. Je vous remercie de ceux que vous me témoignez au nom du corps dii)lomatique. Je n'ai qu'une ambition, messieurs» je demande à Dieu qu'elle soit remplie, et j'espère qu'il me l'accordera: c'est de poursuivre ce que mon noble frère a si bien entrepris: c'est que mon règne ne soit que la continuation du sien, tant pour le bonheur de la France que pour la paix et l'union de toute l'Europe. C'est là mon vœu, c'est là ma prière au ciel, et ce sera l'étude de toute ma vie.
Discours d'audience du duc de Villa-Hermosa, ambassadeur d'JEsjxlgne à Lisbonne, adressé du roi de Portugal (1823.)
Sire, S. M. Catholique, à son retour dans la capitale de ses États, après que les chaînes de sa malheureuse captivité ont été brisées par les efforts des armées françaises
DISCOURS d'audiexce. 257
et la coopération du fidèle peuple espagnol, a pensé qu'il devait offrir à Y. M. un témoignage public de Tintérêt qu'il prend à la glorieuse réintégration de Y.' M. dans ses droits et prérogatives. Mon souverain, uni par les nœuds les plus sacrés à l'auguste maison de Bragance, voyant y. M. environnée de l'amour, du respect et de la soumission de son peuple, jouissant de son autorité légitime, recouvrée pour elle par la fidélité portugaise, se plaît cordialement à témoigner à Y. M., par cette ambassade solennelle, le plaisir qu'il prend à féliciter Y. M. d'être remontée sur son trône, vu qu'il se glorifie d'être celui de tous les monarques qui prend le plus d'intérêt à la prospérité et au bonheur de Y. M. et de sa famille.
Cette lettre, que S. M. Catholique me charge de remettre en vos royales mains, certifiera ce que j'ai -dit à Y. M. C'est pour moi un vrai plaisir que le roi mon maître, en m'honorant de cette mission extraordinaire, me procure le bonheur d'être pour la deuxième fois auprès de Y. M. l'interprète des sentiments qui animent la cour, et de l'amitié, de l'union et de la parfaite harmonie qui pour leur prospérité mutuelle doivent nécessairement subsister entre les deux puissances péninsulaires.
Uéponse du roi.
J'ai entendu avec la plus vive sensibilité l'expression des sentiments d'affection de S. M. Catholique pour ma personne et ma famille. Je me réjouis avec le roi mon beaufrère et mon gendre des événements récents qui, par de généreux efforts et avec la bénédiction divine, ont délivré les deux États de la Péninsule d'une désastreuse influence, et y ont rétabli l'ordre et la légitimité.
Je reçois avec plaisir la lettre que vous me remettez, et dans laquelle je trouve avec joie les assurances de l'amitié et de l'harmonie qui doivent assurer la prospérité et le bonheur des deux nations.
Masiens, Guide diplomatique. II, 1. 17
258 CHAP. m. DiscouES d'audience.
Il m'est agréable que V. Exe. ait été choisie par votre auguste maître pour cette mission solennelle, votre personne et votre caractère m'ctant déjà bien connus.
Discours d'audience du x^rince de Metternich, ambassadeur d'Aîdriche près S. M. Vempereur des Français, après le rétahlissement de la paix. (1859.)
S. Exe. le prince de Metternich- Winnebourg a eu l'honneur d'être reçu aujourd'hui par l'empereur en audience publique, et de lui remettre les lettres qui l'accréditent auprès de Sa Majesté Impériale en qualité d'ambassadeur extraordinaire de Sa Majesté Impériale et Royale Apostolique.
L'empereur était entouré de LL. EExc. les grands officiers de la Couronne et des officiers de service de la maison de Sa Majesté.
S. Exe. le ministre des affaires étrangères assistait à l'audience.
S. Exe. l'ambassadeur a adressé à l'empereur le discours suivant :
Sire,
L'empereur, mon maître, en daignant me nommer son ambassadeur auprès de Votre Majesté Impériale, m'a particulièrement chargé de la convaincre du prix qu'il attache à son amitié personnelle.
Rien ne serait plus agréable à mon auguste souverain que de voir se compléter et se consolider de plus en plus les relations de bonne entente et d'intimité auxquelles se lient si étroitement les intérêts généraux de l'Europe.
Heureux et fier, pour ma part, si mes soins pouvaient contribuer au maintien de la plus parfaite intelligence entre
DISCOURS d'audience. 259
les deux gouvernements, j'ose prier Votre Majesté de vouloir bien me conserver la haute bienveillance dont elle a déjà daigné me donner des preuves si précieuses.
Dans l'espoir que Votre Majesté exaucera ce vœu et continuera à me témoigner la même bonté et la même confiance, j'ai l'honneur de lui remettre mes lettres de créance.
L'empereur a répondu:
J'ai le ferme espoir que les relations si heureusement rétablies entre l'empereur d'Autriche et moi ne peuvent que devenir plus amicales par l'examen attentif des intérêts des deux pays. Depuis que j'ai vu l'empereur, j'attache, de mon côté, un grand prix à son amitié personnelle. Une entente sincère entre nous sera facilitée, je n'en doute pas, par le choix qu'il a fait d'un représentant dont l'esprit conciliant est bien connu et qui a tant de titres à ma confiance comme à mon estime.
Discours d'audience du 3ïarqms de la Havane, ambassadeur d'Espayue, près la cour de France.
Sire,
J'ai l'honneur de remettre à Votre Majesté Impériale les lettres qui m'accréditent comme ambassadeur extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la reine d'Espagne.
En me confiant cette mission, la Reine m'a chargé d'assurer Votre Majesté de ses sentiments d'affection sincère ainsi que de la sympathie que lui inspire la nation française. Ces sentiments sont partagés par le peuple espagnol, qui sait apprécier, ainsi que sa souveraine, l'intérêt que Votre Majesté et le peuple français ont témoigné à plusieurs reprises pour la gloire et la prospérité d'Espagne.
La Reine, mon auguste souveraine, dont le vif désir est
260 CHAP. III. DiscouES d'audience.
de conserver entre l'Espagne et la France ces relations de confiance réciproque, sera toujours heureuse de voir resserrer les liens qui doivent unir les deux peuples.
Mon ambition est de parvenir, par mon zèle et ma sollicitude dans l'accomplissement de cette haute mission, à mériter la bienveillance et l'estime de Votre Majesté.
Interprète de ma souveraine, je vous prie. Sire, d'accepter, dans cette occasion, les vœux qu'elle forme pour le bonheur de Votre Majesté, celui de l'Impératrice, du prince impérial, et pour la prospérité de la France.
L'empereur a répondu:
Monsieur l'ambassadeur,
Depuis mon avéneuent au trône, je n'ai négligé, vous ne l'ignorez pas, aucune occasion de témoigner à la reine d'Espagne ma vive sympathie, comme à la nation espagnole ma profonde estime. J'ai donc été aussi surpris qu'affligé de la divergence d'opinion survenue entre nos deux gouvernements.' Quoi qu'il en soit, le choix que vient de faire la Reine, pour la représenter, d'un homme si connu par la loyauté et la noblesse de ses sentiments, me fait espérer une appréciation impartiale des événements qui ont eu lieu. Vous trouverez auprès de moi l'accueil dont vous êtes digne. Je vous sais, en effet, animé pour la France des mêmes sentiments que votre prédécesseur, qui a laissé parmi nous les meilleurs souvenirs. J'apprécie, n'en doutez pas, les intentions conciliantes qui vous ont fait accepter une mission dans des circonstances délicates. Il ne dépend que de la reine d'Espagne, vous pouvez en donner l'assurance, d'avoir toujours en moi un allié sincère et de conserver au peuple espagnol un ami loyal qui souhaite sa grandeur et sa prospérité.
(Formule moins solennelle.) Sire, j'ai l'honneur de remettre à V. M. les lettres par lesquelles, le roi, mon auguste souverain, m'accrédite auprès d'Elle en qualité de . . .
DISCOURS d'audience. 261
Je suis heureux d'avoir eu cette occasion à offrir (à renouveler) à V. M. les assurances de la constante amitié du roi et l'expression de ses vœux sincères pour le bonheur personnel de V. M., celui de sa famille et la prospérité de ses États.
J'ose espérer, Sire, que mes soins respectueux me rendront digne de l'auguste bienveillance de V. M. Je trouverai dans cette bienveillance un puissant encouragement pour poursuivre le but de ma mission qui est de maintenir et d'accroître encore, s'il est possible, les rapports d'amitié et d'intérêts communs qui subsistent si heureusement entre . . .
Discours adressé au conclave par l'ambassadeur d'Espagne accrédité près le Saint-Siège, (1820.)
Excellentissimes et révérendissimes seigneurs, j'ai l'honneur de présenter à Vos Ém. les lettres de créance d'ambassadeur extraordinaire du roi mon auguste souverain auprès du sacré collège réuni en conclave, et la lettre par laquelle S. M." répond à la nouvelle de la perte inattendue du Saint-Père Léon XII, de pieuse mémoire. S. M., pour me donner cette nouvelle preuve de sa royale confiance, a eu égard moins encore à mon zèle pour son service qu'au rare privilège que j'ai eu de résider auprès de trois souverains pontifes, comme ministre et comme ambassadeur, et au bonheur d'avoir pu adoucir la dure captivité de Pie YI et rendre quelques services politiques à Pie VII, pontifes, tous deux, d'honorée et d'immortelle mémoire. S. M. me charge de parler au sacré collège de la vive douleur qui pénétra son âme royale quand elle reçut la funeste nouvelle de la mort du père commun des fidèles.
262 CHAP, III. DiscouKS d'audience.
Mais la lettre de S. M. l'exprime avec plus de force et de dignité que je ne pourrais le faire. S. M., qui si elle n'avait pas comme attribut de sa couronne le titre de roi catholique l'aurait acquis par son zèle et ses vertus, vénérait le souverain pontife comme le chef visible de l'Église, et entretenait avec Sa Sainteté une affectueuse correspondance dans laquelle clic trouvait la consolation et les conseils dont les souverains ont un si grand besoin à l'époque présente. Heureusement la nation magnanime confiée par la Providence au gouvernement de S. M. Catholique est, comme elle l'a été dans tous les âges, ferme et invariable dans sa loyauté, et aussi prodigue de la vie pour maintenir intacte la sainte religion qu'elle professe que pour défendre les droits de son roi, ou augmenter le riche trésor de gloire dont elle a hérité de ses ancêtres. Au milieu de son affliction, S. M. C. tourne ses regards vers la capitale du monde chrétien, et voit dans le sénat des princes de l'Église le prompt remède de la calamité dont souffre l'Église. Vos Émiuences ne tarderont certainement pas à la réparer, en nommant un pontife qui joigne aux vertus du suprême pasteur les qualités d'un souverain qui dans le gouvernement de ses États puisse servir de modèle aux autres souverains, et qui, facile à céder ce qu'il est possible de céder, oppose en même temps avec sa fermeté évangélique une digue insurmontable au torrent des mauvaises doctrines qui sous le faux nom d'idées généreuses sapent dans leurs fondements les trônes de l'Europe, pour les précipiter avec les nations dans l'ignominie et dans le sang, où périt une autre partie du monde, heureuse tant qu'elle conserva pures la religion et la fidélité, qui sont un produit naturel du sol espagnol, et qui seules pourront sauver ces régions de l'abîme de révolutions continuelles.
DiscoujBS d'audience. 263
Cérémonial suivi potir la remise au roi des Belges des insignes de la Toison d'Or.
Des voitures île la cour se rendirent à l'hôtel de la légation d'Espagne et y i)rirent M. le chevalier d'Argaiz, délégué par Sa M. la reine d'Espagne pour la remise des insignes, et les autres membres de la légation, pour les conduire au palais. M. d'Argaiz fut reçu au bas du grand escalier par des officiers de la maison du roi, et introduit dans un des grands salons du palais.
Dans le salon voisin se trouvait Sa Majesté à qui M. d'Argaiz fit parvenir le message suivant:
La reine régente d'Espagne, au nom de Son Auguste tille la reine Dona Isabelle II, a nommé Votre Majesté chevalier-confrère de l'insigne Ordre de la Toison d'Or, et, à cet effet. Elle en a commis le cérémonial au chevalier d'Argaiz, son chargé d'affaires près de Votre Majesté, qui fait demander si Votre Majesté en admet la nomination.
Sa Majesté répondit qu'elle l'admettait et la recevait, et passa dans le salon où se trouvait le commissaire espagnol. Le chevalier d'xirgaiz fit donner lecture de sa commission que voici:
Mon bon frère et cousin, afin d'effectuer l'élection que j'ai faite de votre personne pour vous associer en l'amiable compagnie de mon très-noble et ancien Ordre de la Toison d'Or, j'ai fait dresser mes lettres-patentes de procure en vertu desquelles j'ai requis Monsieur d'Argaiz (Pierre d'Alcautara), mon chargé d'affaires près de votre personne, de vous recevoir en mon nom dans le dit Ordre, et vous délivrer le collier avec les cérémonies accoutumées. Et de tout ce qu'il vous dira de ma part à cette occasion, vous en ferez le même état que s'il vous était déclaré par ma
264 CHAP. UI. DISOOUBS d' AUDIENCE.
propre personne. Je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
A Madrid, ce 17 février 1853.
IVIaeie-Cheistine.
Le Greffier de l'Ordre, Antoine-Hermandeg d'Alcantara.
H ajouta:
La Reine Catholique, Chef et Grand-Maître de l'insigne Ordre de la Toison d'Or, et, en son auguste nom, la Reine- Régente, comme un témoignage de l'estime qu'elle a pour Votre Majesté, et se flattant. Sire, de vous voir contribuer au plus grand éclat et à l'élévation de cet insigne Ordre, vous en fait chevalier-confrère.
Le chevalier d'Argaiz demanda ensuite à S. M. si le serment de l'Ordre lui était connu, si elle l'acceptait et le jurait 1).
S. M. répondit affirmativement.
Le Roi reçut alors les insignes de l'Ordre des mains de M. d'Argaiz, qui s'exprima ainsi:
L'Ordre reçoit Votre Majesté dans l'amiable compagnie, en signe de quoi. Sire, ce collier vous est posé. Dieu veuille que V. M. le porte pendant longues années pour son honneur et sa gloire.
^) Voici la formule du serment:
Je jure de soutenii- les droits du chef souverain de l'Ordre; de contribuer à maintenir cet insigne Ordre dans le même état et le même éclat où il se trouve, sans permettre qu'il souffre jamais atteinte: de supporter avec patience les peines et corrections que le chef de l'Ordre pourrait m'imposer; de concourir aux assemblées ou chapitres ou bien d'y envoyer des commissaires et enfin de garder et remplir toutes les constitutions et tous les décrets de l'Ordre.
dIscouks de congé. 265
((Au nom du Père, du Fils et du St. Esprit.»
Il fut dressé un procès -verbal de la cérémonie, lequel est déposé dans les archives de la chancellerie de l'Ordre.
S. M. remercia la reine d'Espagne par la lettre dont le texte suit:
Madame ma sœur et cousine, le chevalier d'Argaiz m'a remis la lettre par laquelle Votre Majesté a bien voulu me faire connaître, qu'afin d'eflfectucr mon admission dans l'amiable compagnie de l'Ordre illustre de la Toison d'Or, elle avait fait choix de son chargé d'affaires près de ma personne, pour me remettre les insignes du dit Ordre, selon les cérémonies accoutumées. Les formalités d'usage étant remplies, je m'empresse d'adresser à Votre Majesté l'expression de la vive gratitude avec laquelle j'ai reçu ce témoignage de sou amitié, et c'est avec un véritable plaisir que je saisis une occasion aussi agréable pour renouveler à Votre Majesté les assurances de la haute estime et de l'inviolable attachement avec lesquels je suis . . .
Discours de congé et Lettres pour prendre congé^).
La mission du ministre public terminée, après la remise de la lettre de rappel, TEuvoyé qui se retire prend congé du souverain ou du chef de l'État auprès duquel il était accrédité, et lui adresse à cette occasion quelques paroles respectueuses dans l'audience qu'il en reçoit avant son départ.
Ce discours de circonstance énonce le motif qui a donné lieu au rappel, et réitère, selon la situation des affaires, les assurances (plus ou moins sincères) que ce
1) Voy. T. I, § 56.
266 CHAP. lU. DISCOURS! DE • CONGÉ.
rappel ne change rien aux dispositions amicales du souverain qu'il cesse de représenter; il renouvelle l'expression de la reconnaissance du ministre pour les bontés ou les grâces dont il a été l'objet pendant sa mission, et qu'il a pu considérer comme un témoignage de satisfaction; il exprime le désir qu'elles se reportent sur son successeur, qui ne négligera rien pour s'en rendre digne dans l'exercice de ses fonctions.
Si le ministre n'a pu réussir dans l'objet de sa mission, il exprime le regret qu'en éprouve son souverain et qu'il en ressent lui-même; il affirme que les bonnes dispositions de son gouvernement n'en seront point pour cela altérées, et il prie le monarque ou le chef de l'État dont il s'éloigne de partager ces mêmes dispositions.
Il est d'usage que l'agent diplomatique rappelé sollicite également une audience de congé des membres de la famille du souverain qui l'ont gracieusement accueilli pendant son séjour; il les remercie respectueusement des bontés qu'ils ont eues pour lui, et les assure des sentiments d'amitié qu'a pour eux le prince à qui il va rendre compte de sa gestion.
Dans le cas où le ministre rappelé se trouverait absent de son poste au moment du i-appel, l'usage admet, et de hautes convenances exigent, qu'il remplace par une lettre de congé l'audience qu'il n'a pu demander.
mSCOUKS DIS CONGÉ. 267