HABITUDES MORALES
lUtjle be ronbtute suioie par Franklin pour parvenir h se corriger be ses béïauts.
Je conçus le difficile et bardi projet
d'arriver à une perfection morale. Je désirais vivre sans commettre aucune faute dans aucun temps , et vaincre toutes celles dans lesquelles un penchant naturel , l'habitude ou la société pouvaient m'entrainer. Comme je savais, ou croyais savoir ce qui était bien et ce qui était mal , je ne voyais pas pourquoi je ne pourrais pas toujours faire l'un et éviter l'autre. Mais je trouvai bientôt cette tâche plus difficile que je
ne l'avais imaginé. Tandis que mon attention et mes soins étaient dirigés à me mettre en garde contre une faute, j'étais souvent surpris par quelque autre ; l'habitude mettait à profit cette distraction , et le penchant se trouvait quelquefois plus fort que la raison. Je conclus, à la fin, que la conviction purement spéculative de notre intérêt à être complètement vertueux est insuffisante pour nous préserver des faux pas , et qu'il faut rompre les habitudes contraires, en acquérir de bonnes et s'y affermir, avant de pouvoir compter sur une rectitude de conduite uniforme et inébranlable. Ce fut dans ce dessein que j'essayai la méthode suivante.
Dans les divers dénombrements de vertus morales que j'avais trouvés dans mes lectures , la liste en était plus ou moins longue, suivant que chaque écrivain renfermait plus ou moins d'idées sous une même dénomination. Par exemple, les uns n'appliquaient le mot tempérance qu'au boire et au manger, tandis que d'autres retendaient à la modération dans toute espècede plaisir, appétit, inclination, passion du corps et de l'ame, même dans l'avarice et dans l'ambition. Je pris le parti , par amour pour
la clarté, d'employer plus de noms, en y attachant moins d'idées , plutôt que de ranger un plus grand nombre d'idées sous moins de noms , et je réunis, sous douze noms de vertus, tout ce qui se présenta alors à moi comme nécessaire ou désirable; j'attachai à chacun un court précepte pour exprimer l'étendue que je donnais à leur signification.
Voici les noms des vertus avec leurs préceptes :
\. Tempérance. Ne mangez pas jusqu'à être appesanti : ne buvez pas jusqu'à vous étourdir.
2. Silence. Ne dites que ce qui peut servir aux autres ou à vous-même. Evitez les conversations oiseuses.
5. Ordre. Que chaque chose chez vous ait sa place , et chaque affaire son temps.
4. Résolution. Prenez la résolution de faire ce que vous devez ; et faites, sans y manquer, ce que vous avez résolu.
5. Economie. Ne faites de dépenses que pour le bien des autres ou pour le vôtre, c'est-àdire ne dissipez rien.
6. Travail. Ne perdez pas de temps. Occupez-vous toujours à quelque chose d'utile.
Abstenez - vous de toute action qui n'est pas nécessaire.
7. Sincérité. N'usez d'aucun méchant détour; pensez avec innocence et justice ; parlez comme vous pensez.
S. Justice. Ne nuisez à personne , soit en lui faisant du tort, soit en négligeant de lui faire le bien auquel votre devoir vous oblige.
9. Modération. Evitez les extrêmes. Gardezvous de ressentir les torts aussi vivement qu'ils vous semblent le mériter.
40. Propreté. Ne souffrez aucune malpropreté, ni sur votre corps, ni sur vos vêtements, ni dans votre maison.
\\. Tranquillité. Ne vous laissez pas troubler par des bagatelles ni par des accidents ordinaires ou inévitables.